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Publié le 27/11/2013

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1 - Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours CHAPITRE 1 - Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours Repères littéraires p. 42 (ES/S et Techno) p. 44 (L/ES/S) Les pages « Repères littéraires » retracent l'évolution qu'a subie la construction du personnage de roman au fil des transformations de la société et de la succession des mouvements littéraires. Chacun des textes qui apparaissent dans les séquences de ce chapitre peut être rattaché à une grande période de l'histoire littéraire et culturelle. La consultation de ces pages aide l'élève à situer les oeuvres étudiées dans leur époque et leur contexte. PISTES D'EXPLOITATION Le tableau de Giuseppe de Nittis (p.  43 ES/S et Techno / p. 45 L/ES/S), peintre qui se rapprocha du mouvement impressionniste, traite d'un thème contemporain, inspiré par une activité ordinaire de la société bourgeoise de Paris, et s'efforce de saisir dans ses moindres détails l'atmosphère d'un moment  : on peut le rapprocher du texte de Zola (p.  110 ES/S et Techno / p.  112 L/ES/S), où est représentée, dans tout son réalisme, une scène de repas. Le Nouveau Roman, dont les fondements sont posés dans le recueil d'essais de Nathalie Sarraute L'Ère du soupçon, trouve son illustration dans les chapitres consacrés au roman  : dans la séquence 1, « La construction du personnage : l'entrée en scène du héros  du XVIIe siècle à nos jours », le passage de La Modification, de Michel Butor (p.  56 ES/S et Techno / p.  58 L/ES/S)  ; dans la séquence  2, « Le portrait dans les romans du XVIIe siècle au XXe siècle », l'extrait d'Alain Robbe-Grillet, La Jalousie (p. 77 ES/S et Techno / p. 79 L/ES/S) ; les extraits de Marguerite Duras peuvent être reliés à ce mouvement, malgré les dénégations de l'auteur : dans la séquence 2, « Le portrait dans les romans du XVIIe siècle au XXe siècle », Un barrage contre le Pacifique (p. 76 ES/S et Techno / p. 78 L/ES/S) ; dans la séquence 4, « Les scènes de repas dans les romans du XVIe siècle au XXe siècle », Moderato Cantabile (p.  114 ES/S et Techno / p.  116 L/ES/S)  ; dans la séquence 5, « Visages de la folie dans les romans du XVIIIe siècle au XXe siècle », Le Ravissement de Lol V. Stein ; dans la partie « Étude de la langue », Marguerite Duras, Le Marin de Gibraltar (p. 413 ES/S et Techno / p.  533 L/ES/S)  ; dans les « Outils d'analyse », l'extrait de Michel Butor, La Modification (p.  431 ES/S et Techno / p.  551 L/ES/S). 27 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 27 08/07/11 11:28 Français 1re - Livre du professeur Paragraphes des Repères littéraires Textes et entrées dans le chapitre « Le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours » Aux origines du personnage de roman SÉQUENCE 3 - De la rencontre amoureuse à la séparation dans les romans du XVIIe siècle au XXe siècle o Benoît de Sainte-Maure, Le Roman de Troie (p. 99 ES/S et Techno / p. 101 L/ES/S); SÉQUENCE 4 - Les scènes de repas dans les romans du XVIe au XXe siècle : une mise en scène des personnages o François Rabelais, Gargantua (p. 104 ES/S et Techno / p. 106 L/ES/S). Le XVIIe siècle : les personnages se diversifient SÉQUENCE 1 - La construction du personnage : l'entrée en scène du héros  du XVIIe siècle à nos jours o Paul Scarron, Le Roman comique (p. 46 ES/S et Techno / p. 48 L/ES/S) SÉQUENCE 2 - Le portrait dans les romans du XVIIe siècle au XXe siècle o Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves (p. 66 ES/S et Techno / p. 68 L/ES/S) o Paul Scarron, Le Roman comique (p. 68 ES/S et Techno / p. 70 L/ES/S) Séquence 3 - De la rencontre amoureuse à la séparation dans les romans du XVIIe siècle au XXe siècle o Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves (p. 84 ES/S et Techno / p. 86 L/ES/S) Le XVIIIe siècle : le personnage est un « individu » SÉQUENCE 1 - La construction du personnage : l'entrée en scène du héros  du XVIIe siècle à nos jours o Denis Diderot, Jacques le Fataliste (p. 48 ES/S et Techno / p. 50 L/ES/S) o Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (p. 50 ES/S et Techno / p. 52 L/ES/S) SÉQUENCE 3 - De la rencontre amoureuse à la séparation dans les romans du XVIIe siècle au XXe siècle o L'Abbé Prévost, Manon Lescaut (p. 88 ES/S et Techno / p. 90 L/ES/S) SÉQUENCE 5 - Visages de la folie dans les romans du XVIIIe au XXe siècle o Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (p. 124 ES/S et Techno / p. 126 L/ES/S) Le XIXe siècle : le personnage « réaliste » SÉQUENCE 1 - La construction du personnage : « l'entrée en scène du héros » du XVIIe au XXe siècle o Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale (p. 52 ES/S et Techno / p. 54 L/ES/S) SÉQUENCE 2 - Le portrait dans les romans du XVIIe siècle au XXe siècle o Stendhal, Le Rouge et le Noir (p. 70 ES/S et Techno / p. 72 L/ES/S) o Honoré de Balzac, Eugénie Grandet (p. 72 ES/S et Techno / p. 74 L/ES/S) o Gustave Flaubert, Madame Bovary (p. 73 ES/S et Techno / p. 75 L/ES/S) SÉQUENCE 3 - De la rencontre amoureuse à la séparation dans les romans du XVIIe siècle au XXe siècle o Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale (p. 90 ES/S et Techno / p. 92 L/ES/S) SÉQUENCE 4 - Les scènes de repas dans les romans du XVIe au XXe siècle : une mise en scène des personnages o Gustave Flaubert, Madame Bovary (p. 108 ES/S et Techno / p. 110 L/ ES/S) o Émile Zola, L'Assommoir (p. 110 ES/S et Techno / p. 112 L/ES/S) SÉQUENCE 5 - Visages de la folie dans les romans du XVIIe au XXe siècle o Honoré de Balzac, Adieu (p. 128 ES/S et Techno / p. 130 L/ES/S) o Corpus Bac (Séries générales) : Émile Zola, Thérèse Raquin (p. 140 ES/S / p. 142 L/ES/S) o Corpus bac (Séries technologiques) : Stendhal, Le Rouge et le Noir (p. 140 Techno) 28 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 28 08/07/11 11:28 1 - Le personnage de roman, du Le XXe siècle : la déconstruction du personnage XVIIe siècle à nos jours Le temps des doutes SÉQUENCE 1 - La construction du personnage : « l'entrée en scène du héros » du XVIIe au XXe siècle o Alain Fournier, Le Grand Meaulnes (p. 54 ES/S et Techno / p. 56 L/ES/S) SÉQUENCE 2 - Le portrait dans les romans du XVIIe siècle au XXe siècle o Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs (p. 74 ES/S et Techno / p. 76 L/ES/S) SÉQUENCE 4 - Les scènes de repas dans les romans du XVIe au XXe siècle : une mise en scène des personnages o Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe (p. 112 ES/S et Techno / p. 114 L/ES/S) La fin du personnage ? SÉQUENCE 1 - La construction du personnage : « l'entrée en scène du héros » du XVIIe au XXe siècle o Michel Butor, La Modification (p. 56 ES/S et Techno / p. 58 L/ES/S) o Albert Camus, L'Étranger (p. 60 ES/S et Techno / p. 62 L/ES/S) SÉQUENCE 2 - Le portrait dans les romans du XVIIe siècle au XXe siècle o Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique (p. 76 ES/S et Techno / p. 78 L/ES/S) o Alain Robbe-Grillet, La Jalousie (p. 77 ES/S et Techno / p. 79 L/ES/S) SÉQUENCE 4 - Les scènes de repas dans les romans du XVIe au XXe siècle : une mise en scène des personnages oMarguerite Duras, Moderato cantabile (p. 114 ES/S et Techno / p. 116 L/ ES/S) Des personnages pluriels SÉQUENCE 3 - De la rencontre amoureuse à la séparation dans les romans du XVIIe siècle au XXe siècle oAlbert Cohen, Belle du seigneur (p. 94 ES/S et Techno / p. 96 L/ES/S) SÉQUENCE 5 - Visages de la folie dans les romans du XVIIIe au XXe siècle o François Mauriac, Thérèse Desqueyroux (p. 132 ES/S et Techno / p. 134 L/ ES/S) o Corpus Bac (Séries générales) : André Malraux, La Condition humaine ; Albert Camus, L'Étranger (p. 142 ES/S / p. 144 L/ES/S) o Corpus Bac (Séries technologiques) : André Malraux, La Condition humaine (p. 142) 29 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 29 08/07/11 11:28 Français 1re - Livre du professeur QUESTIONS EXPOSÉS 1. Cherchez l'étymologie du mot « héros »  : quels personnages présents dans les textes du manuel, selon vous, peuvent être nommés « héros » ? Pour quelle raison ? Quels personnages ne peuvent être nommés ainsi ? 