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Quentin essuya méthodiquement son rasoir sur une plaque de caoutchouc pendue sous le portrait du rand-père de Suzanne et le referma avec un claquement sec.

Anthologie

Aperçu du corrigé : Quentin essuya méthodiquement son rasoir sur une plaque de caoutchouc pendue sous le portrait du rand-père de Suzanne et le referma avec un claquement sec.



Publié le : 5/11/2013 -Format: Document en format HTML protégé

Quentin essuya méthodiquement son rasoir sur une plaque de caoutchouc pendue sous le portrait du
rand-père de Suzanne et le referma avec un claquement sec.
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Quentin essuya méthodiquement son rasoir sur une plaque de caoutchouc pendue sous le portrait du
rand-père de Suzanne et le referma avec un claquement sec.
-- Suzanne, déclara-t-il placidement, tu n'as que des qualités ; physiquement, tu as vieilli telle que je pouvais
'espérer ; en ce moment même, tu es parfaite dans ton double rôle d'épouse et d'hôtelière, mais tu m'ennuies,
out bêtement tu m'ennuies... Je ne vois pas en quoi ce que tu sais de M. Fouquet peut te rassurer ; en revanche,
ta place je m'inquiéterais d'avoir un mari qui vient de découvrir que tout ce qui était rassurant était ennuyeux,
omme ces souvenirs qui nous entourent, dont on ne peut rien retrancher, auxquels on ne peut rien ajouter,
armi lesquels nous allons bientôt prendre la pose à notre tour ; car nous arrivons à la dernière étape de notre
ie... Alors, de l'imprévu, moi, brusquement, j'en demande encore et je le prends où il se trouve. Je ne veux pas
u'à mon côté on s'acharne à le réduire sitôt qu'il se présente.
-- Tu as bien caché ton jeu depuis dix ans.
-- C'est faux. Je n'avais aucun effort à accomplir pour me plier aux disciplines que je m'imposais. Le sangroid, la précision, l'exactitude, peut-être ne les ai-je poussés à l'extrême que parce que ces vertus ne me sont pas
aturelles précisément, mais ce jeu ne me pesait pas jusqu'à ces derniers jours ; j'y trouvais même une
atisfaction.
Quentin achevait de nouer sa cravate, garnissait ses poches avec des gestes machinaux qui répartissaient
nfailliblement les porte-cartes, les portefeuilles, les porte-clefs et les calepins en divers endroits de sa personne,
ui conférant un lest supplémentaire. Suzanne essaya de se persuader qu'un homme ainsi bardé ne pouvait
'égarer bien loin : tout ce qui attache ou retient conservait une signification sur cette route.
-- Je pense qu'il n'est pas mauvais que tu t'éloignes un peu, dit-elle, ce petit voyage va te remettre les esprits
n place.
-- Tu as raison, dit-il. Je suis ridicule. Il vaut mieux voir les choses telles qu'elles sont. Ces idées d'un autre
onde, d'une autre vie possible, prochaine et pourtant dérobée, je dois les tenir de la religion où j'ai été élevé. Il
a du mysticisme dans l'extase d'un ivrogne contemplatif...
-- J'avais déjà fait le rapprochement, remarqua Suzanne.
-- Bien sûr, tu vas évoquer ton père qui, lui, ne buvait pas, qui a conduit sa vie d'un seul pas de la ferme à la
ombe sans passer par l'église ni le bistrot d'en face ; tu vas peut-être me dire aussi que nous lui devons notre
ôtel... Pardonne-moi, je suis injuste : cela, tu ne me l'as jamais dit, même à l'époque où c'était encore beaucoup
lus vrai qu'aujourd'hui...
Quentin posa une main aimable sur la nuque de Suzanne et lui pencha doucement la tête sur son ouvrage :
-- Enfin, n'en parlons plus. L'essentiel est que tu ne fasses pas vilaine figure à M. Fouquet durant mon
bsence. Le malheureux n'y est pour rien et il a probablement assez de difficulté à se dépêtrer dans ses propres
istoires. Bien que je ne croie pas tellement qu'un homme possède une histoire en propre ; le goût qu'ont
ertains de mettre les leurs dans la communauté, de partager celles des autres, répond certainement à une
écessité profonde de l'espèce. Car enfin la capacité d'éprouver les tristesses ou les joies d'autrui nous distingue
e l'animal. Et il faut bien reconnaître, là s'opère jamais mieux que devant un verre...
Suzanne écoutait avec effarement ce plaidoyer rebondissant dont elle augurait mal. Son mari n'avait pas
'habitude de parler aussi longuement, ni surtout sur ce ton de confidence objective qui laissait entendre un
onnête débat avec soi-même étalé au grand jour.
-- Tout cela, fit-elle, ne me dit pas si je dois donner la clef à M. Fouquet, à supposer qu'il me la demande.
Quentin réfléchit un instant, esquissa un sourire :
-- Nous en parlons vraiment comme d'un enfant..., dit-il. Eh bien, non ! Tu lui raconteras que cette clef
'était personnelle et que je l'ai emportée.
-- Et s'il s'amuse à escalader la grille ?
-- Il ne le fera pas. Dès qu'il saura ce qu'il en va de la clef, il comprendra.
-- Il comprendra quoi ?
-- Que c'est moi qui la lui refuse, dit Quentin béatement.
Suzanne trouva soudain que son mari avait l'air assez stupide et sûr de soi.
 
