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1350 résultats dans : Commentaires

« Les problèmes de la politique viennent de ce fait que nous sommes tous des sujets et que cependant nous voyons et traitons autrui comme objet. La coexistence des hommes paraît donc vouée à l'échec. Car ou bien quelques-uns d'entre eux exercent leur droit absolu de sujet, alors les autres subissent leur volonté et ne sont pas reconnus comme sujets. Ou bien le corps social tout entier est voué à quelque destinée providentielle, à quelque mission philosophique, mais ce cas se ramène au premier et la politique objective à la politique subjective, puisque, de cette destinée ou de cette mission, il faut bien que quelques-uns seulement soient dépositaires. Ou enfin on convient que tous les hommes ont les mêmes droits et qu'il n'y a pas de vérité d'État, mais cette égalité de principe reste nominale; le gouvernement, dans les moments décisifs, reste violent, et la plupart des hommes restent objets de l'histoire. » M. MERLEAU-PONTY- Référence : HUMANISME ET TERREUR

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« Si les politiques étaient moins aveuglés par leur ambition, ils verraient combien il est impossible qu'aucun établissement, quel qu'il soit, puisse marcher selon l'esprit de son institution s'il n'est dirigé selon la loi du devoir; ils sentiraient que le plus grand ressort de l'autorité publique est dans le cœur des citoyens, et que rien ne peut suppléer aux mœurs pour le maintien du Gouvernement. Non seulement il n'y a que des gens de bien qui sachent administrer les lois, mais il n'y a dans le fond que d'honnêtes gens qui sachent leur obéir. Celui qui vient à bout de braver les remords ne tardera pas à braver les supplices : châtiment moins rigoureux, moins continuel, et auquel on a du moins l'espoir d'échapper; et, quelques précautions qu'on prenne, ceux qui n'attendent que l'impunité pour mal faire ne manquent guère de moyens d'éluder la Loi ou d'échapper à la peine. Alors comme tous les intérêts particuliers se réunissent contre l'intérêt général, qui n'est plus celui de personne, les vices publics ont plus de force pour énerver les lois que les lois n'en ont pour réprimer les vices; et la corruption du peuple et des chefs s'étend enfin jusqu'au Gouvernement quelque sage qu'il puisse être. » J.-J. ROUSSEAU

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« Les Philosophes conçoivent les Passions qui se combattent en nous comme des vices dans lesquels les hommes tomberaient par leur faute; c'est pourquoi ils ont l'habitude d'en rire, d'en pleurer, de s'en lamenter ou bien (chez ceux qui veulent passer pour des censeurs) de les maudire. Ils croient ainsi faire œuvre divine et atteindre le plus haut degré de la sagesse quand ils louent de mille façons une nature humaine qui n'existe nulle part et condamnent durement celle qui existe en fait — c'est qu'ils conçoivent les hommes non pas tels qu'ils sont, mais tels qu'eux-mêmes voudraient qu'ils fussent : de là vient le fait qu'au lieu d'une Éthique ils ont le plus souvent écrit une Satire, et qu'ils n'ont jamais conçu une Politique qui puisse être d'une utilité réelle; la Politique, chez eux, ressemble plutôt à une Chimère, elle pourrait être appliquée en Utopie ou dans l'Age d'Or des poètes, là précisément où elle serait le moins nécessaire. C'est pourquoi l'on voit que, de toutes les sciences qui ont une utilité, la Politique est celle où la Théorie s'éloigne le plus de la Pratique, et l'on estime que personne n'est moins capable de diriger la chose publique que les Théoriciens ou Philosophes. » SPINOZA

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« II y a dans la nature humaine une certaine fausseté qui doit, en définitive, comme tout ce qui vient de la nature, aboutir à de bonnes fins, je veux parler de notre inclination à cacher nos vrais sentiments et à faire parade de certains autres supposés, que nous tenons pour bons et honorables. Il est très certain que ce penchant qui porte les hommes à dissimuler et en même temps à prendre une apparence avantageuse, les a non seulement civilisés mais encore moralises peu à peu, dans une certaine mesure, parce que personne ne pouvait pénétrer à travers le fard de la décence, de l'honorabilité et de la moralité. On trouva alors, dans les prétendus bons exemples qu'on voyait autour de soi, une école d'amélioration pour soi-même. Mais cette disposition à se faire passer pour meilleur qu'on ne l'est et à manifester des sentiments que l'on n'a pas, ne sert que provisoirement, en quelque sorte, à dépouiller l'homme de sa rudesse et à lui faire prendre au moins tout d'abord l'apparence du bien qu'il connaît; car, une fois que les bons principes sont développés et qu'ils sont passés dans la manière de penser, cette fausseté doit alors être peu à peu combattue avec vigueur, car autrement elle corrompt le cœur et étouffe les bons sentiments sous l'ivraie de la belle apparence. » KANT.

