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La subjectivité en détresse : souffrances au travail par Marie Pezé

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Publié le : 12/4/2011 -Format: Document en format HTML protégé

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La subjectivité en détresse : souffrances au travail par Marie Pezé
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La subjectivité en détresse : souffrances au travail par Marie Pezé

 

Document réalisé à partir du livre de Marie Pezé “ Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient touchés ”, réédition Flammarion, collection de poche Champs Actuel, 220 pages, Paris, mai 2010, (première édition Pearson, Paris, 2008).

Le livre de Marie Pezé se situe dans la lignée du livre de Marie France Hirigoyen “ Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien ”, parue aux Éditions Syros à Paris en 1999 et de celui de Christophe Dejours “ Souffrances en France, la banalisation de l’injustice sociale ”, paru aux Éditions du Seuil à Paris en 1998.

Dix ans après ces deux ouvrages nous savions que la situation ne s’était pas améliorée. Les nombreux suicides au travail en témoignent. Le livre de Marie Pezé confirme le constat. Elle est psychanalyste et a ouvert en 1997 à Nanterre la première consultation “ Souffrance et travail ”. Son livre, paru en 2008, est une sorte de bilan de dix ans de travail en la matière. Elle y présente autour de dix témoignages quelques-unes des situations de souffrances que vivent les salariés.

Elle commence par parler du renvoi de la souffrance liée au travail à la sphère personnelle. Cette façon de procéder, très majoritaire dans notre contexte social, ne permet pas de poser la question de la responsabilité de la sphère collective. Cette individualisation des problèmes est liée à la psychologisation des rapports sociaux. La parole dominante dans notre situation individualise les phénomènes et essaie de faire croire que la cause des difficultés est seulement personnelle. Il est vrai que c’est l’être entier qui est investi dans le travail. La souffrance au travail s’éprouve, l’intensité de la douleur psychique est souvent très forte. Par contre, nous rencontrons là, nous semble-t-il, un des outils conceptuels de la lutte politique qui a lieu dans le domaine public. Le débat est d’avance restreint à une hypothèse : l’origine des problèmes est individuelle, l’organisation sociale et politique ne serait pas concernée, ce qui opère une clôture mentale et fige la situation.

Marie Pezé essaie de cerner les causes sociales de ces souffrances, ce qui implique un travail théorique spécifique. La définition du problème est en débat. Elle affirme et démontre tout au long de son livre que la source des problèmes se tient dans l’organisation du travail. Elle remarque que le management par le stress est banal maintenant, que la souffrance est elle-même à l’origine d’un marché spécifique et florissant, que des statistiques existent et que les chiffres sont souvent interprétés en fonction des variations qui seraient “ normales ”. Nous constatons que les pouvoirs en place opèrent de la même manière avec les suicides en prison, si ces chiffres ne varient pas beaucoup, nous serions dans une situation non aggravée, alors que c’est le suicide au travail ou en prison qui constitue le scandale, l’anormalité.

Ce journal de bord dresse un constat terrible : les troubles liés au travail s’aggravent et se généralisent. L’hyperproductivisme est devenu la norme de fonctionnement de toutes les entreprises, fragilisant l’ensemble des salariés.

Les pathologies rencontrées touchent profondément les personnes, Marie Pezé estime que leurs causes se trouvent dans les conditions de travail et les méthodes de management de notre époque. Elle pense que les souffrances au travail débordent largement le lien d’une “ harceleur / victime ”. Il y a du stress, c’est indéniable, mais la maltraitance des salariés est si massive, qu’il est impossible de la réduire à un problème relationnel entre deux personnes. Elle replace ces malaises dans le contexte social et politique contemporain. Elle parle du danger pour les ressources humaines et des méthodes utilisées pour faire pression sur les travailleurs et les détruire trop souvent. Elle recevait, rien que dans sa consultation personnelle, 900 personnes par an. Le terme “ ressources humaines ” est un mot employé pour parler de l’exploitation du travail humain dans notre contexte. Il est possible de remplacer cette notion, qui est un terme patronal, par “ salarié ” pour que la description des processus étudiés devienne plus claire. Marie Pezé parle depuis son point de vue de soignante qui œuvre à la frontière de l’individuel et du collectif. Elle ne se situe pas du point de vue strictement médical ou politique, ce qui ne l’empêche pas de lier les deux domaines, de faire son travail de thérapeute et de nous livrer un réquisitoire sévère contre le système économique de notre temps.

