LE SITE D'AIDE A LA DISSERTATION ET AU COMMENTAIRE DE TEXTE EN PHILOSOPHIE

banniere

EXEMPLES DE RECHERCHE


POUR LE SUJET: L'homme est-il réellement libre ?
TAPEZ LES MOTS-CLES: homme libre

POUR LE SUJET: En quel sens la société libère-t-elle l'homme de la nature ?
TAPEZ LES MOTS-CLES: homme nature ou homme nature société
»Créer un compte Devoir-de-philo
»
»125895 inscrits
<< Crainquebille, Putois, Riquet et plusieurs au ... Cependant Buquet activait le repas. >>


Partager

Il avait fait la guerre en 1870, Zoé.

Anthologie

Aperçu du corrigé : Il avait fait la guerre en 1870, Zoé.



Publié le : 4/11/2013 -Format: Document en format HTML protégé

Il avait fait la guerre en 1870, Zoé.
Zoom
Il avait fait la guerre en 1870, Zoé. Il avait vingt ans alors. Je n'en avais que douze. Il me semblait avancé en âge, grand par
es ans. Un jour de l'Année terrible, il entra avec un bruit de ferrailles dans notre paisible maison provinciale. Il venait
ous faire ses adieux. Il portait un effroyable costume de franc-tireur. De sa ceinture écarlate sortaient les crosses de
eux pistolets d'arçon. Et comme il faut qu'on puisse encore sourire dans les heures les plus tragiques, la fantaisie
nconsciente d'un obscur armurier l'avait accroché à un démesuré sabre de cavalerie. Ne me reproche pas, Zoé, ce tour de
angage ; il est dans une lettre de Cicéron.
Qui donc, dit l'orateur, a accroché mon gendre à cette épée?"
Ce qui m'étonna le plus dans l'équipement de notre ami Émile Vincent, ce fut ce démesuré sabre. J'en conçus, en mon
me enfantine, une espérance de victoire. Je crois, Zoé, que tu fis plus d'attention aux bottes, car tu levas la tête de
essus ton ouvrage et tu t'écrias: "Tiens! le Chat botté!"
'ai dit: "Le Chat botté!" Pauvre Émile!
MILE
7
rainquebille, Putois, Riquet et plusieurs autres récits profitables Tu as dit: "Tiens! le Chat botté!" N'en aie pas de regrets,
oé. Mme d'Abrantès raconte dans ses Mémoires qu'une petite fille appela aussi "Chat botté" le jeune et maigre
onaparte, un jour qu'elle le vit ridiculement accoutré en général de la République. Bonaparte lui en garda rancune.
otre ami, plus magnanime, ne s'offensa pas de ton propos. Émile Vincent fut mis avec sa compagnie à la disposition d'un
énéral qui n'aimait pas les francs-tireurs et qui dit à ceux-là: "Ce n'est pas le tout que d'être habillés en mardi gras. Il
aut se battre."
L'ami Vincent écouta sans trouble cette forte harangue. Il fut admirable durant toute la campagne. On le vit un jour
'approcher des avant-postes ennemis avec la tranquillité d'un héros et d'un myope. Il n'y voyait pas à trois pas devant
ui. Rien ne pouvait le faire reculer. Durant les trente années qu'il lui restait à vivre, il se rappela ses mois de campagne en
abriquant des brosses de chiendent.
l lisait les journaux militaires, présidait les réunions de ses anciens compagnons d'armes, assistait aux inaugurations des
onuments élevés aux combattants de 1870 ; il défilait à la tête des ouvriers de sa fabrique devant les statues de