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« Pour ce qui est de la force de l'exemple (soit du bien, soit du mal) qui s'offre au penchant de l'imitation, ce que les autres nous donnent ne saurait fonder aucune maxime de vertu. (...) ce n'est pas la conduite des autres hommes, mais la loi (1) qui doit nous servir de mobile. Le maître ne dira donc pas à un élève vicieux : prends exemple sur ce bon petit garçon (si rangé! si studieux!) car cela ne servirait qu'à lui faire détester son camarade, relativement auquel il se trouverait ainsi placé dans un jour défavorable. Le bon exemple (la conduite exemplaire) ne doit pas servir de modèle, mais seulement de preuve pour montrer que ce qui est conforme au devoir est praticable; ce n'est pas en comparant un homme avec un autre (considéré tel qu'il est), mais avec l'idée de ce qu'il doit être (de l'humanité), c'est-à-dire avec la loi, que le maître trouvera une règle d'éducation qui ne trompe jamais. » KANT, Doctrine de la vertu (1) La loi morale telle que Kant l'expose dans les Fondements de la métaphysique des mœurs.

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« Sois semblable à un promontoire contre lequel les flots viennent sans cesse se briser; le promontoire demeure immobile, et dompte la fureur de l'onde qui bouillonne autour de lui. — Que je suis malheureux que telle chose me soit arrivée! Ce n'est point cela; il faut dire : que je suis heureux, après ce qui m'est arrivé, de vivre exempt de douleur, insensible au coup qui me frappe aujourd'hui, inaccessible à la crainte de celui qui peut me frapper plus tard! — En effet, la même chose pourrait arriver à tout autre qu'à moi; mais cet autre eût bien pu ne pas la supporter sans douleur. Pourquoi donc tel accident est-il appelé infortune, et tel autre plutôt bonheur ? Appelles-tu donc en général malheur de l'homme ce qui n'est point obstacle à l'accomplissement du but de la nature de l'homme ? Et y a-t-il un obstacle à l'accomplissement du but de la nature humaine, dans ce qui n'est point contre le vœu de cette nature ? Quoi! Tu sais quel est ce vœu; ce qui t'est arrivé t'empêchera-t-il donc d'être juste, magnanime, tempérant, sage, réservé, véridique, modeste, libre; d'avoir toutes les vertus dont la présence est le caractère propre de la nature humaine ? Souviens-toi, du reste, à chaque événement qui provoquerait ta tristesse, de recouvrir à cette vérité, que ce n'est point là un malheur, mais qu'il y a un réel bonheur à supporter cet accident avec courage. » MARC-AURÈLE

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Marc-Aurèle: Passions et liberté

Lorsque tu te heurtes à l'impudence d'un homme, demande-toi de suite: "Peut-il y avoir un monde sans êtres impudents?" Cela ne se peut. Ne demande donc pas l'impossible; car cet homme est précisément un de ces impudents qui sont nécessairement dans le monde. Que la même question soit toute prête à propos d'un homme rusé, perfide, ou d'un pécheur quelconque. Car dès que tu te souviendras que cette sorte d'hommes ne peut pas ne pas exister, tu seras plus bienveillant envers chacun d'eux. Il est bon aussi de songer de suite à la vertu que la nature a donnée à l'homme contre ce vice.Elle lui a donné en contrepoison la douceur envers l'insensé, et d'autres qualités contre les autres vices. D'une manière général, il t'est possible d'instruire l'égaré: car pécher, c'est se tromper de but et s'egarer. Quel tort te fait il? Car tu decouvriras que nul de ceux contre qui tu t'irrites, n'a rien fait d'où devrait résulter pour toi un défaut dans ta pensée; car c'est en elle que réside tout ce qui peut être mauvais ou nuisible pour toi.Qu'y a-t-il donc de mauvais ou d'étrange à ce qu'un ignorant agisse en ignorant? Prends-y garde, c'est plutôt toi qui dois te reprocher de ne pas t'être attendu à ce qu'il commette des fautes.Car en raisonnant, tu avais des motifs pour penser qu'il commettrait telle faute, et pourtant cela t'a échappé, et tu t'étonnes qu'il pèche! Marc-Aurèle.

