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Emmanuel KANT. (Réponse à la question : « Qu'est-ce que les Lumières ? », « Was ist Aufklärung ? » )

Publié le 30/10/2012

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La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu'un si grand nombre d'hommes, après que ta nature les a affranchis depuis longtemps d'une direction étrangère, restent volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu'il soit si facile à d'autres de se poser en tuteurs des premiers. II est si aisé d'être mineur ! Si j'ai un livre qui me tient lieu d'entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin, qui décide pour moi de mon régime, etc., je n'ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n'ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer ; d'autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes (...) tiennent aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c'est une chose pénible, c'est ce à quoi s'emploient fort bien les tuteurs qui, très aimablement, ont pris sur eux d'exercer une haute fonction sur l'humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail, et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n'aient pas la permission d'oser faire le moindre pas hors du parc où ils les ont enfermées, ils leur montrent le danger qui les menace, si elles essayent de s'aventurer seules au-dehors. Or ce danger n'est vraiment pas si grand; car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte détourne ordinairement d'en refaire l'essai. Il est donc difficile pour chaque individu séparément de sortir de la minorité, qui est presque devenue pour lui nature. Emmanuel KANT. (Réponse à la question : « Qu'est-ce que les Lumières ? «, « Was ist Aufklärung ? « ) 1. Soulignez dans le texte les trois concepts (notions) principaux. Définissez chacun de ces trois concepts. Comparez le sens que leur donne Kant avec le sens commun. 2. Quelle est l'idée essentielle du texte ? (formulation, explication, implications, portée, enjeu.) 3. Dégagez le plan du texte, ses principales articulations. 4. Expliquez : "direction étrangère". Expliquez : « après que la nature les a affranchis depuis longtemps d'une direction étrangère « 5. Caractérisez le ton de la remarque : « Les tuteurs, qui très aimablement ont pris sur eux d'exercer une haute fonction sur l'humanité «. 6. Pourquoi les tuteurs rendent-ils "bien sot leur bétail" ? 7. Les tuteurs du texte peuvent-ils être considérés comme de véritables majeurs ? Justifiez votre réponse. 8. Dans quelle mesure la philosophie peut-elle, selon vous, aider à devenir majeur ? Etude du texte REMARQUES GENERALES Le texte de Kant ne présente pas de difficulté particulière du point de vue du vocabulaire. II ne faut pas s'en étonner ; il est extrait d'un article destiné à la presse et paru le 30 septembre 1784 portant le titre suivant : « Was ist Aufklärung ? «, « Qu'est-ce que les Lumières ? «. II s'agit d'un texte engagé dans le siècle, écrit au moment critique de la fin du règne du grand Frédéric dont le successeur affiche clairement des idées bien moins libérales sur le plan de la liberté de penser. Kant demande comment l'homme peut accéder aux Lumières, comment il est possible à l'humanité de sortir de la nuit des préjugés pour accéder à la lumière de la raison, c'est-à-dire à la pensée libre. Cela dit, il ne requiert pas moins une attention vigilante et une analyse (c'est-à-dire un questionnement) rigoureuses. Les textes apparemment faciles sont souvent l'objet d'analyses trop approximatives. Dans le travail philosophique d'un texte on ne saurait se contenter d'un « à peu près « ou d'une compréhension globale. C'est la portée, l'enjeu, les implications d'une thèse qui ici importent. Pour cela, il faut comprendre !a nécessité absolue de poser au texte des questions, ne rien considérer comme allant de soi : - Que veut dire Kant quand il dit que... ? - Quelle est son intention... ? - Pourquoi cet exemple... ? Que signifie ce choix ? Etc.. Il s'agit non seulement de comprendre le texte littéralement mais aussi de révéler toute sa richesse par la mise en évidence de son originalité et de ses implications (par rapport aux compréhensions communes par exemple). En d'autres termes, il faut le faire parler. C'est là un point important ; il faut apprendre au plus vite à distinguer « comprendre le texte « et « penser le texte « : - la compréhension du texte est prouvée par la capacité à présenter clairement l'idée essentielle = la thèse (et cela dès l'introduction après la présentation brève du texte), ensuite au travers de l'analyse ordonnée par la mise en valeur des articulations logiques du texte, l'étude des exemples, des parallèles, des métaphores etc.(cf. méthodologie). - « penser le texte « (= exercer votre jugement sur la matière du texte) signifie à partir de la compréhension de ce qui est en question, « problématiser « l'idée essentielle c'est-à-dire mettre au clair ses implications, son enjeu, sa portée (cf. plus loin : enjeu politique, de l'attitude des mineurs, problème de l'éducation adéquate pour éviter le risque d'une aliénation de l'individu et de la société, implications du troc liberté contre sécurité etc.) Un texte parle quand on lui pose les bonnes questions (cf. méthodologie) ! Nous allons donc lui poser ces questions. Et pour résumer, nous ne perdrons pas de vue : 1°- qu'il n'y a pas de recherche philosophique (cf. Platon, lettre Vil, Ménon) qui ne suppose un embarras. Tout texte peut et doit donc être abordé dans l'esprit suivant : « Quel est l'embarras qui suscite la démarche de l'auteur ? « 2°- ne jamais oublier que toute analyse philosophique prend toujours ses distances par rapport aux évidences de la doxa ou opinion commune. Ne jamais perdre de vue le travail réalisé par le philosophe sur le sens des mots que nous utilisons ( par exemple ici les notions de mineur, majorité, tuteur etc.). 