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Dans la préface de Dix ans d'études historiques, Augustin Thierry prévoyait que l'histoire serait le « cachet » du XIXe siècle et qu'elle lui donnerait son nom comme la philosophie avait donné le sien au XVIIIe. Si vous estimez que cette prédiction s'est trouvée vérifiée, cherchez les raisons qui expliquent ce goût du XIXe siècle pour l'Histoire.

Publié le 17/02/2012

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augustin

 

Lorsqu'en 1834, Augustin Thierry écrivait ces lignes, il était aveugle et paralytique. Ni la cécité, ni la paralysie n'avaient diminué son enthousiasme. Dix ans d'études historiques est un hymne en l'honneur de la Science à laquelle il a voué sa vie. Rien d'étonnant donc, de rencontrer sous sa plume une prédiction de ce genre; il aime passionnément l'histoire, il la voit, dominant toute la production littéraire de son temps et des années à venir. « Vous êtes orfèvre, M. Josse!... « ....

augustin

« Mais an lendemain de ces crises qui emeuvent jusqu'au fond des entrailles la pauvre humanite, celle-ci vent savoir.

On revient sur les lieux, on inter- roge les temoins; les experts se livrent a des enquetes consciencieuses, cher- chant a se degager le plus possible des passions qui agitent encore ceux qui ont vu, a corriger les erreurs de leurs sens, de leur esprit, de leur cceur.

C'est ce qui se passa chez nous apres l'effondrement de la Monarchie, l'ecroule- ment de la Revolution, la chute de l'Aigle foudroye.

Tout d'abord, les dliercheurs, qui tous portaient une etiquette : royalistes, jacobins, bonapartistes, se preposerent de rassembler des arguments his- toriques en faveur de leur cause.

Its avaient moins en vue le triomphe de la Verite mice au jour que la victoire sur un adversaire detest& Petit a petit, le calme se faisant dans leur ame, ils se laisserent seduire par celle qu'ils ne cherchaient pas et qu'ils rencontrerent en chemin; ils parvinrent a cette sereine impartialite sans laquelle it n'est point d'historien digne de ce nom.

Mais l'Histoire n'est pas seulement un amas de cadavres, d'oeuvres mortes et de choses perimees; elle est, elle devrait etre la lumiere de la vie.

Les premiers historiens du siècle le comprirent :« Les societes anniennes pe- rissent; de leurs racines sortent des societes nouvelles; lois, mceurs, usages, coutumes, opinions, principes lames, tout est change.

Une grande revo- lution est accomplie, une plus grande revolution se prepare; la France doit recomposer ses annales...

» Ainsi parlait Chateaubriand.

Jusqu'alors les « annales de la France 3.

n'avaient guere mentionne que les faits et gestes des grands, on y parlait surtout Lde guerres et de traites. Villehardouin avait ecrit la Chronique des Empereurs Beaudouin et Henri; Joinville, la Vie de Saint Louis; Froissard, les Grandes Guerres de France et d'Angleterre; Commynes, la Chronique des Rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII.

La Revolution pousse le Tiers-Etat an premier plan, le peuple s'ecrie :« l'Etat, c'est moi » et revendique sa place parmi les souverains et les generaux : Car c'est toujours sur vous que s'arretent les geux... Mais vous ne seriez rien sans l'armee humble et noire Qu'il taut pour composer une page d'histoirel Tous, apres 1789, 1793, 1815, comprennent que « dans le livre aux su- blimes chapitres on n'avait mis «que les majuscules ).

Desormais on y accueillera les « mille petites leftres ), on ecrira « l'histoire nationale, l'histoire des sujets, des citoyens ).

Et l'on comprend aussi que ce passe d'hier « n'est que du present refroidi Chaque lecteur compare en Want, et demande aux faits de l'histoire des lumieres pour le present et l'avenir; les plus ambitieux, les hommes d'action transportent dans le domaine de la politique leur experience livresque, ou, inversement, camme la plupart des historiens de la premiere moitie du siècle, ne montent au temple de Clio qu'apres avoir traverse le Forum. Ir* Avant le xixe siecle, on eonsidere l'Histoire comme un art, pint& que comme une science.

On n'a parfois qu'un mediocre souci de l'exactitude, on manque d'erudition, d'esprit critique.

Mezeray pretend bien ne pas « s'user les yeux sur les vieux manuscrits >.

It ecrivait a une époque ou Pon n'ad- mirait que des Romains de convention et des heros damerets.

Au lieu done de parer nos vieux monarques 1 de la depouille des ours, des veaux marins et des aurochs >>, it fait passer le dur Clovis et le brutal Chilperic chez Perdrigeon et chez « la bonne faiseuse ), avant de les introduire dans les ruelles precieuses.

L'abbe Vertot ne « refait pas son siege 3..

On compose de brillants tableaux, tant pis si les couleurs en sont fausses! A la fin du xviir siècle, Anquetil et Velly en sont encore aux vieux errements :« Childeric ), dit ce dernier, « fut un prince a grandes aventures.