2. Effectuez une recherche sur l'Iliade et sur l'Odyssée, puis lisez les textes de Benoît de Sainte-Maure, Le Roman de Troie, (p. 99 ES/S et Techno / p. 101 L/ ES/S) et de François Rabelais, Gargantua, (p.  104 ES/S et Techno / p. 106 L/ES/S) : pourquoi peut-on rapprocher leurs personnages des héros peints par Homère ? Quelles différences pouvez-vous observer ? 3. Les termes « satire » et « parodie » apparaissent plusieurs fois dans la page 42 ES/S et Techno / page 44 L/ES/S. Reportez-vous aux textes écrits par les auteurs évoqués  : pourquoi peut-on parler, dans leurs écrits, de satire et de parodie ? 4. Le personnage de roman au XIXe siècle est dit « réaliste » : dressez la liste des formules qui, dans la page « Repères littéraires », permettent de comprendre le sens de cet adjectif. Quel mot, dans cette page, s'oppose au mot « réaliste » ? Parcourez ensuite le manuel, en classant les personnages de roman selon qu'ils sont réalistes, ou non. 5. Cherchez les différents extraits qui abordent la question de la passion amoureuse  : à quelles époques ont-ils été écrits ? Quelle image de l'amour donnent-ils ? Que pouvez-vous en conclure, en ce qui concerne la relation entre le genre du roman et le thème de l'amour ? 6. Cherchez une définition des mots « individu » et « subjectivité », puis retrouvez dans le manuel les textes dont les auteurs sont cités dans les paragraphes « aux origines du roman », « le XVIIe siècle : les personnages se diversifient », « Le XVIIIe siècle : le personnage est un individu »  : pourquoi peut-on considérer qu'avant le XVIIIe siècle, les personnages ne représentent pas des individus ? 7. Quels romans constituent la Recherche du temps perdu ? Quels horizons d'attente font naître leurs titres ? Quelle évolution marquent-ils dans la construction du personnage ? Le projet de Balzac, dans La Comédie humaine, est, avant tout, d'observer la réalité dans ses moindres détails. Puis il se livre à l'analyse de ses observations, à leur agencement selon un plan précis, afin de saisir la vérité d'une époque et les mécanismes d'une société, mais aussi afin de mener une réflexion morale et philosophique. En effet, Balzac se fait aussi historien des moeurs, et s'intéresse aussi bien à la VIe publique des hommes qu'à leur VIe privée. Son oeuvre est composée par le rassemblement de ses romans, et répond à une visée encyclopédique : Balzac veut donner un tableau de la société, comme en témoignent les titres des grands ensembles qui la composent. Les trois grandes parties qui ordonnent cette vaste fresque sociale sont intitulées « Études de moeurs », « Études philosophiques », et « Études analytiques ». Eugénie Grandet, dont le manuel propose un passage dans la séquence 2 (p. 72 ES/S et Techno / p. 74 L/ES/S), appartient aux scènes de la VIe de province ; L 'Adieu, dont un extrait est proposé dans la séquence 5 (p. 128 ES/S et Techno / p. 130 L/ES/S) trouve sa place dans les Études philosophiques, dont les plus célèbres romans sont La Peau de chagrin et Le Chef-d'oeuvre inconnu. Le personnage de l'enfant ou de l'adolescent fait son apparition dans certains extraits proposés par le manuel : Le Bachelier (p. 431 ES/S et Techno / p. 551 L/ES/S) montre un narrateur devenu adulte, qui revient sur les lieux de son enfance et retrouve ses souvenirs d'alors ; souvent aussi, les romans mettent en scène le moment de l'adolescence  : Le Grand Meaulnes (p.  541 ES/S et Techno / p.  56 L/ES/S), L'Éducation sentimentale (p. 52/90 ES/S et Techno / p. 54/92 L/ES/S), Le Rouge et le Noir (p. 70 ES/S et Techno / p. 72 L/ES/S), L'Adolescent (p. 62 ES/S et Techno / p. 64 L/ES/S), Eugénie Grandet (p. 72 ES/S et Techno / p.  74 L/ES/S), Manon Lescaut (p.  88 ES/S et Techno / p. 90 L/ES/S), Le Roman de Troie (p. 99 ES/S et Techno / p. 101 L/ES/S), Le Guépard (p. 116 ES/S et Techno / p. 118 L/ES/S), Un barrage contre le Pacifique (p. 76 ES/S et Techno / p. 78 L/ ES/S), Moderato cantabile (p. 114 ES/S et Techno / p. 116 L/ES/S), Le ravissement de Lol V. Stein (p. 134 ES/S et Techno / p. 136 L/ES/S). Ce type de personnage est particulièrement original et intéressant parce qu'il montre une image d'une humanité en devenir, saisie comme au point le plus aigu d'une destinée. La figure de l'adolescent, en particulier, intermédiaire entre la figure fragile de l'enfant et la figure plus affirmée de l'adulte, saisit ce qui est sur le point de se transformer. 30 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 30 08/07/11 11:28 1 - Le personnage de roman, du XVIIe siècle à nos jours - Séquence 1 Séquence 1 La construction du personnage : « l'entrée en scène du héros » du XVIIe au XXe siècle p. 45 (ES/S et Techno) p. 47 (L/ES/S) Problématique : Comment le personnage se construit-il au fil du roman ? Quels sont les différents types de personnages romanesques ? Éclairages : Les extraits des romans qui constituent ce groupement de texte sont des incipit, seuil du roman où se lisent les premiers éléments constitutifs de la fiction, le cadre spatio-temporel de l'histoire et où le ou les premiers personnages entrent en scène. La problématique de ce groupement de textes qui s'échelonnent du XVIIe siècle au XXe siècle consiste à interroger les circonstances de la présentation de ces héros révélateurs de l'histoire qui va se jouer, des catégories du roman et de l'Histoire du genre en cours d'élaboration. Au coeur du pacte de lecture, la première rencontre avec le héros permet au lecteur de construire une première représentation de l'oeuvre, de son contexte et de son orientation interprétative. Texte 1 - Paul Scarron, Le Roman comique (1651-1655) p. 46 (ES/S et Techno) p. 48 (L/ES/S) OBJECTIFS ET ENJEUX - Relever les éléments caractéristiques d'un incipit. - Repérer la dimension parodique du Roman comique. LECTURE ANALYTIQUE L'entrée dans l'univers du roman Cette première page de roman s'inscrit dans le registre épique d'un récit qui pourrait être héroïque illustré par la longue métaphore filée qui indique le moment de la journée, la mi-journée, « le soleil avait achevé plus de la moitié de sa course » (l.1). Dieux, personnages chevaleresques et êtres fantastiques pourraient peupler et animer cet univers. Cette image grandiloquente laisserait donc penser à un récit héroïque si, très vite, l'auteur ne venait luimême apporter malicieusement les clés de cette entrée