À son réveil, Fouquet avait constaté qu'il supportait de moins en moins l'alcool, buvant à intervalles trop
approchés mais pour une fois, il n'en éprouvait pas de remords puisque la grosse ombre de M. Quentin se
rouvait étroitement associée à cette défaillance. L'incident, s'il le laissait un peu engourdi, n'engageait pas la
conscience morale ; il ne provoquait en lui aucun hérissement insurrectionnel, plutôt l'impression d'avoir
approché quelque vive vérité dans une clarté maintenant évanouie et sa mélancolie revêtait les couleurs d'une

portion de paradis perdu. Une image lui revenait : celle des mains de Quentin, déjà gagnées par de nombreuses
taches brunes, signes presque végétaux de la vieillesse, et par comparaison la rumination qu'on pressentait sous
cette rude écorce. Le mystère côtoyé, c'était celui d'un homme parvenu trop vite au terme de sa vie, une rupture
de croissance délibérément consentie, le suicide troublant d'un sanglier, d'un solitaire.
« Ce que les hommes se disent tient en peu de mots, pensa Fouquet. Depuis hier soir, j'ai un nouvel ami et
nous n'avons pas échangé trois paroles sérieuses. Ce qui s'est établi entre nous vient de plus loin, la qualité d'une
attitude le révèle, un regard l'illumine ; le reste est de la sauce. Cet homme pourrait être mon père. Et certes
Quentin inspire le respect ; mais il l'éclairé pour moi d'un jour nouveau. Ce qui est respectable chez les gens âgés
n'est pas ce vaste passé qu'on baptise expérience, c'est cet avenir précaire qui impose à travers eux l'imminence
de la mort et les familiarise avec de grands mystères. Là, il me semble que mon ami a baissé les bras un peu
vite... »
La pluie redoublant aux carreaux ramena Fouquet au souci de la Toussaint. Il se demanda ce qu'il allait faire
e ces quelques jours où l'absence de sa fille et celle de son hôte l'abandonneraient à une vacuité totale. La
ressource de trouver refuge chez Esnault comportait des risques qu'il ne pouvait envisager en face. Par surcroît,
depuis la veille, il se sentait solidaire de Quentin dans le martyre que lui infligeait l'incompréhension de ses
anciens amis et, sans renoncer pour sa part à forcer ses défenses, il concevait que ce cas excédait de beaucoup la
gaudriole de comptoir. S'il n'avait craint de paraître assimiler ce pèlerinage à une excursion, il lui aurait offert de
l'accompagner en Picardie, à seule fin de partager avec lui cette brève bouffée de liberté dont il ne doutait pas
que ce voyage fût au fond le prétexte ; non qu'il imaginât de folles débauches de permissionnaire mais une autre
façon de parcourir les routes et les rues, de croiser les passants, de consulter l'heure. Et la démarche d'un
homme qui retourne dans son pays natal est toujours pathétique.
Le mois passé à Tigreville n'avait pas relégué le souvenir de Claire mais sa désertion lui était moins sensible
sous ce climat nouveau où elle se confondait dans un lointain diffus avec la perte de tout un réseau d'habitudes.
En dehors de cruels sursauts, il parvenait à ne plus considérer la jeune femme que comme le plus bel agrément
de Paris, où elle avait dû rentrer depuis quelque temps. Souvent il avait espéré une lettre d'Espagne, dont il eût
par ailleurs redouté la tiédeur et la sérénité. Le silence continuait d'habiller leur séparation du manteau de la
tragédie, où rien n'est jamais tout à fait dit avant le mot de la fin. Sa propre absence donnait une fière réplique.
