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Le Jardinier et son Seigneur, de La Fontaine

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Le Jardinier et son Seigneur, de La Fontaine

Littérature

Aperçu du corrigé : Le Jardinier et son Seigneur, de La Fontaine



Publié le : 15/2/2011 -Format: Document en format HTML protégé

Le Jardinier et son Seigneur, de La Fontaine
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Commentaire.
 
 Les sources :
 
 Ce récit semble basé sur l'observation directe et, par l'interprétation personnelle que le poète donne aux faits, ceux-ci paraissent s'inscrire dans la réalité; l'enchaînement d'épisodes pris sur le vif donne à l'ensemble un caractère d'authenticité.
 
 L'impression d'ensemble :
 
 Il s'agit d'un fait divers en apparence de minime importance, dont le cadre est un village de France, et susceptible de défrayer une chronique de clocher. La Fontaine, avec un art très sûr, révèle le sens intime de cet épisode superficiellement insignifiant, et l'élève à la hauteur de la tragi-comédie et du drame. Il se montre peintre de caractères qui vivent, réagissent, évoluent. Par cette mobilité constante, il nous emporte dans l'élan même de la vie. La bonhomie dédaigneuse du Seigneur devient du cynisme, et la confiance ingénue du paysan fait place à la révolte et à la haine. 



Un amateur de jardinage,
Demi-Bourgeois, demi-Manant,
Possédait en certain village
Un jardin assez propre, et le clos attenant.
Il avait de plant vif fermé cette étendue.
Là croissait à plaisir l'oseille et la laitue,
De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet,
Peu de jasmin d'Espagne , et force serpolet.
Cette félicité par un Lièvre troublée
Fit qu'au Seigneur du bourg notre homme se plaignit:
Ce maudit animal vient prendre sa goulée
Soir et matin, dit-il, et des pièges se rit.
Les pierres, les bâtons y perdent leur crédit.
Il est sorcier, je crois. Sorcier, je l'en défie,
Repartit le Seigneur. Fut-il diable, Miraut
En dépit de ses tours, l'attrapera bientôt.
Je vous en déferai, bon homme, sur ma vie.
Et quand ? Et dès demain, sans tarder plus longtemps.
La partie ainsi faite, il vient avec ses gens.
Ca, déjeunons, dit-il, vos poulets sont-ils tendres ?
La fille du logis, qu'on vous voie, approchez.
Quand la marierons-nous ? quand aurons-nous des gendres ?
Bon homme, c'est ce coup qu'il faut, vous m'entendez,
Qu'il faut fouiller à l'escarcelle.
Disant ces mots, il fait connaissance avec elle,
Auprès de lui la fait asseoir,
Prend une main, un bras, lève un coin du mouchoir ;
Toutes sottises dont la Belle
Se défend avec grand respect ;
Tant qu'au père à la fin cela devient suspect.
Cependant on fricasse, on se rue en cuisine :
De quand sont vos jambons ? ils ont fort bonne mine.
Monsieur, ils sont à vous. Vraiment, dit le Seigneur,
Je les reçois, et de bon coeur.
Il déjeune très bien ; aussi fait sa famille,
Chiens, chevaux et valets, tous gens bien endentés :
Il commande chez l'Hôte, y prend des libertés,
Boit son vin, caresse sa fille.
L'embarras des Chasseurs succède au déjeuné.
Chacun s'anime et se prépare :
Les trompes et les cors font un tel tintamarre
Que le bon homme est étonné.
Le pis fut que l'on mit en piteux équipage
Le pauvre potager : adieu planches, carreaux ;
Adieu chicorée et poreaux;
Adieu de quoi mettre au potage.
Le lièvre était gîté dessous un maître chou,
On le quête, on le lance : il s'enfuit par un trou,
Non pas trou, mais trouée, horrible et large plaie
Que l'on fit à la pauvre haie
Par ordre du Seigneur ; car il eût été mal
Qu'on n'eût pu du jardin sortir tout à cheval.
Le bon homme disait : Ce sont là jeux de Prince.
Mais on le laissait dire ; et les chiens et les gens
Firent plus de dégât en une heure de temps
Que n'en auraient fait en cent ans
Tous les lièvres de la province.

Petits Princes, vuidez vos débats entre vous.
De recourir aux Rois vous seriez de grands fous.
Il ne les faut jamais engager dans vos guerres,
Ni les faire entrer sur vos terres.




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