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Promettre, est-ce renoncer à sa liberté ?

Publié le 04/02/2004

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  • Analyse du sujet :

l        Il ne s'agit pas ici de chercher une définition de la promesse, mais de chercher si elle implique une renonciation à la liberté. Pour cela, il faudra cependant chercher à définir ce que peut être une promesse.

l        La promesse revient-elle toujours/parfois/jamais à renoncer à sa liberté ?

l        Pour pouvoir répondre à cette question, il va falloir réussir à savoir à la fois ce qu'est la promesse et ce qu'est la liberté, pour pouvoir voir si les deux sont ou non incompatibles.

l        Il faudra en particulier se demander si être libre, c'est pouvoir faire ce que l'on veut quand on le veut, et notamment pouvoir changer d'avis à tout moment, ou si c'est autre chose.

  • Problématisation :

La promesse me lie pour le futur : si je fais une promesse, je ne suis plus alors libre de faire ce que je veux, je me dois d'honorer cette promesse, et donc de faire, le moment venu, ce que j'avais promis de faire. Dans ces conditions, ne peut-on pas dire que la promesse est une renonciation volontaire à sa liberté ?

Faire une promesse c’est s’engager pour l’avenir, c’est donner sa parole à l’autre (éventuellement à soi-même), lui garantir que, dans l’avenir, nous satisferons telle exigence. Mais comment peut-on garantir l’avenir ? N’est-ce pas là une entreprise impossible : celle de déterminer ce qui est essentiellement indéterminé ? Mais n’est-ce pas également un trait caractéristique de l’humanité, soit la faculté de pouvoir se projeter dans le temps ? On peut se demander si promettre ce n’est pas justement confondre l’existence et l’éthique et  croire que le futur est déterminable en droit. Promettre ce serait donc s’opposer au devenir, c'est-à-dire  refuser le changement imprévisible des choses. Or, en cherchant à contrôler le devenir, n’est-ce pas nous même que nous contraignons ? N’est-ce pas nous même que notre promesse écarte du devenir ? Autrement dit, promettre, n’est-ce pas renoncer à sa liberté, à la possibilité de changer ?

« Célèbre penseur de langue allemande, Immanuel Kant (1724-1804) est un philosophe systématique ayant abordé tous les versants de la philosophie : métaphysique, esthétique (dont il est l'un des véritables fondateursaprès Baumgarten), philosophie de la connaissance, et philosophie morale.

C'est à ce dernier versant de sa penséequ'appartient ce texte.

L'enjeu est de savoir à quoi se référer en cas de dilemme moral : quel repère adopter ? Sonbut est clairement d'interdire le mensonge, d'après une méthode qui sous-tend en permanence le concept d'impératifcatégorique.

Dans un premier mouvement, l'auteur explicite un exemple opposant le besoin d'une situation etl'immoralité à laquelle ce besoin nous contraint.

Puis, Kant développe la règle à laquelle doit se conformer l'individuen toute situation à caractère moral. Plan suggéré (les découpes sont indiquées dans le texte par les symboles // entre les parties, / entre les sous-parties) Première partie : Besoin d'argent ? Le texte s'ouvre par la description simple et concise d'une situation : le besoin d'argent.

Cet exemple estprécisé par deux paramètres qui la transforme en cas éthique : 1) si elle emprunte, elle n'a pas de quoi rembourser,2) si elle ne fait pas la promesse de rembourser, elle n'aura pas cet argent.

Les dernières précisions sont apportéespar la dernière phrase de cette première sous-partie : il ne s'agit pas d'une personne inconsciente (les cas de folieou d'irresponsabilité sont donc disqualifiés), mais qui a « assez de conscience » pour s'interroger sur une notion abstraite telle que le devoir moral.

Le mot de conscience ne désigne rien d'autre, dans ce texte, que la consciencemorale.

Cette situation initiale donnée par Kant fourni le thème du texte. C'est à ce moment que l'auteur ouvre une hypothèse : cette personne, malgré sa conscience morale,décide de mentir.

