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Quel Rôle pour l’Écrivain (et la Littérature) Face au Souvenir des années de plomb?

Publié le 31/12/2017

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Quel Rôle pour l’Écrivain (et la Littérature) Face au Souvenir des années de plomb? Tabucchi, Riotta, Guccini et Macchiavelli Carmela Lettieri (Université de Provence - Aix-Marseille I) La littérature doit dépasser le bout de la rue, montrer ce qu’une caméra ne voit pas, illuminer les coins obscurs de la vie, de la réalité, insinuer les doutes dans la tête des gens. Elle ne peut pas, elle ne doit pas entrer en compétition avec les autres médias, utiliser leur langage, leur méthode. La littérature a un rapport différent avec le monde. (A. Tabucchi, entretien avec Catherine Argand, Lire, été 1995) Que l’on considère la période qui a fait suite aux mouvements contestataires de la fin des années soixante-dix en Italie comme un splendide “printemps des mouvements” ou bien comme un véritable traumatisme collectif, dont l’expression années de plomb rendrait compte, cette période reste encore fortement inscrite dans les histoires individuelles et dans la conscience collective. 1 TPF TP 1 La vision plutôt positive est commune aux auteurs issus des mouvements de protestation, qui en ont donné un témoignage de l’intérieur, et à un certain nombre de sociologues. À titre d’exemple, Nanni Balestrini et Primo Moroni, L’orda d’oro; Sidney Tarrow, Democrazia e disordine. Sur un autre versant, on dresse un panorama plus sombre dans lequel les réponses institutionnelles aux tensions sociales auraient permis l’entrée de l’Italie dans un “tunnel”, l’issue inévitable étant la“catastrophe” de la violence terroriste. Cf. Guido Crainz, Un paese mancato. http://congress70.library.uu.nl/ 703 PT QUEL ROLE POUR L’ECRIVAIN (ET LA LITTERATURE) FACE AU SOUVENIR DES ANNEES DE PLOMB? D’autant plus que les années de normalisation qui ont suivi ont eu comme conséquence l’occultation à la fois des changements positifs qui s’étaient opérés au sein de la société italienne et des clivages exacerbés dans le système politique. Ce sont ces derniers qui, transformés en conflits et en fractures profondes, ont souvent produit des affrontements sanglants. Au moment où le souvenir même des faits commençait à s’estomper, on a considéré, à tort ou à raison, que l’Etat était sorti vainqueur de sa lutte contre les terrorismes 2 par la mise en place de mesures législatives spéciales et aussi grâce aux révélations des repentis ou des dissociés qui avaient permis le démantèlement des réseaux. Le contexte actuel, centré autour des suites judiciaires (affaire Sofri, affaire Battisti), ne semble pas non plus favoriser un retour distancié sur ces questions. Au-delà des interrogations d’ordre socio-historique que cette période suscite, force est de constater que nombreux sont les discours en compétition qui proposent des visions partielles (et partiales) de la “réalité”. Il est alors d’autant plus difficile d’adopter une certaine distance critique vis-à-vis de ces années embourbées dans des enjeux socio-politiques actuels. En effet, si l’on se place dans la perspective de penser l’Histoire comme une multiplicité de récits, les mécanismes complexes de construction de la mémoire collective passent par la compétition entre les discours qui décrivent et analysent les événements dits “réels” (Veyne). À travers ce procédé de représentation linguistique, qui contribue à la construction symbolique de la réalité, certains discours deviennent, à un moment donné, des discours dominants en réussissant à imposer leur propre vision. La question peut alors être soulevée concernant la manière dans laquelle la littérature a abordé le FPT TPF 2 FPT Nous partageons sur ce point les précautions linguistiques de Donatella Della Porta qui utilise le pluriel afin de mieux faire ressortir l’hétérogénéité et la complexité du phénomène. Voir notamment l’introduction de son ouvrage Il terrorismo di sinistra. TP PT 704 CARMELA LETTIERI (UNIVERSITE DE PROVENCE - AIX-MARSEILLE I) souvenir des années de plomb. Quelles ont été les spécificités du langage littéraire par rapport à celui des autres discours qui investissent la scène publique? Autrement dit, cela revient à s’interroger sur la possibilité pour la fiction littéraire de contribuer à un retour sur ce passé récent dénoué des limites de tout discours partiel ou empreint d’idéologie. Plus largement, la fiction peut-elle contribuer à la compréhension des phénomènes sociaux? Permet-elle de jeter une lumière particulière sur ces événements, d’y porter un regard autre que celui qui est répandu dans le débat politico-médiatique, en dépassant, comme le dit Antonio Tabucchi, le bout de la rue et en illuminant les coins obscurs de la réalité? Les auteurs des trois œuvres que nous nous proposons d’examiner, dans le but de repérer quelques éléments de réponse, composent un panel assez diversifié: un écrivainintellectuel, Antonio Tabucchi; un journaliste prêté à la fiction littéraire, Gianni Riotta; un binôme désormais consacré par quelques succ&e...

« QUEL ROLE POUR L ’ECRIVAIN (ET LA LITTERATURE ) FACE AU SOUVENIR DES ANNEES DE PLOMB ? 704 FPTD’autant plus que les années de normalisation qui ont suivi ont eu comme conséquence l’occultation à la fois des changements positifs qui s’étaient opérés au sein de la société italienne et des clivages exacerbés dans le système politique.

Ce sont ces derniers qui, transformés en conflits et en fractures profondes, ont souvent produit des affrontemen ts sanglants.

Au moment où le souvenir même des faits commençait à s’estomper, on a considéré, à tort ou à raison, que l’Etat était sorti vainqueur de sa lutte contre les terrorismes TPF2FPT par la mise en place de mesures législatives spéciales et aussi grâc e aux révélations des repentis ou des dissociés qui avaient permis le démantèlement des réseaux.

Le contexte actuel, centré autour des suites judiciaires (affaire Sofri, affaire Battisti), ne semble pas non plus favoriser un retour distancié sur ces questions.

Au-delà des interrogations d’ordre socio-historique que cette pé riode suscite, force est de constater que nombreux sont les discours en compétition qui proposent des visions partielles (et partiales) de la “réalité”.

Il est alors d’autant plus difficile d’adopter une certaine distance critique vis-à-vis de ces années embourbées dans des enjeux socio-politiques actuels.

En effet, si l’on se place dans la perspective de penser l’Histoire comme une multiplici té de récits, les mécanismes complexes de construction de la mémoire collective passent par la compétition entre les discours qui décrivent et analysent les événements dits “réels” (Veyne).

À travers ce procédé de représentation linguistique, qui contribue à la construction symbolique de la réalité, cert ains discours deviennent, à un moment donné, des discours dominants en réussissant à imposer leur propre vision.

La question peut alors être soulevée concernant la manière dans laque lle la littérature a abordé le TP2PT Nous partageons sur ce point les précautions linguistiques de Donatella Della Porta qui utilise le pluriel afin de mieux faire ressortir l’hétérogénéité et la complexité du phénomène.

Voir notamment l’introduction de son ouvrage Il terrorismo di sinistra .. »

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