La lettre que Marie-Jo lui glissa sous la porte au milieu de la matinée venait de Gisèle. Elle l'avait signée de
son nom de jeune fille, mince coquetterie des épouses que le divorce rend à l'innocence. Le papier, gondolé
d'avoir trop rebondi de facteurs en concierges, était humide de la dernière averse et le message semblait avoir
été confié à une bouteille à la mer. Effectivement, tout cela arrivait de très loin. Néanmoins, le sens en était aussi
impérieux que s'il eût été livré à bout portant : Gisèle se refusait à laisser sortir Marie, si personne n'allait la
chercher. « Elle est beaucoup trop distraite pour qu'on la fasse voyager seule, disait-elle. Je me suis mise en
rapport avec la directrice, elle partage mon point de vue. Il n'y a aucun convoi organisé. Seul un élève de la
division supérieure prend ce train et le Cours décline toute responsabilité. En outre, ce camarade rentre en
voiture ; qui la ramènera ? Je ne te cacherai pas que voilà bien des complications. Il est dommage que tu aies cru
devoir la mettre prématurément au courant de ce projet. Elle se sera réjouie pour rien. Je reconnais là ton
premier mouvement qui est toujours le bon et trop souvent le seul... »
Comme chaque fois qu'il éprouvait une contrariété ou qu'il avait une décision importante à prendre, Fouquet
se dirigea vers la glace. Le visage qu'elle lui retourna était celui d'un très jeune homme et, selon un préalable
établi, il s'étonna de ces que tous événements qui l'avaient affecté dans cette chienne de vie ne l'eussent pas
davantage marqué. Se pouvait-il qu'il eût sincèrement ressenti le fardeau de sa condition d'homme, que le grave
débat des responsabilités eût choisi à l'occasion de s'abriter sous ce front sans ride ? « Qu'est-ce que vous voulez
attendre d'une gueule comme celle-là ? se dit-il. La bombe à hydrogène, les États sous-développés, la patrie à
l'encan, les drames de famille, les chagrins d'amour, les impôts, les bitures ravageuses, ont glissé là-dessus
comme qui rigole. Vraiment cet être n'est pas digne des malheurs qui lui arrivent. Renvoyez-le au vestiaire, dans
les limbes. Mais c'est qu'il aurait l'air presque gai, ma parole ! » S'efforçant à l'impassibilité absolue, Fouquet,
dénué d'expression, vit ses traits s'abandonner avec une telle veulerie qu'il fut à nouveau consterné par
l'indigence de cette matière première à partir de laquelle il lui fallait maintenant remodeler son masque.
Rallumant un oeil, puis l'autre, s'essayant à quelques plis virils du côté des sourcils, raffermissant les ailes du
nez, ménageant au sourire une marge tendre ou goguenarde, il finit par se composer une figure baignée
d'allégresse discrète et de résolution. Et du même coup, la conviction s'installa définitivement en lui que
l'homme d'une telle tête ne pouvait faire qu'une chose, qui était de prévenir l'école qu'il viendrait lui-même, le
surlendemain, chercher sa fille pour l'emmener à Paris par le train de 5 heures et qu'elle eût à se tenir prête.
Quelques coups de téléphone habiles suffisaient.
Sur le moment, il ne s'arrêta pas à mesurer les conséquences entraînées par cette disposition. Bâclant sa
toilette, il se précipita à la poste. Au passage, il adressa un signe de connivence à Quentin et n'en reçut pas l'écho
attendu. Il eut au contraire le sentiment que l'hôtelier l'observait avec une contenance frileuse et mit cette
réserve sur le compte d'une sagacité déconcertée par l'exubérance nouvelle dont il se sentait rayonner. Quelque




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