3°- Considérer que rien dans le texte ne va de soi, que rien n'est évident. LA COMPREHENSION DU TEXTE I - Ce qui est en question : le passage de la minorité à la majorité Repérage des concepts principaux Une lecture attentive souligne sans difficulté trois notions principales autour desquels se construit la problématique du texte : mineur minorité, majorité (majeur) et tuteur. En soi, des notions qui ne posent d'ailleurs pas de difficultés particulières de compréhension. Pour cerner ce qui est en question dans le texte on commencera donc par préciser leur sens et cela en deux étapes : 1°- on les définira à partir de leur usage commun, à partir de notre expérience (ne pas oublier que philosopher, c'est prendre en compte ce que nous savons et le réfléchir...). 2°- et l'on vérifiera leur emploi dans le texte. Le texte reste notre matière première à reconnaître, à travailler, à expliciter. Nous devons en effet nous attendre à une réflexion originale de notre auteur, Kant. Première étape On pourra s'aider, pour clarifier les idées, d'un bon dictionnaire. Mineur : a) - du latin minor : plus petit, inférieur/ majeur (ex. : Asie Mineure) b) - d'importance secondaire (ex.: problèmes, soucis mineurs) c) - sens juridique : qui n'a pas atteint l'âge de la majorité au regard de la loi. La minorité, c'est l'état d'une personne qui n'a pas encore atteint l'âge où elle sera légalement considérée comme pleinement capable et responsable de ses actes. Remarque : L'âge de la majorité dans notre pays est fixé à 18 ans ; il l'était naguère (( 1974) à 21 ans... Que signifie ces variations ? Elles soulignent le caractère conventionnel de la définition juridique élaborée en fonction de l'évolution sociale. Mais revenons à l'essentiel : la minorité au sens juridique implique l'absence de capacité et de responsabilité. Cela signifie par exemple qu'en matière pénale, le mineur jusqu'à 13 ans bénéficie de l'irresponsabilité absolue, le mineur de 13 à 18 ans d'une présomption d'irresponsabilité. L'incapacité des mineurs fonde le droit de garde sur le mineur ; les protecteurs du mineur désignés par la loi sont les parents légitimes, le parent légitime encore vivant ou le tuteur. Par opposition, la capacité et la responsabilité caractérisent le Majeur : - qui a atteint l'âge de la majorité légale ; capable et responsable, le majeur « sait ce qu'il fait « et n'a plus besoin de tuteur. II est en principe indépendant. L'entrée dans la majorité civile lui donne des droits (de vote, de se marier sans le consentement des parents etc.) et des devoirs ( respecter les lois de sa patrie) ; jugé capable de les assumer il est responsable pénalement. Et la règle est la même pour tous : l'âge est le critère de la majorité au sens juridique et commun. Tuteur : a) - du point de vue juridique, un tuteur est une personne chargée de veiller sur un mineur, de gérer ses biens. Le tuteur est donc avant tout un éducateur. Les parents sont les tuteurs naturels de l'enfant. b) - par analogie, c'est une tige, armature de bois fixée dans le sol pour soutenir et redresser les plantes. Deuxième étape Qu'en est-il du sens de ces trois notions dans le texte de Kant ? (cf. il faut toujours revenir au texte et l'interroger). (Pour préciser le sens kantien on pourra organiser (au brouillon) un petit tableau avec trois entrée ; trois lectures du texte où l'on relèvera systématiquement tous les caractères qui définissent la minorité, la majorité et les tuteurs :) Sens commun Sens kantien Minorité - -... Majorité Tuteur Minorité - majorité : Question : Pour définir la majorité et la minorité, Kant retient-il le critère juridique de l'âge ? Réponse : Non. Kant donne au concept de minorité une signification qu'il n'a pas au sens juridique et commun puisqu'il rappelle que bien des hommes alors même qu'ils ont été libérés d'une « direction étrangère « restent pourtant « leur vie durant « des mineurs. A vrai dire, Kant évoque ici une idée bien connue. Chacun peut le constater autour de soi : on peut avoir 20, 30, 40 ou 50 ans et se comporter comme un mineur ou un éternel adolescent c'est-à-dire comme un irresponsable par « paresse et lâcheté «. « Irresponsable «, mais dans quel domaine, où et comment ?( Question : En quoi consiste cette « paresse « ? Le texte répond : une paresse à penser par soi-même : « Je n'ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer «. L'incapacité ne concerne pas ici à se montrer incapable d'assurer sa survie économique ; on peut exercer les fonctions d'ouvrier, de cadre de maîtrise, d'ingénieur, de médecin ou même de professeur et céder à cette paresse à s'assumer pleinement comme homme capable de penser ! Ici, Kant souligne son originalité : il ne s'agit pas de dénoncer une démission banale et grossière, mais de stigmatiser une démission que la plupart du temps on ne relève pas, car pour l'opinion, elle ne passe pas pour décisive ( que demander de plus à un homme sinon de subvenir à ses besoins, ceux de sa famille, bref de disposer de revenus confortables = signes extérieurs de la « réussite « pour la plupart des hommes !). Examinons les exemples explicatifs du texte ; ils permettent de définir aisément l'homme responsable et majeur au sens où l'entend Kant. Est majeur au sens kantien, celui qui ne fuit pas le devoir de penser par soi-même. Et c'est là, comme on l'a vu en classe, une constante du souci philosophique. Philosopher, ce n'est pas « faire des phrases «, nobles, belles et glorieuses ; c'est d'abord un mode d...