parodique : «Pour parler plus humainement et plus intelligemment, il était entre cinq et six quand une charrette entra dans les halles du Mans» (l. 7-8). Le char du soleil qui avait contribué à construire le registre épique renforcé par l'évocation des chevaux, « ils ne s'amusaient qu'à faire des courbettes » (l. 4-5), se transforme brusquement en charrette, un moyen de transport bien trivial et commun qu'on imagine brinquebalant car tiré par « des boeufs fort maigres » (l. 8-9), ce que renforce aussi l'évocation des « halles » (l.  8) dans lesquelles elle pénètre, un univers finalement réaliste situé avec précision, au Mans. L'entrée en scène des personnages On évoque d'abord l'attelage et le contenu de la charrette. Les personnages sont ensuite identifiés de la façon la plus neutre correspondant à un regard extérieur ; il y a là « une demoiselle » (l. 12), « un jeune homme » (l.  13), « un vieillard » (l.  27), trois personnages caractérisés de manière contrastée par leur apparence et leurs vêtements, entre ville et campagne pour la jeune fille, entre misère et bonne mine pour le jeune homme et bien que décente dans une grande pauvreté pour le vieillard. Mis en relation avec le titre et le thème de ce premier chapitre, ces trois personnages correspondent aux rôles convenus de la comédie représentés par le couple des jeunes amoureux et le vieillard qui s'oppose à leurs projets. De ces trois personnages, celui du jeune homme est le plus développé. Son portrait est très construit, partant de son visage caché par « un emplâtre » jusqu'à ses pieds chaussés de « brodequins à l'Antique ». L'énumération de chaque partie de son corps donne lieu à des précisions sur ses vêtements, en piteux état, et les accessoires qu'il porte également et qui nous renseignent sur ses activités précédant le moment de cette histoire : les oiseaux qu'il porte en bandoulière pourraient être le résultat d'activités de braconnage « pies, geais et corneilles » (l.  16) l'emplâtre pourrait empêcher qu'on le reconnaisse ou soigner des mauvais coups reçus à moins qu'il ne s'agisse de restes de maquillage, enfin ses brodequins crottés disent qu'il a battu la campagne par tous les temps. Tous les détails de ses vêtements, leur caractère disparate, composite, la pauvreté des matières et le mauvais état de l'ensemble disent encore l'extrême pauvreté de la petite troupe. Ce portrait cocasse pourrait être le symbole du comédien qui emmène avec lui ses rôles et sa VIe. Le narrateur semble vouloir partager avec son public un regard amusé sur sa narration l'inscrivant, comme on l'a vu, dans un univers épique pour rapidement passer à un registre burlesque et 31 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 31 08/07/11 11:28 Français 1re - Livre du professeur contrasté  : les oppositions qui se succèdent sont pour la plupart nettement comiques et l'exagération en est un ressort fréquent. Non content de cette connivence, il interpelle à travers de ses commentaires son lecteur : «Pour parler plus humainement et plus intelligemment...» (l. 8) «Quelque critique murmurera de la comparaison à cause du peu de proportion qu'il y a de la tortue à un homme, mais j'entends parler... » (l. 30-31). « je m'en sers de ma seule notoriété. Retournons à notre caravane.» (l. 32-33). En s'adressant ainsi au lecteur, il fait de lui son complice mais il lui signifie également sa liberté de ton et lui donne en quelque sorte ses règles du jeu. Texte 2 - Denis Diderot, Jacques le Fataliste (1796) p. 48 (ES/S et Techno) p. 50 (L/ES/S) Un univers théâtral On ne sait, en fait, quasiment rien des deux personnages en présence que l'on appelle « Le Maître » et « Jacques ». En attestent les nombreuses questions introductives adressées par le lecteur au narrateur «Comment s'appelaient-ils ? « (l. 1) auquel ce dernier répond avec une grande désinvolture : « Que vous importe ?» (l. 2). La désignation «Le Maître» introduit juste un rapport hiérarchique entre lui et Jacques que l'on devine être son valet. Rapport validé par le tutoiement qu'il lui adresse et le vouvoiement qui lui est retourné. La discussion que le lecteur surprend après quelques lignes de présentation des personnages lui permet de reconstituer dans le dialogue l'histoire de Jacques, le valet bien nommé, Jacques, s'est enrôlé dans un régiment après une dispute violente avec son père. Il a ensuite participé à la célèbre bataille de Fontenoy, y a reçu un coup de feu dans le genou. C'est tous ces évènements qui le conduiront aux amours dont on attend qu'il raconte l'histoire. Les événements sont racontés chronologiquement avec la plus grande concision jusqu'à la litote  : « il prend un bâton et m'en frotte un peu durement les épaules » (l.  15). Le Maître a deux attitudes très opposées  : tout d'abord, une attitude bienveillante animée par l'envie de savoir, de découvrir l'histoire des amours de son valet. Puis une attitude violente telle qu'elle pouvait exister alors entre maître et valet «une colère terrible et tombant à grands coups de fouet sur son valet...». Cette ambivalence est tout à fait conforme à ce que nous montre la comédie. Dès le titre le lecteur sait qu'il s'agit ici d'une troupe de comédiens. Chacun de personnages est vêtu des costumes des rôles qu'il peut interpréter, tenues disparates qui disent leur pauvreté aussi. D'autres détails évoquent les toiles peintes qui servent de décors tandis que coffres et malles doivent être emplis de costumes et d'accessoires. La comparaison des brodequins du jeune premier donne lieu à l'évocation des cothurnes des acteurs de l'Antiquité. Enfin le vieil homme porte une basse de viole qui doit accompagner des intermèdes musicaux. Tout ici permet de restituer l'univers du théâtre et annoncer une représentation qui devrait avoir lieu dans les halles du Mans où arrivent les comédiens. Synthèse L'arrivée de cette petite troupe de comédiens est en soi un spectacle de comédie. Sur fond des halles du Mans, les personnages «entrent en scène» dans des costumes inattendus pour un spectacle imprévisible pouvant tenir à la fois de la farce et de la tragédie. CONJUGAISON Les verbes « eussent voulu » et « eusse achevé » sont conjugués au plus-que-parfait du subjonctif. Ce temps et ce mode sont employés ici pour marquer dans des subordonnées de condition, dans une langue littéraire, l'irréel du passé. S 'ENTRAÎNER À L'ÉCRITURE D'INVENTION Il faudra absolument que les élèves respectent les indices spatio-temporels du récit d'origine, et veillent à situer le récit au XVIIe siècle  : sans aller bien sûr jusqu'à une reconstitution fidèle du décor, on les mettra en garde contre les anachronismes. On valorisera les textes sinon comiques, du moins humoristiques, et particulièrement les copies qui auront aussi plagié les récits héroïques (par exemple les épithètes homériques). On les invitera à être plus particulièrement attentifs aux descriptions. OBJECTIFS ET ENJEUX - Distinguer des modalités énonciatives. - Déterminer les codes et conventions de l'écriture romanesque. LECTURE ANALYTIQUE Un couple de personnages Le brouillage des genres L'histoire de Jacques et de son valet tient à la fois de la comédie, un genre facilement repérable à la mise en page, à la désignation des personnages et aux dialogues, comme on peut le lire des lignes 6 à 33, et qui constitue une très courte scène qui va introduire un récit au passé « L'aube du jour parut « (l. 46). Ce récit lui-même est fréquemment interrompu par des adresses directes du narrateur au lecteur faites au présent d'énonciation «Vous voyez, lecteur... » (l. 39). Jacques, comme l'indique le titre du roman, semble adepte de la philosophie fataliste. Selon lui, et son capitaine, tout ce qui arrive devait arriver, laissons faire le destin. Cette philosophie qu'on nommera quelques années plus tard déterministe 32 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 32 08/07/11 11:28 1 - Le personnage de roman, du énonce un principe universel de causalité  : ainsi, c'est parce qu'il a reçu une balle dans le genou qu'il a rencontré l'amour. Et s'il reçoit des coups de son maître, c'est qu'il devait les recevoir « Celui-là était apparemment encore écrit là-haut... » (l.  37-38). Le goût pour la litote de Jacques, la stichomythie du dialogue et l'enchaînement rapide et mécanique des actions qui construisent son destin, comme celui du Candide de Voltaire, tout concourt à rendre le texte drôle jusqu'à l'ironie. Les pouvoirs du narrateur Dès les premières lignes, répondant aux questions légitimes d'un lecteur qui s'engage dans une histoire « Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Où vont-ils ? » Par une sorte d'indifférence, voire de mépris « Que vous importe ? », le narrateur prend le risque de voir ce lecteur le quitter. Un risque bien calculé car c'est précisément cette distance ironique feinte qui pique la curiosité de ce même lecteur. Le narrateur joue avec le lecteur de son pouvoir sur les personnages et leur histoire « Qu'est-ce qui m'empêcherait de marier le maître et de le faire cocu ? » (l.  42) Il veut faire le récit des amours de Jacques en évoquant pour le lecteur nombre de scénarii possibles, des clichés romanesques attendus, qu'il réfère au genre du conte où en effet tout est permis : « Qu'il est facile de faire des contes ! » (l. 44). C'est donc dans la catégorie du conte que Diderot inscrit le début de son récit, un conte philosophique qui pourrait interroger le fatalisme ce qui explique cet incipit inattendu où ce sont les possibles du récit qui sont interrogés. Tout semble vraiment commencer ensuite quand le narrateur redonne la parole à Jacques qui pourra faire enfin entendre son récit à un lecteur impatient. Synthèse Cet incipit se démarque des entrées en scène traditionnelles des héros romanesques. Le mélange des genres, entre théâtre et récit, les nombreuses interpellations facétieuses du narrateur au lecteur semblent construire un genre inattendu, très inhabituel livrant, en quelque sorte, les personnages et le lecteur à eux-mêmes. GRAMMAIRE Deux modalités énonciatives se succèdent dans cet incipit : un récit canonique faisant alterner le passé simple pour construire les actions du récit et l'imparfait pour représenter l'arrière plan de la narration, à l'exemple des lignes 34 à 36. Mais le narrateur interpelle également son lecteur dans l'actualité du temps de l'énonciation utilisant alors des formes du présent  : « vous voyez lecteur que je suis en beau chemin et qu'il ne tiendrait qu'à moi de vous faire attendre... » (l.  39-40). Le texte intègre également des insertions de dialogue théâtral, formes du discours qui coïncide aussi avec le moment de l'énonciation (l. 6-33). XVIIe siècle à nos jours - Séquence 1 S'ENTRAÎNER À LA DISSERTATION On pourra proposer aux élèves de rappeler comment la tradition romanesque traite le personnage (on les renverra aux repères littéraires) puis ils utiliseront leurs réponses aux questions 4 à 7. Texte 3 - Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782) p. 50 (ES/S et Techno) p. 52 (L/ES/S) OBJECTIFS ET ENJEUX - Recomposer les éléments constitutifs d'un incipit implicite. - Dégager le portrait de l'épistolière. LECTURE ANALYTIQUE Une situation initiale à recomposer Le roman épistolaire doit construire son cadre narratif au travers d'informations données de manière incidente dans le cours de la lettre. C'est l'enjeu de la lecture de cette première lettre du roman pour le lecteur qui doit y retrouver toutes les informations lui permettant d'entrer dans la fiction. Il s'agit d'abord de la situer dans une période. Les marques du XVIIIe siècle sont lisibles d'abord dans l'évocation «des bonnets», «pompons» et «parures» et surtout dans l'énoncé des occupations de la narratrice révélant les caractéristiques d'une VIe très mondaine, d'un milieu très aisé  : les occupations de la jeune fille «harpe», «dessin», «lecture» et sa soumission aux codes sociaux (l'obéissance à sa mère, les obligations pour les repas, les heures de rencontre programmées avec sa mère...) et enfin la présence de domestiques «J'ai une femme de chambre à moi» (l. 8). Il s'agit aussi de recomposer l'action : la narratrice a quitté le couvent où elle a reçu une éducation stricte et elle ne peut donc communiquer que par lettre avec son amie Sophie restée, elle, dans ce même couvent. De l'éducation très stricte du couvent, Cécile est passée à une relative liberté qu'elle apprécie tout particulièrement. Elle peut même avoir son coin secret dans ce «joli secrétaire», elle peut vaquer à ses occupations, lire, dessiner, jouer de la musique sans crainte d'être grondée ; mais elle peut aussi ne rien faire. Dans cette nouvelle VIe, Cécile Volanges semble attendre avec impatience le moment où on lui présentera - autre caractéristique de l'époque - son futur époux, «le Monsieur» tant attendu (l.  26). Les relations qu'entretient Cécile Volanges avec sa mère lui conviennent parfaitement : elle discute avec elle, lui laisse des libertés. Cécile est même étonnée et ravie d'être consultée «sur tout» (l. 7). La jeune fille passe ainsi d'une stricte sujétion à une certaine autonomie, celle de la jeune 33 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 33 08/07/11 11:28 Français 1re - Livre du professeur fille à marier qui doit apprendre à se comporter dans le Monde dans lequel elle fait son entrée. Un type de personnage Le couvent est un milieu fermé où les jeunes filles doivent rester jusqu'à leur mariage pour y être éduquées, y apprendre leur rôle ou plutôt leurs devoirs de femme. Elles y apprennent entre autre la musique et le dessin et pratiquent la lecture. Les pensionnaires doivent subir la sévérité constante des soeurs «Mère Perpétue n'est pas là pour gronder» (l.14-15). En revanche, les relations entre les jeunes filles semblent sereines, voire détendues «je n'ai pas ma Sophie pour causer et pour rire» (l. 16-17) et peuvent aller jusqu'à des liens très forts «Je t'aime comme si j'étais encore au Couvent» (l. 59). La scène du cordonnier nous révèle l'impatience qui anime Cécile Volanges de découvrir celui qu'on lui aura choisi comme mari. Et c'est de cette impatience que naît le quiproquo de cette scène. Ce monsieur inconnu d'elle arrive en carrosse, on la fait demander... « Si c'était le Monsieur ? « s'interroge-t-elle déjà. Il est bien vêtu, a de bonnes manières et tient des propos dont l'ambiguïté ne font qu'ajouter au trouble de la jeune fille «Voilà une charmante Demoiselle, et je sens mieux que jamais le prix de