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Dictionnaire en ligne: DRÔLE, adjectif et substantif.

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Publié le : 22/1/2016 -Format: Document en format HTML protégé

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DRÔLE, adjectif et substantif.
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DRÔLE, adjectif et substantif.
I.— Adjectif. [En parlant de personnes, d'attributs de la personne, de situations, de choses]
A.— [Attribut ou épithète postposé au substantif]
1. Qui divertit ou porte à rire par son originalité, sa singularité. Histoires, mots drôles; personnage drôle en société; faire une plaisanterie (très, assez) drôle. Quasi-synonymes : amusant, cocasse, comique, marrant, rigolo (populaire); antonymes : ennuyeux, triste. Cet homme est très drôle (Dictionnaire de l'Académie française. 1932). Réjane, au commencement, a eu l'air de trouver la chose drôle et riait beaucoup (EDMOND DE GONCOURT, JULES DE GONCOURT, Journal, 1891, page 151 ). Au dîner, Miguel racontait l'incident avec des mines si drôles et si gentilles qu'il donnait le fou rire à tout le monde (JEAN-PAUL SARTRE, Les Mots, 1964, page 169 ).
SYNTAXE : Quiproquo, mascarade, jeu drôle; situation, scène drôle à voir; chercher, dire, faire, montrer, trouver des choses drôles; se croire drôle; vous trouvez cela drôle?
— Familier. [En emploi négatif, pour marquer une situation, une chose pénible, peu supportable] La situation actuelle, la vie n'est pas drôle.
· Ça (ce) n'est pas drôle (de + infinitif). C'est pénible, désagréable. Ça n'est pas drôle d'être toujours seul :
Ø 1.... elles sont à la merci d'un premier spectacle brutal, d'une infirmière qui veut montrer aux petites nouvelles que « ce n'est pas toujours drôle ».
Traité de sociologie (sous la direction de Georges Gurvitch) 1967, page 503.
2. Qui intrigue, paraît étrange, surprenant Être (tout, un peu) drôle; trouver à quelqu'un un air drôle. Quasi-synonymes : bizarre, singulier, insolite; antonymes : normal, ordinaire. Je te trouve toute drôle depuis quelques jours!... qu'est-ce que tu as? (SIBYLLE-GABRIELLE-MARIE-ANTOINETTE DE RIQUETTI DE MIRABEAU, COMTESSE DE MARTEL DE JANVILLE, DITE GYP, Pas jalouse, 1887, page 297 ). Et puis, tout ça m'est égal. C'est drôle comme tout m'est égal (GEORGES DUHAMEL, La Nuit de la Saint-Jean, 1935, page 219) :
Ø 2. Tu es une bonne femme, qu'il dit, faut que tu partages ma honte. Le plus drôle, monsieur, c'est que je le crois. Misère de misère! une épouse qui n'a rien à se reprocher, pas ça...
GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine, 1943, page 1504.
— Être, devenir, se sentir tout drôle. Être, devenir, se sentir pas comme d'habitude, mal à l'aise, pour une raison indéfinissable. (Quasi-)synonyme : (tout) chose :
Ø 3. Depuis que je suis mariée, je me sens drôle, mal à l'aise, comme dans une robe mal coupée, qui vous gêne sans que l'on sache exactement à quel endroit.
HENRI DE MONTHERLANT, Les Lépreuses, 1939, page 1531.
— Vous êtes drôle! Qu'auriez-vous fait à ma place? Ah, ce que vous êtes drôle avec vos chiffres! (LÉON ZITRONE, Léon Zitrone vous emmène aux courses, 1962, page 227 ).
— Trouver drôle (de + infinitif; que + subjonctif). Trouver anormal, surprenant Elle a trouvé drôle de n'avoir pas réussi cette année aux concours. Vous ne pouvez pas trouver drôle que je commence une collection, moi aussi (GEORGES DUHAMEL, La Passion de Joseph Pasquier, 1945, page 77 ).
— C'est drôle (à + infinitif). Ce n'est pas un père de tout repos. Ah! fichtre! Maman non plus, c'est drôle à dire, n'est pas très raisonnable (GEORGES DUHAMEL, Le Désert de Bièvres, 1937, page 256 ).
— Cela fait (tout) drôle (de + infinitif). Cela cause une impression bizarre. Ça fait drôle d'avoir perdu l'honneur (PAUL CLAUDEL, Poèmes et paroles durant la guerre de trente ans, 1945, page 568 ). J'allais ajouter qui un lapin, par souci d'exactitude, mais je m'aperçois que cela ferait drôle (HERVÉ BAZIN, Vipère au poing, 1948, page 237 ).
— Emploi comme substantif, par ellipse du déterminé. En voir, apprendre, connaître, dire de drôles (de choses). J'en vois de drôles. Si je pouvais parler... (ÉMILE ZOLA, La Conquête de Plassans, 1874, page 1122 ).
B.— [Avec valeur d'adjectif] Drôle de + substantif.
1. [Avec le sens supra A 2] Bizarre, étrange. Une drôle d'idée, d'envie, de manie; drôle de bonne femme, de fille, d'individu; quelle drôle d'affaire, d'histoire, d'époque! Il y a ici dedans une drôle d'odeur. C'est vrai. Drôle peut-être, mais pas désagréable, sûrement. L'odeur des fruitiers de Fenouille... (GEORGES BERNANOS, Monsieur Ouine, 1943, page 1544 ). Curieux pays, drôles de gens (BLAISE CENDRARS, Bourlinguer, 1948, page 260) :
Ø 4. — Raconte alors.
— À côté de moi il y avait un drôle de type.
— Comment? demanda René.
— Grand, maigre, avec un drôle de cou.
— Comment? demanda René.
— Comme si on lui avait tiré dessus.
— Une élongation, dit Georges.
— Et son chapeau, j'y pense : un drôle de chapeau.
— Comment? demanda René.
— Pas de ruban, mais un galon tressé autour.
— Curieux, dit Robert.
RAYMOND QUENEAU, Exercices de style, 1947, pages 192-193.
SYNTAXE : Drôle d'endroit; drôle d'amusement, de jeu; drôle de façon de parler; regarder quelqu'un d'un drôle d'air; avoir de drôles de manières, de goûts; faire, avoir un drôle d'air, de genre, de museau, de sourire, une drôle de figure, de gueule, de mine, de tête, de bobine, de touche, de grimace; croire, trouver, voir, entendre, remarquer, apercevoir, dire de drôles de choses; faire un drôle de métier.
— Familier ou populaire. Drôle de corps, de pistolet, de phénomène, de paroissien, de coco, de zigoto, de zigomar, de numéro, de zèbre, etc. Personne singulière, bizarre (dont il convient de se méfier). Ah, Monsieur Voussois, dit Paul, vous êtes un drôle de zigoto (RAYMOND QUENEAU, Pierrot mon ami, 1942, page 186 ).
— Locution familière, rare. Filer un drôle de coton (confer filer un mauvais coton*). Quasi-synonyme : être sur une mauvaise pente. Il est en train de filer un drôle de coton, dit Robert. Tu as vu le genre de gens qu'il fréquente? (SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins, 1954, page 401 ).
— Spécialement. HISTOIRE. La drôle de guerre. Première phase (1939-1940) de la seconde guerre mondiale, ainsi nommée à cause de l'absence d'opérations militaires sur l'ensemble du front. C'est une drôle de guerre, dit-il. À présent c'est les civils qui se font tuer et les soldats qui en réchappent (JEAN-PAUL SARTRE, La Mort dans l'âme, 1949, page 44) :
Ø 5. Après l'interdiction de l'Humanité et de Ce Soir par le gouvernement Daladier, l'unanimité se fit autour du drapeau. La presse d'opposition... etc., rallia spontanément le « clan belliciste » qu'elle dénonçait la veille, et leurs dirigeants et rédacteurs furent souvent parmi les héros de cette « drôle de guerre » qui fit 120 000 victimes en quelques mois.
GILBERTE ET HENRY COSTON, L'A.B.C. du journalisme, 1952, page 55.
2. Familier. [Avec valeur d'intensif; confer drôlement C] Remarquable, étonnant Avoir une drôle d'ambition, de force, de carrure, de poigne; une drôle de patience; une drôle d'érudition. Quasi-synonymes : rude, sacré, vache de (populaire). Je bavouche un peu c'est forcé... Il me faut faire des drôles d'efforts pour m'intéresser aux copains. Facilement je les perdrais de vue. Je suis préoccupé (LOUIS-FERDINAND DESTOUCHES, DIT CÉLINE, Mort à crédit, 1936, page 41 ). Mais à midi comme ça, heure d'affluence, c'est un drôle d'enchevêtrement (RAYMOND QUENEAU, Exercices de style, 1947, page 109) :
Ø 6. Il regarda Henri dans les yeux : « On ne s'en rend pas compte, mais il faut une drôle d'arrogance pour placer ses rêves au-dessus de tout. Si on était modeste, on comprendrait qu'il y a d'un côté la réalité, et de l'autre rien. »
SIMONE DE BEAUVOIR, Les Mandarins, 1954, page 555.
