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Voltaire : Lettres philosophiques (anglaises), X

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Voltaire : Lettres philosophiques (anglaises), X

Littérature

Aperçu du corrigé : Voltaire : Lettres philosophiques (anglaises), X



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Document transmis par : Allison15886


Publié le : 6/9/2006 -Format: Document en format HTML protégé

Voltaire : Lettres philosophiques (anglaises), X
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Vue d'ensemble


C'est le commerce qui est la source de la puissance anglaise et donc de la liberté dans ce pays. Il a pu se développer grâce à l'attitude psychologique des Anglais qui, contrairement aux autres nations européennes, jugent très honorables les activités commerciales.


Mouvement du texte


A. Les faits (I. 1 à 27) :
1. La puissance anglaise est due au commerce, non aux ressources naturelles (l. 1 à 10).
2. Exemples historiques de cette puissance (l. 10 à 27) :
- Action directe par la puissance navale (l. 10 à 16) ;
- Action indirecte par l'argent (l. 17 à 27).
(Progression entre ces deux exemples : l'argent permet d'agir sans même être présent soi-même.)
B. L'analyse (I. 28 à 56) :
1. Deux attitudes opposées face au commerce :
- Positive : celle des Anglais (l. 28 à 35).
- Négative : Allemands et Français (l. 36 à 49).
2. Question orientée : laquelle choisir ? (l. 49 à 56).



Le commerce, qui a enrichi les citoyens en Angleterre, a contribué à les rendre libres, et cette liberté a étendu le commerce à son tour; de là s'est formée la grandeur de l'Etat; c'est le commerce qui a établi peu à peu les forces navales, par qui les Anglais sont les maîtres des mers. Ils ont à présent près de deux cents vaisseaux de guerre; la postérité apprendra peut-être avec surprise qu'une petite île, qui n'a de soi-même qu'un peu de plomb, de l'étain, de la terre à foulon, et de la laine grossière, est devenue par son commerce assez puissante pour envoyer en 1723 trois flottes à la fois en trois extrémités du monde, l'une devant Gibraltar conquise et conservée par ses armes, l'autre à Porto-Bello pour ôter au roi d'Espagne la jouissance des trésors des Indes, et la troisième dans la Baltique pour empêcher les puissances du nord de se battre.     Quand Louis XIV faisait trembler l'Italie, et que ses armées déjà maîtresses de la Savoie et du Piémont étaient prêtes de prendre Turin, il fallut que le prince Eugène marchât du fond de l'Allemagne au secours du duc de Savoie; il n'avait point d'argent sans quoi on ne prend ni ne défend les villes, il eut recours à des marchands anglais; en une demi-heure de temps on lui prêta cinquante millions, avec cela il délivra Turin, battit les Français, et écrivit à ceux qui avaient prêté cette somme ce petit billet: "Messieurs, j'ai reçu votre argent et je me flatte de l'avoir employé à votre satisfaction."     Tout cela donne un juste orgueil à un marchand anglais, et fait qu'il ose se comparer, non sans quelque raison, à un citoyen romain. Aussi le cadet d'un pair du royaume ne dédaigne point le négoce. Milord Townshend, ministre d'Etat, a un frère qui se contente d'être marchand dans la Cité. Dans le temps que Milord Oxford gouvernait l'Angleterre, son cadet était facteur à Alep, d'où il ne voulut pas revenir, et où il est mort.     Cette coutume, qui pourtant commence trop à se passer, paraît monstrueuse à des Allemands entêtés de leurs quartiers; ils ne sauraient concevoir que le fils d'un pair d'Angleterre ne soit qu'un riche et puissant bourgeois, au lieu qu'en Allemagne tout est prince; on a vu jusqu'à trente altesses du même nom, n'ayant pour tout bien que des armoiries et de l'orgueil.     En France est marquis qui veut, et quiconque arrive à Paris du fond de sa province avec de l'argent à dépenser et un nom en ar ou enille peut dire "un homme comme moi, un homme de ma qualité", et mépriser souverainement un négociant; le négociant entend lui-même parler si souvent avec dédain de sa profession qu'il est assez sot pour en rougir; je ne sais pourtant lequel est le plus utile à un Etat, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d'esclave dans l'antichambre d'un ministre, ou un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire, et contribue au bonheur du monde.




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