ercingétorix, de Jeanne d'Arc et des soldats de la Loire, à mesure qu'elles sortaient du sol français. Il faisait des discours
atriotiques. Et nous touchons ici, Zoé, à une scène de comédie humaine dont on goûtera peut-être un jour la
ouffonnerie lugubre. Émile Vincent s'avisa de dire, au cours de l'Affaire, qu'Esterhazy était un escroc et un traître. Il le
isait parce qu'il le savait et qu'il était bien trop candide pour jamais cacher la vérité. A compter de ce jour il passa pour
n ennemi de la patrie et de l'armée.
l fut traité de traître et d'étranger. Le chagrin qu'il en eut hâta les progrès de la maladie de coeur dont il était atteint. Il
ourut triste et surpris. La dernière fois que je le vis, il me parla de tactique et de stratégie. C'était le sujet préféré de ses
onversations. Bien qu'il eût fait campagne, en 70, dans un grand désordre et une excessive confusion, il était persuadé
ue l'art de la guerre est le plus beau des arts. Et je crains de l'avoir fâché en lui disant qu'il n'y a pas à proprement parler
n art de la guerre, et qu'à la vérité on emploie, quand on fait campagne, tous les arts de la paix, la boulangerie, la
aréchalerie, la police, la chimie, etc.
ourquoi, Lucien, demanda Mlle Bergeret, as-tu dit des choses pareilles?
ar conviction, répondit M. Bergeret. Ce qu'on appelle stratégie est au fond l'art pratiqué par l'agence Cook.
l consiste essentiellement à passer les rivières sur des ponts et à franchir les montagnes par les cols. Quant à la tactique,
es règles en sont puériles. Les grands capitaines n'en tiennent pas compte. Sans l'avouer, ils laissent beaucoup faire au
asard. Leur art est de créer des préjugés qui leur sont favorables. Il leur devient facile de vaincre quand on les croit
nvincibles. C'est sur la carte seulement qu'une bataille prend cet aspect d'ordre et de régularité qui révèle une volonté
upérieure.
e pauvre Émile Vincent! soupira Mlle Bergeret. Il est vrai qu'il aimait beaucoup les militaires. Et je suis sûre, comme toi,
u'il a cruellement souffert quand il s'est vu traité en ennemi par le monde de l'armée. La générale Cartier de Chalmot a
té bien dure pour lui. Elle savait mieux que personne qu'il donnait beaucoup aux oeuvres militaristes. Pourtant elle
ompit toutes relations avec lui quand elle sut qu'il avait dit qu'Esterhazy était un escroc et un traître. Et elle rompit sans
énagements. Comme il s'était présenté chez elle, elle s'approcha de l'antichambre où il attendait, et elle cria de façon à
tre entendue de lui: "Dites que je n'y suis pas." Pourtant, ce n'est pas une méchante femme.
on, certes, répliqua M. Bergeret. Elle a agi avec cette sainte simplicité dont on vit en d'autres temps des exemples plus
dmirables encore. Nous n'avons plus que des vertus médiocres. Et ce pauvre Émile n'est mort que de chagrin."
ADRIENNE BUQUET
Au docteur Georges Dumas
DRIENNE BUQUET
8
rainquebille, Putois, Riquet et plusieurs autres récits profitables Comme nous finissions de dîner au cabaret:
"J'en conviens, me dit Laboullée, tous ces faits qui se rapportent à un état encore mal défini de l'organisme, double vue,