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Rousseau versus Hobbes

"Il y a d'ailleurs un autre principe que Hobbes n'a point aperçu et qui, ayant été donné à l'homme pour adoucir, en certaines circonstances, la férocité de son amour-propre, ou le désir de se conserver avant la naissance de cet amour, tempère l'ardeur qu'il a pour son bien-être par une répugnance innée à voir souffrir son semblable. Je ne crois pas avoir aucune contradiction à craindre, en accordant à l'homme la seule vertu naturelle, qu'ait été forcé de reconnaître le détracteur le plus outré des valeurs humaines. Je parle de la pitié, disposition convenable à des êtres aussi faibles, et sujets à tant de maux que nous le sommes, vertu d'autant plus universelle et d'autant plus utile à l'homme qu'elle précède en lui l'usage de toute réflexion, et si naturelle que les bêtes mêmes en donnent quelquefois des signes sensibles (...). Tel est le pur mouvement de la nature, antérieur à toute réflexion: telle est la force de la pitié naturelle, que les mœurs les plus dépravés ont encore peine à détruire, puisqu'on voit tous les jours dans nos spectacles s'attendrir et pleurer aux malheurs d'un infortuné tel, qui, s'il était à la place du tyran, aggraverait encore les tourments de son ennemi. Mandeville a bien senti qu'avec toute leur morale les hommes n'eussent jamais été que des monstres, si la nature ne leur eût donné la pitié à l'appui de la raison: mais il n'a pas vu que de cette seule qualité découlent toutes les vertus sociales qu'il veut disputer aux hommes." ROUSSEAU

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Schopenhauer et la religion

Malgré la diversité des cultures à travers le temps et les âges, il est une constante qui semble toutes les traverser et que l’on retrouve toujours à plus ou moins grande échelle dans les diverses sociétés humaines : le besoin de religion de l’homme. Si on peut ainsi s’interroger sur le ou les fondements communs des religions, il n’en demeure pas moins que ce questionnement est nécessairement extérieur à la religion, car en effet, cela suppose que les religions soient des inventions humaines et non pas révélations, don des dieux, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas une origine noble. Dès lors, il s’agit de s’interroger sur le fondement "bassement" humain des religions et se demander à quel intérêt et quel besoin, les religions ne font que répondre. C’est ainsi que Schopenhauer dans ce texte extrait du Monde comme volonté et comme représentation défend l’idée que l’intérêt, la « grande affaire » des religions c’est le dogme d’une existence qui ne se finit pas avec la mort. Cette idée est ainsi, non seulement, à la base des religions mais elle est, bien plus que les dieux, leur unique préoccupation. Ainsi du début du texte jusqu’à "se comprendraient d’elles-mêmes", Schopenhauer commence par expliquer pourquoi, pour l’homme, le monde fait problème, pour ensuite montrer, de "aussi voyons-nous" à " les connaître de plus près ", en quoi les religions sont une réponse à cela avec l’idée que les religions résident uniquement sur le dogme de l’immortalité. Enfin, dans un dernier moment du texte, de " On irait jusqu'au bout " à la fin du texte, il pousse son raisonnement jusqu’à sa dernière conséquence : les religions reposent entièrement sur le dogme de l’immortalité et dès lors, non seulement les dieux sont accessoires mais ils peuvent être niés. SCHOPENHAUER

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Nietzsche et le perspectivisme

