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EXEMPLES DE RECHERCHE
Définitions des termes :
- passions : Descartes appelle "passions" toutes les affections de l'âme résultant de l'action du corps sur celle-ci.
- devoir : 1) Obligation morale, opposée à obligation juridique; le devoir est une obligation interne au sujet, l'obligation juridique une obligation externe (une contrainte). 2) Le problème sous-jacent consistant à trouver le fondement de cette obligation, Kant fera du devoir un absolu: "Le devoir est la nécessité d'accomplir l'action par pur respect pour la loi." 3) Un devoir: tout ce qui correspond à une obligation morale.
Extrait du corrigé : Un texte en guise d'argumentation et de référence: « Je m'aperçois qu'une passion violente te pousse aux plaisirs de l'amour. Or, à condition que tu ne veuilles renverser les lois, ni ébranler ce qui est honnêtement établi par l'usage, ni affliger ton prochain, ni fatiguer ton corps, ni gaspiller les moyens nécessaires à l'existence, tu peux suivre ton impulsion à ta guise. Il est impossible de ne pas commettre une au moins de ces choses, car les plaisirs de l'amour ne nous ont jamais servi, il faut s'estimer heureux s'ils ne nous nuisent pas. [...] Quand on n'a plus l'occasion de voir l'objet bien-aimé, quand les relations intimes et le commerce cessent, la passion amoureuse s'affaiblit. » Epicure, « Maximes ». Epicure énumère les conditions d'un désir légitime, tant dans les domaines de la législation, des conventions sociales, de la morale, que de la santé et de l'économie. Mais il s'agit là d'une formule de rhétorique ; une telle somme d'exigences s'avère être une gageure, ou plutôt l'exposé des griefs d'Epicure envers la passion ; puisqu'elles sont non seulement inutiles, mais nuisibles. Dans d'autres textes, Epicure distingue parmi les plaisirs , ceux qui sont naturels et nécessaires, ceux qui sont naturels mais non nécessaires, et enfin ceux qui ne sont ni naturels et non nécessaires. Or, le sage recherche les premiers et méprise les autres.
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Le corrigé du sujet "Les passions nous empêchent-elles de faire notre devoir ?" a obtenu la note de : aucune note
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* L'intitulé du sujet propose de confronter deux notions : les passions et le devoir.
Une première difficulté apparaît dans le fait que le devoir est une notion au programme tandis que la passion ne l'est plus.
Cette difficulté est néanmoins atténuée par la présence certaine de cette notion dans quelques textes philosophiques de votre manuel tellement elle nourrit la réflexion. D'où une seconde raison pour tempérer cette difficulté : l'intérêt que les passions suscitent.
* Pour faire que cette intérêt soit philosophique, il faut situer les passions dans un réseau conceptuel.
Proposons deux niveaux.
-Du point de vue de notre nature sensible et sociable, la passion doit être mise en relation avec le besoin et le désir.
-Cette nature doit ensuite être confrontée à notre raison morale.
Ces deux points de vue vont permettre de développer et d'organiser avec cohérence les deux aspects apparemment contraires de la passion. Dans son étymologie (patior, souffrir, supporter), le terme « passions » renvoie à la passivité de l'individu. La passion du jeu domine un homme qui devient prisonnier des casinos. L'amour soumet l'amoureux aux tourments de la jalousie. Pourtant, dans notre société, la passion est jugée favorablement. Elle est même un réflexe identitaire. Dis-moi ta passion et je te dirais qui tu es. Un être sans passion n'est pas loin de la dépression. L'idéologie de la passion est liée au culte de la performance et de la réussite.
Elle est ce qui permet à chacun de se dépasser, de donner le meilleur de lui-même. Le passionné de musique n'est-il pas celui qui crée les oeuvres les plus belles ? Un passionné de mathématiques n'est-il pas promis à la carrière la plus exemplaire ?
* Une fois ces distinctions clairement établies, il faut définir la seconde notion du sujet : le devoir.
Dans son origine étymologique, le devoir renvoie au latin « debere » qui signifie « avoir quelque chose en le tenant de quelqu'un ». Si on développe la signification de l'étymologie, on doit associer le devoir à la dette. « avoir quelque chose en le tenant de quelqu'un », c'est lui être redevable.
Le devoir implique donc une injonction extérieure (autrui, la loi, la société). Mais quelle est la finalité de cette injonction ? Est-ce la recherche du bonheur ou l'obéissance catégorique ?
« On peut généralement nommer passions toutes les pensées qui sont [...] excitées en l'âme sans le secours de sa volonté. » Descartes, Lettre à Elisabeth, 6 oct. 1645.
« Tout ce qui n'est point action est passion. » Descartes, Lettre à Elisabeth, 6 oct. 1645.
« Tout homme qui se réfugie derrière l'excuse de ses passions, tout homme qui invente un déterminisme est un homme de mauvaise foi. » Sartre, L'existentialisme est un humanisme, 1946.