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« Dans le travail philosophique d'un texte on ne saurait se contenter d'un « à peu près » ou d'une compréhension globale.

C'est la portée, l'enjeu, les implications d'une thèse qui ici importent.

Pour cela, il faut comprendre !a nécessité absolue de poser au texte des questions, ne rien considérer comme allant de soi : - Que veut dire Kant quand il dit que...

? - Quelle est son intention...

? - Pourquoi cet exemple...

? Que signifie ce choix ? Etc.. Il s'agit non seulement de comprendre le texte littéralement mais aussi de révéler toute sa richesse par la mise en évidence de son originalité et de ses implications (par rapport aux compréhensions communes par exemple).

En d'autres termes, il faut le faire parler . C’est là un point important ; il faut apprendre au plus vite à distinguer « comprendre le texte » et « penser le texte » : - la compréhension du texte est prouvée par la capacité à présenter clairement l’idée essentielle = la thèse (et cela dès l’introduction après la présentation brève du texte), ensuite au travers de l’analyse ordonnée par la mise en valeur des articulations logiques du texte, l’étude des exemples, des parallèles, des métaphores etc.(cf.

méthodologie). - « penser le texte » (= exercer votre jugement sur la matière du texte) signifie à partir de la compréhension de ce qui est en question, « problématiser » l’idée essentielle c’est-à-dire mettre au clair ses implications, son enjeu, sa portée (cf.

plus loin : enjeu politique, de l’attitude des mineurs, problème de l’éducation adéquate pour éviter le risque d’une aliénation de l’individu et de la société, implications du troc liberté contre sécurité etc.) Un texte parle quand on lui pose les bonnes questions (cf.

méthodologie) ! Nous allons donc lui poser ces questions. Et pour résumer, nous ne perdrons pas de vue : 1° - qu’il n'y a pas de recherche philosophique (cf.

Platon, lettre Vil, Ménon) qui ne suppose un embarras .

Tout texte peut et doit donc être abordé dans l'esprit suivant : « Quel est l'embarras qui suscite la démarche de l'auteur ? » 2° - ne jamais oublier que toute analyse philosophique prend toujours ses distances par rapport aux évidences de la doxa ou opinion commune .

Ne jamais perdre de vue le travail réalisé par le philosophe sur le sens des mots que nous utilisons ( par exemple ici les notions de mineur, majorité, tuteur etc.). 3° - Considérer que rien dans le texte ne va de soi, que rien n'est évident. LA COMPREHENSION DU TEXTE I - Ce qui est en question : le passage de la minorité à la majorité Repérage des concepts principaux Une lecture attentive souligne sans difficulté trois notions principales autour desquels se construit la problématique du texte : mineur minorité, majorité (majeur) et tuteur . En soi, des notions qui ne posent d'ailleurs pas de difficultés particulières de compréhension. Pour cerner ce qui est en question dans le texte on commencera donc par préciser leur sens et cela en deux étapes : 1° - on les définira à partir de leur usage commun, à partir de notre expérience (ne pas oublier que philosopher, c'est prendre en compte ce que nous savons et le réfléchir...). 2. »

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