Mais comment nous retrouver nous-mêmes? Comment l'homme peut-il se connaître? C'est une chose obscure et voilée. Et s'il est vrai que le lièvre a sept peaux, l'homme peut se dépouiller de septante fois sept peaux avant de pouvoir se dire : Voici vraiment ce que tu es, ce n'est plus une enveloppe. C'est par surcroît une entreprise pénible et dangereuse que de fouiller ainsi en soi-même et de descendre de force, par le plus court chemin, jusqu'au tréfonds de son être. Combien l'on risque de se blesser, si grièvement qu'aucun médecin ne pourra nous guérir! Et de plus, est-ce bien nécessaire alors que tout porte témoignage de ce que nous sommes, nos amitiés comme nos haines, notre regard et la pression de notre main, notre mémoire et nos oublis, nos livres et les traits que trace notre plume ? Mais voici comment il faut instaurer l'interrogatoire essentiel entre tous. Que la jeune âme [...] se demande: "Qu'as-tu vraiment aimé jusqu'à ce jour? Vers quoi t'es-tu sentie attirée, par quoi t'es-tu sentie dominée et comblée à la fois ? " Fais repasser sous tes yeux la série entière de ces objets de vénération, et peut-être, par leur nature et leur succession, te révèleront-ils la loi fondamentale de ton vrai moi. Compare ces objets entre eux, vois comment ils se complètent, s'élargissent, se surpassent, s'illuminent mutuellement, comment ils forment une échelle graduée qui t'a servi à t'élever jusqu'à ton moi. Car ton être vrai n'est pas caché tout au fond de toi : il est placé infiniment au-dessus de toi, à tout le moins au-dessus de ce que tu prends communément pour ton moi. NIETZSCHE

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Descartes: utilité de la philosophie

J'aurais ensuite fait considérer l'utilité de cette philosophie, et montré que, puisqu'elle s'étend à tout ce que l'esprit humain peut savoir, on doit croire que c'est elle seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d'autant plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux; et ainsi que c'est le plus grand bien qui puisse être dans un État que d'avoir de vrais philosophes. Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n'est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s'appliquent à cette étude, mais qu'il est incomparablement meilleur de s'y appliquer soi-même; comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d'un autre; mais ce dernier est encore meilleur que les tenir fermés et n'avoir que soi pour se conduire. Or, c'est proprement les veux fermés sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n'est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance celles qu'on trouve par la philosophie; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos moeurs et nous conduire en cette vie, que n'est l'usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n'ont que leur corps à conserver, s'occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir; mais les hommes, dont la principale partie est l'esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture. DESCARTES

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Kant et l'éducation

« Les prescriptions que doit suivre le médecin pour guérir radicalement son homme, celles que doit suivre un empoisonneur pour le tuer à coup sûr, sont d'égale valeur, en tant qu'elles leur servent les unes et les autres à accomplir parfaitement leurs desseins. Comme dans la première jeunesse on ne sait pas quelles fins pourraient s'offrir à nous dans le cours de la vie, les parents cherchent principalement à faire apprendre à leurs enfants une foule de choses diverses ; ils pourvoient à l'habileté dans l'emploi des moyens en vue de toutes sortes de fins à volonté m qu'ils sont de décider pour aucune de ces fins, qu'elle ne puisse pas d'aventure devenir réellement plus tard une visée de leurs enfants, tandis qu'il est possible qu'elle le devienne un jour ; et cette préoccupation est grande qu'ils négligent communément de leur former et de leur rectifier le jugement sur la valeur des choses qu'ils pourraient bien avoir à se proposer pour fins. » KANT

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JJ. Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 1755

« Je ne vois dans tout animal qu'une machine ingénieuse, à qui la nature a donné des sens pour se remonter elle-même, et pour se garantir, jusqu'à un certain point, de tout ce qui tend à la détruire, ou à la déranger. J'aperçois précisément les mêmes choses dans la machine humaine, avec cette différence que la nature seule fait tout dans les opérations de la bête, au lieu que l'homme concourt aux siennes, en qualité d'agent libre. L'un choisit ou rejette par instinct, et l'autre par un acte de liberté ; ce qui fait que la bête ne peut s'écarter de la règle qui lui est prescrite, même quand il lui serait avantageux de le faire, et que l'homme s'en écarte souvent à son préjudice. C'est ainsi qu'un pigeon mourrait de faim près d'un bassin rempli des meilleures viandes, et un chat sur des tas de fruits, ou de grain, quoique l'un et l'autre pût très bien se nourrir de l'aliment qu'il dédaigne, s'il s'était avisé d'en essayer. C'est ainsi que les hommes dissolus se livrent à des excès, qui leur causent la fièvre et la mort ; parce que l'esprit déprave les sens, et que la volonté parle encore, quand la nature se tait. » JJ. Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 1755

