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Kant, étude de Métaphysique des moeurs

Publié le 05/04/2011

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kant

Fiche de lecture sur Kant,

Fondements de la métaphysique des Mœurs, 1785

 

 

Préface :

 

            Kant présente dans la préface l’ancienne division de la philosophie en trois sciences (physique, éthique et logique).  Toute connaissance rationnelle est en effet soit formelle (la logique), soit matérielle (la physique ou l’éthique). La logique n’a pas de partie empirique, contrairement à la physique ou l’éthique. Il faut donc pour ces deux dernières séparer les parties empiriques des parties rationnelles. Ainsi, la physique est précédée d’une métaphysique de la nature et l’éthique de la métaphysique des mœurs.

            La métaphysique est donc la connaissance rationnelle des réalités immatérielles. La métaphysique des mœurs que Kant va étudier ici permet donc de préserver la pureté absolue de la morale, dont on a dégagé tout la partie empirique. Le problème posé dans cette œuvre sera donc uniquement moral.

            Les fondements de la métaphysique des mœurs est la recherche et l'établissement du principe suprême de la moralité.

            L’œuvre se divise en trois sections. La première section dégage le principe moral dans sa pureté, la seconde montre l’application du principe moral dans la conduite humaine et enfin, la troisième introduit les notions de liberté et de synthèse, en montrant que les objections faites à la liberté sont sans valeur.

 

 

Première section : Passage de la connaissance rationnelle commune de la moralité à la connaissance philosophique.

 

            La première notion introduite par Kant est celle de Bonne volonté. Il la présente comme la seule chose absolument bonne au sein de la conscience commune. Ce n’est pas une volonté en elle-même, mais « l’appel à tous les moyens dont nous pouvons disposer », elle est donc bonne en soi, peut importe le résultat qu’elle permettra d’obtenir. La moralité d’une action ne dépend donc pas de son contenu, mais de la volonté qui l'a inspirée.

L'action morale sera une action accomplie non pas dans un but intéressé, mais pour elle-même, par devoir.

            Néanmoins, dans la bonne volonté, on ne trouve que l’idée absolue de la volonté, car elle est indépendante de toute condition extérieur. Il parait difficile de faire le bien, sans viser aucune satisfaction, un homme en serait-il capable ? L’étude de Kant de portera donc ensuite sur la fin naturelle de la raison. En effet, il va examiner l'objection pour laquelle la fin naturelle de la raison n'est pas la moralité mais le bonheur. Il y objecte deux arguments. D’abord, en choisissant la raison pour atteindre notre bonheur, dit Kant, la nature s'y serait assez mal prise. Car la raison est faillible, la nature, si elle avait voulue notre bonheur, l’aurait assurée par instinct. Il énonce ensuite que la raison, au lieu de nous rapprocher du bonheur, nous en éloigne, car au lieu de se concentrer sur nos besoins nécessaires, elle les multiplie. Elle rend lucide celui qui fait usage de sa raison, ce qui lui permettra plus facilement de trouver des motifs de désespérer. Ce qui mène au bonheur n’est donc pas la raison, mais la sensibilité, qui engendre l’égoïsme et les sentiments de peine ou de plaisir. Cependant, il ne faut pas mépriser la raison pour autant, car le bonheur n’est pas pour Kant le souverain bien. Cela signifie simplement que la raison à une autre fin, et celle-ci est la moralité. La raison permet en effet pour l’auteur de produire une volonté bonne. Elle a été placée dans l’homme afin que celui-ci soit un être moral et capable de vertu. La moralité exclut la recherche du bonheur car elle cherche à faire le bien pour le bien, pas par intérêt ou par plaisir. Après avoir montré que le bonheur n’est pas le souverain bien, et que c’est la volonté bonne, Kant va tenter d’expliquer ce qu’elle est.

            La volonté n'est pas nécessairement et immédiatement bonne. Il est difficile, en effet, de vouloir le bien pour lui-même, d’agir par devoir et non par intérêt car les exigences de la moralité ne seront pas toujours en accord avec les intérêts de l’individu. Ceci peut entrainer des conflits entre raison et sensibilité. Le concept de bonne volonté est donc contenu dans le concept de devoir, qui a le même sens que celui de volonté bonne, mais qui recouvre aussi cette idée de lutte contre l’intérêt sensible. Kant va ensuite énumérer une série d’exemples afin de montrer les véritables caractères de la volonté bonne. Certaines actions sont conformes au devoir, on s’y incline immédiatement, comme faire du bien à ses proches. Ces actes ne seront moraux que s’ils sont réalisés par devoir. Dans le premier cas, il est présenté un commerçant. Ici, le devoir et l'intérêt sont confondus,  le commerçant a pour devoir d'être honnête, mais s’il l’est, ce sera aussi dans son intérêt car il va conserver ses clients plutôt que de les mécontenter. S'il agit par intérêt, son action est cependant conforme au devoir. Ainsi, s’il agit par intérêt, il sera en même temps conforme au devoir. La simple conformité au devoir n’est donc pas la moralité,  il faut que l’intention première du commerçant soit d’agir par devoir. On ne peut donc pas savoir si le commerçant est moral. Dans le second exemple, Kant énonce que la valeur morale de l'action ne dépend pas de son contenu ou de ses résultats, mais de la forme de la volonté. Pour finir, il conclut que le devoir est la nécessité d'accomplir une action par respect pour la loi dans sa troisième proposition.

