Devoir de Philosophie

Une civilisation industrielle n'a-t-elle besoin que de techniciens et doit-elle proscrire toute culture désintéressée ?

Publié le 17/02/2004

Extrait du document

culture
, p. 39-40), réfléchissons comment avaient été formés les grands penseurs dont les travaux ont le plus contribué à l'avancement des sciences : « De LAVOISIER, de CUVIER, d'AMPÈRE à PASTEUR, Henri POINCARÉ, PAINLEVÉ, Charles NICOLLE, tous ont passé par les humanités classiques avant d'entreprendre les recherches qui devaient immortaliser leurs noms. Parmi les plus grands, LAËNNEC, Cl. BERNARD, PASTEUR ont été élevés comme BALZAC, Victor HuGo ou Gustave FLAUBERT..: Il ne semble donc pas que la culture traditionnelle ait nui au progrès scientifique; on ne dirait vraiment pas qu'il y ait antinomie .. ou incompatibilité entre l'humanisme et ce puissant travail de l'esprit d'où sortent les grandes découvertes. » Le sociologue G. FRIEDMANN, qui a profondément étudié les problèmes de la sociologie industrielle et ,de la sociologie du travail, insiste lui aussi dans un de ses derniers livres sur la « nécessité d'un apport humaniste »; il montre que, même aux États-Unis, on a senti cette nécessité et il cite plusieurs exemples d'Universités ou d'Instituts de technologie américains où l'on a créé des cours d'humanités et des cours d'études sociales, pour permettre aux techniciens de tous niveaux à la fois de replacer leurs connaissances dans l'ensemble de la pensée humaine et de s'initier à ce que le même auteur a appelé « les problèmes humains du machinisme industriel » (Le travail en miettes, p. 244250). Cette nécessité est d'autant plus prégnante qu'ainsi que nous l'avons dit ci-dessus la spécialisation et l'automatisation croissantes du travail industriel posent des problèmes moraux, parce qu'elles créent, chez le technicien comme chez l'ouvrier, un véritable désintérêt pour leurs tâches dont ils ne sentent plus le rôle ni l'utilité, et bientôt la science spécialisée en sera-t-elle peut-être au même point.
culture

« On ne commandeà la nature qu'enlui obéissant.BACON (NovumOrganum) Les lois de la nature sont strictement déterminées.

Il n'estpas possible de les enfreindre.

Nous ne pouvons qu'y obéir.Cela ne signifie néanmoins pas que nous soyons soumis à lanature.

Le projet technique consiste à utiliser les lois de lanature pour notre utilité.

Ainsi, en obéissant aux lois de lanature, on peut la commander.

La liberté n'est pas dansl'absence de contrainte mais dans l'utilisation raisonnée deces contraintes. S'il arrive que la Technique conduise à la Science, il arrive plus fréquemment encore que la Science pure se révèleféconde en applications pratiques qui n'avaient nullement été visées ni même prévues par le chercheur.

BACHELARDregarde les préoccupations utilitaires comme un des « obstacles épistémologiques » qui entravent le progrès de lascience, et bien des savants n'hésitent pas à déclarer avec L.

DE BROGLIE que « toute conception ayant pourrésultat de faire négliger les recherches désintéressées pour se consacrer uniquement à celles dont l'intérêttechnique immédiat est évident, ne tarderait pas à avoir une influence stérilisante sur la vie industrielle ». II.

De la science à la pensée désintéressée. La recherche scientifique peut donc être déjà une recherche désintéressée.

Mais il faut aller plus loin.

La scienceelle-même a été atteinte par la spécialisation et, en ce sens, comme l'affirme un illustre médecin, elle aussi estdevenue « inhumaine » (Pr PASTEUR VALLERY-RADOT, Science et Humanisme, p.

54).

On a vu naître, ajoute-t-il, «ces immenses laboratoires dotés d'un matériel technique prodigieux et peuplés de dizaines, parfois de centaines dechercheurs réunis en équipes.

Désormais le biologiste, dans son laboratoire, eut un rôle restreint : il dut travailleravec l'appareil qu'on mettait entre ses mains et fut tenu d'apporter à l'oeuvre entreprise sa contribution nettementlimitée.