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Commentaire du texte de russell ci-dessous extrait de "science et religion":

commentaire du texte de russell ci-dessous extrait de "science et religion": Un credo religieux diffère d'une théorie scientifique en ce qu'il prétend exprimer la vérité éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire [...]. La tournure d'esprit scientifique est circonspecte et tâtonnante; elle ne s'imagine pas qu'elle connaît toute la vérité, ni même que son savoir le plus sûr est entièrement vrai. Elle sait que toute théorie doit être corrigée tôt ou tard, et que cette correction exige la libre recherche et la libre discussion. [...] l'argument contre la persécution des opinions reste inchangé, quel que soit le prétexte de la persécution. Cet argument est que nul d'entre nous ne possède la vérité infuse, que la découverte de vérités nouvelles est facilitée par la libre discussion et rendue très difficile par la censure, et qu’à la longue, le bien-être humain est accru par la découverte de la vérité et desservi par les actes basés sur l'erreur [...]. Mais l'intérêt général exige que les vérités nouvelles soient librement diffusées.

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Martin Heidegger et l'art

Toutes les œuvres d'arts sont ainsi des choses par un certain côté. Que seraient-elles sans cela ? Mais, peut-être sommes nous choqués par cette vue assez grossière et extérieure de l'œuvre. Ce sont là n'est-ce pas, des façons de voir dignes d'un expéditeur ou de la femme de ménage du musée. Il faut prendre les œuvres telles qu'elles se présentent à ceux qui les "vivent" et en jouissent. Mais, l'expérience esthétique, si souvent invoquée, ne peut pas non plus négliger la chose qui est dans l'œuvre d'art. Il y a de la pierre dans le monument, du bois dans la sculpture sur bois. Dans le tableau, il y a la couleur, dans les œuvres de la parole et du son (poésie et musique), il y a la sonorité. Le caractère de chose est même à ce point dans l'œuvre d'art qu'il nous faut plutôt dire : le monument est dans la pierre ; la sculpture sur bois est dans le bois ; le tableau est dans la couleur ; l'œuvre de la parole est dans le phénomène ; l'œuvre musicale est dans le son. Cela va de soi, nous répondra-t-on. Sans doute. Mais qu'est-ce-que cette choséité qui va de soi dans l’œuvre ? Ou bien devient-il superflu de se poser cette question parce que, de toute façon, l'œuvre d'art est encore autre chose, en plus et au-dessus de sa choséité, car ce n'est pas cet Autre qui y est qui en fait une œuvre d'art. L'œuvre d'art est bien une chose, chose amenée à sa finition, mais elle dit encore quelque chose d'autre que la chose qui n'est que chose : allo agoreuei. L'œuvre communique publiquement autre chose, elle nous révèle autre chose ; elle est allégorie (...) L'œuvre est symbole". Martin Heidegger.

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Bergson et l'intelligence

"L'intelligence humaine se sent chez elle tant qu'on la laisse parmi les objets inertes, plus spécialement parmi les solides, où notre action trouve son point d'appui et notre industrie ses instruments de travail, [...] Nos concepts ont été formés à l'image des solides, [...] ; notre logique est surtout la logique des solides [...] ; par là même, notre intelligence triomphe dans la géométrie, où se révèle la parenté de la pensée logique avec la matière inerte, et où l'intelligence n'a qu'à suivre son mouvement naturel, après le plus léger contact possible avec l'expérience, pour aller de découverte en découverte avec la certitude que l'expérience marche derrière elle et lui donnera invariablement raison. Mais de là devrait résulter aussi que notre pensée, sous sa forme purement logique, est incapable de se représenter la vraie nature de la vie, la signification profonde du mouvement évolutif. Créée par la vie, dans des circonstances déterminées, pour agir sur des choses déterminées, comment embrasserait-elle la vie, dont elle n'est qu'une émanation ou qu'un aspect? Déposée, en cours de route, par le mouvement évolutif, comment s'appliquerait-elle le long du mouvement évolutif lui-même? Autant vaudrait prétendre que la partie égale le tout, que l'effet peut résorber en lui sa cause, ou que le galet laissé sur la plage dessine la forme de la vague qui l'apporta. De fait, nous sentons bien qu'aucune des catégories de notre pensée, unité, multiplicité, causalité mécanique, finalité intelligente, etc... ne s'applique exactement aux choses de la vie : qui dira où commence et où finit l'individualité, si l'être vivant est un ou plusieurs, si ce sont les cellules qui s'associent en organisme ou si c'est l'organisme qui se dissocie en cellules? En vain nous poussons le vivant dans tel ou tel de nos cadres. Tous les cadres craquent." BERGSON

