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Philippe Delerm - L'odeur des pommes

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Philippe Delerm - L'odeur des pommes

Littérature

Aperçu du corrigé : Philippe Delerm - L'odeur des pommes



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Document transmis par : Pauline15831


Publié le : 6/9/2006 -Format: Document en format HTML protégé

Philippe Delerm - L'odeur des pommes
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Pour Philippe Delerm, l'odeur des pommes a de nombreux pouvoirs. En premier lieu, elle domine tout l'être, elle dirige ses sensations et ses pensées. Elle s'empare immédiatement de celui qui la sent. Elle ne laisse aucune échappatoire à sa « victime « ; « ça vous prend «, « rien à faire « (l. 4). Elle supprime toute envie préalable, elle détourne également le narrateur de sa première envie. Il allait à la cave chercher des pommes pour les consommer, il n'y songe plus : « on n'a pas envie de les manger « (l. 9), « rien ne se passerait à mordre une chair blanche « (l. 20) ; il s'agit même d'oublier ce désir : « surtout ne pas transformer en goût identifiable ce pouvoir flottant de l'odeur « (l. 9-10). Le narrateur pénètre, grâce à ce parfum, dans un autre univers, un « au-delà « (l. 11) ; il lui ouvre les portes non d'un univers parallèle, mais de son passé (un monde « intérieur « (l. 11), d'une saison et une époque de sa vie oubliées « l'automne de l'école « (l. 10-11).



On entre dans la cave. Tout de suite, c'est ça qui vous prend. Les pommes sont là, disposées sur des claies - des cageots renversés. On n'y pensait pas. On n'avait aucune envie de se laisser submerger par un tel vague à l'âme. Mais rien à faire. L'odeur des pommes est une déferlante. Comment avait-on pu se passer si longtemps de cette enfance âcre et sucrée ? Les fruits ratatinés doivent être délicieux, de cette fausse sécheresse où la saveur confite semble s'être insinuée dans chaque ride. Mais on n'a pas envie de les manger. Surtout ne pas transformer en goût identifiable ce pouvoir flottant de l'odeur. Dire que ça sent bon, que ça sent fort? Mais non. C'est au-delà.... Une odeur intérieure, l'odeur d'un meilleur soi. Il y a l'automne de l'école enfermé là. A l'encre violette on griffe le papier de pleins, de déliés. La pluie bat les carreaux, la soirée sera longue... Mais le parfum des pommes est plus que du passé. On pense à autrefois à cause de l'ampleur et de l'intensité, d'un souvenir de cave salpêtrée, de grenier sombre. Mais c'est à vivre là, à tenir là, debout. On a derrière soi les herbes hautes et la mouillure du verger. Devant, c'est comme un souffle chaud qui se donne dans l'ambre. L'odeur a pris tous les bruns, tous les rouges, avec un peu d'acide vert. L'odeur a distillé la douceur de la peau, son infime rugosité. Les lèvres sèches, on sait déjà que cette soif n'est pas à étancher. Rien ne se passerait à mordre une chair blanche. Il faudrait devenir octobre, terre battue, voussure de la cave, pluie, attente. L'odeur des pommes est douloureuse. C'est celle d'une vie plus forte, d'une lenteur qu'on ne mérite plus. In, « La première gorgée de bière «




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