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Peut-on changer le monde ?

Publié le 10/12/2005

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    Proposition de plan :     Changer mes désirs plutôt que l'ordre du monde   Descartes, Discours de la méthode,  troisième partie. « Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde »   l        Descartes dit qu'il ne faut pas chercher à changer le monde, mais à changer ses désirs. l        Cela signifie-t-il qu'on ne peut pas changer le monde ? l        On pourrait comprendre, au contraire, puisqu'il faut une maxime pour se prémunir contre la volonté de changer le monde, qu'on peut changer le monde mais qu'il ne le faut pas. Est-ce cela que Descartes a en vue ? l        Le complément « et généralement, de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées » permet de comprendre que le raisonnement de Descartes n'est pas celui-là : s'il ne faut pas chercher à changer le monde, c'est parce qu'il n'est pas en notre pouvoir de le faire, et que nos désirs seront déçus. Or, comme un désir déçu fait souffrir, mieux vaut ne pas désirer l'impossible. l        Mais cette maxime ne risque-t-elle pas de mener à l'inaction ? l        Cela semblerait paradoxal, puisque Descartes a précisément élaboré sa « morale par provision » pour les nécessités de l'action qui ne peut pas attendre : « afin que je ne demeurasse point irrésolu en mes actions, pendant que la raison m'obligerait de l'être en mes jugements, et que je ne laissasse pas de vivre dès lors le plus heureusement que je pourrais, je me formai une morale par provision ». l        Comment dès lors comprendre cette injonction à ne pas vouloir changer l'ordre du monde ?

Il faut présenter la problématique sous forme d’une alternative, d’une tension, que la dissertation a pour objet de résoudre.

 

Les lois de la nature semblent immuables, nous ne pouvons pas faire qu’il n’y ait plus de catastrophes naturelles, etc. Face à cela, nous avons le sentiment de notre impuissance et nous nous disons que nous ne pouvons pas changer le monde, et cela risque de nous conduire à l’inaction. D’un autre côté, vouloir changer le monde parce qu’il ne nous satisfait pas, n’est-ce pas ne pas nous rendre compte de notre pouvoir limité et nous bercer d’illusions ? Dans le premier cas, nous ne pourrions plus agir, et dans le deuxième, notre action serait vaine.

« impossible ». l Ce qu'il convient, dès lors, de se demander, c'est ce qui dépend de nous dans nos actions sur le monde.

Nos actions peuvent-elles nous permettre de changer le monde ? Dans la troisième partie du « Discours de la méthode », Descartes affirme qu'une de ses règles d'action est « de tâcher plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l'ordre du monde » (« Fortune » désigne ici le cours changeant de la nature). Pour comprendre cette maxime, qui semble d'un conformisme révoltant, il fautsavoir qu'elle fait partie d'une morale « par provision », c'est-à-dire qu'elle ne correspond pas à la morale définitive de Descartes , mais s'intègre à un ensemble de règles provisoires et révisables, dictées par l'urgence de la vie etde l'action, alors même que la raison et la recherche recommandent laprudence. Le « Discours de la méthode » présente la biographie intellectuelle de l'auteur, et les principaux résultats auxquels il est parvenu par une démarcheaussi singulière que révolutionnaire.

Afin de parvenir à une certitude absolueet indubitable, Descartes décide de remettre au moins temporairement en cause la totalité de ses opinions.

Pour parvenir « à la connaissance vraie de tout ce qui est utile à la vie », il se voit obligé de rejeter la totalité de ce qu'il avait cru.

Dans les « Méditations », il décrit ainsi son attitude : « Je suppose que toutes les choses que je vois sont fausses ; je me persuade que rien n'a jamais été de tout ce que ma mémoire remplie de songes me représente ; je pense n'avoir aucun sens… ». Il faut comprendre que ce doute est une démarche intellectuelle qui a pour but de détruire le « palais » de l'ancienne métaphysique, qui n'était bâti que « sur du sable et de la boue », pour reconnaître le véritable palais des sciences sur le roc de la certitude. Mais une question nouvelle apparaît : pendant que je détruis mon ancienne demeure, pour en reconstruire unenouvelle, où vais-je loger ? « Car ce n'est pas assez, avant de recommencer à rebâtir le logis où l'on demeure, que de l'abattre […] il faut aussis'être pourvu de quelque autre où o puisse être logé commodément pendant le temps qu'on y travaillera. » Pendant que le doute m'oblige à n'admettre aucun principe, comment vais-je vivre, et vivre au milieu des autres, sur quels principes vais-je régler mes actes, moi qui rejette tous les principes ? Sur quels critères vais-jechoisir d'agir, pendant que je doute de tout ? La démarche intellectuelle de Descartes l'oblige à être irrésolu en ses jugements, de tout passer au crible du doute, mais « les actions de la vie ne souffrent aucun délai .

» « Ainsi, afin que je ne demeurasse point irrésolu en mes actions pendant que la raison m'obligerait de l'être en mesjugements, et que je ne laissasse pas de vivre dès lors aussi heureusement que je pourrais, je formais une moralepar provision. » La morale par provision consiste à se donner des règles d'action, temporaires et révisables, pour vivre et agir defaçon décidée et résolue, alors même que le doute me contraint à ne rien admettre pour vrai.

On est là à unmoment très particulier de la démarche cartésienne ; un moment où le divorce est possible entre raison & action.Ce qui prime dans l'ordre de la connaissance c'est la vérité.

Et elle impose le doute, la patience, la circonspection.Ce qui prime dans l'action, c'est la résolution, c'est de savoir prendre partie s'y tenir face à l'urgence de la vie.

Lamorale par provision ne correspond qu'à un moment précis de la vie : celui où j'entreprends une réforme intellectuelletotale alors même qu'il me faut continuer à agir. Elle est nécessaire au moment où mes actes ne peuvent pas encore parfaitement correspondre à la vérité, et ceciparce que je cherche une vérité que je n'ai pas encore atteinte.

Les règles de la morale par provision ou « morale provisoire » sont donc par essence révisables, et Descartes récrira une morale une fois sa métaphysique et sa physique fondées.

Pour l'instant, il s'agit de se donner les maximes les plus prudentes et les plus aptes à m'assurerle contentement, alors même que je ne dispose d'aucun principe ferme pour guider mon action.

Si l'on reprend lamétaphore de Descartes , elles correspondent à cette maison dans laquelle j'habite temporairement, pendant que je reconstruis mon palais. La première maxime de Descartes recommande un conformisme extérieur : puisque rien ne me dit quelles mœurs ou quelle religion adopter en toute connaissance de cause, autant m'en tenir à celles de mon pays.

Ce conformismen'est que la façade et n'implique aucune adhésion intérieure.

La seconde maxime consiste en un usage ferme etconstant de la volonté ; une fois une décision prise, il ne faut pas en démordre.

Si je me perds en forêt, il me faudra. »

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