La question implicite n'est pas : Qu'arrive-t-il pour cette personne ? (cela relèverait du récit),mais : Sur quoi peut-elle fonder le raisonnement menant à cette action ? Le problème présent de Kant est donccelui de l'orientation dans la pensée (quels repères utiliser ?) Le raisonnement justifiant cette action, sa « maxime », est immédiatement décryptée par l'auteur dans la dernière phrase de notre première partie.

L'expression «croit avoirbesoin» précise ce qui était jusque là implicite : ce besoin n'est pas une nécessité naturelle, aussi écrasante que leslois de la gravité universelle, par exemple, c'est une impression ressentie par le sujet, qui a le choix de se plier à untel besoin ou d'y résister.

Kant va soumettre cette « maxime » à une épreuve logique : celle de l'universalisation. Deuxième partie : Que faire ? Ce deuxième mouvement débute par une question dans laquelle Kant qualifie la « maxime » qu'il a identifiée de «principe de l'amour de soi ou de l'utilité personnelle », c'est-à-dire d'égoïsme ou égocentrisme élevés au rang de règle d'action.

Pour savoir si un tel principe est juste, il procède à une expérience de pensée et le « convertit » en «loi universelle ».

Cela s'appui sur l'idée admise que la justice est universelle, c'est-à-dire qu'elle vaut pour tous, en tous lieux et époques.

Que devient le mensonge érigé en principe universel ? : il débouche sur l'impossibilité de lavérité, donc impossibilité de promesse ou de confiance en la parole d'autrui.

En quoi ce principe s'est-il autodétruit ?Si l'emprunteur respecte une loi du mensonge quand il veut emprunter de l'argent, le prêteur la respectera aussi enaffirmant prêter cet argent, sans jamais le faire.

Ainsi, aucun n'est satisfait.

C'est en ce sens que Kant ajoute que«personne n'ajouterait plus foi aux promesses », sachant que l'autre mentira systématiquement.

Cette épreuve correspond exactement à un principe de Kant appelé impératif catégorique, et formulé de la façon suivante dans lapremière section de la Fondation de la Métaphysique des Mœurs : « je ne dois jamais me conduire autrement que de telle sorte que je puisse aussi vouloir que ma maxime soit vouée à devenir une loi universelle .» Eléments de Conclusion. Par sa correspondance forte avec la démonstration de l'impératif catégorique, nous pouvons supposer que l'extrait provient de la Fondation de la Métaphysique des Mœurs (1785), et suit la formulation de cet impératif.

Nous avons vu que le repère utilisé passe par l'universalisation, processus de pensée, et que ce texte n'offre aucune règletelle que : tu ne dois pas mentir.

Kant ne dit pas quoi faire dans telle ou telle situation particulière, ce qui demanderait un ensemble de maximes (lois, proverbes, commandements bibliques), il nous dévoile ce que la raison nous ordonne , en toute situation.

Notre point de repère moral est donc trouvé, il s'agit de la raison, qui devra servir de principe d'orientation en éthique.

L'absence de maximes, l'irréductibilité de la philosophie kantienne à unedéontologie (suite de règles à suivre) est ce qui différencie la morale populaire ou religieuse d'une Métaphysique desMœurs. On pourrait reprocher à Kant de ne s'en tenir qu'aux principes ordonnés par la raison, valables a priori , donc au mépris des conséquences.

Si je cache chez moi un ami qu'un assassin recherche, et que l'assassin me demandeoù il est : puis-je mentir ? Ce serait désobéir à l'impératif catégorique en autorisant le mensonge, qui ne peut êtreuniversalisé.

Mais est-il pour autant moral de se rendre complice d'un assassinat ? Prenons un exemple plus simple :la personne dont il est question a besoin d'argent pour assurer l'hospitalisation de son fils qui doit subir uneopération vitale : peut-on mentir au prêteur dans cette condition ? Le principe d'universalisation kantien, ressort del'impératif catégorique, entre donc parfois en concurrence avec l'intuition (au sens non-kantien du terme) que nousavons de la moralité. Transition :. »

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