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Document transmis par : jean yves-307888


Publié le : 14/10/2019 -Format: Document en format HTML protégé

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On pourrait dire que toute l’œuvre de Francis Ponge tourne autour du problème de l’objet et des rapports – désir et distance, emmêlement opiniâtre et radicale étrangeté, envie (au sens de désir, mais aussi au sens de jalousie, de rivalité) – que l’écriture poétique peut entretenir avec celui-ci. Encore faut-il préciser ce que l’on entend par « objet » d’une part, par « poésie » d’autre part, ce à quoi, justement, se consacre le poète, multipliant les angles d’approche de textes en textes.


1 Le carnet du bois de pins, p. 168, Poésie-Gallimard, 1976.


2
Dans un premier temps, cet objet, ce sera « la chose », une des choses de ce monde par lesquelles le poète se laisse fasciner et qu’il lui faut décrire le plus justement possible, les choses les plus simples, de préférence celles qui pourraient paraître les moins « poétiques » : d’un cageot d’oranges à de la boue, en passant par un gymnaste... Cet objet semble alors exclure la poésie, une certaine poésie tout au moins. Ponge ira jusqu’à parler d’une « tentative d’assassinat du poème par son objet »1 au nom des choses de ce monde dont elle doit « prendre le parti », la poésie est remise en cause. Il y a conflit entre l’exigence de mettre le langage au service de l’expression de l’objet et la poésie traditionnelle à laquelle on reproche d’être trop soucieuse de ses formes, de ses habitudes. On remarquera également que cette fascination pour les choses va de pair avec une certaine fascination pour les mots. Ceux-ci apparaissent souvent au poète comme des objets aussi solides, épais, réels, que les objets du monde naturel : mots et choses s’imposent avec la même force en tant qu’objets de prédilection de l’expérience poétique, et notamment en tant qu’« objets naturels » pour ainsi dire. On comprendra alors la dimension essentiellement transitive de l’écriture de Ponge dont tout l’effort consiste à saisir les uns, à manipuler les autres, le plus justement possible. Or cette écriture, en d’autres textes, se retourne sur elle-même, et se prend comme objet.
3
« Le parti-pris des choses » exige une véritable « rage de l’expression ». L’écriture doit se travailler sans cesse, certes afin de mieux coller aux choses, mais aussi en les reléguant dans une certaine mesure à l’arrière-plan : nous verrons dans un deuxième temps comment Francis Ponge se donne comme objet le langage lui-même qu’il s’agit de « réparer » et de porter à son plus haut niveau de fonctionnement. Le poète se plaît alors à faire jouer la langue ainsi qu’un athlète fait jouer ses muscles : c’est cela « l’objeu », une jubilation du langage, un foisonnement en boucle(s), auxquels on aboutit grâce à un objet (au sens premier dont nous parlions), voire au détriment de cet objet...
4
Cependant le retournement jouissif de l’écriture sur elle-même aboutit dans un troisième temps, à un troisième type d’objet (un objet du « troisième type » ?) : ce que j’appellerai « un objet textuel », un texte parfait, sur lequel il n’y a plus à revenir. « L’objeu » ne se contente plus de faire saillir les forces du langage face aux « choses » : il se pétrifie (aux sens neutre et péjoratif du verbe) en un objet autre. Tout se passe comme si l’envie de l’objet débouchait... sur son remplacement. Le poète ne travaille plus seulement à partir d’objets donnés (ou qu’il se donne), choses, mots, et même langage, mais fabrique des objets nouveaux, autonomes en quelque sorte, entrant en concurrence avec les objets du monde extérieur par leur caractère irréductible, tenant par eux-mêmes, sans l’aide de l’auteur et peut-être même sans celle... des lecteurs. Nous verrons en effet comment Francis Ponge conçoit (dans les deux sens du terme) ces « objets textuels » et comment il semble vouloir mettre au point une surprenante stratégie pour faire en sorte que ses textes échappent à toute emprise. Le rêve est alors celui d’un texte absolu, un objet qui, à force d’accomplissement, de plénitude, à force d’être voulu indépendant de toute action de la part d’un sujet, auteur ou lecteur, n’est peut-être plus vraiment, en fin de compte... un objet.
I : L’OBJET, C’EST « LA CHOSE »... ET LE MOT
A : « Le parti-pris des choses »


2 Voir dans Méthodes : « Le murmure », « Le monde muet est notre seule patrie », et « Pratique de la (...)


5
« Donner la parole aux choses », les faire advenir dans le monde humain, celui de l’esprit, du langage : le projet déclaré de Francis Ponge ne manque pas d’ambition. Selon lui2 la littérature (occidentale) s’est toujours beaucoup trop intéressée aux seules idées, aux seuls sentiments, et cela sans satisfaire une dimension essentielle de l’homme, celle qui le lie au monde le plus matériel, aux choses les plus concrètes :


3 « Le murmure », in Méthodes, p. 199, Idées-Gallimard, 1961.


