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POUR LE SUJET: L'homme est-il réellement libre ?
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Sujet :

   Jeté sur ce globe sans forces physiques et sans idées innées, hors d'état d'obéir par lui-même aux lois constitutionnelles de son organisation, qui l'appellent au premier rang du système des êtres, l'homme ne peut trouver qu'au sein de la société la place éminente qui lui fut marquée dans la nature, et serait, sans la civilisation, un des plus faibles et des moins intelligents des animaux : vérité, sans doute bien rebattue, mais qu'on n'a point encore rigoureusement démontrée... Les philosophes qui l'ont émise les premiers, ceux qui l'ont ensuite soutenue et propagée, en ont donné pour preuve l'état physique et moral de quelques peuplades errantes qu'ils ont regardées comme non civilisées parce qu'elles ne l'étaient point à notre manière, et chez lesquelles ils ont été puiser les traits de l'homme dans le pur état de nature. Non, quoi qu'on en dise, ce n'est point là encore qu'il faut le chercher et l'étudier. Dans la horde sauvage la plus vagabonde comme dans la nation d'Europe la plus civilisée, l'homme n'est que ce qu'on le fait être ; nécessairement élevé par ses semblables, il en a contracté les habitudes et les besoins ; ses idées ne sont plus à lui ; il a joui de la plus belle prérogative de son espèce, la susceptibilité de développer son entendement par la force de l'imitation et l'influence de la société. N.B. - Le Docteur Jean ITARD recueillit au siècle dernier l'« Enfant sauvage » et tenta de l'éduquer ; ce qui l'amena à poser le problème des rapports de la nature et de la culture.

La venue au monde de l'homme est conditionnée par la rencontre et la complicité de deux hommes. Le plus souvent, celle-ci se déroule au sein d'une structure sociale : dès sa naissance, l'homme est baigné de culture, d'une culture particulière, contingente. Celle-ci lui enseigne les idées à partir desquelles il s'orientera dans la pensée, lui remet une autonomie que polissent des bonnes moeurs acquises, l'éduque. Bref, la culture incorpore dès sa venue au monde l'homme à une tradition, à un passé, le lie à d'autres hommes et à leurs valeurs.

Ainsi, l'homme est-il d'emblée pris en charge, assigné à un de ses possibles, défini. Il est élevé à une possibilité qui double une nature par là-même mystérieuse, insaisissable, trop intime pour être perçue. Le philosophe qui cherche à définir la nature humaine, est lui-même le fruit d'une tradition de pensée, d'une langue acquise. Comment délimiter l'apport de la culture? Est-il possible de prendre la nature humaine, pour ainsi dire, sur le vif? De définir un homme nu, une nature pure?

Seule la résolution de ces problèmes peut nous ouvrir une seconde question, dont l'enjeu est d'autant plus fort qu'il réfléchit sur le champ conceptuel et  l'orientatation des valeurs de celui-là même qui la pose. Cette seconde question : Que devons-nous à la culture dans la tradition de laquelle nous avons été élevés?

 

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