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DÉCADENCE et Décadents

Littérature

Aperçu du corrigé : DÉCADENCE et Décadents



Publié le : 22/11/2018 -Format: Document en format HTML protégé

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DÉCADENCE et Décadents
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DÉCADENCE et Décadents. Un dimanche de l’été 1886, des visiteurs s’empressent, dans une chambre de l’hôpital Tenon, à Paris, autour d\'un malade de quelque renom : Paul Verlaine. L’un d’eux prend une publication qui traîne sur le lit et en épelle le titre en se moquant : le Décadent. « Quel est l’imbécile qui a osé ramasser ce titre ridicule? demande Verlaine. — L\'imbécile, c\'est moi! », répond quelqu\'un dans l\'assistance. Il se nomme Anatole Baju.

 

Fondateur, directeur et quelquefois seul rédacteur du Décadent littéraire et artistique devenu le Décadent littéraire, puis le Décadent tout court, Baju doit faire paraître encore en juillet 1887 une brochure intitulée l\'Ecole décadente. Il ente d’y promouvoir ce qu’il appelle le « décadisme ». Verlaine, enthousiaste cette fois, y voit un mot qui « fait balle et fera trou ». N\'avait-il pas écrit lui-même, dans le sonnet « Langueur » (Jadis et naguère, 1883), ce vers qui pourrait être le drapeau de la nouvelle école :

 

Je suis l\'Empire à la fin de la décadence?

 

En fait, la décadence n’est pas et n’a jamais été une école. A partir de vagues prémisses se produit une agitation qui ne prend tout son sens que dans l\'état d’esprit fin de siècle.

Les prémisses

 

« L’Empire à la fin de la décadence », c’est d\'abord le second Empire, celui de Badinguet. « Tout flotte à la dérive », écrit Ernest Raynaud, qui fut témoin de cette époque. La guerre amène la débâcle, et, s’il faut en croire Gobineau, l’avènement de la République n’a fait qu’accélérer le processus de dégradation.

 

La bohème se réfugie dans l’insouciance. Mais c’est, comme le dit Charles Cros, parce qu\'on veut croire encore à l’art, à la royauté de l’esprit, après de si grands désastres. Il s’agit d’un nouveau dandysme, et Baudelaire avait déjà écrit que « le dandysme est le dernier éclat d\'héroïsme dans les décadences » [voir Dandysme].

 

Le mot, on le voit, n’est pas neuf. Si « décadent » est considéré par Littré comme un « néologisme par latinisme individuel » dont la première occurrence date de 1874, « décadence » existe déjà chez Calvin au sens d’« état de ce qui va tombant », et son emploi est courant quand il est question de la décadence de l’Empire romain chez Gibbon ou chez Montesquieu. Littré précise, dans la première rubrique synonymique : « Si on dit : l’Empire romain était en décadence, cela exprime qu’il se ruinait et tombait peu à peu, on le compare à un bâtiment qui s’écroule : si l’on dit : l’Empire romain était à son déclin, cela exprime qu’il approchait du terme de son existence; on le compare à un corps organisé qui finit de vivre ».



En 1869, Théophile Gautier, préfaçant la nouvelle édition des Fleurs du mal, vantait la beauté chatoyante du style particulière aux époques de décadence. Le mot allait être ramassé par les journalistes et appliqué à la décadence moderne. Mais, par un curieux transfert, deviennent « décadents » ces artistes qui essaient de se mettre en marge de l’époque, qui veulent dire « zut » au monde matérialiste ambiant, à l’argent, au prétendu « bon sens » de tous les parvenus des lettres et de la société. Du salon de Nina de Villard, « atelier de détra-quage cérébral » selon les Goncourt, on passe au cabaret, lieu de prédilection de ce qu’on a appelé « la dernière bohème», celle des années 1878-1885 : le groupe des Hydropathes, animé par Émile Goudeau, se réunit le vendredi dans un café du Quartier latin (5 octobre 1878-juin 1880). Les Hirsutes prennent la relève en septembre 1881, jusqu’au 18-Brumaire hirsutesque monté par Tré-zenik. Le « Chat-Noir » de Rodolphe Salis, « cabaret Louis XIII, fondé en 1114 par un fumiste» et sis 84, boulevard Rochechouart, a, en décembre 1881, l’ambition d’être un « institut » regroupant poésie, musique, peinture et sculpture (c’est dans la feuille hebdomadaire publiée par cet institut que Verlaine fait paraître en 1883 son sonnet « Langueur »). Puis viennent les Zutistes de Charles Cros, eux-mêmes remplacés par les Jemenfoutis-tes, groupes éphémères des années 1883-1884. Et quand Goudeau tente, le 23 février 1884, de reconstituer le groupe des Hydropathes, il n’est plus temps. Le climat a changé. La décadence, peut-être, a commencé à se prendre au sérieux.

 

L\'agitation décadente

 

Les groupes avaient leur journal. L’heure sera maintenant aux revues. La transition est assurée par Lutèce, fondée par Trézenik, Georges Rail et Charles Morice : 257 numéros en deux séries entre le 9 novembre 1882 et le 3 octobre 1886. C’est une publication qui se veut de gauche, anticléricale, littéraire surtout. Verlaine y publie des poèmes, des fragments des Mémoires d\'un veuf, et surtout la première série des Poètes maudits, qui fit l’effet, si l’on en croit Laurent Tailhade, d’une « aurore boréale » dans les cénacles de la rive gauche : « Ces poètes, Rimbaud, Corbière, Mallarmé, avec, pour compléter le brelan, Verlaine lui-même, furent sacrés d’emblée inspirateurs et maîtres des générations nouvelles. Décadents, symbolistes, vers-libristes, un monde entier de poètes et de grotesques, d’artistes, vrais ou faux, se réclama de leur gloire. Leur influence, épanouie en traînée de poudre, éclata comme un feu d’artifice et, du soir au matin, métamorphosa la chose littéraire ».

 

Émile Cohl fait alors de Verlaine la fameuse caricature qui le représente avec une tête mongoloïde, un front démesuré barré par le mot Anangkè, un cœur transpercé, une lyre aux montants de pierre de taille, un casque de laine rouge, des mains et des jambes de batracien vert, portant en appendice le mot « décadence ». Jean Moréas, autre collaborateur de Lutèce, est également taxé de décadence, ainsi que Jules Laforgue, qui a publié dans la revue, de mars à juillet 1885, sept de ses Complaintes. Un nommé Mostrailles distingue alors trois filiations : les décadents de Corbière (dont ferait partie Jules Laforgue), les décadents de Verlaine et les décadents de Mallarmé.

 

J.-K. Huysmans, dans un roman publié en 1884, A rebours, voyait lui aussi en Mallarmé l’incarnation de « la décadence d’une littérature, irréparablement atteinte dans son organisme et pressée de tout exprimer à son déclin ». Le livre était fort ambigu : c’était encore l’étude naturaliste d’un cas — même si, dans la préface, beaucoup plus tardive, Huysmans prend ses distances à

 

l’égard du naturalisme —, et il fut souvent compris comme une apologie. Des Esseintes, le personnage central, qui a les goûts de Huysmans, ses névroses parfois, mais aussi les extravagances de Robert de Montesquiou, se situe au-delà du dandysme. Sa prédilection va aux époques de décadence, en particulier au Bas-Empire romain, comme s’il y mirait involontairement sa propre décadence et celle de son époque. Cette tentative de remontée dans le temps ne pouvait que se solder par un échec.




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