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CARAÏBES et GUYANE. Littérature d’expression française.

Littérature

Aperçu du corrigé : CARAÏBES et GUYANE. Littérature d’expression française.



Publié le : 19/11/2018 -Format: Document en format HTML protégé

CARAÏBES et GUYANE. Littérature d’expression française.
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CARAÏBES et GUYANE. Littérature d’expression française.

 

« Comme un vol de gerfauts... »

 

Qu’on les appelle Indes occidentales, du nom donné au but de son voyage par Colomb, Caraïbes, du nom de l’une des nations qui les occupaient avant l’arrivée des Espagnols, Antilles, du nom « Antilia » de l’île mystérieuse située à l’ouest sur les plus anciennes cartes du monde établies par Plolémée, le chapelet d’îles situé dans le golfe du Mexique commence à exister pour la civilisation occidentale avec sa découverte par Colomb, en 1492, lorsqu’il aborde à Saint-Domingue, au centre de l’archipel. En 1493, il débarque à la Guadeloupe. Les rivages de la Guyane sont explorés par les Espagnols en 1499. En 1502, à son dernier voyage, Colomb découvre la Martinique. Les Anglais et les Français s’installent très vite sur les îles, concurremment avec les Espagnols, mais le début réel de la colonisation agricole par les Européens date de la première moitié du xviie siècle, à la suite de la déportation de populations africaines comme esclaves pour la mise en valeur des îles.

 

Les premiers témoignages sur le pays et les mœurs des colons, des sauvages et des esclaves qui les habitent sont dus à la plume de prêtres envoyés conférer le baptême à ces moissons de convertis arrachés à l’enfer du paganisme, qui font leur salut tout en permettant à l’Europe de manger du sucre. L’hybridation d’un pragmatisme soumis à la loi du profit avec une théologie chrétienne déjà passée par le métissage féodal produit ces textes étonnants que sont aussi bien les relations de voyage — comme celle du père Dutertre, qui séjourna aux îles de 1640 à 1658 — que le fameux Code noir, édicté par Louis XIV en 1685.

 

Servi par une plume alerte, le père Labat est le meilleur représentant de cette période. Son Voyage aux îles d\'Amérique, paru en 1722, compte rendu du séjour qu’il y fit de 1693 à 1705, a nourri la connaissance que le xviiic siècle français aura du problème de l’esclavage et provoqué des indignations comme celle qui s’exprime chez Montesquieu. Une parfaite bonne conscience lui fait exposer en détail comment il veille à la destruction de toute manifestation religieuse et culturelle chez les Africains. Le traitement qu’il fait administrer à « un nègre qui se mêlait de médecine » est un modèle d’amour bien compris du prochain : « Je lui fis distribuer trois cents coups de fouet, qui l’écorchèrent depuis les épaules jusqu’aux genoux. Il criait comme un désespéré. Je fis mettre le sorcier aux fers après l’avoir fait laver avec un pimentade, c’est-à-dire avec de la saumure dans laquelle on a écrasé du piment et des petits citrons. Cela cause une douleur horrible à ceux que le fouet a écorchés, mais c’est un remède assuré contre la gangrène qui ne manquerait pas de venir aux plaies. »

 

L\'Histoire de l\'isle Espagnole ou de Saint-Domingue, publiée en 1731 par le père de Charlevoix, jésuite, est moins franche mais témoigne d’un esprit identique. Ces textes cyniques ont été occultés dans la culture qui les a produits, au profit de quelques lignes de l’Esprit des lois qui paraissent bien timides au regard du contenu des écrits en provenance des îles. Ces écrits sont pourtant la mémoire d’un peuple sans voix, qui y lit avidement son sanglant accès à la civilisation. Encore aujourd’hui, le père Labat est, dans le folklore antillais, l’ogre dont on menace les enfants désobéissants.