vos bontés» (l. 35-36). De plus, il tombe à ses genoux comme le ferait un prétendant ! Elle tire de sa méprise et de la honte qu'elle a éprouvée, une leçon pour l'avenir : il faudra désormais aborder les rencontres futures avec calme et mesure. Le personnage de Cécile Volanges est représentatif du personnage de «la jeune fille innocente» qui a tout à découvrir de la VIe et qui aspire à la rencontre amoureuse qui l'emmènera vers sa VIe d'adulte. Gommer la fiction Tout semble authentique dans cet échange épistolaire  : la correspondance est motivée puisqu'elle semblait promise «je tiens parole» (l.  1)  ; les liens avec la destinataire, Sophie, leur passé commun sont rappelés; le ton de la confidence entre jeunes filles complices est partout présent. Figure même un post-scriptum évoquant l'envoi de la lettre qui semble attester de la réalité de l'échange. Ce discours différé caractéristique du genre épistolaire renforce pour le lecteur l'illusion de réel. L'échange est au présent, saisissant les faits dans leur actualité  ; l'interlocutrice est constamment interpellée sous des formes marquant des liens affectifs forts «ma Sophie», «Ta pauvre Cécile» (l. 39) ; le scripteur livre ses réactions, ses sentiments «combien j'ai été honteuse» (l. 50-51). L'ensemble donne, en fait, une vraie lecture du personnage  : une jeune fille dans toute son innocence, impatiente de rentrer dans sa VIe d'adulte, de connaître l'amour. Synthèse Cette première lettre des Liaisons dangereuses donne à découvrir l'autoportrait spontané et sincère de la jeune ingénue qui va devenir la proie des deux libertins du roman de Laclos. Le caractère primesautier de Cécile, sa naïveté, sa spontanéité se lisent dans le désordre de son récit, les interruptions de la rédaction et les changements de registres qui disent la variété et la force de ses émotions nouvelles. Le lecteur séduit et amusé par la vivacité du personnage, sa vitalité et son désir de bonheur entre vite dans l'histoire de Cécile et de ses amours à venir. GRAMMAIRE « Et sans les apprêts que je vois faire, [...] je croirais qu'on ne songe pas à me marier... ». Le groupe prépositionnel peut être reformulé ainsi : Si je ne voyais pas ces apprêts, je croirais... ». La transformation du groupe prépositionnel en proposition subordonnée de condition montre que nous sommes dans le système hypothétique. S'ENTRAÎNER AU COMMENTAIRE On conseillera aux élèves de se reporter aux questions 5, 6, et 8. Texte 4 - Gustave Sentimentale (1869) Flaubert, L'Éducation p. 52 (ES/S et Techno) p. 54 (L/ES/S) OBJECTIFS ET ENJEUX - Analyser les effets de la focalisation. - Lire le portrait du jeune héros romantique. LECTURE ANALYTIQUE Une histoire inscrite dans le réel L'univers décrit réfère à des lieux géographiques et des sites véritables, identifiables par tout lecteur «le quai Saint-Bernard» (l. 2), «l'île Saint-Louis, la Cité, Notre-Dame» (l. 14). Cette illusion réaliste est renforcée par une référence temporelle très précise «Le 15 septembre 1840, vers six heures du matin» (l. 1). Les activités sur les quais, les bateaux à vapeur terminent cette immersion dans l'univers du XIXe siècle situé et daté. Cette inscription historique et géographique se double d'effets de réel repérables dans le second paragraphe qui est à la fois descriptif et énumératif. Il s'agit d'une accumulation presque exclusivement bâtie sur une succession de brèves propositions indépendantes juxtaposées, séparées par un point virgule qui, entremêlant sons et images, donnent une impression de fourmillement, d'intense agitation qui immergent lecteur et personnages dans un cadre très réaliste, très visuel où jusqu'aux choses, tout bouge et vit  : « les colis montaient » (l .5), « le tapage s'absorbait » (l. 5). Après le départ 34 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 34 08/07/11 11:28 1 - Le personnage de roman, du du bateau, c'est le paysage qui devient le coeur de l'action  : «grèves de sable» (l.  27), «remous des vagues» (l. 28), «le cours de la Seine» (l. 30), «la rive opposée»(l.  31), «les brumes errantes» (l.  29) sont autant de groupes nominaux qui, dans des rythmes proches de quatre ou cinq syllabes, traduisent la lente et constante avancée du bateau que renforcent les allitérations en [r] et [l]. L'irruption du passé simple, inhabituelle dans un texte descriptif, traduit un paysage en mouvement correspondant à la vision du passager : le paysage se transforme au fur et à mesure que le bateau avance. Le paysage devenu sujet du récit dévoile le regard du personnage principal perdu dans sa contemplation. Identité et portrait du personnage principal La fiche d'identité du personnage peut s'établir ainsi : - son nom : Frédéric Moreau ; - son âge : 18 ans ; - son origine sociale : humble «sa mère espère un héritage» ; - son passé récent : «nouvellement reçu bachelier» ; - ses projets : «faire son droit» ; - une caractéristique physique : «longs cheveux». En dehors de «ses longs cheveux» (l. 11), rien n'est dit du portrait du personnage. Il doit être avide de poésie et de culture comme le laissent penser son regret de ne pouvoir séjourner dans la capitale ou encore l'évocation de sujets de tableaux. Il semble quelque peu rêveur, voire mélancolique ; mais aussi empressé, impatient de voir aboutir ses projets, ses «passions futures» (l. 33). Le narrateur et son personnage Le personnage est d'abord identifié comme «un jeune homme de dix-huit ans» puis clairement nommé de façon distanciée «M. Frédéric Moreau» (l. 16) et, enfin, désigné par son prénom «Frédéric». L'approche du personnage est construite selon une gradation notable qui nous conduit du quasi-anonymat à une réelle proximité autorisant l'usage du seul prénom «Frédéric». Le personnage est donc d'abord construit selon une focalisation externe : «un jeune homme... auprès du gouvernail, immobile» puis une focalisation zéro où l'omniscience du narrateur permet de révéler d'où il vient, où il va... et, enfin, une focalisation interne permettant de découvrir pensées et sentiments «Frédéric pensait à la chambre... à des passions futures. Il trouvait que...» (l. 32-33). Ces variations donnent au lecteur, en changeant les approches, une image complète du personnage. Ainsi le narrateur porte-t-il sur son personnage un regard qui varie au fil du texte : d'abord extérieur, il devient omniscient et permet au lecteur de découvrir le personnage dans tous ses aspects, de construire avec lui une véritable proximité. Frédéric Moreau apparaît ainsi, dès l'incipit, comme le héros du roman autour duquel toute l'intrigue va se construire. Le jeune homme romantique comme ses XVIIe siècle à nos jours - Séquence 1 rêves en témoignent mais aussi ses regards sur le paysage, sa posture à l'avant du bateau, cheveux longs au vent et album de dessins sous le bras constitue bien un personnage romanesque dont les aspirations ne seront peut-être satisfaites comme le regard distancie du narrateur jusqu'à l'ironie peut le faire pressentir. Il entre ainsi dans la catégorie des héros du désenchantement, mais de ceux qui ne le sauront même pas. Synthèse La fin du texte voit l'arrivée d'un personnage nouveau décrit selon le point de vue de Frédéric. Le regard plutôt positif et admiratif qu'il lui porte, « un monsieur » (l. 36) est complété par celui du narrateur qui livre des détails qui font douter de la distinction du nouveau personnage. Ses vêtements et son attitude disent un certain mauvais goût voire la vulgarité et la prétention du parvenu. Ce double regard dit aussi l'ingénuité de Frédéric et combien il peut être la victime des apparences, ce que la suite du roman montrera peut-être. GRAMMAIRE L'imparfait constitue comme on le sait l'arrière-plan du récit : il permet d'en construire le cadre. C'est le cas dans ce début de roman où les préparatifs de départ d'un bateau sont peints par touches, la fumée des machines, « la Ville-de-Montereau [...] fumait » (l. 1-2) et l'agitation des passagers et des matelots servent de toile de fond à un récit qui va s'enclencher avec le départ du bateau : « Des gens arrivaient [...]  ; les matelots ne répondaient à personne » (l. 3-4). S'ENTRAÎNER AU COMMENTAIRE On invitera les élèves à repérer les caractéristiques de la description (temps - ici l'imparfait -, expansions du nom, verbes de mouvement, verbes attributifs...) pour choisir celles qu'il sera opportun d'exploiter, à observer comment il y a dramatisation de la description. Ils seront attentifs aussi à tous les éléments réalistes. Texte 5 - Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes (1913) p. 54 (ES/S et Techno) p. 56 (L/ES/S) OBJECTIFS ET ENJEUX - Lire les effets d'un portrait retardé. - Élaborer des hypothèses de lecture. 35 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 35 08/07/11 11:28 Français 1re - Livre du professeur LECTURE ANALYTIQUE L'apparition du personnage principal Le portrait du personnage s'élabore progressivement en trois grandes étapes  : une première étape où l'on prend connaissance du personnage seulement par ce que sa mère en dit, un portrait forcément subjectif et qui apparaît vite laudatif à l'excès «Ce qu'elle contait de son fils avec admiration...» (l.  6). Les propos de la mère sont rapportés au discours indirect libre annoncé par «ce qu'elle contait de son fils» ; ces propos se fondent ainsi dans le récit et sont mis à distance. Dans une seconde étape, on devine sa présence à travers les expressions à caractère métonymique «un pas inconnu» (l.  17), «ce bruit» (l. 21), «la porte [...] s'ouvrit» (l. 24). Dans la troisième étape, on découvre enfin le personnage «C'était un grand garçon...» (l.  28). Comme on le voit, l'arrivée d'Augustin est théâtralisée, dramatisée : le dévoilement progressif provoque un effet d'attente qui avive la curiosité. Les métonymies, «un pas inconnu allait et venait», «la porte du grenier s'ouvrit» relayées par le pronom indéfini «quelqu'un», signalent juste une présence, mais une présence énergique au pas « assuré », « ébranlant le plafond » (l.  17-18), un curieux qui « arpentait traversait les immenses greniers ténébreux du premier étage et se perdait... » (l. 18-19), sans crainte aucune. Il faut, ensuite, qu'il sorte de «l'entrée obscure» pour qu'enfin on découvre «un grand garçon de dix-sept ans environ» (l. 28). Les relations entre les personnages Dès le début, une différence d'éducation évidente apparaît : alors qu'Augustin peut braconner, suivre la rivière, chercher des oeufs de poule d'eau, François, lui, n'ose même pas rentrer à la maison quand il a un accroc à sa blouse. Augustin a parcouru et exploré sans autorisation les différents greniers, il en a même ramené des éléments de feu d'artifice. «J'hésitai une seconde...»(l. 34), «Nous étions tous les trois le coeur battant» (l.  23) sont des réactions qui traduisent l'étonnement d'un narrateur déconcerté par un comportement troublant. Des réactions qui révèlent sa sagesse, sa bonne éducation, sa timidité aussi. Des hypothèses de lecture Cette entrée en scène laisse penser à une dépendance future de François subjugué par Augustin et subissant déjà son influence «J'allai vers lui» (l.  35) précise-t-il. Le début du récit évoque tout de suite le cadre spatial  : nous sommes chez les parents de François, dans une grande école aux chambres d'adjoints devenues des greniers. Des greniers «où l'on mettait sécher le linge, le tilleul et mûrir les pommes» (l.  19-20). «Le Cours supérieur» où l'on préparait le brevet d'instituteur, «Le chapeau de feutre et la blouse noire sanglée d'une ceinture»(l.  29-30) qui évoquent la tenue des écoliers sont des images caractéristiques du début du XXe siècle. C'est dans ce contexte que l'histoire va se poursuivre, dans ce décor que les deux écoliers vont vivre des aventures où l'on imagine bien que l'un jouera le rôle de l'initiateur, du « meneur » tandis que l'autre, le narrateur, suivra avec crainte et envie son ami. Synthèse On voit comment dans ce récit rétrospectif de l'arrivé du héros chez le narrateur, l'événement est vu au travers des conséquences qu'il va provoquer. Personnage énigmatique et fascinant Le Grand Meaulnes captive le narrateur dès son apparition subite et il l'entraîne aussitôt dans des activités interdites et dangereuses sources d'émotion et du plaisir de la transgression. Le narrateur tranquille et secret va voir sa VIe changer, c'est ce que le lecteur peut imaginer en découvrant par le regard de François Seurel le héros éponyme de cette histoire. GRAMMAIRE Le temps dominant du premier paragraphe est le plus-que-parfait. Ce temps indique l'antériorité d'actions du passé par rapport à un moment écrit également au passé. Dans ce récit de la visite d'une femme et de son fils, le voyage pour parvenir jusqu'à la maison du narrateur, la mort accidentelle du fils cadet et sa décision de mettre l'aîné en pension, sont antérieurs au récit au passé simple de cette visite : « elle fit même signe à la dame de se taire » (l. 13). L'utilisation du plus-que-parfait fait entendre la voix de la mère de Meaulnes comme l'indique la précision « à ce qu'elle nous fit comprendre » (l. 2). S'ENTRAÎNER À L'ÉCRITURE D'INVENTION Il sera nécessaire de respecter la concordance passé. Il faudra aussi illustrer les traits de caractères avancés par de petites anecdotes ou le récit de d'habitudes d'Augustin. Enfin, pour que le portait soit cohérent, on conseillera de dresser un rapide portrait de la mère d'Augustin d'après les informations délivrées dans l'extrait, et de récapituler ce que l'on sait d'Augustin ; les élèves auront intérêt à noter au brouillon quelques phrases de commentaire comme « Moi qui n'osais plus rentrer à la maison quand j'avais un accroc à ma blouse, je regardais Millie avec étonnement » (l. 11-12). Texte 6 - Michel Butor, La Modification (1957) p. 56 (ES/S et Techno) p. 58 (L/ES/S) OBJECTIFS ET ENJEUX - Analyser les effets d'une énonciation inattendue. - Lire les caractéristiques de l'école littéraire du « Nouveau Roman ». 