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« La démocratie est-elle nécessaire au développement économique? »

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« La démocratie est-elle nécessaire au développement économique? »
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UNIVERSITÉ

LAVAL
FACULTÉ DES SCIENCES SOCIALES
Département d\'économique
Pavillon J.-A. De Sève
Cité universitaire
Québec, Canada G1K 7P4

« La démocratie est-elle nécessaire au développement
économique? »

par
Antoine AYOUB
Professeur émérite et
fondateur du GREEN – Université Laval

Septembre 2005

1

Introduction
L’idée dominante aujourd’hui est que développement économique et capitalisme (ou
économie de marché) vont de pair. D’aucuns disent qu’ils sont même des synonymes : vouloir le
premier, c’est devoir nécessairement adopter le second. Les échecs du système d’économie
centralisée, d’une part, et l’absence d’une alternative discernable à cette économie de marché,
d’autre part, renforcent encore plus cette association.

Il ne s’agit donc plus de comparer les avantages et les inconvénients du capitalisme
démocratique et du socialisme « à la soviétique » : l’histoire récente a déjà tranché cette
question. Aujourd’hui, il s’agit plutôt de s’interroger sur les liens qui existent, ou qui doivent en
principe exister, entre capitalisme et démocratie. Est-ce que l’un peut aller sans l’autre? Est-ce
que l’un est le préalable obligatoire de l’autre? Bref, est-ce que la démocratie est nécessaire; dans
quelle mesure et selon quelles conditions?

Ces questions sont particulièrement importantes pour les pays qui ont adopté récemment,
ou qui pensent le faire bientôt, l’économie de marché comme modèle de gestion de leur
développement économique. Tous ces pays (ceux qu’on appelle des pays en transition, en
émergence, en développement), font face au problème du choix du régime politique optimal qui
doit initier, encadrer et conduire les multiples réformes qu’exige cette économie de marché.

Face à ces questions, on se retrouve dès le départ devant deux constatations. La première,
qui est une évidence, est que tous les pays démocratiques sont des pays capitalistes développés
(Europe de l’Ouest et Amérique du Nord), au moment où l’inverse n’est pas toujours vrai, du
moins pour le moment. La deuxième constatation est l’existence d’un décalage, pour ne pas
parler d’une contradiction, entre l’évolution historique de la démocratie en Occident et quelques
principes de base de la thèse néo-libérale qui, il faut bien le reconnaître, est à l’origine du
renouveau et de l’essor de l’économie de marché, ces vingt dernières années. Nous nous
retrouvons ainsi devant une situation où l’économie de marché trouve à sa disposition une
théorie fort élaborée, voire même très sophistiquée, au moment où les liens entre cette économie
et le régime politique qui doit lui correspondre, demeurent encore flous ou, en tout cas, objet de

2
débats et de controverses. C’est la raison principale de la complexité des questions que je viens
de soulever et des difficultés d’y répondre d’une manière satisfaisante.

D’ailleurs, la littérature économique et politique reflète bien cette situation. À titre
d’exemple seulement, M. L. Weitzman (1993) reconnaît explicitement que, malgré des efforts
soutenus et prolongés, il lui est toujours impossible de « formaliser » les corrélations, dont il est
persuadé intuitivement qu’elles existent, entre capitalisme et démocratie. Prezewerski et Limongi
(1993) arrivent, de leur côté, à une conclusion plus surprenante. Ils considèrent que les effets des
deux régimes politiques les plus opposés, la démocratie et la dictature, sur le développement
économique (synonyme du capitalisme), sont loin d’être évidents et que cette question est encore
largement ouverte à la réflexion et à la recherche. Et ce ne sont là que deux exemples parmi tant
d’autres, comme nous allons le voir.

Dans ces conditions, comment peut-on expliquer le fait évident qu’il n’existe pas de
démocratie sans capitalisme? C’est la première question que je voudrais examiner d’un peu plus
près en me servant de l’exemple de l’Occident développé, car comment proposer le libéralisme
bicéphale (capitalisme et démocratie) aux pays candidats, sans commencer par comprendre
l’évolution de cette doctrine elle-même et sans se demander quelle est la position du néolibéralisme face à cette évolution. La deuxième question touche plus particulièrement les pays
candidats. Il s’agit alors d’examiner quels sont les obstacles qui les empêchent d’adopter, à
l’exemple de l’Occident, la démocratie comme régime politique qui viendrait consolider chez
eux l’économie de marché. Mais tout d’abord, qu’est-ce l’on entend par démocratie?