            La valeur morale de l'action, comme il est dit dans la deuxième proposition, ne dépend pas de son contenu, mais de la forme de la volonté. L'action morale ne dépend de rien qui soit a posteriori. Ce qui est donné dans l'expérience ne peut pas nous renseigner sur la moralité d’une action. Ce n'est pas à l'expérience de me dicter ce que je dois faire. La loi morale n’est donc qu’à priori. Une action sera nécessairement morale si elle est accomplit par devoir et conformément au devoir. Ce qui est juste est ce que n’importe qui doit vouloir, Kant énonce « je dois toujours me conduire de telle force que je puisse aussi vouloir que ma maxime devienne une loi universelle ». Cependant, chaque homme, en plus d’avoir en lui la loi morale a une sensibilité. Sa raison peut donc être influencée par celle-ci. C’est pour l’homme une tentation constante de lutter contre le commandement de la raison. On a donc besoin de la philosophie pour dégager la loi morale des intérêts particuliers et sensibles. La philosophie permet donc de fonder d’une façon irréfutable les principes moraux.

 

Deuxième section : Passage de la philosophie morale populaire à la métaphysique des mœurs.

            Dans la première section, Kant à tiré le concept de devoir de la raison pratique, il va maintenant le chercher dans la raison pure, philosophique. Pour lui, la philosophie est nécessaire pour parvenir à dégager la morale dans sa pureté, car on ne peut pas avoir d’exemples certains où des hommes aient agi par devoir avant tout. On ne pourrait pas tirer la morale d’exemples, car il faut justement juger ces exemples par rapport à un modèle, par rapport à la moralité en elle-même. C'est pourquoi, si on fonde la morale sur l'expérience, elle serait vite ruinée. Le devoir ne peut donc pas être un concept empirique selon Kant, et ne peut avoir son origine que dans la raison. Ainsi, seule une science purement rationnelle peut traiter de la moralité : la métaphysique des mœurs.

            Toute chose dans la nature agit selon des lois, seul un être raisonnable agit d'après la représentation des lois. L’auteur énonce que c’est pour la volonté humaine une contrainte d’obéir à la loi. Le commandement devient donc un impératif.

            Il y a deux sortes d’impératifs. Kant va les présenter ensuite : Les impératifs hypothétiques ou les impératifs catégoriques. Si l'action n’est bonne que comme moyen pour autre chose, l'impératif est hypothétique, si elle est représentée comme nécessaire en soi, indépendamment de tout autre but, alors l'impératif est catégorique. L’impératif catégorique est l’impératif de la moralité. L'impératif hypothétique exprime donc que l'action est bonne en vue d'une fin possible ou réelle. Dans le premier cas, il s'agit d'un principe « problématiquement pratique », dans le second d'un principe « assertoriquement pratique ». L'impératif catégorique est quant à lui appelé par Kant comme « apodictiquement pratique ». Quand la fin envisagée par l'action qui commande l'impératif est possible, on peut appeler ces impératifs \"impératifs de l'habileté\". Kant considère que la seule fin réelle chez les êtres doués de raison est le bonheur.

            L’interrogation introduite ensuite est de savoir comment de tels impératifs sont ils possibles. D’abord, pour les impératifs hypothétiques, vouloir la fin implique de vouloir les moyens. Les impératifs de l'habileté et de la prudence sont analytiques, et aucun doute n'est possible quant à leur existence. L’impératif catégorique exige quant à lui un examen a priori car on ne peut avoir la preuve de son existence par expérience. Kant va donc énoncer clairement cet impératif. C’est le seul qui est l’affirmation de la loi morale, il se présente à chacun avec un caractère d’universalité. L’auteur le rapporte donc à cette formule : « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne loi universelle. » et à celle-ci : « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté de loi universelle de la nature ». Il utilise ensuite 4 exemples pour rendre compte de l’impératif catégorique. Dans le premier, par exemple, il présente un homme qui, à la suite d'une série de maux, ressent du dégoût pour la vie. Par amour de soi-même il aimerait mettre fin à sa vie. Cependant, cet acte serait contraire au principe suprême de devoir car il ne peut être érigé en loi universelle de la nature car la nature à fonction de pousser au développement de la vie.

Le deuxième exemple est celui de la fausse promesse, qui est condamné lui aussi car il est en contradiction avec les lois de la nature. Les deux suivants sont l’exemple de la négligence de ses droits naturels et de la non assistance à autrui, qui sont eux aussi condamnés, mais pour une autre raison, parce qu’on ne peut pas vouloir que la maxime de ces actions deviennent lois universelles.