36 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 36 08/07/11 11:28 1 - Le personnage de roman, du LECTURE ANALYTIQUE Le narrateur s'adresse à un «vous» d'abord difficilement identifiable. Un « vous » qui demande au lecteur de suivre en quelque sorte le personnage qu'il découvre, qui se construit sous ses yeux. L'utilisation du présent ajoute à ce «brouillage» : les événements et les choses se construisent au fur et à mesure que le personnage et la lecture avancent. En fait, ce « vous » interpellé vient d'atteindre les « quarante-cinq ans» (l.  15), il prend le train pour se rendre à Rome pour quelques jours. Plus loin on comprend que le personnage a des enfants « pour les enfants » (l. 19) et des liens proches avec deux femmes dont on apprend le nom, « pour Henriette et pour Cécile » (l. 19). Le lecteur est amené à partager tout au long des deux premiers paragraphes les sensations physiques du personnage, sa relative faiblesse «vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant» (l. 3-4), «vos doigts qui se sont échauffés, si peu lourde qu'elle soit» (l. 9-10) et les douleurs qui en résultent. Douleurs dont l'irradiation progressive est bien marquée, étape par étape, par cette longue énumération « non seulement dans vos phalanges, dans votre paume, votre poignet et votre bras, mais dans votre épaule aussi, dans toute la moitié du dos et vos vertèbres depuis votre cou jusqu'aux reins» (l. 10-12). L'explication de cette faiblesse est donnée dans le paragraphe suivant  : l'heure matinale mais surtout les marques du temps déjà perceptibles même si le personnage vient «seulement d'atteindre les quarante-cinq ans» (l. 15). Ce début d'histoire est presque exclusivement descriptif  ; après une longue description des douleurs ressenties vient une longue description du visage du personnage principal, ses «yeux», «paupières», « tempes» (l  . 16-17) qui sont douloureux. La seule action décrite est l'entrée difficile dans le compartiment : une action banale sans véritable intérêt narratif présentée avec un excès de détails. Les représentations habituelles de début de roman sont brouillées. L'utilisation du «vous» qui superpose lecteur et personnage finit d'ajouter à ce trouble. Synthèse Dans cette écriture et énonciation singulières, le lecteur vouvoyé par le narrateur s'identifie au personnage principal du roman dont il épouse les actions et partage les sensations. Ce n'est qu'au fil des pensées du personnage qu'il comprend l'intrigue qui se met en place, une escapade pour quelques jours à Rome, un voyage qui ne doit pas être divulgué. Cette écriture caractéristique des expériences des écrivains du Nouveau Roman est déroutante et elle conduit le lecteur à s'interroger sur les codes habituels du roman et leurs effets. GRAMMAIRE La première phrase du roman est écrite sous la forme de deux propositions indépendantes cordon- XVIIe siècle à nos jours - Séquence 1 nées qui marquent la succession de deux actions du personnage. C'est ainsi que s'enclenche le récit sans qu'un contexte précis n'ait été construit préalablement. Lecture d'images - « Figures de Don quichotte : le chevalier à la triste figure » p. 57 (ES/S et Techno) p. 59 (L/ES/S) OBJECTIFS ET ENJEUX - Comprendre l'évolution d'un mythe à travers les époques. - Étudier le traitement plastique d'une parodie. LECTURE ANALYTIQUE 1. Représentations de Don Quichotte Ces deux gravures sont contemporaines, elles datent du XIXe siècle et ont servi d'illustrations au roman de Cervantès. Si elles mettent en scène le héros au centre de l'image, assis dans un fauteuil dans sa bibliothèque, elles différent pourtant notablement. Dans la première, celle d'Octave Uzanne, la perspective adoptée, la contre-plongée, rend le personnage imposant et insiste sur sa grande taille, avec son corps vu de trois quart qui met en valeur la longueur de ses jambes qui deviennent un axe de composition de la scène. Sa tenue, ses vêtements soignés, la raideur de la pose, le visage fermé et le regard figé, tout contribue à faire de lui ce gentilhomme, cet hidalgo solitaire que peignent les premières lignes de l'ouvrage. En arrière plan les éléments du décor et les meubles renvoient à la raideur et à la lourdeur décorative du siècle d'or : haute et inconfortable cathèdre en bois travaillé, pieds du bureau tournés, murs damassés. Toutefois quelques détails annoncent la métamorphose qui s'apprête : les pièces d'une armure de grande taille occupent l'espace resté libre du décor, du haut de l'image jusqu'au sol où elles rejoignent des livres ouverts et entassés sur le sol dans un grand désordre : tout est réuni pour que les récits lus pendant les longues nuits d'insomnie deviennent les rêves et fantasmagories de Don Quichotte. La gravure de Gustave Doré saisit le personnage dans le délire provoqué par ses lectures. Pris de face et en plongée le personnage un livre à la main brandit une épée dans un large mouvement provoqué par ce qu'il semble regarder devant lui, le regard exorbité. Dans une position peu flatteuse, les vêtements en piteux état, dans un décor mal tenu si l'on en juge par le sol terne et les souris qui le parcourent, Don Quichotte paraît totalement égaré. Les raisons de cette folie l'entourent occupant le reste du décor : il s'agit de personnages fantastiques et effrayants à l'image de cette énorme tête vivante posée sur le sol, des dra- 37 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 37 08/07/11 11:28 Français 1re - Livre du professeur gons au-dessus de son fauteuil, des géants qui maintiennent prisonnières de jeunes filles comme on le voit dans l'angle droit de la gravure. Des armures et des blasons, des lances et des chevaux s'ajoutent à la scène : tous les éléments de l'univers féerique des romans du Moyen-âge sont réunis pour peupler le bureau de Don Quichotte et son esprit. Les deux illustrations représentent donc le passage du héros, hobereau solitaire d'une bourgade de la Manche à la figure du chevalier qu'il rêve de d'incarner. La deuxième illustration représente bien ce moment où Don Quichotte devient ce chevalier affublé comme ceux des romans d'une épithète « le chevalier à la triste figure » lui permettant de rejoindre ainsi le « chevalier au lion » et ces autres chevaliers errants. 2. Un début du récit comique et parodique Le court extrait du début du roman explique bien la métamorphose du héros  : la lecture que pratique Don Quichotte de manière exagérée, il ne fait plus que cela, nourrit son imagination jusqu'à lui faire croire à la réalité des mondes qui sont représentés dans des fictions qu'il dévore. Dans un monde qui n'est plus celui du Moyen-âge, qui n'en a plus les valeurs il croit pouvoir vivre selon un idéal dépassé : la gloire n'est plus permise à une noblesse devenue pauvre mais condamné à ne pas travailler pour ne pas déroger à sa condition et à la noblesse et la pureté de son sang. Le service dû à son pays n'est plus de mise non plus. Devant cette impossibilité de trouver dans le réel des raisons de vivre Don Quichotte, retourne dans le passé par la lecture et y revit grâce à son imagination, et/ou sa folie. Synthèse Ces quelques lignes offrent l'occasion de retrouver de manière extrêmement sommaire les lieux communs des romans de chevalerie dont l'énumération produit un effet comique mais également parodique. Tous les ingrédients sont réunis : de l'enchantement aux tempêtes et aux amours dans une diversité qui confine « aux extravagances ». Mais n'est-ce pas la définition de l'errance de Don Quichotte ? OEuvre intégrale - Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves (1678) p. 58 (ES/S et Techno) p. 60 (L/ES/S) OBJECTIFS ET ENJEUX - Comprendre comment la psychologie du personnage romanesque s'étoffe au XVIIe siècle. - Comprendre la relation entre cadre historique et intrigue amoureuse. - Découvrir la question de la vraisemblance. POUR COMMENCER... 