I – Quelle démocratie?
Par démocratie, on entend aujourd’hui en Occident, un régime politique groupant et
intégrant une série de droits, dont une société moderne semble avoir besoin pour se gouverner et,
en même temps, pour s’assurer à elle-même, pacifiquement, un développement économique qui
aurait un sens pour la majorité de ses citoyens.

3
Mais, avant d’arriver jusqu’à nous dans l’état que nous lui connaissons aujourd’hui, cette
démocratie a traversé une évolution historique continue. T.H. Marshall (le sociologue), repris par
A.O. Hirshman (1991), fait correspondre cette évolution à trois étapes historiques, chacune d’un
siècle, commençant au XVIIIe siècle. On peut être en désaccord avec ce découpage et lui en
préférer un autre; l’important n’est pas là. Il est dans le phénomène de l’évolution lui-même. Les
trois étapes de Marshall peuvent être résumées comme suit :
a) L’étape des droits civils (XVIIIe siècle) qui regroupe le droit à la liberté individuelle (de
pensée, de parole, de religion, etc.), le droit à l’égalité des individus devant la loi (État de droit)
et le droit à la propriété privée. Tous ces droits ont besoin, pour être respectés et garantis, d’un
régime politique qui admet et qui applique effectivement le principe de la séparation des
pouvoirs (surtout judiciaires). Par conséquent, et dès le départ, la dictature (le césarisme) et la
tyrannie sont disqualifiés, sous ce rapport, comme régimes politiques et seules la république et la
monarchie constitutionnelle peuvent être retenues. Quelle est l’origine de ces droits? La réponse
la plus directe, quoique contestée par Bentham et les utilitaristes, est qu’elle remonte aux droits
naturels de chaque individu dans toute société. Ce sont donc des droits inaliénables et universels.

L\'application de cet ensemble de droits avait permis à l’Europe (l’Amérique du Nord, société
nouvelle, n’en avait pas besoin) de clore définitivement l’Ancien Régime et d’ouvrir la voie à
l’instauration d’un autre dans lequel l’esprit bourgeois (la recherche du profit) est venu
supplanter l’esprit féodal (l’honneur et la gloire). Ce changement était, en tout cas, suffisant pour
faire démarrer le capitalisme sur une toute autre échelle que celle du capitalisme commercial des
petites républiques (Venise, par exemple).

Ce changement radical fait dire à J. Bacheler (1995) que, dans cette première étape, le
politique a précédé l’économique (le capitalisme) et lui a préparé le terrain de son installation et
les conditions de son développement si bien que, selon lui « le capitalisme est une conséquence
de la démocratie et non l’inverse, du moins en Europe et dans sa phase d’émergence historique »
(TI, p. 94). À supposer que cette thèse soit vraie, il faut se hâter de souligner que la démocratie, à
cette époque, voulait dire exclusivement droits civils et État de droit et correspondait
parfaitement au libéralisme originel, celui de Smith et des Lumières écossaises (Manent, 1997).

4
b) L’étape des droits politiques (XIXe siècle) qui furent introduits et qui se sont développés
parallèlement à l’essor remarquable du capitalisme et de ses conséquences : industrialisation,
urbanisation, augmentation de la productivité et de la production, etc., mais aussi et en même
temps, accroissement des inégalités dans la répartition des richesses et des revenus.

À l’inverse de la première étape, dans celle-ci, tout pousse à croire que c’est plutôt
l’économique qui mène l’attelage et que c’est le politique qui suit. Ainsi, la conséquence
politique la plus importante de cet essor du capitalisme et de cet accroissement des inégalités fut
l’émergence, d’abord timide, d’une volonté populaire de participation au pouvoir politique. Le
résultat était la transformation graduelle ou suite à des révolutions violentes, selon les pays, du
suffrage censitaire (lié à l’argent et à la propriété) au suffrage universel (lié au principe de la
souveraineté populaire).

Cette transformation a donné naissance, à son tour, à la démocratie représentative fondée sur
deux nouveaux droits : la délégation du pouvoir par des élections libres et la révocation des
gouvernements sans effusion de sang (l’alternance au pouvoir). Nul mieux que B. Constant
(1997) n’a examiné les fondements de ces deux droits en établissant la fameuse distinction entre
la « liberté des Anciens » et la « liberté des Modernes ». Mais ces deux droits auraient pu rester à
l’état d’abstraction si d’autres droits n’étaient venus les consolider et leur donner substance :
liberté de la presse, droit de réunion et d’association. D’où la naissance et le développement des
partis politiques sans lesquels les parlements auraient été des simulacres, d’où aussi le début des
organisations syndicales.