Il devint semblable à l'ouvrier dans l'usine, qui travaille avec une machine et exécute une pièce qui vients'adapter à l'ensemble ».

C'est pourquoi, conclut l'éminent praticien, la « culture générale » est plus que jamaisnécessaire (Ibid., p.

65 et 90).Rappelons d'ailleurs que les « maîtres à penser » qu'évoque A.

SIEGFRIED n'ont jamais séparé la science de cetteculture générale.

BACON, qui assignait pour but à la science « de doter la vie humaine d'inventions et de ressourcesnouvelles », n'en affirme pas moins : « Celui qui croit que toute recherche placée dans la philosophie et lesspéculations universelles est inutile, ne se rend pas compte que c'est de là que les métiers et arts particuliers tirentleur suc et leur sève » (De dignitate, II, § 8).

Quant à DESCARTES, on sait combien il insiste, dans la 6e partie du Discours, sur l'utilité pratique de la science qui doit rendre l'homme « maître etpossesseur de la nature »; mais il affirme aussi, dans la préface des Principes(cf.

Textes, I, p.

13-14), l'unité de la connaissance humaine qu'il compare àun arbre dont le tronc est la science de la nature et les branches les sciencesappliquées et qui plonge ses racines dans la métaphysique.

C'est qu'en effetl'esprit humain est un, et, comme le dit encore DESCARTES dans les Regulae(1er règle), « toutes les sciences ne sont rien d'autre Que la sagesse humainequi demeure une et toujours la même, quels que soient les sujets auxquels onl'applique ».Quel que soit l'objet qu'elle concerne, l'invention met en jeu certaines qualitésd'esprit générales.

L'une d'entre elles — et peut-être la plus importante — estce qu'on peut appeler la pensée par analogie ou, plus correctement, l'aptitudeà saisir les rapports.

Beaucoup d'inventions ou de découvertes se sont faitespar transfert d'une idée d'un domaine scientifique ou technique à un autre.C'est ce qu'un ingénieur, spécialisé dans la métallographie et l'électrochimie,membre de l'Académie des Sciences, appelait récemment le procédé de « latransposition », et il ajoutait à ce propos : « Dans ces considérations quiconduisent à signaler la transposition comme procédé précieux de création,de découverte et de recherche scientifique et technique, on se prononceimplicitement comme préconisant la culture générale et les connaissancesencyclopédiques, et par conséquent on prend position dans ce problèmeessentiel et cette attitude, fondamentale à l'heure actuelle, où on les met en face de la spécialisation à outrance développée aux États-Unis et dans la recherche atomique » (Albert PORTEVIN,Ouv.

cité, p.

271).Pour cultiver ces qualités d'esprit nécessaires au progrès de la science (et, par suite, de la technique), uneformation humaniste demeure indispensable.

C'est elle qui éveillera « l'esprit de discernement et la réflexion critique» dont parlait Léon BÉRARD (Science et humanisme, p.

17) et que « l'école de la vie », comme on dit, ne pourradévelopper plus tard que si l'esprit a été « formé d'abord au bon usage de la raison ».

Au reste, remarque le mêmeauteur (Ibid., p.

39-40), réfléchissons comment avaient été formés les grands penseurs dont les travaux ont le pluscontribué à l'avancement des sciences : « De LAVOISIER, de CUVIER, d'AMPÈRE à PASTEUR, Henri POINCARÉ,PAINLEVÉ, Charles NICOLLE, tous ont passé par les humanités classiques avant d'entreprendre les recherches quidevaient immortaliser leurs noms.

Parmi les plus grands, LAËNNEC, Cl.

BERNARD, PASTEUR ont été élevés commeBALZAC, Victor HuGo ou Gustave FLAUBERT..: Il ne semble donc pas que la culture traditionnelle ait nui au progrèsscientifique; on ne dirait vraiment pas qu'il y ait antinomie ..

ou incompatibilité entre l'humanisme et ce puissanttravail de l'esprit d'où sortent les grandes découvertes.

». »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles