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Acte IV, scène 6 - DOM JUAN de Molière : Elvire annonce sa conversion

Littérature

Aperçu du corrigé : Acte IV, scène 6 - DOM JUAN de Molière : Elvire annonce sa conversion



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Document transmis par : Marie16510


Publié le : 11/9/2006 -Format: Document en format HTML protégé

Acte IV, scène 6 - DOM JUAN de Molière :  Elvire annonce sa conversion
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CONTEXTE

La seconde moitié du premier acte de Dom Juan est occupée par l'affrontement qui oppose Elvire et Don Juan. Elvire y découvre ce qu'elle ne voulait pas croire : Don Juan l'a effectivement abandonnée sans retour. Déshonorée, elle promet de se venger et la suite montre que ce ne sont pas de vaines paroles. Les frères d'Elvire poursuivent Don Juan et se font menaçants.

Don Juan s'est montré si cruel et si insolent au cours de ces retrouvailles du premier acte, qu'Elvire n'a aucune raison de revenir. Or, comme si décidément tout le monde voulait empêcher Don Juan de souper, après Monsieur Dimanche le créancier, après Don Louis, son père qui s'est montré sermonneur et menaçant, arrive Elvire, la dernière conquête de Don Juan et sa dernière victime.

 



Scène 6

Dom Juan, Done Elvire, Ragotin, Sganarelle.

Ragotin
Monsieur, voici une dame voilée qui vient vous parler.

Dom Juan
Que pourrait-ce être ?

Sganarelle
Il faut voir.

Done Elvire
Ne soyez point surpris, Dom Juan, de me voir à cette heure et dans cet équipage. C’est un motif pressant qui m’oblige à cette visite, et ce que j’ai à vous dire ne veut point du tout de retardement. Je ne viens point ici pleine de ce courroux que j’ai tantôt fait éclater, et vous me voyez bien changée de ce que j’étais ce matin. Ce n’est plus cette Done Elvire qui faisait des vœux contre vous, et dont l’âme irritée ne jetait que menaces et ne respirait que vengeance. Le Ciel a banni de mon âme toutes ces indignes ardeurs que je sentais pour vous, tous ces transports tumultueux d’un attachement criminel, tous ces honteux emportements d’un amour terrestre et grossier ; et il n’a laissé dans mon cœur pour vous qu’une flamme épurée de tout le commerce des sens, une tendresse toute sainte, un amour détaché de tout, qui n’agit point pour soi, et ne se met en peine que de votre intérêt.

Dom Juanà Sganarelle
Tu pleures, je pense.

Sganarelle
Pardonnez-moi.

Done Elvire
C’est ce parfait et pur amour qui me conduit ici pour votre bien, pour vous faire part d’un avis du Ciel, et tâcher de vous retirer du précipice où vous courez. Oui, Dom Juan, je sais tous les dérèglements de votre vie, et ce même Ciel qui m’a touché le cœur et fait jeter les yeux sur les égarements de ma conduite, m’a inspiré de vous venir trouver, et de vous dire, de sa part, que vos offenses ont épuisé sa miséricorde, que sa colère redoutable est prête de tomber sur vous, qu’il est en vous de l’éviter par un prompt repentir, et que peut-être vous n’avez pas encore un jour à vous pouvoir soustraire au plus grand de tous les malheurs. Pour moi, je ne tiens plus à vous par aucun attachement du monde ; je suis revenue, grâces au Ciel, de toutes mes folles pensées ; ma retraite est résolue, et je ne demande qu’assez de vie pour pouvoir expier la faute que j’ai faite, et mériter, par une austère pénitence, le pardon de l’aveuglement où m’ont plongée les transports d’une passion condamnable. Mais, dans cette retraite, j’aurais une douleur extrême qu’une personne que j’ai chérie tendrement devînt un exemple funeste de la justice du Ciel ; et ce me sera une joie incroyable si je puis vous porter à détourner de dessus votre tête l’épouvantable coup qui vous menace. De grâce, Dom Juan, accordez-moi, pour dernière faveur, cette douce consolation ; ne me refusez point votre salut, que je vous demande avec larmes ; et si vous n’êtes point touché de votre intérêt, soyez-le au moins de mes prières, et m’épargnez le cruel déplaisir de vous voir condamner à des supplices éternels.

Sganarelle
Pauvre femme !

Done Elvire
Je vous ai aimé avec une tendresse extrême, rien au monde ne m’a été si cher que vous ; j’ai oublié mon devoir pour vous, j’ai fait toutes choses pour vous ; et toute la récompense que je vous en demande, c’est de corriger votre vie, et de prévenir votre perte. Sauvez-vous, je vous prie, ou pour l’amour de vous, ou pour l’amour de moi. Encore une fois, Dom Juan, je vous le demande avec larmes ; et si ce n’est assez des larmes d’une personne que vous avez aimée, je vous en conjure par tout ce qui est le plus capable de vous toucher.

Sganarelle
Cœur de tigre !

Done Elvire
Je m’en vais, après ce discours, et voilà tout ce que j’avais à vous dire.

Dom Juan
Madame, il est tard, demeurez ici : on vous y logera le mieux qu’on pourra.

Done Elvire
Non, Dom Juan, ne me retenez pas davantage.

Dom Juan
Madame, vous me ferez plaisir de demeurer, je vous assure.

Done Elvire
Non, vous dis-je, ne perdons point de temps en discours superflus. Laissez-moi vite aller, ne faites aucune instance pour me conduire, et songez seulement à profiter de mon avis.

 




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