SYNTAXE : Aller à une drôle de vitesse; faire un drôle de tapage, de vacarme; avoir une drôle de soif, une drôle de faim.
II.— Substantif familier.
A.— Vieilli. [En parlant d'un adulte] Personnage roué à l'égard duquel on éprouve de la défiance et une certaine supériorité. Voilà un parfait drôle, un drôle bien rusé; ce vieux drôle. Quasi-synonymes : maraud, coquin. En vérité, cet homme a quelque chose (...) de repoussant; (...) on croirait que la nature (...) a jeté mon drôle dans quelque coin (ALEXANDRE DUMAS PÈRE, Intrigue et amour, 1847, I, tableau1, 4, page 197 ). Le drôle nous a trahis une fois déjà, il pourrait bien nous trahir encore (PIERRE-ALEXIS, VICOMTE PONSON DU TERRAIL, Rocambole, les drames de Paris, tome 5, 1859, page 232 ).
— [En appellatif] :
Ø 7. Le garçon de bureau ouvrit la porte (...). Chapeau bas, drôle! En même temps, j'envoyai (...) le feutre du pauvre diable s'aplatir contre le mur.
ALEXANDRE DUMAS PÈRE, Comment je devins auteur dramatique, 1833, introduction, page 21.
— [En parlant d'un enfant ou d'un adolescent] Personnage rusé et fripon. Un jeune drôle; beau, vilain, petit drôle; un petit drôle bien éveillé. — Où avez-vous arrêté ce pleurard? demanda Corentin au brigadier en désignant le petit écuyer de Laurence. — (...) le drôle allait gagner le bois des Closeaux (HONORÉ DE BALZAC, Une Ténébreuse affaire, 1841, page 118 ).
— Spécialement, péjoratif. [En parlant d'un adulte ou d'un adolescent; confer féminin drôlesse] Mauvais sujet. Vous êtes un drôle, un grand drôle (Dictionnaire de l'Académie française. 1835, 1932). Don Juan, héros d'opéra bouffe, pose devant notre esprit le problème du mal. Ce drôle charmant, ce grand seigneur canaille et irrésistible (FRANÇOIS MAURIAC, Journal 2, 1937, page 140) :
Ø 8. À vingt ans (...) les mauvais drôles de cette espèce peuvent très bien s'amender et deviennent parfois des jeunes gens fort sensibles. Le cas est plus grave lorsque le drôle en question a la figure déjà vieillotte et fanée...
HENRI, ALBAN FOURNIER, DIT ALAIN-FOURNIER, Le Grand Meaulnes, 1913, page 213.
B.— Moderne et régional (Ouest et Sud) [Sans nuance péjorative] Enfant Synonymes : gamin, gosse, garçon. On n'aurait aucune idée de ce qui se passe, sans deux ou trois petits drôles branchés dans un gros platane (ALPHONSE DAUDET, Tartarin sur les Alpes, 1885, page 268 ). Elle pense, à d'humbles et redoutables choses, à la maie qui est vide, (...) aux drôles qui vont rentrer de l'école (MAURICE GENEVOIX, Raboliot, 1925, page 226) :
Ø 9. Il [Daniel] chercha ailleurs son plaisir, mais sut que Marie faisait réciter leur catéchisme aux drôles de Bourideys, coiffait les mariées et les communiantes après avoir tué leurs poux, veillait les morts.
FRANÇOIS MAURIAC, Le Fleuve de feu, 1923, page 28.
Remarque : On rencontre dans la documentation a) La forme archaïsante drolle(s), substantif masculin, pour drôle dans ce même sens. Le prêtre entra à son tour, suivi de ses deux " drolles ", ses enfants de choeur (Joseph de Pesquidoux, Livre de raison, 1932, page 3). b) Drôline, substantif féminin, régionalisme (Sud). Petite fille, jeune fille. Sylvie, la dernière-née, une drôline de treize mois (Maurice Genevoix, Raboliot, 1925, page 58).
STATISTIQUES : Fréquence absolue littéraire : 4 161. Fréquence relative littéraire : XIXe. siècle : a) 2 581, b) 7 755; XXe. siècle : a) 8 743, b) 6 079.


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