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Le théâtre (Histoire des arts)

Beaux-arts

Aperçu du corrigé : Le théâtre (Histoire des arts)



Publié le : 15/11/2018 -Format: Document en format HTML protégé

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Le théâtre (Histoire des arts)
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DU SACRÉ AU PROFANE C\'est par la notion de représentation que l\'on peut définir le théâtre : des acteurs jouent une scène ou une histoire devant des spectateurs. Suivant les époques, cette histoire a pu être considérée comme réelle ou comme fictive; les spectateurs ont pu être amenés à s\'identifier ou au contraire à prendre leurs distances; reste ce spectacle qui est et n’est pas la vie, et qui leur donne à voir, à sentir, à entendre la vérité du destin humain.

Ce destin, on le conçoit dans les scènes traditionnelles grecques et orientales sous le mode de la fatalité. Le théâtre est alors lié au sacré. Mais l\'homme peut aussi s\'émanciper, construire sa vie sur le refus du tragique. Le théâtre moderne est ainsi conçu sur le mode du dialogue entre l’homme et sa destinée.

REPRÉSENTER LE SACRÉ

Les sociétés primitives pratiquent une forme de théâtre indissociable du chamanisme. Rien d\'agréable, rien d’esthétique dans une cérémonie dont le sens profond est un contact effrayant avec l’au-delà, le monde des dieux, des morts et des esprits. Ce théâtre se rapproche de formes de représentations comme la messe, que nul n\'aurait l\'idée d’assimiler à du théâtre; on y représente pourtant, devant des fidèles, la Passion du Christ

La tragédie antique, dans ses premières manifestations, ne peut être comprise qu’à travers ce modèle.

Aristote (384322 av J.-C.), qui dans sa Poétique a fait la théorie d\'un genre déjà dénaturé, en donne les principes : remué au fond de son âme par la terreur et la pitié, le spectateur s’identifie au héros malheureux, et par le mécanisme de la catharsis se voit purgé de ses mauvaises passions. Représentée à Athènes lors des Dionysies, la tragédie permet à la cité de vivre pleinement l\'espace de la représentation, ses penchants au désordre, avant de retrouver son

calme, débarrassée pour un an de la violence qu\'elle portait en elle. La tragédie est en quelque sorte un instrument de pacification civique.

LES TRAGIQUES CRECS ET LATINS

Les grands auteurs tragiques s\'éloignent de ce modèle primitif en donnant au genre une dimension littéraire, faisant sa place au plaisir.

L\'œuvre d\'Eschyle (v. 525-456 av J.-C.), dans laquelle on peut isoler Les Suppliantes et Les Choéphores, est marquée par l\'importance du chœur : peu de surprise, peu d\'intrigue, des personnages qui n’ont pas encore d\'individualité, l\'essentiel de l\'action se jouant dans un dialogue angoissé entre les héroïnes et le coryphée, ce personnage qui les avertit du danger les menaçant.

Sophocle (v. 495-406 av. J.-C.) transforme la cérémonie religieuse en une activité se rapprochant davantage du monde du plaisir esthétique. Ajax, Philoctète ou encore son célèbre Œdipe-Roi restent marqués par des thèmes d\'une extrême gravité, et c\'est bien dans une terreur sacrée qu\'ils tiennent leurs spectateurs. Mais la part de suspense, la construction psychologique plus élaborée contribuent à décentrer le tragique vers un pur et simple spectacle. Cela sera chose faite avec Euripide (480 406 av. J.-C.), le dernier des grands tragiques athéniens, qui donne avec Hippolyte une pièce complexe, offrant au spectateur non plus une identification brute, mais un jeu subtil de mensonges et de dissimulation. Racine s\'en souviendra, en reprenant presque à l\'identique de longs fragments du poème d\'Euripide dans Phèdre. Dans le monde latin, la tragédie devient une œuvre littéraire comme une autre. Sénèque (v. 2 av. J.-C.-65 apr. J.-C.) donne cependant quelque éclat au genre, en représentant la folie dans Médée Ce furor, pour reprendre le terme latin, pousse à son paroxysme la logique tragique : le héros, aveuglé par la démesure (hybris), finit par accomplir le destin terrifiant que lui ont tracé les dieux, pour mieux faire la leçon aux autres hommes.