C'etait l'homme le mieux fait de son royaume; rl avait de l'esprit, du courage; mais, ne avec un cur tendte, it s'abandonnait trop a l'amour : ce fut la cause de sa perte.

i Ne croirait-on pas lire Telemaque? En outre, le domaine de l'histoire est extremement restreint.

L'Orient est a peu pres inconnu.

On accepte aveuglement, les legendes sur Rome et in Grece, comme In c bon Rollin s, comme Montesquieu.

On n'a pas le sens des plans differents de l'histoire, on juge les siecles revolus avec la mentalite Mais au lendemain de ces crises qui émeuvent jusqu'au fond des entrailles la pauvre humanité, celle-ci veut savoir. On revient sur les lieux, on inter­ roge les témoins; les experts se livrent à des enquêtes consciencieuses, cher­ chant à se dégager le plus possible des passions qui agitent encore ceux qui ont vu, à corriger les erreurs de leurs sens, de leur esprit, de leur cœur. C'est ce qui se passa chez nous après l'effondrement de la Monarchie, l'écroule­ ment de la Révolution, la chute de l'Aigle foudroyé.

Tout d'abord, les chercheurs, qui tous portaient une étiquette : royalistes, jacobins, bonapartistes, se proposèrent de rassembler des arguments his­ toriques en faveur de leur cause. Ils avaient moins en vue le triomphe de la Vérité mise au jour que la victoire sur un adversaire détesté. Petit à petit, le calme se faisant dans leur âme, ils se laissèrent séduire par celle qu'ils ne cherchaient pas et qu'ils rencontrèrent en chemin; ils parvinrent à cette sereine impartialité sans laquelle il n'est point d'historien digne de ce nom.

Mais l'Histoire n'est pas seulement un amas de cadavres, d'œuvres mortes et de choses périmées; elle est, elle devrait être la lumière de la vie.

Les premiers historiens du siècle le comprirent : « Les sociétés anciennes pé­ rissent; de leurs racines sortent des sociétés nouvelles; lois, mœurs, usages, coutumes, opinions, principes mêmes, tout est changé.

Une grande révo­ lution est accomplie, une plus grande révolution se prépare; la France doit recomposer ses annales... » Ainsi parlait Chateaubriand.

Jusqu'alors les « annales de la France » n'avaient guère mentionné que les faits et gestes des grands, on y parlait surtout de guerres et de traités.

Villehardouin avait écrit la Chronique des Empereurs Beaudouin et Henri; Joinville, la Vie de Saint Louis; Froissard, les Grandes Guerres de France et d'Angleterre; Commynes, la Chronique des Rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII. La Révolution pousse le Tiers-Etat au premier plan, le peuple s'écrie : « l'Etat, c'est moi » et revendique sa place parmi les souverains et les généraux : Car c'est toujours sur vous que s'arrêtent les yeux...

Mais vous ne seriez rien sans l'armée humble et noire Qu'il faut pour composer une page d'histoire! Tous, après 1789, 1793, 1815, comprennent que « dans le livre aux su­ blimes chapitres » on n'avait mis «que les majuscules».

Désormais on y accueillera les « mille petites lettres », on écrira « l'histoire nationale, l'histoire des sujets, des citoyens ».

Et l'on comprend aussi que ce passé d'hier « n'est que du présent refroidi ». Chaque lecteur compare en lisant, et demande aux faits de l'histoire des lumières pour le présent et l'avenir; les plus ambitieux, les hommes d'action transportent dans le domaine de la politique leur expérience livresque, ou, inversement, comme la plupart des historiens de la première moitié du siècle, ne montent au temple de Clio qu'après avoir traversé le Forum.

Avant le xixe siècle, on considère l'Histoire comme un art, plutôt que comme une science. On n'a parfois qu'un médiocre souci de l'exactitude, on manque d'érudition, d'esprit critique. Mézeray prétend bien ne pas « s'user les yeux sur les vieux manuscrits ».

Il écrivait à une époque ou l'on n'ad­ mirait que des Romains de convention et des héros damerets. Au lieu donc de parer nos vieux monarques « de la dépouille des ours, des veaux marins et des aurochs », il fait passer le dur Clovis et le brutal Chilpéric chez Perdrigeon et chez «la bonne faiseuse», avant de les introduire dans les ruelles précieuses.

L'abbe Vertot ne « refait pas son siège ».

On compose de brillants tableaux, tant pis si les couleurs en sont fausses! A la fin du xvme siècle, Anquetil et Velly en sont encore aux vieux errements : « Childéric », dit ce dernier, « fut un prince à grandes aventures. C'était l'homme le mieux fait de son royaume; il avait de l'esprit, du courage; mais, né avec un cœur tendre, il s'abandonnait trop à l'amour : ce fut la cause de sa perte. » Ne croirait-on pas lire Télémaque? En outre, le domaine de l'histoire est extrêmement restreint.

L'Orient est à peu près inconnu. On accepte aveuglément, les légendes sur Rome et la Grèce, comme le « bon Rollin », comme Montesquieu. On n'a pas le sens des plans différents de l'histoire, on juge les siècles révolus avec la mentalité. »

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