 

Les premiers caractères de la littérature des Antilles furent gravés, il n’est pas inutile de le rappeler, au fer rouge, sur la poitrine des esclaves. N’est-il pas beau, ce premier poème vivant qui portait le mot « Charitas » dans sa chair, parce qu’il appartenait à l’hôpital du même nom? Privée de ses langues, ne recevant de la culture civilisatrice que les mots de la servitude, la communauté des esclaves se forgea, avec le créole, une langue et une culture propres. On en trouve un premier témoignage avec les chants populaires rapportés par Moreau de Saint-Méry, lui-même blanc créole (est dit « créole », en effet, ce qui est né dans les îles, la langue comme les gens — que ceux-ci soient blancs ou noirs) : sa Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l’isle Saint-Domingue, publiée en 1797 à Philadelphie, passe pour la plus précieuse des sources de connaissance sur les îles. C’est à cet auteur qu’on doit, en tout cas, l’inventaire sinon l’invention du vocabulaire raciste servant à baliser le no man’s land épidermique séparant la classe des maîtres de celle des esclaves. Mais la réalité des îles n’aura bientôt plus à passer par la médiation méprisante ou curieuse des possesseurs légitimes de la langue. Ceux que Jean Fouchard appelle « les marrons du syllabaire », ceux qui, malgré les interdits et les menaces, ont appris à lire et à écrire, s’apprêtent à dire eux-mêmes leur être et leur histoire.

 

« Coûté la liberté li palé cœur nous tous »

 

Dès 1657, des révoltes d’esclaves avaient eu lieu. La pratique du marronage amenait des groupes d\'esclaves à survivre dans les régions inhabitées des îles et de la jungle guyanaise : « Malheureusement, dans la seconde moitié du xvme siècle, des révoltes de Noirs vinrent compromettre les progrès de la colonie » (sic, Encyclopaedia universalis, art. Guyane). L’espoir né de la Révolution française donna le signal de l’insurrection à Saint-Domingue. La suppression de l’esclavage, votée par la Convention le 4 février 1794, prit effet à Saint-Domingue et à la Guadeloupe. Les événements de Saint-Domingue sont dominés par la figure de Toussaint Lou-verture, qui a laissé, avec ses rapports, lettres et Mémoires, à la fois les premiers textes importants écrits en français par un Noir et, d’emblée, la critique rationnelle de l’irrationnelle barbarie de l’illogique Europe. Toussaint est devenu le héros de la littérature antillaise, il aurait pu en devenir le maître à penser.

 

Toussaint Louverture fut capturé en 1802 et l’esclavage rétabli par Napoléon le 20 mai de la même année. Mais, tandis que Delgrès succombait à la Guadeloupe, la partie française de Saint-Domingue s’émancipait sous le commandement de Dessalines. A partir de ce moment, l’histoire des textes est différente selon qu’il s’agit des Petites Antilles ou du territoire de Saint-Domingue devenu Haïti. Alors, dans la partie restée sous domination française, continuent à régner l\'obscurantisme et une oppression de plus en plus fondée sur la terreur, marquée de révoltes muettes, jusqu’à la date de l’abolition de l’esclavage en 1848. Encore cette abolition, obtenue sous la pression d’une opinion française libérale, ne sera-t-elle pas assortie d’une véritable émancipation. On peut prendre la mesure des résistances qui s’y opposaient lorsqu’on lit, en 1982, dans un texte qui prétend sans doute à l’objectivité scientifique : « Le chapitre qui venait de se clore en 1848 n’était pas complètement négatif. Une indéniable prospérité économique s’était traduite dans les faits dès les débuts de la traite des Noirs » (J. Pouquet, art. Antilles françaises, Encyclopaedia universalis). La tradition cynico-naïve du père Labat n’est apparemment pas morte. Aussi, jusqu’à la fin du xixe siècle, rares sont les descendants d’esclaves qui accèdent à l’instruction. Le mulâtre Mortenol, premier polytechnicien de couleur, fait figure de bête curieuse : présenté à Mac-Mahon, il s’entend dire par le maréchal-président : « C’est vous le nègre? Eh bien, continuez! »

