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Sujet : La nature nous indique-t-elle comment nous devons vivre ?

Extrait du corrigé :             La conception de Calliclès, qui oppose la vie selon la nature à la vie selon la société, revient à rejeter toute morale au profit d'une nature comprise comme la lutte égoïste pour la satisfaction des passions. Mais ne peut-on penser que si la nature peut nous indiquer comment nous devons vivre, c'est parce qu'elle contient au contraire en elle une morale authentique ? Dans la perspective de Rousseau,  l'état de nature, qu'il utilise comme une hypothèse pour critiquer la société, n'est pas compris comme chez Calliclès sur le modèle de la vie animale, mais comme une nature originelle de l'homme, dans un cadre où la satisfaction des besoins est assurée par le milieu naturel. Cet état originel de nature révèle une morale naturelle de l'homme caractérisée par l'instinct de conservation et la pitié, c'est-à-dire le refus de voir l'autre souffrir, qui permet de ne pas comprendre l'ordre naturel comme soumis à la loi du plus fort. Or, l'instauration de la société est une dépravation de ces tendances naturelles de l'homme, remplacées par les inégalités, l'orgueil et l'envie. En ce sens, l'état de nature nous indique quelles sont les bases d'une morale authentique. Mais Rousseau n'assimile pas pour autant l'homme au règne animal, car ces tendances sont le signe d'une perfectibilité qui n'appartient qu'à l'homme. Il ne s'agit donc pas de retourner à l'état de nature sous prétexte qu'elle nous indiquerait comment vivre, car cet état est figé et ne permet aucune histoire : il faut plutôt corriger les vices de la société en s'appuyant sur ces tendances morales qui caractérisent l'état de nature, notamment en agissant sur la sphère politique pour rendre les hommes égaux et libres.               3° Pour l'homme, la nature ne peut se réaliser que dans ce qui la dépasse             Dans la perspective de Rousseau, nous avons vu que la nature, pensée comme un état authentique de la vie humaine, pouvait nous indiquer comment l'homme doit vivre au sens où elle révèle des tendances morales naturelles. Mais par sa perfectibilité, l'homme a bien sa place au sein de la société.

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Définitions

  • nature : 1° L'inné par opposition à l'acquis (nature opposée à culture, ou chez les anthropologues anglo-saxons nature opposée à nurture); 2° Essence, ensemble des propriétés qui caractérisent un objet ou un être (la nature de l'homme par exemple); 3° L'ensemble des phénomènes matériels, liés entre eux par des lois scientifiques. En ce sens, le naturel peut s'opposer au surnaturel qui désigne une intervention transcendante de la divinité; 4° Spinoza distingue la nature naturante, c'est-à-dire la substance infinie et la nature naturée, les divers modes par lesquels s'exprime cette substance. Le mot nature est ambigu. Le naturalisme du xviiie siècle par exemple est contradictoire. D'une part son épistémologie réduit la nature à un mécanisme (des faits soumis à des lois nécessaires) indifférent aux valeurs humaines. D'autre part, sa morale prétend se fonder sur la nature, c'est-à-dire sur des tendances spontanées, supposées bonnes; la nature devient alors la Mère-Nature, une sorte de providence bienveillante.
  • vivre : Exister, être au monde.

Problématique

Le terme de nature renvoie à ce qui existe spontanément, à ce qui et originel, ce qui préexiste à l’homme : elle n’est pas seulement un ensemble de choses, mais un principe de production des choses. Se demander si la nature nous indique comment nous devons vivre amène à s’interroger sur la capacité de l’ordre de la nature à constituer un modèle de vie pour l’homme. Mais dans la mesure où l’expression « comment nous devons vivre » renvoie à une morale, à un ensemble de règles et de préceptes, cette interrogation peut être entendue en deux sens : d’une part, il s‘agit de se demander si la nature, c’est-à-dire ce qui est en nous naturel ou le fait de vivre selon la nature, peut contenir en soi une morale nous donnant directement accès à la connaissance de nos devoirs. D’autre part, nous pouvons aussi comprendre qu’il faudrait opposer une nature amorale à la morale et aux règles définies par la société, qui seraient inauthentiques et ne correspondraient pas à la véritable destination de l’homme. Peut-on alors faire de nos tendances naturelles ou de l’ordre de la nature un tel guide, ou bien faut-il refuser cette idée en pensant que l’ordre de la nature doit être complété, ou corrigé, par les règles sociales que se donne l’homme, en tant qu’il n’est pas seulement un être naturel ? Nous verrons dans un premier temps que l’ordre de la nature peut constituer un modèle pour la manière dont l’homme doit vivre, opposé aux conventions sociales qui déforment sa nature. Nous verrons alors que la nature peut être le révélateur de nos tendances morales primitives, avant d’affirmer que la nature ne peut être réalisée que  dans ce qui la dépasse et qui constitue notre destination.



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