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L'armistice

Histoire-géographie

Aperçu du corrigé : L'armistice



Publié le : 10/3/2012 -Format: Document en format HTML protégé

L'armistice
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22 juin 1940 - Dans la nuit du 16 au 17, on le sait, le nouveau gouvernement avait demandé à Madrid d' " intervenir le plus rapidement possible auprès du gouvernement allemand afin de demander la fin des combats, et [de] s'informer sur les conditions de la paix ". La réponse allemande était attendue avec anxiété, car on voulait mettre un terme à la débâcle, couper court, également, aux projets, agités ici et là, d'une continuation de la guerre dans l'Empire, pour stabiliser un gouvernement encore vulnérable, malgré la popularité de Philippe Pétain. Hitler, lui, voulait d'abord prendre des gages territoriaux, et avait donné l'ordre de " poursuivre l'ennemi avec le maximum de mordant ". Mais il comprit qu'en traînant trop il faisait le jeu des adversaires de l'armistice et déstabilisait le gouvernement de Bordeaux. Or il désirait vivement " obtenir, au cours des négociations, qu'un gouvernement français continue à fonctionner en territoire français. Cela serait de beaucoup préférable à la situation créée par un refus du gouvernement français d'accepter les propositions allemandes et sa fuite à l'étranger, à Londres, d'où il continuerait la guerre ". C'est ce qu'il avait déclaré à Mussolini, le 18 juin, au Führerhaus de Munich. Il amenda donc les plans de l'état-major pour rendre l'armistice acceptable : il se garda d'annoncer une quelconque annexion territoriale, n'exigea aucun territoire colonial et réclama seulement un désarmement de la flotte de guerre, car, disait-il, il fallait " avant tout empêcher la flotte française d'atteindre l'Angleterre " il préférait la voir neutralisée dans des ports espagnols, mais " ce serait aussi une bonne solution si la flotte française se sabordait ". Les plénipotentiaires français (Weygand, tout comme Chautemps, avait été exempté de la corvée) n'avaient qu'une vue bien imparfaite de ces enjeux en quittant Bordeaux le 20 juin à 14 h 30, ils ne savaient même pas où ils devaient exactement se rendre. Après avoir traversé les lignes allemandes près de Tours, et passé la nuit à Paris, la délégation, réduite par les Allemands à quatre membres (Huntziger, qui la préside Léon Noël, ancien ambassadeur de France à Varsovie le général d'aviation Bergeret et le vice-amiral Le Luc), se retrouvait, le lendemain, en forêt de Compiègne, à Rethondes. Il y avait là le wagon 2 419D de la Compagnie internationale des wagons-lits, transformé jadis par Foch en wagon-bureau, qui avait été remis à la place exacte qu'il occupait le 8 novembre 1918, lorsque Weygand, alors chef d'état-major de Foch, avait dicté ses conditions au grand état-major allemand. On avait, évidemment, recouvert d'un grand drapeau à croix gammée le monument portant l'aigle allemand brisé et l'inscription bien connue : " Ici succomba le criminel orgueil de l'Empire allemand vaincu par les peuples libres qu'il voulait asservir. " A 15 h 30, les quatre Français passèrent devant les hommes en noir de la garde du Führer, et montèrent dans le wagon les Allemands avaient déjà pris place dans ce qu'on dénommait pompeusement la " salle de conférence " même si le nombre des Français avait été réduit, on était un peu à l'étroit, car personne ne voulait manquer l'instant : il y avait, outre Hitler, Goering et Hess, Ribbentrop, le colonel-général Keitel et l'amiral Raeder le ministre-plénipotentiaire Paul Schmidt devait servir d'interprète. Hitler, d'un geste, invita les Français à s'asseoir, en face, à des places marquées par un petit carton timbré de l'aigle du Reich. La cérémonie d'expiation pouvait commencer. Keitel, sur un ton rogue, après un coup de chapeau à la " résistance héroïque " d'un " adversaire aussi brave ", récapitula vingt ans de rancunes accumulées : il accusa les Français de " violations de la parole donnée ", de " parjures " et, bien entendu, d'avoir déclaré la guerre " sans raison ". A la fin du sermon, Hitler tendit à la délégation française un exemplaire de la convention d'armistice, se leva sans mot dire et quitta le wagon, suivi des autres dignitaires allemands, à l'exception de Keitel. Les plénipotentiaires français protestèrent alors contre ce qu'ils considéraient, à tous égards, comme un diktat ils s'efforcèrent d'obtenir des précisions, notamment sur les conditions de la paix à venir. Keitel, sur un ton cassant, et Jodl, son chef d'état-major, de façon plus courtoise, répondirent que ce n'était pas le lieu de parler conditions de paix et qu'ils n'étaient là que pour apporter des " éclaircissements ", puisque les " principes de l'accord seraient maintenus ne varietur ". Ils finirent par admettre que Huntziger en réfère à Bordeaux. " Ordre " de signer Tandis que les plénipotentiaires regagnaient Paris, les ministres français se réunirent par trois fois pour se faire une opinion sur la convention d'armistice qui venait de leur être dictée. Huit d'entre eux, semble-t-il, émirent de sérieuses réserves. Mais Pétain et Weygand, qui avaient pris la négociation en main, firent admettre que les " conditions étaient dures, mais pas déshonorantes ". Quand la négociation reprit le lendemain, 22 juin, à Rethondes, Keitel admit que les avions pourraient ne pas être livrés il accepta que le Reich se contentât de réclamer parmi les réfugiés politiques les seuls " incitateurs à la guerre " (ce qui, à vrai dire, revenait à jouer sur les mots) pour les modalités de désarmement de la flotte, et sur la possibilité que le gouvernement français s'installe à Paris, il laissa entrevoir quelque espoir et il promit que le Reich tiendrait compte du " sort des populations " et se montrerait compréhensif quand il fixerait le chiffre des forces du " maintien de l'ordre ". C'était plutôt mince, et Keitel lança un ultimatum expirant à 18 h 30 un ultime conseil des ministres, réuni à la hâte, sans qu'on pût toucher le président de la République, donna " ordre " à la délégation française de signer. Le 24 juin, à 19 h 35, l'armistice franco-italien était signé. Le 25, à 0 h 35, il devenait effectif sur tous les fronts français. La convention d'armistice comportait en premier lieu des clauses militaires auxquelles les Français pouvaient s'attendre : cessation immédiate des hostilités toutes les forces armées françaises seront " désarmées " et " démobilisées " (à l'exception des forces nécessaires au maintien de l'ordre) le Reich pourrait exiger de lui que soient livrés les chars, les pièces d'artillerie, les engins antichars, les armes individuelles (mais il pourrait renoncer à la livraison des avions de combat) en zone non occupée, des missions de contrôle veilleraient à la réalité du désarmement. Un soin tout particulier avait été apporté à la rédaction de l'article 8, qui concernait la flotte de guerre : elle serait désarmée (en principe dans les ports d'attache du temps de paix), et le Reich déclarait " solennellement " qu'il ne l'utiliserait pas pendant la guerre et qu'il ne formulerait aucune revendication à son égard, lors de la conclusion de la paix. D'autres clauses étaient beaucoup plus préoccupantes. L'article 2 transformait les trois cinquièmes de l'Hexagone, où étaient concentrées la quasi-totalité des sources d'énergie et des régions industrielles, en une zone occupée par la Wehrmacht. Le gage territorial était démesuré. Et la coupure n'était pas simplement militaire, elle était également économique (l'occupant contrôlant les transferts de marchandises ou de valeurs) et tout autant politique : dans la zone occupée, le Reich allait exercer " tous les droits de la puissance occupante ". Précisons encore qu'aux termes de l'article 20 les prisonniers de guerre le resteront " jusqu'à conclusion de la paix ". C'était transformer un million et demi de captifs en véritables otages politiques. Le 25 juin, Philippe Pétain se livrait, auprès des Français, à un exercice de rhétorique serré : " Les conditions auxquelles nous avons dû souscrire sont sévères [...]. Du moins l'honneur est-il sauf [...]. " Le lendemain, Charles de Gaulle dénonçait " la France livrée, la France pillée, la France asservie... ". Pour Hitler, une étape transitoire Aux yeux de Hitler, l'armistice était une étape transitoire qui permettait à la Wehrmacht de préparer en toute quiétude l'invasion de la Grande-Bretagne : c'est pourquoi il désirait qu'un gouvernement légal demeure en France et puisse honorer sa signature ce qui impliquait, on le sait, de ménager relativement - et temporairement - le vaincu. Quant aux stratèges du gouvernement français, ils ont été guidés à la fois par une obsession, par une certitude et par une conviction. Ils étaient obsédés par l'idée qu'ils se faisaient de l'honneur, confondant celui de l'armée et celui de la nation. Ils étaient certains que le Reich avait gagné la partie et qu'après la défaite inéluctable de la Grande-Bretagne ( " Avant trois semaines, affirmait Weygand, très sûr de lui, l'Angleterre aura le cou tordu comme un poulet. " ) la paix serait allemande. Il est donc impossible, comme certains l'ont prétendu, que l'armistice ait été une pause machiavélique pour piéger Hitler. Enfin, ils étaient convaincus que le salut viendrait non de canons extérieurs, au demeurant fantasmatiques, mais d'un redressement intérieur, d'une révolution culturelle, dont l'armistice était le prélude nécessaire. Ajoutons que, contrairement aux affirmations de certains thuriféraires de Vichy, l'armistice facilitait les desseins de Hitler contre une Grande-Bretagne tragiquement seule. L'armistice est bien la coupure politique décisive qui engage les Français des deux zones pour les quatre années à venir : dès que la Wehrmacht aura perdu la bataille d'Angleterre, les vingt-quatre articles seront le cadre juridique de toute l'Occupation. Et, comme leur carcan se révélera très rigide, il faudra à nouveau négocier : la poignée de main de Montoire est fille de Rethondes. C'est une coupure aussi pour tous ceux qui, à Londres comme en France, tiendront l'armistice, dès le premier jour, pour nul et non avenu, et seront de ce fait des résistants en puissance. Enfin, l'armistice ancre définitivement le nouveau régime la démission de Paul Reynaud est son acte de naissance Rethondes, son acte de baptême. Selon toute vraisemblance, la grande majorité des Françaises et des Français ont ressenti du soulagement, beaucoup de soulagement, à cette signature. Ils l'acceptaient d'autant plus aisément que Pétain la couvrait de son autorité.




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