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Le langage est-il un obstacle à la connaissance ?

Publié le 12/01/2004

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langage

b) On peut aussi penser le danger du langage dans une autre direction, qui est celle de l'usage. Dans sa Seconde Méditation, Descartes, lancé dans une analogie entre le morceau de cire et autrui, s'arrête un instant sur ses mots : « car encore que sans parler je considère tout cela en moi-même, les paroles toutefois m'arrêtent, et je suis presque trompé par les termes du langage ordinaire ; car nous disons que nous voyons la même cire, si on nous la présente, et non pas que nous jugeons que c'est la même, de ce qu'elle a même couleur et même figure «. Ce sont ici les métaphores du langage courant qui sont en cause, et qui nous trompent au lieu des sens (lesquels sont habituellement mis en cause dans les commentaires sur le rationalisme). Nous sommes habitués aux métaphores intellectuelles de la vision, mais il est vrai qu'à proprement parler nous ne « voyons « pas que c'est la même cire. Est-ce à dire alors que les dangers du langage courant exigent l'édification d'un langage spécifique à la connaissance rigoureuse ?

III - Un langage de la connaissance ?

a) La thématique de l'insuffisance du langage ordinaire sera au centre de la nébuleuse qu'on appelle habituellement la « philosophie analytique «. Cette appellation recouvre en réalité deux tendances très nettement distinctes, et dont la ligne de partage recoupe celle de notre question. D'un côté, un courant que l'on peut appeler le positivisme logique (Frege, Russell, Carnap) voulait corriger le langage dans ses divers emplois et lui substituer un langage qui satisferait à l'exigence de la syntaxe logique, une langue formulaire. De l'autre, un courant qui serait une philosophie du langage ordinaire (Ryle, Wittgenstein, Austin) et qui, comme son nom l'indique, entend au contraire valoriser le langage courant.

langage

« Méditation, Descartes, lancé dans une analogie entre le morceau de cire et autrui, s'arrête un instant sur ses mots : « car encore que sans parler je considère tout cela en moi-même, les parolestoutefois m'arrêtent, et je suis presque trompé par les termes du langageordinaire ; car nous disons que nous voyons la même cire, si on nous laprésente, et non pas que nous jugeons que c'est la même, de ce qu'elle amême couleur et même figure ».

Ce sont ici les métaphores du langagecourant qui sont en cause, et qui nous trompent au lieu des sens (lesquelssont habituellement mis en cause dans les commentaires sur le rationalisme).Nous sommes habitués aux métaphores intellectuelles de la vision, mais il estvrai qu'à proprement parler nous ne « voyons » pas que c'est la même cire.Est-ce à dire alors que les dangers du langage courant exigent l'édificationd'un langage spécifique à la connaissance rigoureuse ? III - Un langage de la connaissance ? a) La thématique de l'insuffisance du langage ordinaire sera au centre de lanébuleuse qu'on appelle habituellement la « philosophie analytique ».

Cetteappellation recouvre en réalité deux tendances très nettement distinctes, etdont la ligne de partage recoupe celle de notre question.

D'un côté, uncourant que l'on peut appeler le positivisme logique (Frege, Russell, Carnap)voulait corriger le langage dans ses divers emplois et lui substituer un langagequi satisferait à l'exigence de la syntaxe logique, une langue formulaire.

Del'autre, un courant qui serait une philosophie du langage ordinaire (Ryle,Wittgenstein, Austin) et qui, comme son nom l'indique, entend au contraire valoriser le langage courant.

Le pointcommun de ces deux courants consiste à considérer que la philosophie a pour rôle de clarifier le sens du langage,mais par deux thérapeutiques radicalement opposéesb) Dans ce contexte, le second des deux courants précités tient une position particulière.

Non seulement elle fondesa recherche sur une réponse nuancée à la question qui nous occupe ici (cette réponse serait : le langage courant,avec certaines précautions, n'est pas un obstacle à la connaissance) mais en outre elle nous rappelle que le langageest dépositaire d'autres enjeux que de ceux de la connaissance.

Austin, par exemple, veut atténuer l'oppositionentre la logique et l'usage, en montrant que le seul rôle possible d'une phrase n'est pas seulement d'affirmer : il partainsi de l'idée qu'« un grand nombre d'énonciations qui ressemblent à des affirmations ne sont pas du tout destinéesà communiquer quelque information pure et simple sur les faits ».

Dire, c'est aussi faire : une phrase telle que « jevous baptise » n'est ni vraie ni fausse : elle agit. Quand dire, c'est faire Le linguiste Austin a montré que le langage, loin d'avoir comme seule fonction la transmission d'informations, enremplit bien d'autres, dont la fonction performative, qui représente le mieux l'acte d'engagement et qu'il résume parla formule : « quand dire, c'est faire ».

Par exemple, dire « oui » lors de son mariage ou « je le jure » dans le cadred'un procès constitue un acte authentique accompli devant témoins : un mot a changé tout le statut juridique del'individu ainsi que sa situation personnelle et sociale. Les paroles sont triplement actes � Le linguiste et philosophe anglais J.

L.

Austin a souligné que toute parole, tout discours est triplement acte: � Acte locutoire.

Une parole, un discours est d'abord l'exercice de la faculté du langage.

Un discours est un énoncéou un ensemble d'énoncés réellement produit par un locuteur (individuel ou collectif).

Il est dan par lui-même unacte : acte de locution. � Acte illocutoire.

Lorsque je parle (que j'accomplis un acte de locution), j'utilise le discours.

Mais je puis l'utiliser dedifférentes manières, car le discours a de nombreuses fonctions.

Je puis, par exemple, informer, suggérer,promettre, interdire, etc.

Donc en disant quelque chose, j'effectue un acte différent de l'acte locutoire qui est dedire quelque chose.

Austin appelle « illocutoire » cet acte effectué en disant quelque chose. � Acte perlocutoire.

Un discours a le plus souvent certains effets intentionnels ou non, même lointains, soit surautrui, soit sur celui qui parle.

Ainsi lorsque je produis un acte locutoire (et par là-même un acte illocutoire) jeproduis un troisième acte, qu'Austin nomme « perlocutoire ». � Ces trois actes distincts sont illustrés par l'exemple suivant :� Acte locutoire : production de la parole, « Tu ne peux pas faire cela ».� Acte illocutoire la parole « Tu ne peux pas faire cela » manifeste une protestation contre une action.� Acte perlocutoire : la parole (et la protestation) « Tu ne peux pas faire cela » a pour effet de dissuaderl'interlocuteur de réaliser son action. Conclusion. »

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