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Bienfaits et pièges des anciens II faut lire les ouvrages des Anciens, parce qu'il y a pour nous un immense avantage à pouvoir utiliser les travaux de tant d'hommes, aussi bien pour connaître ce qui jadis a été découvert de bon, que pour savoir aussi ce qui reste ensuite à trouver dans toutes les sciences. Toutefois il est bien à craindre que certaines erreurs, provenant d'une lecture trop assidue de leurs ouvrages, ne s'introduisent complètement en nous, malgré tous nos efforts et toutes nos précautions. Les auteurs sont en effet naturellement enclins, chaque fois que par une aveugle crédulité ils se sont laissé prendre à quelque opinion controversée, à vouloir toujours nous amener à leur conclusion par les arguments les plus subtils ; tandis qu'au contraire, chaque fois qu'ils ont eu le bonheur de trouver quelque chose de certain et d'évident, ils ne le développent jamais qu'avec toutes sortes de détours, par crainte sans doute que la simplicité de la preuve ne diminue l'importance de l'invention, ou même parce qu'ils nous refusent jalousement la vérité toute claire. DESCARTES, Règles pour la direction de l'esprit (1628), règle III.

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Digérer ou vomir Ceux qui reçoivent simplement les principes veulent les rendre immédiate¬ment, comme les estomacs malades vomissent les aliments. Digère-les d'abord et, ensuite, ne vomis pas ainsi ; sinon il advient cette chose sale et répugnante que sont les aliments vomis. [...] Le charpentier ne vient pas nous dire : « Écoutez-moi parler de l'art de la charpente », mais il traite pour la construction d'une maison et il fait voir qu'il possède son métier. Fais-en donc autant toi aussi ; mange, bois, pare-toi, marie-toi, aie des enfants, occupe-toi de la cité en homme ; supporte les injures, supporte un frère ingrat, un père, un fils, un voisin, un compagnon de route. Montre-nous tout cela pour que nous voyions que tu as réellement appris quelque chose chez les philosophes. Non pas ! mais : « Venez et écoutez mes commentaires». Eh bien ! cherche des gens pour vomir sur eux. «Moi je vous expliquerai comme personne les oeuvres de Chrysippe; j'analyserai très clairement le texte et je pourrais même y ajouter la manière de voir d'Antipater et d'Archédème. » ÉPICTÈTE, Entretiens, III, XXI, trad. E. Bréhier, dans Les Stoïciens, Gallimard, coll. «Bibliothèque de la Pléiade», 1962, p. 1000.

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Il est donc difficile pour chaque individu séparément de sortir de la minorité qui est presque devenue pour lui, nature. Il s'y est si bien complu, et il est pour le moment réellement incapable de se servir de son propre entendement, parce qu'on ne l'a jamais laissé en faire l'essai. Institutions (préceptes) et formules, ces instruments mécaniques de l'usage de la parole ou plutôt d'un mauvais usage des dons naturels, (d'un mauvais usage raisonnable) voilà les grelots que l'on a attachés au pied d'une minorité qui persiste. Quiconque même les rejetterait, ne pourrait faire qu'un saut mal assuré par-dessus les fossés les plus étroits, parce qu'il n'est pas habitué à remuer ses jambes en liberté. Aussi sont-ils peu nombreux, ceux qui sont arrivés par leur propre travail de leur esprit à s'arracher à la minorité et à pouvoir marcher d'un pas assuré. Mais qu'un public s'éclaire lui-même, rentre davantage dans le domaine du possible, c'est même pour peu qu'on lui en laisse la liberté, à peu près inévitable. Car on rencontrera toujours quelques hommes qui pensent de leur propre chef, parmi les tuteurs patentés (attitrés) de la masse et qui, après avoir eux-mêmes secoué le joug de la (leur) minorité, répandront l'esprit d'une estimation raisonnable de sa valeur propre et de la vocation de chaque homme à penser par soi-même. KANT.