Très vite, elle remarque que le système actuel demande une forte implication aux salariés alors que dans le même temps il fait tout pour isoler les personnes, pour casser les possibles solidarités, pour développer la compétition entre les travailleurs, pour les surveiller, pour qu’ils intériorisent les règles d’hyperproductivité et l’autoévaluation, pour renforcer tout ce qui dépersonnalise les conditions de travail, c’est à dire toutes sortes de méthodes qui mettent à mal l’autonomie et la subjectivité des salariés et qui organisent à grande échelle la désubjectivation.

Marie Pezé en écoutant ses patients constate que l’organisation du travail cherche en premier lieu à organiser la solitude des personnes. Ensuite, elle met en place des dispositifs pour faire pression sur les travailleurs. Cette psychanalyste note que la peur est une méthode enseignée très largement dans les cours de management. La peur permet de mobiliser facilement l’énergie subjective des personnes au travail. Le chantage au chômage et à la précarité est employé très massivement. Dans un troisième temps, l’organisation du travail tente d’effacer la subjectivité pour obtenir une soumission quasi-totale.

Cette implication souhaitée des salariés a été mise en évidence par Eve Chiapello et Luc Botlanski dans leur livre sur « Le nouvel esprit du capitalisme ». Le cadre est devenu manager et cet ouvrage montre comment le capitalisme a réussi à dépasser le fordisme au profit d’une organisation en réseau. Celle-ci est génératrice pour certains d’une plus grande liberté au travail, mais pour d’autres d’une plus grande précarité. Le résultat de cette évolution est un asservissement accru à l’entreprise pour tous les salariés. Cet assujettissement passe par la notion de projet dans lequel l’employé s’implique fortement, c’est à chaque fois un nouveau challenge. L’évaluation est régulière, en outre, très souvent l’auto-évaluation est sollicitée. La pression psychique joue à deux niveaux : celui de l’équipe et celui de la personne elle-même. La peur de ne pas atteindre l’objectif que l’on s’est soi-même fixé est source de souffrance ; ne pas être à la hauteur pour l’équipe l’est également, c’est un élément important de culpabilisation et de stress. En reliant le travail sur le nouvel esprit du capitalisme et celui sur la souffrance au travail, il n’est plus possible de dire que la causalité des symptômes est strictement personnelle. C’est la personne qui ressent en elle les effets de la mutation du système, mais l’origine est bien dans la recherche de la rentabilité et dans le dépassement des critiques faîtes à l’organisation salariale antérieure. Celle-ci fonctionnait avec une hiérarchie pesante et une rigueur dont on ne pouvait pas s’écarter. Au nom de la liberté et de l’enrichissement des tâches, le capitalisme nouvelle version a produit des chaînes salariales encore plus efficaces parce que l’employé adhère à son projet et s’y implique fortement. La cause réelle de la souffrance est donc à chercher en amont de l’individu.

C’est à la suite de l’écoute des personnes en souffrance au travail que Marie Pezé construit ses analyses. Tout au long de son livre, elle inclut des incises sur les théories et les auteurs sur lesquels elle s’appuie. Elle présente régulièrement le tableau clinique des personnes, elle relie la situation des personnes au travail avec l’ambiance sociale dans le cadre du travail et dans l’ensemble de la société. Elle revient souvent sur la situation des femmes et l’analyse du genre, c’est-à-dire la construction sociale des rôles sexués. Elle constate la valorisation des hommes et la prégnance de leur vision du monde, elle cite la façon dont ils organisent les emplois du temps sans tenir compte de la vie réelle des femmes. Elle n’emploie pas le terme féminisme, mais ses analyses sont assez féministes, nous semble-t-il. A la question de savoir si les femmes sont plus sensibles que les hommes à l’organisation du travail actuelle, elle répond ainsi :