« Supposons en effet que l’homme, las d’être considéré comme un esprit (à convaincre) ou comme un cœur (à troubler), se conçoive un beau jour comme ce qu’il est : quelque chose après tout de plus matériel et de plus opaque, de plus complexe, de plus dense, de mieux lié au monde et de plus lourd à déplacer (de plus difficile à mobiliser) (...)... Il n’en faudrait pas plus pour que tout change, et que la réconciliation de l’homme avec le monde naisse de cette nouvelle prétention. »3


4 « La véritable poésie n’a rien à voir avec ce que l’on trouve actuellement dans les collections poé (...)


5 « Quand je dis que nous devons utiliser ce monde des mots, pour exprimer notre sensibilité au momie (...)


6 « Boue si méprisée, je t’aime ! » (« Ode inachevée à la boue, Pièces, p.61, Poésie-Gallimard).


6
Dans cette optique, le rôle des poètes n’est plus tant d’écrire de beaux vers ou de beaux textes, que de s’efforcer de saisir la réalité dans toutes ses dimensions. La poésie devient essentiellement une quête du réel, le poète un « chercheur » dont l’objet est le monde. Francis Ponge se réclame des « maniaques de la nouvelle étreinte »4 : c’est le monde extérieur aux mots qu’il prétend embrasser. La gageure est d’agir à la frontière de la langue et du monde naturel, cette frontière que Ponge est le premier à déclarer infranchissable5. Qu’importe : la priorité est accordée aux choses naturelles, n’importe lesquelles, même les plus communes6, surtout les plus communes parce que celles-ci sont trop souvent négligées et ainsi refusées à l’esprit humain. Or la fonction primordiale de la poésie :


7 « Le monde muet est notre seule patrie », Méthodes, p. 205.


« C’est de nourrir l’esprit de l’homme en l’abouchant au cosmos. Il suffit d’abaisser notre prétention à dominer la nature et d’élever notre prétention à en faire physiquement partie, pour que la réconciliation ait lieu. (...) L’espoir est donc dans une poésie par laquelle le monde envahisse à ce point l’esprit de l’homme qu’il en perde à peu près la parole, puis réinvente un jargon. »7
7
Selon Ponge, les poètes sont « les ambassadeurs du monde muet ». On comprend à quel point le titre de l’un de ses premiers recueils est significatif : envers et contre tout maniérisme littéraire, à l’encontre de ce que le poète présente par endroits comme une véritable conspiration culturelle, il entend se distinguer par son Parti-pris des choses :
« Que rien désormais ne me fasse revenir de ma détermination : ne sacrifier jamais l’objet de mon étude à la mise en valeur de quelque trouvaille verbale que j’aurai faite à son propos, ni à l’arrangement en poème de plusieurs de ces trouvailles.


8 « Berges de la Loire », La rage de l’expression, p. 9, Poésie-Gallimard, 1957 : les italiques sont (...)


En revenir toujours à l’objet lui-même, à ce qu’il a de brut, de différent : différent en particulier de ce que j’ai déjà (à ce moment) écrit de lui. »8
8
Ainsi quand les mots paraissent l’emporter, l’auteur parle de la « formation d’un abcès poétique » ! Et il faut alors résister au penchant des mots à suivre certaines habitudes d’organisation, de composition, de musicalité, issues d’une longue tradition formelle. Dans « Le carnet du bois de pins », Ponge met en scène cette résistance, montrant comment il est amené à crever un tel « abcès », l’emballement narcissique du langage en quelque sorte, une paradoxale exhibition... de l’emballage. Lorsque les mots se mettent à tourner à vide, lorsque le souci de leur arrangement devient un problème qui prime sur le souci de la chose, lorsque que, durant des pages et des pages, on hésite à propos de telle ou telle disposition des vers, et que les mots détachés de la chose tournoient dans un vertige de virtualités, il faut donner « le coup de reins » nécessaire pour « sortir du manège » et échapper au « ronron poétique ». D’où l’humour libérateur de ce passage du « carnet du bois de pins » où Ponge propose à ses lecteurs de se débrouiller avec une sorte de poésie « en kit », chaque numéro correspondant à un ensemble de vers :
9
« On pourra dès lors disposer ces éléments ad libitum comme suit :


9 La rage de l’expression, p. 141.









12345


14235






12435


14325






12354


14352






13245








13542


23451






(...)








13452




etc. »9






10
La leçon est claire : la poursuite de la forme pour elle-même conduit à l’absurde ! Il faudra donc revenir au bois de pins...
11
Et pourtant un paradoxe est à souligner dont Francis Ponge est tout à fait conscient : le souci de la chose, le parti-pris d’en faire l’objet essentiel de la pratique poétique, amène au premier plan le médium de cette pratique. En quelque sorte : « chassez le souci de la forme, il reviendra au galop ! ». Si le monde envahit vraiment l’esprit de l’homme, celui-ci en perd la parole, nous dit Ponge... Puis il faut réinventer un jargon. C’est dire que la fidélité aux choses implique un travail rigoureux sur la langue. Pas de Parti-pris des choses sans Rage de l’expression : les deux titres déploient deux volets fondamentaux de l’entreprise pongienne. L’auteur du « carnet du bois de pins » semblait se heurter à la tendance du langage à se constituer en objet au détriment de « la chose », mais il lui faut bien, dans le même temps, faire lui-même de ce langage son objet privilégié.
B : Les mots comme objets