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« Le doute est le sel de l'esprit ; sans la pointe du doute, toutes les connaissances sont bientôt pourries. J'entends aussi bien les connaissances les mieux fondées et les plus raisonnables. Douter quand on s'aperçoit qu'on s'est trompé ou que l'on a été trompé, ce n'est pas difficile ; je voudrais même dire que cela n'avance guère ; ce doute forcé est comme une violence qui nous est faite ; aussi c'est un doute triste ; c'est un doute de faiblesse ; c'est un regret d'avoir cru, et une confiance trompée. Le vrai c'est qu'il ne faut jamais croire, et qu'il faut examiner toujours. L'incrédulité n'a pas encore donné sa mesure. Croire est agréable. C'est une ivresse dont il faut se priver. Ou alors dites adieu à liberté, à justice, à paix. Il est naturel et délicieux de croire que la République nous donnera tous ces biens ; ou, si la République ne peut , on veut croire que Coopération, Socialisme, Communisme ou quelque autre constitution nous permettra de nous fier au jugement d'autrui, enfin de dormir les yeux ouverts comme fond les bêtes. Mais non. La fonction de penser ne se délègue point. Dès que la tête humaine reprend son antique mouvement de haut en bas, pour dire oui, aussitôt les rois reviennent. » Alain, « Libres propos »

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«Il ne serait pas raisonnable de croire que les peuples se sont d'abord jetés entre les bras d'un maître absolu sans condition et sans retour, et que le premier moyen de pourvoir à la suret commune qu'aient imaginé des hommes fiers et indomptés été de se précipiter dans l'esclavage. En effet, pourquoi se sont-ils donné des supérieurs, si ce n'est pour les défendre contre l'oppression et protéger leurs biens, leurs libertés et leurs vie! qui sont, pour ainsi dire, les éléments constitutifs de leur être Or, dans les relations d'homme à homme, le pis qui puisse arriver à l'un étant de se voir à la discrétion de l'autre, n'eût-il pas été contre le bon sens de commencer par se dépouiller entre les mains d'un chef des seules choses pour la conservation desquelles ils avaient besoin de son secours ? Quel équivalent eût-il pu leur offrir pour la concession d'un si beau droit ? E s'il eût osé l'exiger sous le prétexte de les défendre, n'eût-il pas aussitôt reçu la réponse... : "Que nous fera de plus l'ennemi ? Il est donc incontestable, et c'est la maxime fondamentale de tout droit politique, que les peuples se sont donné des chef pour défendre leur liberté et non pour les asservir. Si nous avons un prince, disait Pline à Trajan (1), c'est afin qu'il nous préserve d'avoir un maître.» Rousseau.

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Socrate: « Un sophiste, Hippocrate, ne serait-il pas un négociant ou un boutiquier qui débite les denrées dont l'âme se nourrit ? Pour moi, du moins, c'est ainsi qu'il m'apparaît. » Hippocrate: «Mais cette nourriture de l'âme, Socrate, quelle est-elle ?» Socrate: «Les diverses sciences, évidemment, repris-je. Et ne nous laissons pas plus éblouir par les éloges qu'il fait de sa marchandise que par les belles paroles des commerçants, grands ou petits, qui nous vendent la nourriture du corps. Ceux-ci nous apportent leurs denrées sans savoir eux-mêmes si elles sont bonnes ou mauvaises pour la santé, mais ils les font valoir toutes indifféremment, et l'acheteur n'en sait pas davantage, s'il n'est maître de gymnastique ou médecin. De même, ceux qui colportent leur savoir de ville en ville, pour le vendre en gros ou en détail, vantent aux clients tout ce qu'ils leur proposent, sans peut-être savoir toujours eux-mêmes ce qui est bon ou mauvais pour l'âme; et le client ne s'y connaît pas mieux qu'eux, à moins d'avoir étudié la médecine de l'âme. Si donc tu es assez connaisseur en ces matières pour distinguer le bon du mauvais, tu peux sans danger acheter le savoir à Protagoras ou à tout autre; sinon, prends garde, mon très cher, déjouer aux dés le sort de ton bien le plus précieux. Le risque est même beaucoup plus grand quand on achète de la science que des aliments. Ce qui se mange et ce qui se boit, en effet, quand on l'achète au boutiquier ou au négociant, peut s'emporter dans un vase distinct..., de sorte que l'achat entraîne peu de risques. Mais pour la science, ce n'est pas dans un vase qu'on l'emporte; il faut absolument, le prix une fois payé, la recevoir en soi-même, la mettre dans son âme, et, quand on s'en va, le bien ou le mal est déjà fait. » PLATON