Pour Sartre, nous sommes tous et à tout moment responsables de nos actes. Celui qui prétend agir sous l'emprise de ses passions et qui refuse d'assumer la paternité de ses choix se ment à lui-même : il est « de mauvaise foi ».
« La passion [...] est un ébranlement de l'âme opposé à la droite raison et contre nature. » Zénon de Cittium.
« Suivant la définition des stoïciens, la sagesse consiste à prendre la raison pour guide; la folie, au contraire, à obéir à ses passions; mais pour que la vie des homme ne soit pas tout à fait triste et maussade, Jupiter leur a donné bien plus de passions que de raison. » Érasme, Éloge de la folie, 1511.
« L'inclination que la raison du sujet ne peut pas maîtriser ou n'y parvient qu'avec peine est la passion. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique, 1798.
« C'est seulement dans la mesure où les hommes vivent sous la conduite de la Raison qu'ils s'accordent toujours nécessairement en nature. » Spinoza, Éthique, 1677 (posth.)
Tant que les hommes sont soumis à leurs passions (l'amour, l'envie, la haine...), ils ne peuvent vivre en paix les uns avec les autres. Seule la raison leur fait rechercher le bien commun : leur nature (qui pousse chacun vers ce qu'il juge le plus profitable) s'accorde alors nécessairement.
« La raison est, et elle ne peut qu'être l'esclave des passions; elle ne peut prétendre à d'autres rôles qu'à les servir et à leur obéir. » Hume, Traité de la nature humaine, 1740.
« On peut généralement définir [les passions comme] des perceptions, ou des sentiments, ou des émotions de l'âme, qu'on rapporte particulièrement à elle, et qui sont causées, entretenues et fortifiées par quelque mouvement des esprits. » Descartes, Les Passions de l'âme, 1649.
Les passions illustrent à merveille les interactions entre l'âme et le corps. Elles résultent en effet, selon Descartes, de l'influence sur l'âme des « esprits animaux », lesquels sont composés des parties les plus subtiles et les plus agitées du sang. Ces «esprits », qui sont de nature entièrement corporelle, agissent sur l'âme, alors en proie aux passions.
« J'appelle ici passions toutes les émotions que l'âme ressent naturellement à l'occasion des mouvements extraordinaires des esprits animaux. » Malebranche, De la recherche de la vérité, 1674-1675.
« Comme on parle des infirmités du corps, la goutte, le rhumatisme, il y a ainsi dans l'âme l'amour de la gloire, le goût du plaisir et choses semblables. » Diogène Laërce, Vies et opinions des philosophes, s. apr. J.-C.
« Les passions sont comme la peste et le typhus. Cessez de les combattre, elles reviennent. » Alain, Propos du 21 juin 1930.
« Si l'émotion est une ivresse, la passion est une maladie, qui exècre toute médication, et qui par là est bien pire que tous les mouvements passagers de l'âme. » Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique, 1798.
« Les passions sont toutes bonnes de leur nature et nous n'avons rien à éviter que leurs mauvais usages ou leurs excès. » Descartes, Les Passions de l'âme, 1649.
« Quoi qu'en disent les moralistes, l'entendement humain doit beaucoup aux passions, qui, d'un commun aveu, lui doivent beaucoup aussi. C'est par leur activité que notre raison se perfectionne; nous ne cherchons à connaître que parce que nous désirons de jouir. » Rousseau, Sur l'origine de l'inégalité, 1755.
« Rien ne s'est fait sans être soutenu par l'intérêt de ceux qui y ont collaboré. Cet intérêt, nous l'appelons passion lorsque, refoulant tous les autres intérêts ou buts, l'individualité tout entière se projette sur un objectif avec toutes les fibres intérieures de son vouloir. » Hegel, La Raison dans l'histoire, 1837 (posth.)
« Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion. » Hegel, La Raison dans l'histoire, 1837 (posth.)
Pour Hegel, la passion conduit les hommes et fait l'histoire. La passion est même magnifiée puisque, par elle, l'intérêt individuel sert, sans en avoir nécessairement conscience, l'intérêt collectif.
« L'homme est plus capable de vaincre les obstacles naturels que de se maîtriser lui-même. Dans le premier cas, il procède avec calme et patience, dans l'autre il subit l'entraînement des passions. » Cournot, Revue sommaire des doctrines économiques, 1877.
« En réalité, être captif de son plaisir et incapable de rien voir ni faire qui nous soit vraiment utile, c'est le pire esclavage, et la liberté n'est qu'à celui qui de son entier consentement vit sous la seule conduite de la Raison. » Spinoza, Traité théologico-politique, 1670.
« Comme jaloux, je souffle quatre fois : parce que je suis jaloux, parce que je me reproche de l'être, parce que je crains que ma jalousie ne blesse l'autre, parce que je me laisse assujettir à une banalité : je souffre d'être exclu, d'être agressif, d'être fou et d'être commun. » Barthes, fragments d'un discours amoureux, 1977.
« Une affection, qui est une passion, cesse d'être une passion sitôt que nous nous en formons une idée claire et distincte. » Spinoza, Éthique, 1677.
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