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Suis-je ce que mon passé a fait de moi ?

Publié le 05/01/2004

Extrait du document

J’ai aujourd’hui une identité qui m’est propre et qui, me distinguant des autres, révèle mon originalité et ma particularité. Cette identité est le fruit de mon histoire personnelle. C’est la somme des expériences vécues qui a fait de moi ce que je suis maintenant.  Mais mon passé ne détermine pas l'ensemble de mon existence. Je peux, aujourd’hui, à chaque instant, décider de ce que je veux faire de ma vie. Celle-ci est ouverte sur un futur qui est pour moi une page vierge à remplir.  Peut-on dire alors que le passé structure mon identité et détermine une fois pour toutes ce que je suis ? Ne pourrait-on pas au contraire estimer que le passé joue un rôle second dans la construction de mon identité ?

Un individu sans aucun passé (le « voyageur sans bagages « d'Anouilh) est difficilement concevable. Il convient donc d'estimer l'importance de ce même passé pour le repérage de ce qu'est un sujet : suis-je (seulement) ce que mon passé a fait de moi ?

  • 1. Le passé, condition du présent et de l’avenir
 
a. Mon histoire personnelle constitue ce que je suis aujourd’hui  
b. Une continuité temporelle  
c. Le déterminisme temporel  
  • 2. Je ne suis pas déterminé par mon passé

a. La signification que je donne à mon passé est en mon pouvoir  
b. Tout se joue aujourd’hui

« Dans la trente et unième des « Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse » (1932), intitulé « La décomposition de la personnalité psychique », Freud décrit le but du traitement psychanalytique par cette formule : « Là où « çà » était, « je » dois devenir », où le « ça » représente l'inconscient.

Il est remarquable que la traduction de la phrase allemande ait prêté à controverses. Pour comprendre l'enjeu de cette phrase, il faut garder à l'esprit que la psychanalyse, avant d'être une discipline, voire une science, est avant toutune thérapie, une façon de guérir des patients. Dans notre texte, Freud affirme « C'est que l'être humain tombe malade en raison du conflit entre les revendications de la vie pulsionnelle et larésistance qui s'élève en lui contre elles ».

La maladie provient d'un conflit entre les normes « éthiques, esthétiques et sociales » et des désirs qui « semblent remonter d'un véritable enfer ». Or ces désirs censurés ne sont pas plus conscients que la censure elle-même.Le malade subit donc un combat interne dont il n'a ni la maîtrise, ni laconnaissance : « La psychanalyse entreprend d'élucider ces cas morbides inquiétants, elle organise de longues et minutieuses recherches, elle se forgedes notions de secours et des constructions scientifiques et, finalement peutdire au moi : « il n'y a rien d'étranger qui se soit introduit en toi, c'est une part de ta propre vie psychique qui s'est soustraite à ta conscience et à la maîtrise de ton vouloir. » En quoi consiste alors le traitement ? A traduire l'inconscient en conscient : « On ne prête pas assez attention dans cette affaire à un point essentiel, à savoir que le conflit pathogène des névrosés n'est pascomparable à une lutte normale que des tendances psychiques se livrent sur le même terrain [...] Il y a lutte entredes forces dont quelques-unes ont atteint la phase du [...] conscient, tandis que les autres n'ont pas dépassé lalimite de l'inconscient.

C'est pourquoi le conflit ne peut aboutir que lorsque les deux se retrouvent sur le mêmeterrain.

Et je crois que la seule tâche de la thérapeutique consiste à rendre cette rencontre possible. » (« Introduction à la psychanalyse »). Le but de la cure est donc de faire que le patient, au lieu de subir un conflit dont il n'a pas la maîtrise, puisse prendre conscience de celui-ci.

Un conflit qui existe mais n'est pas posé ne peut être résolu.

Seule la claireconscience des désirs qui agitent le patient, et des choix qu'il doit faire entre ses désirs et ses normes, peut amenerà la guérison. Supprimer le refoulement conduit à remplacer une censure dont je n'ai pas conscience, par un jugement et un choix conscient : « En amenant l'inconscient dans la conscience, nous supprimons les refoulements [...] nous transformons le conflit pathogène en un conflit normal, qui, d'une manière ou d'une autre, finira bien par êtrerésolu. » Autrement dit, la cure n'a d'autre but que de remplacer chez le patient le ça, l'inconscient, par la conscience.

De favoriser le jugement et le choix et d'éliminer un conflit vécu mais ni connu ni maîtrisé.

Lepsychanalyste n'a donc pas à trancher le conflit à la place de son patient, ni à transformer celui-ci.

A l'inverse, ildoit permettre à ce dernier sa propre reprise en main.

Là où le patient était un individu scindé, déchiré entreconscience et inconscient , la cure devrait favoriser une réunification du sujet. « Vous vous étiez fait de la guérison du nerveux une autre idée, vous vous étiez figuré, qu'après s'être soumis au travail pénible d'une psychanalyse, il deviendrait un autre homme ; et voilà que je viens vous dire que saguérison consiste en ce qu'il a un peu plus de conscient et un peu moins d'inconscient qu'auparavant ! Or, voussous-estimez certainement l'importance d'un changement intérieur de cet ordre. » Le but du traitement analytique tel que le décrit Freud est de rendre au sujet, déchiré par un conflit dont il n'a pas conscience, la maîtrise de soi.

Loin que la psychanalyse soit une apologie de l'inconscient, elle s'assigne comme butla promotion du sujet, de la conscience, et la réduction du ça, de l'inconscient.

Ni confesseur, ni gourou, lepsychanalyste, sachant que tout être humain est d'abord et avant tout un être scindé, déchiré, « décomposé » pour reprendre le mot de Freud , s'efforce de favoriser la recomposition du sujet et l'avènement de la maîtrise de la conscience. - Au sens strict (et sans trop jouer sur les ternes du sujet), un « je » malade ne résulte d'ailleurs pas de ce que sonpassé a fait de son « moi », puisque ce passé pathogène n'est précisément pas dans son « moi » (mais dans son «ça ») .. »

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