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Tout est-il sexuel ? Tout est-il réductible à la sexualité ?

Publié le 17/03/2004

Extrait du document

Analyse du sujet
 
-         La sexualité peut se définir comme l’ensemble des phénomènes organiques et psychiques liés aux processus de reproduction sexuée et à la recherche du plaisir sexuel. Or, en ce sens générique, il apparaît difficile de concevoir rationnellement que l’ensemble du comportement humain et de la nature humaine soit réductible à ce type de sexualité. Car si en effet la sexualité, ou en tout cas la recherche du plaisir sexuel, oriente pour une part notre conduite, on a du mal à imaginer en quoi, comment et pourquoi non seulement elle orienterait mais encore elle serait à l’origine de toutes nos conduites.
-         Comprenons ici qu’il faut entendre sexualité en son sens psychanalytique : il s’agit, dans cette perspective, de plaisirs de type génital mais aussi d’activités présentes dès l’enfance et procurant un plaisir irréductible à l’assouvissement d’un besoin physiologique.
-         D’où l’on comprend que la question de savoir si tout est réductible à la sexualité doit en réalité s’entendre et s’analyser du point de vue justement psychanalytique : il s’agit par là d’éprouver la théorie freudienne qui tend à faire de la sexualité l’origine et le fondement de tout comportement humain.
-         C’est en effet ce qu’il faut comprendre par « être réductible « : en dernière instance, il semble que, pour Freud en tout cas, la sexualité – au sens psychanalytique – soit un modèle explicatif englobant, c’est-à-dire apte à expliquer l’ensemble des comportements humains : bref, tout comportement, action, pensée, etc., devrait être ramené, pour être comprise, à la pulsion sexuelle ainsi définie – et qui en serait tout à la fois l’origine et le fondement. Or, c’est précisément cette réduction, et, plus profondément sa légitimité, qui est ici mise à la question. Car, s’il est vrai qu’un tel schéma explicatif peut s’avérer fécond pour l’analyse psychanalytique du comportement humain – a fortiori de la nature humaine – la prétention d’un tel schéma à être ce sur quoi, en dernière instance, tout est fondé, est-elle légitime ?
 
Problématique
 
           S’il apparaît que la sexualité, au sens psychanalytique, est un mode d’explication fécond pour l’analyse du comportement humain, en ce sens qu’une fois décomposé, il semble s’y réduire, c’est-à-dire y trouver leur fondement et origine ultime, est-il pour autant légitime d’affirmer une telle réduction ? Y a-t-il donc nécessairement assimilation de tout comportement, pensée, etc., à la pulsion sexuelle ? Qu’est-ce qu’une telle définition a comme conséquences, notamment en ce qui concerne la nature du désir ? N’est-ce pas nier les contradictions inhérentes de la nature humaine qui doit concilier principe de plaisir et pulsion de mort ?
 

« II.

En quel sens cette réduction comme seul élément d'explication peut-il être remise en question ? · Foncièrement destructrice, il est nécessaire de voir que la violence se distingue de l'agressivité.

Sans doute l'homme partage-t-il avec l'animal une tendance à déployer sa puissance qui peut impliquer laneutralisation de tout obstacle, y compris l'être humain.

En ce sens, l'agressivité se confond avec la vie, et ilserait illusoire de vouloir la justifier ou la condamner.

Mais l'agressivité ne trouve pas nécessairement lechemin de la violence ; la loi le reconnaît, qui ne sanctionne les intentions agressives qu'au moment où ellesse traduisent par des actes. · Dire que la violence est naturelle à l'homme ne va donc pas sans ambiguïté.

Et lorsque Freud met en évidence l'action de « pulsions de mort » qui expliquent en partie le comportement des individus comme despeuples, il ne se contente pas d'établie l'existence d'une agressivité universelle – le constat n'est pas neuf –ni même de lui donner un statut privilégié.

Ce qui est nouveau, c'est l'idée que l'agressivité est d'abordtournée vers le sujet et comme stagnante en lui avant d'être infléchie vers l'extérieur.

Nous voici doncamenés à l'hypothèse d'une violence inéluctable et foncièrement suicidaire inscrite au plus profond de notrenature.

« L'homme n'est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d'amour, donc on dit qu'il se défend quandon l'attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compter de ses données instinctives une bonnesomme d'agressivité » (Malaise dans la civilisation). · Sans doute philosophes et penseurs d'horizons les plus divers n'avaient-ils pas attendu Freud pour établir l'existence d'une telle pulsion destructrice.