            Kant propose ensuite une autre formule de l’impératif catégorique. Les êtres raisonnables sont assimilés à des personnes, car la nature les désigne comme fin en soi.  On peut donc énoncer un impératif dont doivent pouvoir être déduites les lois de la volonté : « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme moyen ». Il reprend donc les exemples précédents  en montrant qu’ils ne sont pas en accord avec l’impératif catégorique car les hommes ou l’humanité sont utilisés comme moyens et non pas comme fins en soi.

            Le concept selon lequel tout être raisonnable doit se considérer comme établissant par toutes les maximes de sa volonté une législation universelle conduit au concept de règne des fins. Il faut donc faire abstraction de toutes les fins particulières, subjectives, et concevoir un tout de toutes les fins, c'est-à-dire ce que Kant appelle un règne des fins. Dans celui-ci, tout à un prix ou une dignité. Ce qui a un prix peut être remplacé par quelque chose d'autre, au contraire ce qui est supérieur à tout prix a une dignité. Si quelque chose est une fin en soi, ça ne peut avoir de valeur relative et a donc une dignité. Seule la moralité peut faire d'un être raisonnable une fin en soi et est donc la seule qui ait de la dignité.

            L’homme est soumis à sa propre législation, ce principe est appelé l'autonomie de la volonté (l’homme est à la fois auteur et sujet de la loi morale) en opposition avec tous les autres principes que Kant appelle hétéronomies. Ainsi, Kant rejette les morales à la recherche du bonheur ou de la perfection, les morales de l’hétéronomie.

 

 

Troisième section : Passage de la métaphysique des mœurs à la critique de la raison pure pratique.

            Kant pose en principe que « le concept de la liberté est la clef de l'explication de l'autonomie de la volonté », car la liberté est une « propriété qu’à la volonté d’être à elle-même sa loi ». La volonté peut agir indépendamment de causes étrangères, c'est la liberté. La liberté agit selon des lois immuables. La liberté de la volonté est donc une autonomie. La volonté est donc en elle-même sa loi (impératif catégorique).

            Il énonce ensuite que « La liberté doit être supposée comme propriété de la volonté de tous les êtres raisonnables ». En effet, la moralité doit être dérivée uniquement de la liberté, or la moralité nous sert de loi, donc la liberté est une propriété de la volonté de tous les êtres raisonnables. Donc la volonté de tout être raisonnable est libre.

            L’homme peut être considéré de deux points de vue, comme appartenant au monde sensible et étant soumis aux lois de la nature, et comme appartenant au monde intelligible, étant soumis à des lois fondées uniquement sur la raison. L’homme ayant la faculté de raisonner, il est différent des autres objets. La raison peut distinguer la différence entre le monde intelligible et le monde sensible. L'homme, en tant qu'être du monde sensible, est soumis à l'hétéronomie des lois de la nature ; alors qu'en tant qu'être du monde intelligible, il est soumis aux lois de la raison. Comme l’homme est un être raisonnable, il parvient à faire la distinction entre ces deux mondes. La volonté de l’homme est alors capable de vouloir la loi morale malgré l’influence de la sensibilité.

            La question que se pose ensuite Kant est « Comment un impératif catégorique est-il possible ? » L'homme appartient au monde sensible, il est donc soumis à la loi de l'inclination et des désirs. Mais il appartient aussi au monde intelligible, et est soumis aux règles de la morale. S'il ne faisait partie que du monde intelligible, il n'aurait pas besoin de l'impératif catégorique, car toutes ses actions seraient conformes au devoir moral. Comme il appartient à ces deux mondes, alors un impératif catégorique est possible. « Des impératifs catégoriques sont possibles pour cette raison que l’idée de la liberté me fait membre d’un monde intelligible. »

            La moralité découle donc de la liberté. On peut se poser la question de l’existence de la liberté car d’un coté, nous nous sentons libre, et de l’autre, les lois de la nature nous contraignent. Mais pour Kant, ce n’est pas une contradiction.  Un être qui appartient au monde sensible doit être gouverné par des lois de la nature dont il est indépendant car il appartient aussi au monde intelligible. L'homme sait peu de choses du monde sensible, il ne peut donc pas expliquer comment la liberté est possible : aucune connaissance n'est possible hors des lois de la nature. La liberté n'est qu'une idée, une supposition nécessaire de la raison. La philosophie ne peut donc que réfuter les objections à la liberté. La nécessité de la supposition de la liberté suffit à prouver la légitimité de l’impératif catégorique, il est impossible pour la raison humaine de pousser plus loin l’explication. La liberté n’a donc pour Kant qu’un rôle de supposition nécessaire de la raison.

 

Remarque finale :

            L'homme ne comprend pas la nécessité pratique inconditionnée de l'impératif moral (catégorique), mais comprend son incompréhensibilité, et c'est tout ce que l'on peut exiger d'une philosophie qui s'efforce d'atteindre les limites de la raison humaine.

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