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Quel est l'objet d'une composition dramatique?... C'est, je crois, d'inspirer aux hommes l'amour de la vertu, l'horreur du vice. Diderot

Publié le 22/02/2012

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L'amour de la vertu, selon Dorval, ne souffre aucune modération. En cette matière, le trop n'est jamais trop peu. On le voit, même le goût y perd de sa pondération : aucune limite n'est prescrite à ce devoir qu'a le dramaturge d'élever le sens moral du spectateur. Notion centrale dans une telle dramaturgie, la « vertu» est le but que se propose l'homme de théâtre. Mais comment comprendre le sens de ce terme? Diderot déclare : «Je définis la vertu, le goût de l'ordre dans les choses morales. » Cette définition laisse entendre, compte tenu du contexte, que cet «ordre» est inscrit dans notre nature et nous porte «naturellement» vers le bien. La bonté fondamentale de la nature humaine est le credo qu'implique l'apologie de la vertu : «la bonté nous est plus indivisiblement attachée que la méchanceté et... en général, il reste plus de bonté dans l'âme d'un méchant, que de méchanceté dans l'âme des bons. » («Deuxième entretien»)
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« «la bonté nous est plus indivisiblement attachée que la méchanceté et...

en général, il reste plus de bonté dansl'âme d'un méchant, que de méchanceté dans l'âme des bons.

»(«Deuxième entretien») La vertu, cette disposition naturelle vers le bien, résulte de l'effort, de l'esprit de sacrifice, le cas échéant; le«drame» est justement conçu pour mettre en péril la vertu, lui faire subir des «épreuves» (le sous-titre de l'oeuvreest suffisamment explicite à cet égard) au terme desquelles s'affirmera le triomphe de la « vertu».Encore faut-il que le spectateur se sente concerné par le tableau des malheurs qu'on lui représente.

A cet effet,Dorval-Diderot souligne vigoureusement la nécessité pour le dramaturge de rendre proche de la vie réelle le dramereprésenté; c'est sans doute ce qui motive, du reste, la fiction adoptée par Diderot selon laquelle Dorval, l'auteur,transpose un drame qu'il vient de vivre réellement.Or la réalité que connaissent les gens du XVIII' siècle, selon le dramaturge, c'est la réalité «bourgeoise» telle qu'elles'exprime dans les «conditions» (les « professions ») de cette période historique, et non, comme l'avait représentéeMolière, au siècle précédent, dans les «caractères» (l'avare, l'hypocrite, le misanthrope etc.).

Ces «conditions»,Diderot les évoque (l'homme de lettres, le philosophe, le commerçant...) pour les associer aussitôt aux « relations»,dont le caractère familial est flagrant (la « parenté »).

Voilà le champ d'expérimentation de la «vertu», qui nechancelle que pour mieux être rétablie dans ses droits : « — Ainsi vous voudriez qu'on jouât l'homme delettres, le philosophe, le commerçant, le juge, l'avocat, le politique, le citoyen , le magistrat, le financier, le grandseigneur, l'intendant.DORVAL.

- Ajoutez à cela toutes les relations : le père de famille, l'époux, la soeur, les frères.

Le père de famille!Quel sujet, dans un siècle tel que le nôtre, où il ne paraît pas qu'on ait la moindre idée de ce qu'est un père defamille!Songez qu'il se forme tous les jours des conditions nouvelles.

Songez que rien, peut-être, ne nous est moins connuque les conditions, et ne doit nous intéresser davantage.

Nous avons chacun notre état dans la société; mais nousavons affaire à des hommes de tous les états.Les conditions! Combien de détails importants, d'actions publiques et domestiques, de vérités inconnues, desituations nouvelles à tirer de ce fonds! Et les conditions n'ont-elles pas entre elles les mêmes contrastes que lescaractères? et le poète ne pourra-t-il pas les opposer?» (« Troisième entretien ») Exposer sur la scène les conflits qui mettent en cause les « conditions» et les « relations », dans le langage mêmede la conversation, tel pourrait être le programme que se fixe le drame bourgeois, Diderot, avec son Père de famille(1757), Sedaine, avec son Philosophe sans le savoir (1765), Mercier, avec La Brouette du vinaigrier (1775),Beaumarchais, avec La mère coupable (1792).Au XVIIIe siècle, la tragédie est passée de mode.

Beaumarchais lui reproche de mettre en scène des actionsimmorales, du fait que la fatalité prive les personnages du sentiment de leur responsabilité (Essai sur le genredramatique sérieux, 1767) et, comme Diderot, il veut emprunter à la réalité quotidienne ses sujets et sespersonnages.

Dans La Mère coupable, Beaumarchais s'évertue à toucher la sensibilité afin de rendre l'hommemeilleur, le spectacle de la vertu étant le ressort moral et sentimental du plaisir théâtral, comme le voulait Diderot,car, précise Beaumarchais, «Tout homme qui n'est pas né un épouvantable méchant finit toujours par être bon.» La faveur dont jouit la vertu auprès des théoriciens et des créateurs tend à faire du théâtre une école de moralité,de grandeur d'âme bourgeoise.

La vertu est devenue, au XVIII' siècle, l'équivalent bourgeois de cette autre valeursûre qu'était, un siècle auparavant, la « générosité » aristocratique.

Générosité bourgeoise, si l'on ose cerapprochement, la « vertu» investit la scène d'une redoutable autorité. « Plaire et toucher », tel était, dans la préface de Bérénice, le voeu de Racine, au XVIIe siècle.

Cette règle n'a pascessé de présider aux destinées du drame bourgeois, mais, bien entendu, tout l'intérêt de la formule réside dans l'artet la manière de s'en servir.Emouvoir au spectacle de la vertu la plus quotidienne et familière, en exaltant l'ordre bourgeois, c'est aussireconnaître à cette catégorie sociale (cet « ordre ») une dignité qui dérive de son importance économique.

LaRévolution lui accordera bientôt les droits politiques qu'elle est fondée à réclamer.

La vertu représente une valeurqui deviendra de plus en plus populaire.En effet, c'est peut-être le mélodrame, dont l'apogée se situe dans la première moitié du XIX' siècle (avec Coelinaou l'enfant du mystère, de Pixérécourt, en 1801, ou encore, avec L'Auberge des Adrets, de Victor Ducange, en1823), qui présente de la vertu le tableau le plus pathétique, surtout quand la vertu est persécutée.Dans le mélodrame, l'émotion est à son comble quand la jeune fille, enfant naturelle ou orpheline, est sauvée dudéshonneur, après avoir été enlevée par l'odieux bandit, grâce à la vertu intrépide du jeune homme prêt à tous lessacrifices.

Précurseur et rival du drame romantique, le mélodrame est le maillon intermédiaire qui unit le drame. »

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