Favorisée par la faiblesse ou l'absence des lois, cette violencedébridée définit un état de nature qui, comme le montre Hobbes , porte en lui l'exigence de recourir aux moyens les plus extrêmes pour la conservation de soi.

« Il apparaît clairement par là qu'aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui lestienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre et guerre dechacun contre chacun » (Léviathan). · Mais l'appréciation de Freud est plus pessimiste, puisqu'elle l'amène à considérer que les horreurs des génocides et des guerres sont un exutoire inéluctable, de ces « pulsions de mort ».

La civilisation, dont lesfondements sont à la fois le travail, la limitation et la répression de la sexualité, et enfin l'interdit du meurtre,n'a pas en effet le pouvoir de résorber la violence. · Bien loin de renvoyer l'homme à son hypothétique nature sauvage, l'analyse de la violence révèle donc une ambivalence fondamentale non seulement de nos pulsions mais aussi des institutions qui sont supposéesles discipliner.

Notons par exemple le caractère insistant de l'impératif : « Tu ne tueras point » n'exprime passeulement l'existence rassurante des forces morales positives à l'œuvre elles aussi dans l'histoire humaine.

Ilrévèle surtout la nécessité de contrecarrer une tendance à la violence dont ni les progrès de la consciencemorale ni ceux des Etats ne semblent pouvoir venir à bout.

On pourra observer, de surcroît, que cettenégativité destructrice, - ou féconde selon les points de vue – ne fait pas l'objet d'une condamnationunilatérale ni chez les philosophes, nombreux à souligner la valeur morale ou historique de la violence, ni dansles textes sacrés. · On comprend alors que si la sexualité, ainsi définie précédemment, apparaît a priori comme un schéma d'explication valide, il n'en reste pas moins que tout ne peut pas être réduit à une telle pulsion sexuelle : elleest une des éléments fondamentaux de l'explication psychanalytique du comportement et de la naturehumaine, mais elle n'en est qu'un parmi d'autre : la violence et sa nécessaire sublimation en sont un exemplefécond. · Pour autant, dire que tout est réductible à la sexualité, c'est faire du désir une simple pulsion qui renvoie l'homme à sa seule bestialité : or, qu'est-ce qu'un tel désir ? N'y a-t-il pas une spécificité positive du désirhumain qui fait qu'on ne peut le réduire à la simple pulsion sexuelle ? III. Le rôle de la sublimation et de l'amour dans l'idéalité du désir · On peut trouver dans la description que fait Sartre du désir sexuel une perspective comparable, en ce qu'elle tient d'une certaine façon l'amour en échec.

Ce que vise le désir sexuel, au-delà de l'assouvissementd'un besoin, c'est la soumission de l'autre à son propre désir.

Mais la possession de l'autre ne peut être qu'unidéal impossible de l'amour, parce que l'autre existe, lui aussi, comme désir et liberté.® Sartre, L'Etre et le Néant, « Tel est l'idéal impossible du désir : posséder la transcendance de l'autrecomme pure transcendance et pourtant comme corps.

» · Définir ainsi le désir c'est donc le condamner à n'être que le témoignage d'un manque originel, la marque de la finitude humaine.

Le désir n'a d'autre sens que celui de la destruction, mais aussi de l'ennui une fois lapulsion accomplie. · Le désir ne peut donc plus avoir d'autre sens que celui d'une insatisfaction viscérale inhérente à la vie puisqu'il ne semble pas se résorber dans l'amour de l'autre.

La dévalorisation du sens du désir, ainsi résorberdans le manque, est donc ici totale.

Si je suis capable de désirer ce que je n'aime pas alors s'exprimel'angoisse. · Hypothèse de l'inconscient : loi du manque commande le désir ainsi que celle de la distance toujours maintenue de l'objet à jamais manquant.

Le désir n'a donc d'autre sens que ce « manque à être » dévoiléepar Lacan.

C'est donc le concept de désir qui est à retravailler si l'on veut être sûr de le saisir dans touteson extension.

En droit, peut-on réduire le désir à cette pure négativité ? · En réalité, la notion de désir est à repenser totalement si l'on veut pouvoir faire s'accorder désir et amour et ainsi sauver la puissance « réalisatrice » du désirer.. »

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