10 Méthodes, p. 277.


12
A maintes reprises, Francis Ponge est revenu sur cette idée : pour un poète, les mots sont de véritables objets. Il s’étend assez clairement sur cette question dans un texte très important de Méthodes, « La pratique de la littérature », où il décrit en effet la sensibilité de certains « à un autre monde [que le monde extérieur], entièrement concret également, bizarrement concret, mais concret, qui est le langage, les mots »10. Selon lui, l’artiste est celui qui est sensible aux deux mondes, au « naturel » et à celui de son moyen d’expression :


11 Méthodes, p. 278-279.


« Les mots sont un monde concret, aussi dense, aussi existant que le monde extérieur. Il est là. Pourquoi ? Parce que tous les mots de toutes les langues, et surtout des langues qui ont une littérature (...) et qui ont aussi-comment dirais-je ? qui viennent d’autres langues qui ont déjà eu des monuments, comme le latin, ces mots, chaque mot, c’est une colonne de dictionnaire, c’est une chose qui a une extension, même dans l’espace, dans le dictionnaire, mais c’est aussi une chose qui a une histoire, qui a changé de sens, qui a une, deux, trois, quatre, cinq, six significations. Qui est une chose épaisse, contradictoire souvent, avec une beauté du point de vue phonétique, cette beauté des voyelles, des syllabes, des diphtongues, cette musique... (...) Les mots, c’est bizarrement concret, parce que, si vous pensez... en même temps ils ont, mettons, deux dimensions, pour l’œil et pour l’oreille, et peut-être la troisième c’est quelque chose comme leur signification. »11


12 « Fables logiques », Méthodes, p. 177.


13 « My creative method », Méthodes, pp. 41-42.


13
Le poète est quelqu’un d’étrange, « un vicieux »12 pour qui les mots sont « des matériaux fort difficiles à œuvrer, tous différents, plus vivants encore que les pierres de l’architecte ou les sons du musicien, des êtres d’une espèce monstrueuse, avec un corps susceptible de plusieurs expressions opposées », bref quelqu’un que seul un autre artiste comme Picasso pouvait comprendre : « Vos mots sont comme des statuettes », aurait-il dit à Francis Ponge13... Bref, les mots sont l’objet de toute l’attention de celui-ci, au moment-même où il proclame que la primauté doit être accordée aux choses extérieures au langage. Aussi, à partir du constat de cette double sensibilité à deux objets différents, voire opposés, Ponge en vient à souligner la nécessité de trouver un équilibre entre le « parti-pris des choses » et le « compte-tenu des mots » :
« En somme voici le point important : parti pris des choses égale compte tenu des mots.


14 « My Creative method », Méthodes, p. 20.


Certains textes auront plus de ppc à l’alliage, d’autres plus de ctm... Peu importe. Il faut qu’il y ait en tout cas de l’un et de l’autre. Sinon, rien de fait. »14
14
Il faut garder cette double perpective, ces deux objets autour desquels fonctionne toute entreprise poétique digne de ce nom. Néanmoins, on peut se demander si ces deux objets ont bien le même statut...
C : PPC = CTM ?


15 « La pratique de la littérature », Méthodes, p. 283.


15
Après une période pendant laquelle Francis Ponge a proclamé haut et fort son parti-pris pour les choses, un certain recul paraît s’être opéré à l’égard de ces dernières. Il ne s’agit pas de l’intérêt que le poète leur accorde, et qu’il leur accordera jusqu’à la fin de son œuvre comme si elles en constituaient l’horizon ultime. Mais qui dit horizon, justement, dit éloignement. S’estompe alors le projet de rejoindre les choses du monde extérieur au langage, « d’aboucher l’esprit de l’homme au cosmos ». Reste, au premier plan, le texte. Certes, la frontière entre le monde des mots et le monde naturel a souvent été soulignée par le poète. Dès le départ, il n’était pas question de croire qu’on pouvait par exemple « entrer dans une pomme ». Il s’agissait seulement (!) d’essayer de « faire un texte qui ressembl(ât) à une pomme, c’est-à-dire qui aur(ait) autant de réalité qu’une pomme. Mais dans son genre ». Il s’agissait de faire « un texte qui ait une réalité dans le monde des textes, un peu égale à celle de la pomme dans le monde des objets »15. Cependant ce travail sur le langage passe au premier plan et même si les textes de Ponge continuent de vibrer d’une réelle sensibilité aux choses (« La chèvre », « Le pré »...), ce qui saute aux yeux, de plus en plus, c’est le retournement de ces textes sur eux-mêmes, leur fonctionnement en boucle(s), le foisonnement de la langue plus que la minutieuse fidélité aux choses...


16 Le rapprochement de Francis Ponge avec un poète comme Philippe Jaccottet le montre bien, ce dernier (...)


17 Comment une figue de paroles et pourquoi, Flammarion, 1977 ; ha fabrique du pré, Skira, « Les senti (...)


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« La rage de l’expressio...


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