“ Oui, car l’organisation du travail est au masculin neutre. Les femmes sont entrées plus tard dans le monde du travail et elles doivent s’adapter à cette organisation masculine. Elles en pâtissent sur deux versants : quand elles sont seules ou peu nombreuses dans leur environnement, elles doivent faire face à un climat sexiste de plus en plus présent et à des stratégies défensives viriles. Et quand elles veulent monter dans la hiérarchie, elles doivent intérioriser des pratiques managériales viriles et agressives, qui sont plus confortables pour les hommes car en droite ligne de leur identité de genre. Quand un manager sera exigeant, voire brutal, on dira qu’il est un bon manager alors que cela aura une connotation négative pour la femme. ” ([1])

Dans un article, elle parle de la “ double peine ” pour les femmes dans l’organisation du travail. En France, dit-elle, l’étalon de référence demeure le corps masculin avec ses normes physiques, morphologiques, physiologiques. Les hommes ont, historiquement, organisé le travail au masculin. Cette norme de fait est décrite comme neutre. Mais, il faut prendre en compte les transformations observées ces trente dernières années quant à la croissance de l’activité féminine dans le monde entier. En France, les chiffres montrent que 80 % des femmes âgées de 25 à 49 ans sont actives et que 34 % d’entre elles appartiennent à la catégorie dite “ cadres et professions intellectuelles supérieures ”. ([2])

Les statistiques montrent également qu’à niveau de formation égale, les hommes et les femmes ne sont pas affectés aux mêmes postes de la division sociale du travail. Il y a bien des inégalités de distribution des places dans les différents échelons de la vie économique de notre pays. Il existe toujours d’énormes différences dans l’accès aux postes de responsabilités. Les écarts de rémunération restent la règle, les salaires des femmes sont inférieurs de 27 % à ceux des hommes.

Elle remarque que certaines tendances dans l’évolution de l’emploi féminin sont inquiétantes. Il y a celles qui se maintiennent et sont déjà anciennes comme celles qui concernent la déqualification à l’embauche et la répétitivité des tâches. Il y a aussi de nouvelles tendances qui apparaissent, comme le temps partiel imposé, l’accroissement du travail en horaires décalés, l’augmentation du rythme de travail, la remise en cause des emplois lors du retour de congés maternité.

Les études soulignent l’incapacité de l’organisation du travail à tenir compte des contraintes de temps et de disponibilité mentale liées aux activités familiales. Elles incombent presque systématiquement aux femmes. Il en découle des absences comme les congés maternité ou la prise en charge des enfants malades. Ceci relèverait de “ l’absentéisme féminin ”. Ces aléas de la prise en charge de la sphère familiale comme les vacances, les activités extrascolaires, les réunions avec les professeurs, etc. entrent souvent en conflit avec les contraintes du travail salarié. Marie Pezé se réfère aux travaux de Pascale Molinier :

“ Pour les femmes qui occupent des emplois qualifiés, il est notoire que le fait de prendre le mercredi pour les enfants se solde souvent par le fait de devoir ramener du travail à la maison. Quand les “ femmes actives ” surveillent les devoirs d’un œil, tout en enfournant la pizza surgelée de l’autre, tandis qu’elles répondent sur leur mobile à des appels professionnels, en même temps qu’elles bouclent un rapport pour le lendemain et démarrent une lessive, il devient une gageure de décrire leur activité et les savoir-faire mobilisés, comme de calculer avec certitude un “ temps de travail ”. ([3])

L’organisation du travail mise en place par les hommes ne prend pas en compte les difficultés spécifiques que rencontrent les femmes qui veulent allier vie professionnelle et vie familiale. Très souvent, la hiérarchie de l’entreprise se charge de rappeler à une femme qu’il embauche qu’elle aura des enfants et un fonctionnement cyclique qui la rendront moins disponibl...



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