Rodrigue provoque le Comte. (CORNEILLE. Le Cid. Acte II, sc. 2)

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Rodrigue provoque le Comte. (CORNEILLE. Le Cid. Acte II, sc. 2)

Littérature

Aperçu du corrigé : Rodrigue provoque le Comte. (CORNEILLE. Le Cid. Acte II, sc. 2)



Publié le : 1/5/2011 -Format: Document en format HTML protégé

Rodrigue provoque le Comte. (CORNEILLE. Le Cid. Acte II, sc. 2)
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I. — L'ensemble. - 1° Nature du morceau. Un dialogue, extrait d'une tragédie de Corneille, le Cid. — Dialogue signifie conversation entre deux personnages; mais on a étendu la signification du mot, et l'on appelle dialogue toute scène de théâtre où figurent plusieurs interlocuteurs; on y oppose le monologue, où l'acteur, seul sur la scène, réfléchit à haute voix et cause avec lui-même. Le dialogue est la forme obligée de tout ouvrage dramatique. — 2° Ce morceau est tiré du Cid, acte II, scène 2. Au premier acte de la tragédie, on a d'abord appris que Rodrigue, fils de Don Diègue, aimait Chimène, fille du comte Don Gormas, et qu'il en était aimé; le Comte, questionné par Elvire, confidente de Chimène, a déclaré qu'il donnerait son consentement à ce mariage. Mais Don Diègue ayant été choisi par le Roi comme gouverneur de son fils, le Comte se croit victime d'une injustice, et insulte Don Diègue : emporté par l'orgueil et par la colère, il soufflette le vieillard, qui, impuissant à se défendre, remet son épée aux mains de son fils Rodrigue. Pris entre son amour pour Chimène, et son devoir qui l'oblige à venger l'honneur de sa famille en provoquant le père de celle qu'il considère déjà comme sa fiancée, Rodrigue hésite un instant, mais il se décide pour le devoir, et va à la recherche du Comte.





LE COMTE, D. RODRIGUE
D. RODRIGUE
A moi, comte, deux mots.
LE COMTE Parle.
R. RODRIGUE
Ote-moi d'un doute.
Connais-tu bien don Diègue?
LE COMTE
Oui.
D. RODRIGUE
Parlons bas, écoute : Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu, La vaillance et l'honneur de son temps? Le sais-tu?
LE COMTE
Peut-être.
D. RODRIGUE
Cette ardeur que dans les yeux je porte, 5
Sais-tu que c'est son sang? Le sais-tu?
LE COMTE
Que m'importe !
D. RODRIGUE
A quatre pas d'ici je te le fais savoir.
LE COMTE
Jeune présomptueux!
D. RODRIGUE Parle sans t'émouvoir. Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées La valeur n'attend point le nombre des années. 10
LE COMTE
Te mesurer à moi! Qui t'a rendu si vain, Toi, qu'on n'a jamais vu les armes à la main?
D. RODRIGUE Mes pareils à deux fois ne se font pas connaître, Et pour leurs coups d'essai veulent des coups de maître.
LE COMTE
Sais-tu bien qui je suis?
D. RODRIGUE Oui; tout autre.que moi 15
Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d'effroi. Les palmes dont je vois ta tête si couverte Semblent porter écrit le destin de ma perte. J'attaque en téméraire un bras toujours vainqueur; Mais j'aurai trop de force, ayant assez de cœur. 20
A qui venge son père il n'est rien d'impossible; Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.
LE COMTE
Ce grand cœur qui paraît aux discours que tu tiens,
Par tes yeux chaque jour se découvrait aux miens,
Et croyant voir en toi l'honneur de la Castille, 25
Mon âme avec plaisir te destinait ma fille.
Je sais ta passion, et suis ravi de voir
Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir,
Qu'ils n'ont point affaibli cette ardeur magnanime,
Que ta haute vertu répond à mon estime, 30
Et que voulant pour gendre un cavalier parfait,
Je ne me trompais point au choix que j'avais fait.
Mais je sens que pour toi ma pitié s'intéresse,
J'admire ton courage, et je plains ta jeunesse.
Ne cherche point à faire un coup d'essai fatal, 35
Dispense ma valeur d'un combat inégal,
Trop peu d'honneur pour moi suivrait cette victoire :
A vaincre sans péril on triomphe sans gloire.
On te croirait toujours abattu sans effort,
Et j'aurais seulement le regret de ta mort. 40
D. RODRIGUE D'une indigne pitié ton audace est suivie, Qui m'ose ôter l'honneur craint de m'ôter la vie?
LE COMTE
Retire-toi d'ici.
D. RODRIGUE
Marchons sans discourir.
LE COMTE
Es-tu si las de vivre?
D. RODRIGUE As-tu peur de mourir?
LE COMTE
Viens, tu fais ton devoir, et le fils dégénère, 45
Qui survit un moment à l'honneur de son père.




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