Giraudoux, "Electre", Entracte: Lamento du jardinier

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Giraudoux, "Electre", Entracte: Lamento du jardinier

Littérature

Aperçu du corrigé : Giraudoux, "Electre", Entracte: Lamento du jardinier



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Document transmis par : Marie38166


Publié le : 6/10/2010 -Format: Document en format HTML protégé

Giraudoux,
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Pendant que le Mendiant méditait sur les noces incestueuses d'Oreste et d'Electre, le jardinier s'est morfondu dans son jardin, où il a vécu, au lieu d'une nuit de noces, une nuit de veille sous la lune. Au petit jour; il fait le point sur ses réflexions nocturnes.

 



Évidemment, il n'était pas très gai, cette nuit, mon jardin. Comme petite fête,
on peut s'en souvenir. J'avais beau faire parfois comme si Électre était près de
moi, lui parler, lui dire : Entrez, Électre! Avez-vous froid, Électre? Rien ne s'y
trompait, pas même le chien, je ne parle pas de moi-même. Il nous a promis
une mariée, pensait le chien, et il nous amène un mot. Mon maître s'est marié
à un mot; il a mis son vêtement blanc, celui sur lequel mes pattes marquent,
qui m'empêche de le caresser, pour se marier à un mot. Il donne du sirop
d'oranges à un mot. Il me reproche d'aboyer à des ombres, à de vraies
ombres, qui n'existent pas, et lui le voilà qui essaie d'embrasser un mot. Et je
ne me suis pas étendu : me coucher avec un mot, c'était au-dessus de mes
forces... On peut parler, avec un mot, et c'est tout I... Mais assis comme moi
dans ce jardin où tout divague un peu la nuit, où la lune s'occupe au cadran
solaire, où la chouette aveuglée, au lieu de boire au ruisseau, boit à l'allée de
ciment, vous auriez compris ce que j'ai compris, à savoir : la vérité. Vous auriez
compris le jour où vos parents mouraient, que vos parents naissaient; le jour
où vous étiez ruiné, que vous étiez riche; où votre enfant était ingrat, qu'il
était la reconnaissance même; où vous étiez abandonné, que le monde entier
se précipitait sur vous, dans l'élan et la tendresse. C'est justement ce qui m'arrivait dans ce faubourg vide et muet. Ils se ruaient vers moi, tous ces arbres
pétrifiés, ces collines immobiles. Et tout cela s'applique à la pièce. Sûrement
on ne peut dire qu'Électre soit l'amour même pour Clytemnestre. Mais
encore faut-il distinguer. Elle se cherche une mère, Électre. Elle se ferait une
mère du premier être venu. Elle m'épousait parce qu'elle sentait que j'étais
le seul homme, absolument le seul, qui pouvait être une sorte de mère. Et
d'ailleurs je ne suis pas le seul. Il y a des hommes qui seraient enchantés de
porter neuf mois, s'il le fallait, pour avoir des filles. Tous les hommes. Neuf
mois c'est un peu long, mais de porter une semaine, un jour, pas un homme
qui n'en soit fier. Il se peut qu'à chercher ainsi sa mère dans sa mère elle soit
obligée de lui ouvrir la poitrine, mais chez les rois c'est plutôt théorique. On
réussit chez les rois les expériences qui ne réussissent jamais chez les humbles,
la haine pure, la colère pure. C'est toujours de la pureté. C'est cela que c'est,
la Tragédie, avec ses incestes, ses parricides : de la pureté, c'est-à-dire en
somme de l'innocence. Je ne sais si vous êtes comme moi; mais moi, dans la
Tragédie, la pharaonne qui se suicide me dit espoir, le maréchal qui trahit me
35 dit foi, le duc qui assassine me dit tendresse. C'est une entreprise d'amour, la
cruauté.., pardon, je veux dire la Tragédie. Voilà pourquoi je suis sûr, ce
matin, que si je le demandais, le ciel m'approuverait, ferait un signe, qu'un
miracle est tout prêt, qui vous montrerait inscrite sur le ciel et vous ferait répéter par l'écho ma devise de délaissé et de solitaire :Joie et Amour. Si vous voulez, je le lui demande. Je suis sûr comme je suis là qu'une voix d'en haut me répondrait, que résonateurs et amplificateurs et tonnerres de Dieu, Dieu, si je le réclame, les tient tout préparés, pour crier à mon commandement : Joie et Amour. Mais je vous conseille plutôt de ne pas le demander. D'abord par bienséance. Ce n'est pas dans le rôle d'un jardinier de réclamer de Dieu un orage, même de tendresse. Et puis, c'est tellement inutile. On sent tellement qu'en ce moment, et hier, et demain, et toujours, ils sont tous là-haut, autant qu'ils sont, et même s'il n'y en a qu'un, et même si cet un est absent, prêts à crier joie et amour.

C'est tellement plus digne d'un homme de croire les dieux sur parole — sur parole est un euphémisme —, sans les obliger à accentuer, à s'engager, à créer entre les uns et les autres des obligations de créancier à débiteur. Moi ça toujours été les silences qui me convainquent...

Oui, je leur demande de ne pas crier joie et amour, n'est-ce pas? S'ils y tiennent absolument, qu'ils crient. Mais je les conjure plutôt, je vous conjure, Dieu, comme preuve de votre affection, de votre voix, de vos cris, de faire un silence, une seconde de votre silence.... C'est tellement plus probant. Écoutez... Merci.

 




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