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Commentaire: Lettre CLXI des Lettres Persanes de Montesquieu

Publié le 14/07/2012

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Roxane à Usbek, À Paris Oui, je t'ai trompé ; j'ai séduit tes eunuques ; je me suis jouée de ta jalousie ; et j'ai su, de ton affreux sérail, faire un lieu de délices et de plaisirs. Je vais mourir ; le poison va couler dans mes veines. Car que ferais-je ici, puisque le seul homme qui me retenait à la vie n'est plus ? Je meurs ; mais mon ombre s'envole bien accompagnée ; je viens d'envoyer devant moi ces gardiens sacrilèges, qui ont répandu le plus beau sang du Monde. Comment as-tu pensé que je fusse assez crédule pour m'imaginer que je ne fusse dans le Monde que pour adorer tes caprices ? que, pendant que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes désirs ? Non ! J'ai pu vivre dans la servitude, mais j'ai toujours été libre : j'ai réformé tes lois sur celles de la Nature, et mon esprit s'est toujours tenu dans l'indépendance. Tu devrais me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait : de ce que je me suis abaissée jusqu'à te paraître fidèle ; de ce que j'ai lâchement gardé dans mon cœur ce que j'aurais dû faire paraître à toute la Terre ; enfin, de ce que j'ai profané la vertu, en souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantaisies. Tu étais étonné de ne point trouver en moi les transports de l'amour : si tu m'avais bien connue, tu y aurais trouvé toute la violence de la haine. Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un cœur comme le mien t'était soumis. Nous étions tous deux heureux ; tu me croyais trompée, et je te trompais. Ce langage, sans doute, te paraît nouveau. Serait-il possible qu'après t'avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore d'admirer mon courage ? Mais c'en est fait, le poison me consume, ma force m'abandonne ; la plume me tombe des mains ; je sens affaiblir jusqu'à ma haine : je me meurs. Du sérail d’Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab, I, 1720. MONTESQUIEU, Lettres persanes (1721), lettre CLXI.

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« despotisme.

Le pathétique transparaît dans son aveu et dans le témoignage de son agonie.

Mais Roxane n'est jamais larmoyante, sa fierté, son intelligence, sa justecruauté contiennent ses larmes.

La noblesse de son esprit rehausse le pathétique.

Il faut apprécier une écriture contenue, resserrée, déployant nettement unraisonnement, et dont le rythme suggère les derniers battements de cœur d'une vie qui s'échappe (syntaxe et rythme de la dernière phrase à citer en exemple). ConclusionDouble intérêt de cette lettre : un excipit sombre.

Les Lettres persanes, roman épistolaire excellant souvent dans la satire, s'achèvent comme une tragédie (on pensealors au dénouement de Bajazet de Racine) sur la vision d'un sérail ensanglanté, et d'une femme qui s'empoisonne.

Mais sur le mode de la confidence et dans l'espaceconjugal, cette lettre a une signification politique : elle témoigne de l'échec du despotisme.

Comparer la lettre de Roxane et la dernière réplique de Phèdre à Thésée.Phèdre vient aussi de s'empoisonner et avoue sa faute à Thésée.

Deux héroïnes tragiques, mais Phèdre expire dans la culpabilité alors que les dieux eux-mêmes l'ontconduite à la faute, tandis que Roxane lance une accusation. Un commentaire est une argumentationVous devez proposer votre interprétation personnelle du texte et il faut la prouver par des passages de celui-ci : des citations.

Voici l'ordre dans lequel construirechaque paragraphe du développement.IDÉE DIRECTRICE : hypothèse de lecture > phrase d'intro partiellePourquoi puis-je faire cette hypothèse ? Parce que argument n° 1+ preuve : citations du texteParce que argument n° 2+ preuve : citations du texte Parce que argument n° 3+ preuve : citations du texte Ne pas accumuler les citationsDonner plus de trois ou quatre citations à chaque fois risque de transformer votre rédaction en catalogue et de délayer votre propos.

Or, un commentaire est un essaicourt, précis et dynamique, il doit être convaincant pour le lecteur : ni trop allusif, ni trop fastidieux.Utiliser des connecteurs logiquesLes connecteurs sont indispensables pour signaler à votre lecteur la structure de l'essai qu'est votre commentaire.

Les arguments doivent être introduits par un lienlogique exprimant la cause et les exemples par un mot-outil.Pour introduire un argument : en effet, car (pas en début de phrase) parce que (pas en début de phrase), vu que, puisque, étant donné que.Pour introduire un exemple : comme, par exemple, ainsi, c'est le cas de, ce qui peut être illustré par. Sur le brouillon, vous avez élaboré, sans rédiger, le squelette du développement.

Vérifiez que vous avez établi une transition à la fin de la première partie pour créerun lien avec la deuxième (et à la fin de la deuxième partie pour créer un lien avec la troisième).Dynamisez le plan en y ajoutant au brouillon des mots-outils (outils de classement) qui signalent que le raisonnement avance.Au début de la première sous-partie : d'abord / tout d'abord / en premier lieu / pour commencer / dans un premier temps / premièrement...Au début de la deuxième sous-partie : ensuite / de plus / aussi / en outre / s'ajoute à cela le fait que / de même / également / deuxièmement...

Au début de la dernièresous-partie : enfin / pour terminer / pour finir I enfin et surtout I en dernier lieu / troisièmement...La phrase d'introduction partielle contenant l'idée directrice de chaque partie peut être rédigée à part, la phrase de transition aussi, après l'introduction et laconclusion, sur un autre brouillon que celui du plan.

Mais les sous-parties n'ont pas besoin de l'être : si votre plan est précis, vous avez déjà les mots importants, vouspouvez former directement les phrases sur votre copie.. »

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