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Si quelqu'un compose un poème sur les malheurs de Niobé, des Pélopides, des Troyens*, ou sur tout autre sujet semblable, il ne faut pas qu'il puisse dire que ces malheurs sont l'oeuvre de Dieu, ou, s'il le dit, il doit en rendre raison à peu près comme, maintenant, nous cherchons à le faire. Il doit dire qu'en cela Dieu n'a rien fait que de juste et de bon, et que ceux qu'il a châtiés en ont tiré profit; mais que les hommes punis aient été malheureux, et Dieu l'auteur de leurs maux, nous ne devons pas laisser le poète libre de le dire. Par contre, s'il affirme que les méchants avaient besoin de châtiment, étant malheureux, et que Dieu leur fit du bien en les punissant, nous devons le laisser libre. Dès lors, si l'on prétend que Dieu, qui est bon, est la cause des malheurs de quelqu'un, nous combattrons de tels propos de toutes nos forces, et nous ne permettrons pas qu'ils soient énoncés ou entendus, par les jeunes ou par les vieux, en vers ou en prose, dans une cité qui doit avoir de bonnes lois, parce qu'il serait impie de les émettre, et qu'ils ne sont ni à notre avantage ni d'accord entre eux... Voilà donc la première règle et-le premier modèle auxquels on devra se conformer dans les discours et dans les compositions poétiques. Dieu n'est pas la cause de tout, mais seulement du bien. PLATON, La République.

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Si la nature humaine était constituée de telle sorte que les hommes désirent au plus haut point ce qui leur est le plus utile, aucune science ne serait nécessaire pour instituer la concorde et la bonne foi ; mais comme on constate qu'il en va tout autrement avec les hommes, l'État doit être nécessairement institué de sorte que tous, aussi bien les gouvernants que les gouvernés, qu'ils le veuillent ou ne le veuillent pas, accomplissent pourtant ce qui importe au salut commun, c'est-à-dire que tous, spontanément ou par la force, ou par la nécessité, soient contraints de vivre selon les prescriptions de la Raison; si les affaires de l'État sont ainsi agencées, il en résultera que rien de ce qui concerne le salut commun ne sera totalement délégué à la bonne foi d'un individu. Personne en effet n'est assez vigilant pour ne pas dormir parfois et personne n'eut jamais l'âme assez forte et intègre pour n'être pas parfois brisé ou vaincu, précisément quand la plus grande force d'âme eût été nécessaire. Ce serait la pire sottise que d'exiger d'autrui ce que personne ne peut s'imposer à soi-même, d'exiger que l'autre soit plus soucieux d'autrui que de soi, qu'il ne soit pas cupide, ni envieux ni ambitieux, lui qui, chaque jour, est sollicité par toutes ces passions. SPINOZA

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D'abord la puissance législative et la puissance exécutive qui constituent la souveraineté n'en sont pas distinctes. Le Peuple Souverain veut par lui-même, et par lui-même il fait ce qu'il veut. Bientôt l'incommodité de ce concours de tous à toute chose force le Peuple Souverain de charger quelques-uns de ses membres d'exécuter ses volontés. Ces Officiers, après avoir rempli leur commission, en rendent compte, et rentrent dans la commune égalité. Peu à peu ces commissions deviennent fréquentes, enfin permanentes. Insensiblement il se forme un corps qui agit toujours. Un corps qui agit toujours ne peut pas rendre compte de chaque acte : il ne rend plus compte que des principaux ; bientôt il vient à bout de n'en rendre d'aucun. Plus la puissance qui agit est active, plus elle énerve (1) la puissance qui veut. La volonté d'hier est censée être aussi celle d'aujourd'hui ; au lieu que l'acte d'hier ne dispense pas d'agir aujourd'hui. Enfin l'inaction de la puissance qui veut la soumet à la puissance qui exécute ; celle-ci rend peu à peu ses actions indépendantes, bientôt ses volontés : au lieu d'agir pour la puissance qui veut, elle agit sur elle. Il ne reste alors dans l'État qu'une puissance agissante, c'est l'exécutive. La puissance exécutive n'est que la force, et où règne la seule force l'État est dissous. Voilà, Monsieur, comment périssent à la fin tous les États démocratiques. ROUSSEAU (1) Énerver : priver de nerfs, d'énergie.

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