Le point à retenir, c’est qu’à partir de l’instauration du suffrage universel, le pouvoir
politique commence à paraître de plus en plus comme un contrepoids au pouvoir économique
grandissant. Et c’est à partir de ce moment que les interventions de l’État dans la vie économique
ont commencé à vouloir se justifier par la nécessité de réduire les inégalités que le capitalisme
entraîne dans son sillage. L’exemple le plus illustratif à cet égard est la Loi sur les pauvres, qui a
provoqué beaucoup de débats à l’époque en Angleterre, mais qui fut finalement décrétée.

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On peut donc dire que le début des interventions de l’État dans la vie économique était la
conséquence directe et combinée du succès du capitalisme, de l’accroissement des inégalités et
de l’institution du suffrage universel. Tous ces changements annonçaient par ailleurs le début de
la rupture entre le libéralisme originel qui est essentiellement économique et la démocratie
politique représentative avec un État interventionniste et « égalisateur » (N. Bobbio, 1996).

c) L’étape des droits socio-économiques (XXe siècle) qui est celle de l’État providence avec
l’institution de nouveaux droits qui étaient tout à fait inconcevables auparavant (droit à
l’instruction obligatoire, à l’assurance vieillesse, chômage, santé, etc. et la liste est très longue).

Cette étape peut être considérée, en même temps, comme une extension de la seconde et
comme un tournant. Elle est un tournant dans le sens que les motifs des interventions de l’État
n’étaient plus seulement de réduire les inégalités, mais aussi de sauver et de préserver le système
capitaliste lui-même contre des risques d’implosions possibles, surtout durant les grandes crises
comme en 1929. En tout cas, c’était l’argument « philosophique » utilisé par Keynes pour
justifier toute sa politique économique d’intervention de l’État (voir Keynes, 1971 : notes finales
pp. 366-376).

On peut être en accord ou en désaccord avec tel ou tel droit, on peut même condamner ou se
réjouir de tous ces changements, il n’empêche que l’évolution du contenu de la démocratie, que
je viens de résumer, a bien eu lieu et que cette évolution est loin d’être une reconstruction expost, arrangée ou déformée, des réalités et des faits. D’ailleurs, cette évolution continue sous nos
yeux avec l’émergence, de plus en plus forte, de revendications cherchant à introduire une
« nouvelle génération » de droits qui débordent souvent le cadre strictement national, par
exemple le droit à l’environnement, au développement, à la diversité culturelle, etc. On dirait
que, tels les besoins dans la sphère économique, les droits, dans la sphère socio-politique,
paraissent obéir à une sorte de dynamique sans limites.

Comment expliquer cette évolution et comment comprendre la logique qui la gouverne? Sans
réponse à cette question, la démocratie risque d’être un terme qui veut tout dire, mais qui peut
aussi ne vouloir rien dire du tout. Deux grandes problématiques, pour ne pas parler de théories,

6
s’offrent à nous à cet égard. La première met l’accent principalement, et même presque
exclusivement, sur la liberté individuelle, au moment où la seconde cherche à concilier liberté et
égalité. Je veux essayer de résumer les points de vue respectifs de chacune d’elles à tour de rôle.

II – Libéralisme ou démocratie?
Pour un néo-libéral, une grande partie de l’évolution de la démocratie, dont je viens
d’esquisser les étapes, constitue tout simplement une déviation, pour ne pas dire une hérésie, par
rapport au libéralisme originel. Si j’avais à résumer en peu de mots la position néo-libérale face à
cette évolution, je dirais qu’elle se caractérise par un rejet total de l’État providence (troisième
étape), par une grande méfiance et par beaucoup de réserves à l’endroit du suffrage universel
(deuxième étape) et par un accord total avec les droits civils et l’État de droit (première étape).
Dans ce sens, la théorie néo-libérale est, et ne peut être, que normative, car elle prescrit plus
qu’elle n’explique. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle n’avait pas prévu l’évolution
concrète de la démocratie, ce qui ne l’empêche pas d’affirmer aujourd’hui son opposition à ce
« détournement » du libéralisme originel.

Pour la théorie néo-libérale, les conditions canoniques d’une économie de m...



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