LA COMÉDIE CLASSIQUE

C\'est le poète tragique Phrynicos (vie-ve siècle) qui aurait introduit sur scène l\'usage du masque et les rôles féminins ; mais ces personae (le masque est utilisé personare, pour faire porter la voix) seront surtout utilisés dans la comédie. Aristophane (v. 445-v. 386 av. J.-C.) est sans doute le plus grand auteur comique grec. Ses œuvres évoquent les problèmes de la cité, en usant de préférence de personnages un peu rustres, par opposition à la noblesse glacée des héros tragiques.

La Paix met ainsi en scène un certain Lavendange, vigneron qui monte sur un bousier géant pour aller délivrer la Paix et faire revenir les dieux, dégoûtés des continuelles querelles entre Athènes et Sparte. Si Aristote évoque le comique dans sa Poétique, c\'est cependant à Rome que le genre va trouver tout son développement. Le rire, en principe, n\'y est qu\'un instrument de la morale : on dit de la comédie qu\'elle corrige les mœurs par le rire (castigat ridendo mores). Les personnages comiques, généralement de basse extraction, se voient sermonner, leurs vices étant souvent ridiculisés. Les spectateurs sont invités à faire retour sur eux-mêmes, en prenant conscience de leurs propres défauts. Il y a ainsi dans la comédie un double principe : le rire carnavalesque, celui des gros mots et de la scatologie, accompagné d’une démarche plus intellectuelle. Le grand auteur latin est Plaute (254-184 av. J.-C.), qui donne avec La Marmite et Amphitryon des pièces que nous connaissons sans le savoir : l\'une et l\'autre ont été adaptées par Molière, la première sous le titre de L\'Avare.

LA TRADITION ORIENTALE

Le théâtre romain, notamment comique, comporte - malgré l\'usage des masques - une forte dose de réalisme : celui du langage, celui des situations souvent puisées dans la vie quotidienne. À ce titre, il se distingue beaucoup des autres théâtres traditionnels, dont certains sont pourtant nés à la même époque. Le no japonais



UN PEU DE VOCABULAIRE

 

L’action, la fable, l\'intrigue désignent l\'histoire qui est montrée. Cette histoire débute, en particulier dans la tragédie, in médias res, «au milieu des choses», quand tout est déjà engagé. Les personnages se lancent alors souvent dans des monologues pour expliquer leur situation. Ils peuvent aussi s\'adresser à un confident, soit dans un dialogue très serré (on parie alors de stichomythie), soit avec des répliques plus longues. On distingue les tragédiens (acteurs) et les tragiques (auteurs), comme, dans la langue classique, les comédiens (acteurs spécialisés dans la comédie) et les comiques (auteurs). Les acteurs, qui jouent un rôle, obéissent aux didascalies, ou indications scéniques du dramaturge (l\'auteur), telles que les analyse le metteur en scène, qui peut également introduire des éléments de gestuelle non précisés par l\'auteur. Le décor, dont des éléments peuvent descendre des cintres ou surgir de trappes aménagées dans le plancher de la scène, s\'ouvre côté cour et côté jardin sur les coulisses, normalement invisibles du public.



LE GRAND THÉÂTRE DU MONDE

 

Le Grand Théâtre du monde (1649) de Calderôn répond au théâtre du Globe où Shakespeare fait jouer ses pièces, pour désigner dans le théâtre un microcosme capable de représenter le macrocosme. Le théâtre baroque et classique affirme ainsi son pouvoir : représenter la terre entière sur une simple scène de quelques mètres carrés - en fait, quelques pieds carrés, car le mètre n\'est alors pas encore inventé. Beaumarchais va introduire une rupture dans ce jeu : au début des Noces de Figaro (1785), le futur marié mesure le sol de sa chambre, comme pour affirmer sa réalité ou sa conformité au réel. Parallèlement, le décor s\'ouvre et se pourvoit de fenêtres, par lesquelles les personnages peuvent sauter... Le théâtre n\'est plus le monde, il est un espace réaliste au sein du monde.




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