suggestion à distance, pressentiments véridiques, ne sont pas constatés, la plupart du temps, d'une manière assez
igoureuse pour satisfaire à toutes les exigences de la critique scientifique. Ils reposent presque tous sur des témoignages
ui, même sincères, laissent subsister de l'incertitude sur la nature du phénomène.
es faits sont encore mal définis: je te l'accorde. Mais leur possibilité ne fait plus de doute pour moi depuis que j'en ai
oi-même constaté UN. Par le plus heureux hasard, il m'a été donné de réunir tous les éléments d'observation. Tu peux
e croire quand je te dis que j'ai procédé avec méthode et pris soin d'écarter toute cause d'erreur."
n articulant cette phrase, le jeune docteur Laboullée frappait à deux mains sa poitrine creuse, rembourrée de brochures,
t avançait vers moi, par-dessus la table, son crâne agressif et chauve.
"Oui, mon cher, ajouta-t-il, par une chance unique un de ces phénomènes, classés par Myers et Podmore, sous la
ésignation de fantômes des vivants, s'est déroulé dans toutes ses phases sous les yeux d'un homme de science. J'ai tout
onstaté, tout noté.
'écoute.
es faits, reprit Laboullée, remontent à l'été de 91. Mon ami Paul Buquet, dont je t'ai souvent parlé, habitait alors avec sa
emme un petit appartement dans la rue de Grenelle, vis-à-vis de la fontaine. Tu n'as pas connu Buquet?
e l'ai vu deux ou trois fois. Un gros garçon, avec de la barbe jusque dans les yeux. Sa femme était brune, pâle, les traits
rands et de longs yeux gris.
'est cela: tempérament bilieux et nerveux, assez bien équilibré. Mais une femme qui vit à Paris, les nerfs prennent le
essus et... va te faire fiche!... Tu l'as vue, Adrienne?
e l'ai rencontrée un soir rue de la Paix, arrêtée avec son mari devant la boutique d'un bijoutier, le regard allumé sur des
saphirs. Une belle personne, et fichtrement élégante, pour la femme d'un pauvre diable enfoncé dans les sous-sols de la
chimie industrielle. Il n'avait guère réussi, Buquet?
Buquet travaillait depuis cinq ans dans la maison Jacob, qui vend, boulevard Magenta, des produits et des appareils pour
a photographie. Il s'attendait d'un jour à l'autre à être associé. Sans gagner des mille et des mille, sa position n'était pas
auvaise. Il avait de l'avenir. Un patient, un simple, un laborieux. Il était fait pour réussir à la longue. En attendant, sa
emme n'était pas un embarras pour lui. En vraie Parisienne, elle savait s'ingénier et elle trouvait à chaque instant des
ccasions extraordinaires de linge, de robes, de dentelles, de bijoux. Elle étonnait son mari par son art à s'habiller
erveilleusement pour presque rien, et Paul était flatté de la voir toujours si bien mise avec des dessous élégants. Mais
e que je te dis là est sans intérêt.
ela m'intéresse beaucoup, mon cher Laboullée.
n tout cas, ce bavardage nous éloigne du but. J'étais, tu le sais, le camarade de collège de Paul Buquet.
ous nous étions connus en seconde à Louis-le-Grand, et nous n'avions pas cessé de nous fréquenter quand à vingt-six
ns, sans position, il épousa Adrienne par amour, et, comme on dit, avec sa chemise. Ce mariage ne fit point cesser notre
ntimité. Adrienne me témoigna plutôt de la sympathie, et je dînais très souvent dans le jeune ménage. Je suis, comme tu
ais, le médecin de l'acteur Laroche ; je fréquente les artistes, qui me donnent de temps en temps des billets. Adrienne et
on mari aimaient beaucoup le théâtre. Quand j'avais une loge pour le soir, j'allais manger la soupe chez eux et je les
mmenais ensuite à la Comédie-Française. J'étais ADRIENNE BUQUET
9
rainquebille, Putois, Riquet et plusieurs autres récits profitables toujours sûr de trouver au moment du dîner Buquet qui
entrait régulièrement à six heures et demie de sa fabrique, sa femme et l'ami Géraud.
éraud, demandai-je, Marcel Géraud, qui avait un emploi dans une banque et qui portait de si belles cravates?
ui-même, c'était un familier de la maison. Comme il était vieux garçon et aimable convive, il y dînait tous les jours. Il
pportait des homards, des pâtés et toutes sortes de friandises. Il était gracieux, aimable, et parlait peu. Buquet ne
ouvait se passer de lui, et nous l'emmenions au théâtre.
uel âge avait-il?
éraud? Je ne sais pas. Entre trente et quarante ans... Un jour donc que Laroche m'avait donné une loge, j'allai, comme
de coutume, rue de Grenelle, chez les amis Buquet. J'étais un peu en retard et quand j'arrivai, le dîner était servi. Paul
criait la faim ; mais Adrienne ne se décidait pas à se mettre à table en l'absence de Géraud. "Mes enfants, m'écriai-je, j'ai
une seconde loge pour le Français! on joue Denise! Allons, dit Buquet, mangeons vite la soupe et tâchons de ne pas
manquer le premier acte." La bonne servit. Adrienne semblait soucieuse et l'on voyait que le coeur lui levait à chaque
cuillerée de potage. Buquet avalait à grand bruit le vermicelle dont il rattrapait avec sa langue les fils pendus à sa
moustache. "Les femmes sont extraordinaires, s'écria-t-il. Figure-toi, Laboullée, qu'Adrienne est inquiète de ce que
Géraud n'est pas venu dîner ce soir. Elle se fait des idées. Dis-lui donc que c'est absurde. Géraud peut avoir eu des
mpêchements.
l a ses affaires. Il est garçon ; il n'a à rendre compte de son temps à personne. Ce qui m'étonne c'est, au contraire, qu'il
ous consacre presque toutes ses soirées. C'est gentil à lui. Il n'est que juste de lui laisser un peu de liberté. Moi, j'ai un
rincipe, c'est de ne pas m'inquiéter de ce que font mes amis. Mais les femmes ne sont pas de même." Mme Buquet
épondit d'une voix altérée: "Je ne suis pas tranquille, Je crains qu'il ne soit arrivé quelque chose à M. Géraud."




Signaler un abus

administration
Echange gratuit

Corrigé : Corrigé de 1887 mots (soit 3 pages) directement accessible

Le corrigé du sujet "Il avait fait la guerre en 1870, Zoé." a obtenu la note de : aucune note

150000 corrigés de dissertation en philosophie

 Maths
 Philosophie
 Littérature
 QCM de culture générale
 Histoire
 Géographie
 Droit