LE SITE D'AIDE A LA DISSERTATION ET AU COMMENTAIRE DE TEXTE EN PHILOSOPHIE

banniere

EXEMPLES DE RECHERCHE


POUR LE SUJET: L'homme est-il réellement libre ?
TAPEZ LES MOTS-CLES: homme libre

POUR LE SUJET: En quel sens la société libère-t-elle l'homme de la nature ?
TAPEZ LES MOTS-CLES: homme nature ou homme nature société
»Créer un compte Devoir-de-philo
»
»125895 inscrits
<< Ecriture d'invention: Discours de Rastignac « Crépuscule » De Guillaume Apollinaire >>


Partager

Anti-utopies et principe espérance dans Les Châtiments de Victor Hugo 

Echange

Aperçu du corrigé : Anti-utopies et principe espérance dans Les Châtiments de Victor Hugo 



Document transmis par : Andrew16594


Publié le : 11/9/2006 -Format: Document en format HTML protégé

Anti-utopies et principe espérance dans Les Châtiments de Victor Hugo 
Zoom

Cette communication prolongera la réflexion sur le romantisme et l’utopie amorcée à l’occasion de mes recherches sur Nerval. Elle sera l’occasion de faire le point de mes recherches sur la poétique de l’utopie au XIXe siècle. Je replacerai Les Châtiments dans l’histoire de la relation complexe qu’entretient le romantisme avec l’utopie. Mon propos ne sera pas centré sur le prophétisme, sujet déjà abordé par Sheila Gaudon[1]. Cet aspect a été largement évoqué par les commentateurs du recueil récemment mis au programme du baccalauréat. Je tenterai plutôt de cerner les usages de la culture utopique dans Les Châtiments de Victor Hugo. Depuis Charles Nodier et la chaumière des Proscrits, qui doit beaucoup à Bernardin de Saint-Pierre, l’exil appelle la référence aux utopies du siècle précédent. Cette référence n’est pas, loin de là, toujours positive, comme le montre le cycle du dériseur sensé du même Nodier. Deux de ses contes évoquent avec une ironie grinçante les méfaits du progrès. A la manière des utopistes du XVIIIe siècle, Nodier constate les effets néfastes de la civilisation européenne sur des îles imaginaires qui ont tout l’air de colonies. Le XIXe siècle achève de désolidariser l’utopie et l’insularité. Mais, conçue positivement ou pas, l’île reste solidaire d’un idéal utopique déçu. Les dystopies insulaires du XIXe siècle ne sont jamais que les négatifs d’un idéal premier. De toute évidence, l’insularité apparaît dans Les Châtiments comme éminemment dystopique. Et pourtant, Victor Hugo se place dans la filiation de l’utopie en revendiquant l’héritage de Swift. La référence à Swift recouvre un usage satirique de l’utopisme, comme ce n’est pas toujours le cas dans la pratique du romantisme. Encore faut-il définir ou plutôt redéfinir ce qu’est la satire selon Hugo. Le grotesque prend dans sa poésie une dimension fantaisiste dépassant le strict cadre de la critique politique ou du pamphlet. Les dystopies carcérales évoquées dans Les Châtiments sont les substituts dégradés des utopies insulaires du XVIIIe siècle. Si l’avenir recèle un espoir, le présent est en rupture complète avec Les Lumières qui avait nourri l’utopisme d’avant 1848. L’utopisme social d’avant la deuxième république a été perverti par Louis-Napoléon Bonaparte, qui s’en est emparé pour assouvir sa monomanie dynastique. Hugo reprend à son compte la tradition littéraire et insulaire de l’utopie pour critiquer cette rupture. Le XVIIIe siècle a inventé les dystopies et une tradition utopique secrétant sa propre critique. C’est précisément à cette tradition que Hugo se réfère en choisissant Swift.
 
 Un article fameux de Claude-Gilbert Dubois a montré que l’utopie n’était pas un paradigme clos. La fonctionnalité et le sens de ce type d’espace ne valent qu’au sein d’un système textuel plus vaste constitué par une gamme étendue de lieux et d’antilieux. Ces espaces sont donc des valeurs, comme celles qui ont été définies par Saussure dans le système de la langue et ces valeurs ne sont appréciables qu’en fonction du système « espaces imaginaires « pris au sens large. Par ailleurs, toutes les recherches sur le genre utopique ont montré que les frontières entre les différents genres et lieux de l’ailleurs étaient très ténues. Que la théorie était aisée mais que les œuvres leur apportaient souvent des démentis, échappant à tout entreprise de classification. On ne retiendra pour étayer ce constat que le témoignage de Raymond Trousson dans un ouvrage qui fait la somme de ses recherches[2].
 
 Cette réflexion sur le système des « espaces imaginaires « me semble éclairante quant à la manière dont le romantisme a pensé l’utopie et l’a fait intervenir dans son propre espace. Louis Marin a défini le genre utopique comme genre du libre jeu, dont les parties se correspondent et s’opposent, se réfléchissent pour élaborer une lecture nouvelle. C’est déjà vrai de l’utopie classique, dont la structure spatiale contient en germe les virtualités fragmentaires de l’art romantique. L’utopie ne délivre jamais un message univoque et direct. L’auteur ne prend pas la parole en son nom propre. Son énonciation est relayée par la fiction narrative et souvent par plusieurs voix. C’est dès l’origine un dispositif qui permet à une vérité et souvent parfois même à plusieurs, de s’énoncer entre les lignes du texte et entre ses parties. Du point de vue de l’énonciation et du sens, l’unité de l’utopie pose donc problème. Si la permanence d’un personnage donne son unité au récit, l’espace compartimenté de l’utopie crée un monde étrange de par sa discontinuité et son altérité à lui-même. Le fait d’insister sur le caractère totalitaire, sur la cohérence impérieuse de la société utopique ne doit pas masquer la disparate de l'œuvre et du monde utopiques. Depuis 1516 et Thomas More, l’utopie manie des sous-genres différents qui subdivisent l’espace livresque en plusieurs volets. Dans le cas de Thomas More, il s’agit tout d’abord du dialogue philosophique qui permet dans un premier temps de proférer un discours critique sur l’ici et le présent. Ensuite, le récit de voyage imaginaire et la description du deuxième volet représentent un ailleurs qui peut apparaître comme idéal. Les utopies du XVIIIe siècle, on pense notamment au Voyage de Gulliver de Swift (1726) ou à La Découverte australe de Restif de la Bretonne, semblent atomiser l’ailleurs en un chapelet insulaire. Cette pléiade d’îles déconstruit l’unité déjà problématique du genre. Le XVIIIe siècle commence à faire la critique de l’utopie, qui vole en éclats, comme l’a montré Bronislaw Bacszko, dans Lumières de l’Utopie. Il met au jour des micro-utopies. Pour renouveler un modèle narratif qui lasse, on n’hésite pas à lui associer d’autres formes en ne se souciant pas des frontières entre les genres. Ainsi, dans Aline et Valcour de Sade, le roman épistolaire et le genre utopique fusionnent. Grâce à l’originalité de ses formes mixtes, le genre utopique anticipe sur l’un des apports essentiels de l’entreprise romantique : la décomposition des genres et leur recomposition en une totalité fragmentaire nouvelle et originale.
 
 Au XIXe siècle, l’attitude des écrivains devant l’utopie est moins unanime qu’elle l’était au XVIIIe siècle. Rares sont les écrivains du XVIIIe siècle n’ayant pas sacrifié à cette mode. En revanche, au XIXe siècle, les avis sont partagés et le genre utopique évolue. Hugo, qui affirme dans Les Contemplations l’identité entre l’utopiste et le poète, est lui-même parfois sévère, notamment à l’égard des utopies régressives. Il n’envisage pas de revenir à l’âge des cavernes. Au XIXe siècle, l’utopie se fait rare, au contraire de l’utopisme que l’on peut assimiler au principe espérance défini par Ernst Bloch. L’uchronie de Louis-Sébastien Mercier, L’An 2440, est passée par là. La philosophie du progrès, les utopismes programmatiques l’emportent sur les voyages imaginaires. Sauts oniriques dans le temps ou dans l’ailleurs remplacent la navigation. L’utopie tend à se déréaliser. Elle est souvent identifiée à une chimère. La balkanisation de l’utopie, commencée au XVIIIe siècle, s’accentue. Quelques fragments d’utopies sont serties dans des œuvres qui n’en relèvent pas directement. En faisant cohabiter l’Arcadie du Monténégro et les Tablettes de Lothario, dans Jean Sbogar, Nodier accentue le caractère incongru de ce tableau idyllique. La pensée en fragments et le petit tableau font appel à l’activité du lecteur. Le texte et l’image ne coïncident pas dans la mosaïque du roman.
 
 L’âge romantique est donc celui des utopies fragmentaires, s’opposant à l’organisation scrupuleuse des cités imaginaires du XVIIIe siècle. Les romantiques sont proches des utopies problématiques de Rousseau ou des espaces rêvés de Bernardin de Saint-Pierre. Rien de parfait dans la cité idéale romantique. C’est l’inachèvement qui la caractérise. Aucun programme ne s’inscrit au centre du monde souterrain de Voyage en orient, qui convoque pourtant la tradition utopique de Nicolas Klimius, alias Von Holberg en citant Iter Subterraneum. La beauté bizarre et irrégulière, nocturne, caractérise cet univers de métal, de soufre et de feu. Aux antipodes de la cité-ruche et quadrillée de Salomon qui n’est pas sans rappeler celle du baron Haussmann. Cette remarque pour établir avec Les Châtiments un parallèle : la comparaison de l’Empire à Lilliput renvoie peut-être, sous la plume de Hugo, à la configuration extrêmement géométrique de la cité lilliputienne[3]. Or l’on sait que depuis le XVIIIe siècle et la révolution du jardin à l’anglaise, la ligne droite symbolise la tyrannie monarchique tandis que la courbe est libératrice. C’est la tradition du monde inversé qui préside chez Nerval à la vision d’une cité où les ouvriers sont rois. Les frêles pavillons qui surplombent la cité aérienne décrite dans Aurélia, nouvelle Babylone, sont esquissés avec la délicatesse d’un pinceau chinois. On est bien loin de la ville quadrillée ou concentrique que dessinait l’utopie classique. Le caractère archaïque de ces contrées imaginaires ne peut nous échapper même si les cités artistes et l’utopie ouvrière de Voyage en Orient doivent nous amener à moduler ce constat. La cité idéale des romantiques s’inscrit dans l’héritage de l’utopie traditionnelle, mais pour mieux s’en distinguer par son esthétique irrégulière et sa destructuration politique. Quant aux textes, ils s’opposent à tout dogmatisme, à toute exclusion.
 
 Certains auteurs romantiques, comme Ballanche, cultivent encore la forme classique de l’utopie. Ainsi, dans La Ville des Expiations, Ballanche adopte le plan concentrique de l’utopie traditonnelle. C’est après une lente progression que l’on parviendra au coeur de l’utopie, qui est un temple. Après le long préambule discursif inaugurant l’ouvrage, on reconnaît dans les deux personnages qui dialoguent les traditionnelles fonctions du visiteur et du guide. Le mélange des genres atteint un point peu égalé dans l’histoire de l’utopie. Le discours, le récit, la description, l’allégorie morale, la vision prophétique en forme de prose poétique se mêlent. Car La Vision d’Hébal, publiée en un volume séparé, passe pour faire partie de l’ensemble La Ville des Expiations. L’œuvre est donc rongée par cette maladie de la pierre qui fragmente à l’âge romantique les œuvres et les monuments. La Ville des Expiations – je parle ici de l’œuvre et non de la ville - n’a pas la symétrie rassurante des utopies écrites au temps des Lumières. Quant à la cité, elle n’incarne pas, c’est le moins que l’on puisse dire, la perfection, puisqu’elle exprime de manière allégorique l’état transitoire de la société.
 
 La spécificité du romantisme a été de déguiser l’antitopie ou la dystopie sous les oripeaux de l’utopie. Soit que l’auteur sincère – Ballanche en l’occurrence – ait conçu comme méliorative toute société qui abolirait la peine de mort. Soit que la prison, l’asile de fous soient devenus la métaphore de la société oppressive et travaillée par le non-sens, dans un contexte de désenchantement. Victor Brombert a évoqué ce trait de la prison romantique, ironiquement présentée par Chateaubriand ou Nerval comme un refuge ou un phalanstère. Ici apparaît l’une des spécificités romantiques : le trajet entre le réel et l’imaginaire s’effectue à l’inverse de ce qui s’est produit lors des siècles précédents dans l’histoire des ailleurs imaginés : on inventait un ailleurs et on suggérait par des détails dystopiques et empruntés au réel que le lieu imaginaire n’était totalement détaché ni de l’histoire ni de la géographie, ni, en fin de compte, du réel. La critique découlait de ce savant jeu de miroirs. Le romantisme, quant à lui, investit des lieux réels, idéologiquement connotés, et les fait entrer en les déréalisant dans le paradigme utopique. Sainte-Pélagie devient un phalanstère (chez Nerval). C’est une utopie ironique. Le basculement dans la dystopie est plus sensible dans l’œuvre de Victor Hugo. Dans Les Châtiments, la référence à Swift et à l’utopie est d’autant plus poignante que les îles dont il parle sont des rochers sinistres, des empires bouffons ou des prisons flottantes. Mais le procédé est le même : déréaliser l’histoire et ses lieux[4], sous un déguisement utopique qui dépayse le lecteur et lui fait percevoir à distance son pays et son époque. Ces lieux accèdent ainsi à une forme de surréalité qui est propre à l’ironie romantique.
 
 La référence à Swift
 
 L’usage que fait Victor Hugo de la référence à l’utopie est lié à son dessein satirique. C’est Swift qu’il mobilise, l’une des références à l’utopie les plus présentes à l’époque romantique. L’auteur du Voyage de Gulliver (1727) est presque aussi connu que Rabelais. Flaubert, bon témoin des idées de ses contemporains, relevait un lieu commun puisé chez Voltaire :
 
 Swift est fort au-dessus de Rabelais.[5]
 
 L’usage satirique de Swift est d’autant plus efficace que la référence est connue et que le procédé n’est pas nouveau. En 1850, Nerval avait revendiqué l’héritage de Swift dans Angélique. Selon toute probabilité, Nerval admirait dans le Voyage de Gulliver que le lecteur ait à en recomposer le sens[6]. Il le considérait implicitement comme une œuvre exigeant du lecteur un rôle actif, de celles précisément qui ont pu inspirer Angélique. Demander au lecteur de faire preuve d’intelligence, c’était déjà d’une certaine façon tenter de réveiller « ceux qui dorment « comme le fait Hugo dans Les Châtiments. Dans « Splendeurs «, il donne le mode d’emploi de sa parade grotesque et récapitule certains clichés de la satire politique, comme la momie égyptienne – accessoire usé de la satire contre l’Académie française. Il fait défiler sous nos yeux les principaux types repoussoirs de la vulgate romantique. Swift et ses créatures figurent en bonne place dans ce cortège de références :
 
 Les Châtiments (I...



Signaler un abus

administration
Echange gratuit

Ressources Gratuites

Pour pouvoir consulter gratuitement ce document et

TOUCHER DES DROITS D'AUTEUR

Vous disposez de documents dont vous êtes l'auteur ?

monnaie-euro-00008Publiez-les et gagnez 1 euro à chaque consultation.
Le site devoir-de-philosophie.com vous offre le meilleur taux de reversement dans la monétisation de vos devoirs et autres rapports de stage.
Le site accepte tous les documents dans toutes les matières (philosophie, littérature, droit, histoire-géographie, psychologie, etc.).

N'hésitez pas à nous envoyer vos documents.

, nous vous prions tout simplement de faire don d'un document pour le site en cliquant sur le boutton ci-dessous :




Le corrigé du sujet "Anti-utopies et principe espérance dans Les Châtiments de Victor Hugo " a obtenu la note de : aucune note

150000 corrigés de dissertation en philosophie

 Maths
 Philosophie
 Littérature
 QCM de culture générale
 Histoire
 Géographie
 Droit