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Peut-on ne pas savoir ce que l'on fait ?

Publié le 21/01/2012

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I a) Il y a deux degrés de conscience : la conscience immédiate et la conscience réfléchie. La première est commune aux hommes et aux animaux : nous sommes conscients de ce qui se passe autour de nous lorsque nous sommes en éveil. Cette conscience ne disparaît pas complètement lorsque nous dormons : le rêve vient nous « protéger » contre ce qui pourrait perturber notre sommeil ; le somnambule, même s’il ignore qu'il l'est, est conscient du terrain sur lequel il avance puisqu'il semble sûr de ses pas. Nous ne pouvons donc pas ne pas savoir que nous faisons quelque chose, bien que cette sensation soit parfois atténuée. C'est la « translucidité de la conscience » d'après Sartre, et selon Descartes « je pense donc je suis » : dès que nous pensons, nous avons conscience d'exister et donc de faire. Faire quelque chose implique d’être actif, cette action demande de l'attention, un effort. Faire un acte qui exige de la réflexion et de la concentration sans le savoir semble être illogique. Cela implique donc la conscience.

Ib) Dans certaines situations, pourtant, la conscience n'est plus présente durant l’action, par exemple dans l'automatisme. Un automatisme s'obtient grâce à un apprentissage : cela nécessite réflexion et concentration, il faut répéter le même acte plusieurs fois. Ce qui est paradoxal est que ce qui résulte de cet apprentissage est que l'acte se fait ensuite de lui-même, sans choix ou réflexion. Par exemple, la conduite demande beaucoup d'attention au début pour coordonner ses mouvements, pour faire les bons choix. Mais à force d'apprendre, on conduit sans vraiment y réfléchir, on peut discuter avec son passager en même temps. Bergson pense donc que, quand l'adaptation n'est plus utile, elle ne participe plus à nos actions. Pour certaines maladies comme l'hystérie, il est même possible de faire un acte intelligent sans en avoir conscience, par exemple pour de l’écriture automatique. Donc sauf en cas de pathologie, notre conscience fait partie de actions. Nous savons alors que nous faisons quelque chose, mais savons nous ce que nous faisons réellement ?

IIa) Comme « savoir » signifie connaître ses actes, connaître leurs buts, on peut parfois savoir que nous faisons mais pas ce que nous faisons. Il est possible de ne pas bien évaluer les conséquences de nos actes (on pense bien faire, et on fait le mal, lorsque la passion devient plus forte que la raison et altère notre jugement par exemple, ou tout simplement par ignorance). Socrate disait d'ailleurs que « nul n’est méchant volontairement » : il est possible de mal faire sans en avoir conscience, sans réellement savoir ce que l'on fait. Cependant, il se peut que je ne sache pas ce que je fais parce que je n'en connais pas vraiment la (ou les) cause(s) : c'est l'hypothèse de l'inconscient freudien. Ce n'est pas forcément lié à certaines maladies (hystérie, folie), ce peut être des manifestations de notre inconscient, comme les actes manqués, lapsus, ou encore les désirs : nous savons que nous désirons quelque chose, donc nous agissons selon ceci, mais savons-nous réellement si nos désirs s’accordent avec nous ? Il est donc impossible de ne pas savoir qu'on fait une action, mais il est possible de ne pas savoir la nature de cette action.

IIb) Selon la loi, on peut en partie ne pas savoir ce que l’on fait. La responsabilité de chacun peut être atténuée en cas de folie : le fou n'est pas réellement auteur de son acte. De même, on peut être tenu comme moins responsable si les circonstances nous ont poussé à commetre tel ou tel acte (je ne suis pas pleinement responsable d’un acte involontaire). Le savoir implique aussi la mémoire, donc le fou qui ne se rappelle pas de ce qu’il a fait ne sait pas ce qu'il a fait, il ne peut pas totalement être tenu pour responsable. On suppose aussi que si l'on fait une action c'est qu'on en a décidé ainsi, il y a eu un choix, donc si je suis contraint, mon acte est involontaire.

Mais d'un point de vue moral, en tant que sujet, l'homme se doit d’être responsable de ses actes. L'homme doit donc savoir ce qu'il fait, ou au moins croire savoir ce qu'il fait. La passion ne serait donc plus un motif valable pour commettre un crime, par exemple : bien que la raison l'empêche de savoir ce qu'il fait, il est conscient qu'il ne sait pas ce qu'il fait. Un état d'ébriété n'est pas une excuse valable non plus puisqu'un crime commis à cause de cela ne serait pas volontaire, mais l'homme est responsable des verres qu'il a bus. Le « nul n’est méchant volontairement » de Socrate serait donc remis en question puisque d'après Aristote, l’homme est responsable du mal qu'il fait car il a manqué de volonté pour s'empêcher de le faire.

Donc légalement je peux ne pas savoir ce que je fais, mais moralement je dois le savoir, je dois être conscient de ce que je fais.

Je dois donc essayer d'avoir conscience de moi-même pour pouvoir vraiment savoir ce que je fais. Mais a-t-on vraiment envie de savoir ce que nous faisons et qui nous sommes ? Comme l'explique Platon dans son Allégorie de la Caverne, les hommes choisissent la plupart du temps la mauvaise foi et l'ignorance à la philosophie, la connaissance et la conscience de soi, car si on sait ce que l'on fait, on est entièrement responsable de ses actes, alors que si on choisit de ne pas être lucide, ce n'est pas nous qui faisons telle ou telle action, mais notre inconscient.

En conclusion, ne pas savoir que l'on fait une action est compliqué (à part en cas d'automatisme, de réflexe, ou encore de maladie), mais ne pas savoir ce que l’on fait est tout à fait possible dans le cas où « savoir » signifie ne pas connaître les causes ou les conséquences de ses actes. Il est aussi possible de se tromper sur les vraies raisons de nos actes, ou de ne pas pouvoir en imaginer les conséquences, et de ne pas être tenu responsable de ses actes d'un point de vue légal, mais moralement, il faut essayer de savoir qui l'on est, et donc ce que l'on fait.

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