L\'exotisme français

 

L’existence littéraire des Petites Antilles est réduite aux productions de la minorité de colons. Aucune ne franchit le seuil qui sépare la fabrication de phrases du génie littéraire. Un certain Jean-Aurèle Poirié (1795-1856), qui écrivit sous le nom de Poirié de Saint-Aurèle, a laissé des vers nostalgiques mais bien plats sur les charmes traditionnels de son île, soleil, mer bleue, femmes (« J’aime, oh, j’aime avant tout la sensible créole ») et sur la nécessité d’y maintenir l’esclavage, voulu par Dieu lui-même, thème qu’il développe dans la Colère de Jéhovah. Le fait qu’il soit sensible au pittoresque des légendes du folklore noir fait dire à J. Corzani : « Ce grand Blanc créole, dans le fond, est moins loin des futurs poètes de la négritude et de l’antillanité que ne le seront beaucoup de mulâtres et de Noirs aliénés par la culture française ». Mais on pourrait le considérer aussi comme le père d’une certaine « couleur locale », à base de clichés superficiels — madras et soleils —, qui suscitera la pire littérature antillaise, quelle qu’en soit l’origine, bien désignée par l’appellation de « doudouisme ». Un autre Blanc créole, Marbot (1817-1866), donnant une version des Fables de La Fontaine en « patois martiniquais » dans un recueil intitulé les Bambous (1846, dernière réédition en 1931), fait, en sens inverse, un chemin plus ingrat mais peut-être plus fécond. En ne se contentant pas de traduire, mais en adaptant le monde des Fables à la réalité martiniquaise, il fait œuvre originale et pressent l’unité des thèmes des différents folklores. Mais cette littérature se voit elle-même comme exotique. Pour que la création littéraire s’enracine aux îles, il faut attendre 1900 et la parution des premiers vers d’un poète noir, Eugène Agricole, dans une anthologie : « Fleurs des Antilles ».

 

Le Français exotique

 

Le xixe siècle haïtien offre par contre une remarquable fécondité. L’impétueux Boisrond-Tonnerre (1776-1806), qui fut emprisonné et exécuté peu après l’assassinat de Dessalines, dont il était le secrétaire, est l’auteur de l’Acte d’indépendance d\'Haïti, d’un lyrisme héroïque, et d’un hymne national, qui jure, sur l’air de la Marseillaise, de « renoncer à jamais à la France ». Il a laissé aussi, de sa courte vie, de précieux Mémoires pour servir à l\'histoire d\'Haïti et un quatrain d’une pathétique simplicité, gravé sur les murs de sa prison. Un trait commun à l’immense majorité des écrivains haïtiens jusqu’à une époque récente mérite d’être souligné : c’est le fait, non pas qu’ils aient un engagement politique — ce qui n’aurait rien de remarquable —, mais qu’ils soient des hommes de gouvernement. C’est la même très petite minorité lettrée qui dirige les affaires de l’État et qui fait la littérature, ce qui n’est bon, semble-t-il, ni pour les unes ni pour l’autre. Les jugements portés sur la littérature du XIXe siècle haïtien sont cependant excessivement sévères. On a reproché à l’élite du pays de ne songer qu’à mimer l’élite européenne, dont elle prenait les modes par de fréquents séjours en Europe. Tout le vêtement d’emprunt est, en fait, dans la langue et dans la facture d’œuvres qui se veulent rigoureusement conformes aux modèles français, dans l’admiration vouée aux écrivains français; l’inspiration est plus profondément haïtienne qu’il n’y paraît. Cette élite de la première moitié du XIXe siècle, si elle glorifie dans ses œuvres les événements qui ont donné naissance à la nation haïtienne, rejette tout ce qui pourrait lui rappeler l’esclavage. Les formes prises par la culture populaire — langue créole, culte vaudou —, dont il est certain qu’elles avaient pourtant servi de catalyseur des révoltes, sont méprisées.




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