Devoir de Philosophie

Y-a-t-il des vérités du coeur ?

Publié le 27/03/2004

Extrait du document

Mais ce sont aussi d'autres vérités, celles que l'amour seul permet de découvrir. En effet, c'est bien une opinion commune qu'exprime Saint-Exupéry, lorsqu'il dit : « On ne connaît bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux ». Il y aurait ainsi dans chaque être une vérité profonde qui échapperait aux regards indifférents, mais non à ceux de l'amour. Goethe disait : « Je ne comprends que ce que j'aime » et cela signifie que les élans du coeur sont indispensables pour atteindre le vrai.Ainsi pour le sens commun les vérités du coeur désignent soit la connaissance immédiate de principes évidents, soit la connaissance profonde de réalités cachées. Ces deux directions se retrouveraient dans les doctrines philosophiques, la première chez Pascal, la seconde chez Bergson. - B - Coeur et raison selon Pascal. En effet, lorsque Pascal écrit : « Coeur, Instincts, Principes », il veut dire que la connaissance des principes relève d'une sorte d'instinct qui a sa source dans le coeur. Est instinctif ce qui ne résulte pas d'un raisonnement, et si nous savons par exemple que l'espace a trois dimensions, c'est d'une connaissance tout instinctive, car c'est une vérité que notre raison est incapable de démontrer : « Le coeur sent qu'il y a trois dimensions dans l'espace ». Toute démonstration suppose des principes sur lesquels elle s'appuie et qui ne peuvent être démontrés ; c'est la raison qui démontre, mais c'est le coeur qui donne les principes : « les principes se sentent et les propositions se concluent ».

« — C — Intuition et Intelligence selon Bergson.

L'opposition pascalienne du coeur et de la raison n'est pas sansanalogie avec l'opposition bergsonienne de l'intuition et de l'intelligence.

Comme le coeur, l'intuition est source deconnaissances immédiates ; comme la raison, l'intelligence est une faculté discursive.

Mais pour Bergson ce n'estpas seulement la connaissance des principes qui échappe à l'intelligence, mais celle de toute réalité authentique.Selon lui, en effet, l'intelligence, parce qu'elle est au service de la vie, ne peut nous donner des choses et surtoutdes êtres qu'une vue superficielle et artificielle : les habitudes contractées au contact de la matière et sous lesexigences de l'action forment comme un écran entre l'intelligence et la réalité.

Ce n'est donc qu'à la condition deremonter la pente des habitudes intellectuelles que nous pouvons parvenir à la vérité, et c'est ce que fait l'intuition.Mais il est bien remarquable que, pour définir l'intuition, Bergson évoque « une espèce de sympathie » ; ce n'est, eneffet, que par un élan du coeur qu'on « se transporte à l'intérieur d'un objet pour coïncider avec ce qu'il a d'uniqueet par conséquent d'inexprimable ».

Aussi n'est-il pas étonnant que Bergson ait d'abord demandé à l'art, c'est-à-direau sentiment esthétique, de nous faire connaître la vérité profonde des choses et des êtres, de « nous mettre faceà face avec la réalité elle-même ».

Que l'intuition bergsonienne relève du coeur plutôt que de l'esprit, cela apparaîtbien aussi dans la définition qu'en donne le Vocabulaire philosophique de Lalande qui la compare à l'instinct et ausens artistique.

Les vérités du coeur, ici, ce sont ces connaissances profondes qu'engendre la communion avec lesêtres et avec les choses. L'intuition [...] saisit une succession qui n'est pas juxtaposition, [...] leprolongement ininterrompu du passé dans un présent qui empiète surl'avenir.

C'est la vision directe de l'esprit par l'esprit.

Plus rien d'interposé; point de réfraction à travers le prisme dont une face est espace et dontl'autre est langage.

Au lieu d'états contigus à des états, qui deviendrontdes mots juxtaposés à des mots, voici la continuité indivisible, et par làsubstantielle, du flux de la vie intérieure.

Intuition signifie donc d'abordconscience, mais conscience immédiate, vision qui se distingue à peinede l'objet vu, connaissance qui est contact et même coïncidence. Bergson oppose intuition et intelligence.

Alors que l'intelligence est la faculté depenser des objets, de les analyser dans le détail, l'intuition les saisit dans leurunité et coïncide avec eux.

Elle se manifeste surtout comme saisie immédiate denos propres contenus de conscience, lorsque nous pensons un objet, que noussaisissons alors comme un "absolu", sans avoir besoin de le désigner par desmots. Problématique. L'intuition nous permet de saisir les différents états de notre conscience non comme des états successifs ou juxtaposés, mais comme un tout qui constitue la vie intérieure.

L'intuition estl'appréhension directe de la réalité intérieure de notre esprit, ce qui lui permet de se passer du langage.

L'intuitionest donc conscience immédiate, contact direct voire coïncidence avec la vie intérieure. Enjeux. L'intuition n'est pas, chez Bergson, une faculté mystérieuse, qui relèverait d'une expérience quasi mystique.

Elle estseulement la manière dont nous pensons un objet tel qu'il est en lui-même.

On la comprend mieux si on l'oppose auxprocessus rationnels par lesquels l'esprit pense un objet par des mots et des concepts.

Ici, au contraire, la penséeest directe, immédiate.. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles