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Commentaire Composé : Voltaire, Le Mondain.

Littérature

Aperçu du corrigé : Commentaire Composé : Voltaire, Le Mondain.



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Document transmis par : Nawal16741


Publié le : 12/9/2006 -Format: Document en format HTML protégé

Commentaire Composé : Voltaire, Le Mondain.
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T E X T E
 
 Regrettera qui veut le bon vieux temps,
 Et l’âge d’où, et le règne d’Astrée,
 Et les beaux jours de Saturne et de Rhée,
 Et le jardin de nos premiers parents ;
 5 Moi je rends grâce à la nature sage
 Qui, pour mon bien, m’a fait naître en cet âge
 Tant décrié par nos tristes frondeurs :
 Ce temps profane est tout fait pour mes mœurs.
 J’aime le luxe, et même la mollesse,
 10 Tous les plaisirs, les arts de toute espèce,
 La propreté, le goût, les ornements :
 Tout honnête homme a de tels sentiments.
 Il est bien doux pour mon cœur très immonde
 De voir ici l’abondance à la ronde,
 15 Mère des arts et des heureux travaux,
 Nous apporter, de sa source féconde,
 Et des besoins et des plaisirs nouveaux.
 L’or de la terre et les trésors de l’onde,
 Leurs habitants et les peuples de l’air,
 20 Tout sert au luxe, aux plaisirs de ce monde.
 Ô le bon temps que ce siècle de fer !
 Le superflu, chose très nécessaire,
 A réuni l’un et l’autre hémisphère.
 Voyez-vous pas ces agiles vaisseaux
 25 Qui, du Texel, de Londres, de Bordeaux,
 S’en vont chercher, par un heureux échange,
 De nouveaux biens, nés aux sources du Gange,
 Tandis qu’au loin, vainqueurs des musulmans,
 Nos vins de France enivrent les sultans ?
 30 Quand la nature était dans son enfance,
 Nos bons aïeux vivaient dans l’ignorance,
 Ne connaissant ni le tien, ni le mien.
 Qu’auraient-ils pu connaître ? ils n’avaient rien.
 Ils étaient nus : et c’est chose très claire
 35 Que qui n’a rien n’a nul partage à faire.
 Sobres étaient. Ah ! je le crois encor :
 Martialo n’est point du siècle d’or.
 D’un bon vin frais ou la mousse ou la sève
 Ne gratta point le triste gosier d’Eve ;
 40 La soie et l’or ne brillaient point chez eux.
 Admirez-vous pour cela nos aïeux ?
 Il leur manquait l’industrie et l’aisance :
 Est-ce vertu ? c’était pure ignorance.
 Quel idiot, s’il avait eu pour lors
 45 Quelque bon lit, aurait couché dehors ? […]
 Or maintenant, monsieur du Télémaque,
 Vantez-nous bien votre petite Ithaque,
 Votre Salente, et vos murs malheureux,
 Où vos Crétois, tristement vertueux,
 50 Pauvres d’effet, et riches d’abstinence,
 Manquent de tout pour avoir l’abondance :
 J’admire fort votre style flatteur,
 Et votre prose, encor qu’un peu traînante ;
 Mais, mon ami, je consens de grand cœur
 55 D’être fessé dans vos murs de Salente,
 Si je vais là pour chercher mon bonheur.
 Et vous, jardin de ce premier bonhomme,
 Jardin fameux par le diable et la pomme,
 C’est bien en vain que, par l’orgueil séduits
 60 Huet, Calmet, dans leur savante audace,
 Du paradis ont recherché la place :
 Le paradis terrestre est où je suis.
 
 Voltaire, Le Mondain, 1736.




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