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Quels liens établissez-vous entre les notions de liberté et de responsabilité ? (Pistes de réflexion seulement)

Publié le 24/03/2004

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. Autrement dit, il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est libéré. Si, d'autre part, Dieu n'existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notre conduite. Ainsi, nous n'avons ni devant nous, ni derrière nous, dans le domaine lumineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuse. C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme est condamné à être libre. » Etre condamné à la liberté signifie être totalement libre et par suite responsable, devant les autres et devant soi-même, d'une conduite qui n'est guidée par aucune valeur prédonnée. Nul Dieu, nulle Eglise, nul credo ne peuvent définir à l'avance notre conduite ni la justifier. A chaque fois, dans chaque situation concrète, nous avons à nous engager, à choisir, à agir, sans qu'aucune ligne de conduite ne soit fixée à l'avance. C'est pourquoi, aussi exaltante que soit notre liberté, elle sonne comme une condamnation, et produit de l'angoisse, cette angoisse que Sartre décrira dans « La Nausée ».

« Bien saisir la conception sartrienne de la liberté, de l'angoisse et de la mauvaise foi, présuppose que l'on ait saisi ceque signifiait : « L'existence précède l'essence ». Tout objet fabriqué a d'abord été conçu.

Pour reprendre l'exemple de Sartre , un coupe-papier est un objet fabriqué par un artisan, selon une idée préalable dont il déduit la façon de fabriquer l'objet.

Aucun objet technique n'estproduit sans que son utilité n'ait d'abord été définie, sans que sa nature ou son essence (« c'est-à-dire l'ensemble des recettes et des qualités qui permettent de le produire et de le définir ») ne soit posée. Autrement dit, ici, l'essence précède l'existence.

Chaque coupe-papier existant n'est qu'un exemplaire du conceptou de l'essence de coupe-papier. Dans la conception traditionnelle, l'homme est créé par Dieu, il est produit selon une définition de la naturehumaine.

Ainsi chaque homme existant n'est qu'une réplique ou une version d'une nature humaine, d'une essenceunique, présente dans l'esprit divin.

Sartre conclut que dans cette vision traditionnelle, à laquelle il s'oppose avec vigueur, puisque l'essence précède l'existence : « L'homme des bois, l'homme de la nature, comme le bourgeois sont astreints à la même définition et possèdent les mêmes qualités de base.

» Or, poursuit Sartre , si l'on est athée, et athée de façon cohérente, il faut poser qu'il y a « au mois un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant d'être défini par aucun concept, et cet être c'est l'homme. » L'homme existe d'abord et se définit ensuite.

Il n'est pas un exemplaire d'une norme ou d'une nature préexistante, ilse fabrique lui-même au cours de l'histoire.

La première signification de la liberté est cette capacité humaine à sedéfinir par soi-même.

Un objet technique, voire un objet naturel, une pierre, ne sont rien d'autre que ce que leurdéfinition préalable nous dit qu'ils sont.

L'homme, à l'inverse, parce qu'en lui « l'existence précède l'essence » a reçu cet étrange privilège de se fabriquer lui-même. Mais « si vraiment l'existence précède l'essence, l'homme est responsable de ce qu'il est ».

Sur chacun de nous pèse la responsabilité pleine et entière de nos actes et choix.

Nous ne pouvons nous retrancher derrière aucune« nature » qui nous définirait et limiterait notre possibilité d'agir et de nous faire.

Pire : « Nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de tous les hommes ».

En effet, en posant tel ou tel choix politique, affectif, etc.

j'en affirme la valeur, et la valeur pour la totalité de l'humanité. Cette liberté, nous nous la masquons la plupart du temps, car elle est terriblement difficile à assumer.

Il vaut lapeine de citer le passage où Sartre résume et sa position philosophique et son athéisme, et décrit l'angoisse qui peut nous atteindre quand nous comprenons notre liberté. « Dostoïevsky avait écrit : « Si Dieu n'existait pas, tout serait permis ».

C'est là le point de départ de l'existentialisme [...].

Autrement dit, il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est libéré.

Si, d'autrepart, Dieu n'existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notreconduite.

Ainsi, nous n'avons ni devant nous, ni derrière nous, dans le domaine lumineux des valeurs, desjustifications ou des excuses.

Nous sommes seuls, sans excuse.

C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme estcondamné à être libre. » Etre condamné à la liberté signifie être totalement libre et par suite responsable, devant les autres et devant soi-même, d'une conduite qui n'est guidée par aucune valeur prédonnée.

Nul Dieu, nulle Eglise, nul credo ne peuventdéfinir à l'avance notre conduite ni la justifier.

A chaque fois, dans chaque situation concrète, nous avons à nousengager, à choisir, à agir, sans qu'aucune ligne de conduite ne soit fixée à l'avance. C'est pourquoi, aussi exaltante que soit notre liberté, elle sonne comme une condamnation, et produit de l'angoisse,cette angoisse que Sartre décrira dans « La Nausée ».

Ainsi nous tentons de nous défaire de cette responsabilité. C'est alors une conduite que Sartre qualifie de « mauvaise foi ». « L'Etre & le Néant » en donne un exemple cocasse.

Soit une jeune femme qui se rend à un rendez-vous galant. Elle sait pertinemment à quoi elle s'attend, mais elle refuse de céder ou de rompre immédiatement.

Elle refuse en unsens de faire usage de sa liberté.

Par suite, dit Sartre dans une description qui est un morceau d'anthologie, elle abandonnera sa main, mais « comme si » elle ne s'en apercevait pas, ce qui est à la fois une façon d'accepter l'invitation et de la dénier : une façon de se démettre de sa capacité de choix.

Cet exemple d'ordre intime peut seredoubler de l'exemple politique de Garcin dans « Huis-clos » : celui-ci refuse de reconnaître qu'il a agi de la dernière des façons possibles dans l'ordre politique en cédant à la lâcheté. Sartre ne nie pas le conditionnement social ou historique.

A l'inverse celui-ci forme des « situations ».

Mais s'il est donné à tout homme d'agir en situation, dans des conditions données, sociales, historiques, familiales, celles-ci nedéfinissent en rien un déterminisme qui aliénerait notre liberté.

En déclarant « nous n'avons jamais été aussi libres que sous l'occupation allemande », Sartre n'est pas seulement provocant.

Il entend aussi signifier que la liberté d'action et de choix, aussi douloureuse et difficile soit-elle, est toujours entière.. »

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