1. Les premières de couverture des éditions représentées constituent des choix pour mettre en valeur différentes dimensions de l'oeuvre. Une description de chaque image conduira à le repérer. Celle de l'édition GF affiche une des scènes clef de l'histoire quand la Princesse de Clèves aperçoit dans un miroir le vol que Monsieur de Nemours opère de son portrait et qui symbolique la passion que les deux personnages éprouvent l'un pour l'autre  : La Princesse de Clèves y apparaît donc comme un roman d'amour. L'éditeur de la collection « Étonnants classiques » a choisi de montrer le cadre historique du roman : il représente la cour et la foule indistincte qui la fréquente dont tous les regards sont tournés vers un portrait en hauteur, celui du roi. Un seul personnage féminin dont on imaginera qu'il s'agit du personnage éponyme apparaît clairement face à une autre silhouette de dos, isolée qui pourrait représenter le duc de Nemours. À noter l'effet de citation de Velázquez car le personnage de madame de Clèves évoque un des personnages représenté dans le tableau « les Ménines » ce qui ancre davantage le récit dans le contexte d'une cour royale. La dimension historique de la nouvelle ou du petit roman est ici soulignée. Dans la troisième édition c'est le personnage de madame de Clèves qui est privilégié avec un portrait qui pourrait la représenter et où apparaissent sa jeunesse, sa beauté, sa réserve aussi et l'extrême soin porté à sa tenue qui dit autant le désir de plaire que la gloire de son rang. Ces trois éditions mettent chacune en évidence un élément important du roman, la figure de l'héroïne au centre, celle de madame de Clèves, ou le contexte historique d'un roman ancré dans une période précisément datée ou enfin un genre d'histoire, celle d'une passion amoureuse. CONTEXTE DE L'OEUVRE... Un auteur anonyme 2. Une fiche biographique de l'auteur construite selon les axes proposés permettra d'inscrire madame de Lafayette dans l'histoire culturelle et artistique de son temps tout en revenant si nécessaire sur le statut de la femme au XVIIe siècle. On pourra souligner l'origine de sa famille, la petite noblesse, qui la conduit tout de même à devenir demoiselle d'honneur de la reine-mère Anne d'Autriche. Les relations qu'elle noue alors avec de grandes dames de la cour, la reine Henriette et sa fille par exemple ainsi qu'avec madame de Sévigné et la fréquentation des salons lui donnent cette culture et ce bel esprit que l'on reconnaît au Précieuses. Le comte François de Lafayette qu'elle épouse lui donne un nom fort honorable et elle pourra à Paris tenir salon et recevoir pour une VIe mondaine les personnages les plus importants de la 38 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 38 08/07/11 11:28 1 - Le personnage de roman, du cour et des écrivains de renommée tels que Chapelain, Voiture. Quand elle se lance dans l'écriture avec La Princesse de Montpensier, elle le fait en collaboration avec Ménage. Amie de la Rochefoucauld, elle poursuit son oeuvre et publie La Princesse de Clèves sans nom d'auteur. C'est ce dernier point qui pourra donner lieu à discussion des hypothèses  proposées : une grande dame ne doit pas se commettre en écrivant des romans ; Madame de Lafayette ne souhaitait pas qu'on puisse tenter de chercher des modèles à ses personnages  ; on a pu dire aussi qu'elle avait le goût du mystère et que cet anonymat a pu donner plus de prix encore à son roman. Toutes ces raisons peuvent être justes ensemble et elles permettent de dessiner un champ littéraire bien différent de celui d'aujourd'hui. Tomes Tome 1, début XVIIe UNE FICTION : UN RÉCIT, DES PERSONNAGES, DES SCÈNES ROMANESQUES La structure du roman, sa dynamique 3. Le tableau ci-dessous pourra être complété selon l'édition choisie par le professeur au fil de la lecture. On y fait figurer les éléments qui pourront être commentés avec la classe. L'analyse de la structure est celle de Pierre Malandain dans La Princesse de Clèves, Études Littéraires PUF, 1985. Evénements ....la cour : spectacle Tome 1, milieu siècle à nos jours - Séquence 1 Péripéties .... Le mariage de la Princesse de Clèves Tome 1, Fin le bal Tome 2, début Horoscopes et préparatifs des fêtes Tome 2, milieu L'accident et ses effets et ses effets Tome 2, Fin Tome 3, début La lettre de madame de Thémines au centre du livre Tome 3, milieu Coulommiers : l'aveu Tome 3, fin Le tournoi Tome 4, début Coulommiers : le pavillon Tome 4, milieu La mort de Monsieur de Clèves Tome 4, fin La retraite 4. La progression du récit articule les éléments du cadre historique aux péripéties de l'aventure amoureuse. Elle commence avec l'arrivée de l'extérieur de Mademoiselle de Chartes dans ce lieu fermé qu'est la cour et la ville pour inverser le mouvement dans la deuxième partie et quitter le centre et l'intérieur vers l'extérieur pour la retraite que s'impose madame Clèves. Au centre la lettre de madame de Thémines est considérée comme un discours qui revendique l'autonomie de la femme qui fait le choix de quitter celui qu'elle aime pour ne pas déchoir de l'estime de soi. Un personnage : la Princesse de Clèves 5. Le portrait - Mademoiselle de Chartes est une jeune fille noble, une des plus belles héritières de France qui devient madame de Clèves en épousant le Prince de Clèves, à l'âge de seize ans. - C'est une très belle jeune fille qui concentre de manière hyperbolique toutes les qualités jusqu'à la perfection : « c'était une beauté parfaite ». - L'habit : la cour d'Henry II est célèbre dès les premiers mots du livre pour sa « magnificence » et son « éclat ». La belle madame de Clèves passe la journée à se parer avant le bal où elle rencontrera Monsieur de Nemours. 39 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 39 08/07/11 11:28 Français 1re - Livre du professeur - La psychologie  : Madame de Clèves éprouve toutes les souffrances de l'amour, de la jalousie jusqu'au renoncement, des sentiments qui la conduiront à s'éloigner de la cour. - La biographie  : le récit qui s'attache à la jeune femme au moment de sa présentation à la cour et s'achève quand elle la quitte quelques années plus tard évoque dans la dernière ligne du roman une VIe courte. Les actions Héroïne du roman, la Princesse est un personnage qui assume le rôle que lui imposent sa haute naissance et l'éducation exigeante reçue de sa mère. Franche et loyale à un mari qu'elle n'aime pas mais estime, elle refuse un amour coupable puis un amour acceptable que sa morale et le souci de sa gloire lui feront tout de même refuser. Ce sont ses valeurs qui conduisent sa VIe et ses actions. L'importance hiérarchique Madame de Clèves est le personnage central du récit. La perspective romanesque est centrée sur elle et le récit s'achève avec sa disparition de la cour. Son importance hiérarchique se dit aussi dans le caractère exceptionnel de ses actions  : l'aveu à son mari de son amour pour Nemours, son renoncement final à cet amour. PARCOURS DE LECTURE : LECTURES ANALYTIQUES OU CURSIVES Le parcours de lecture pourra se construire au fil des extraits isolés ici ou qui figurent dans le manuel. Tout dépendra du projet de lecture retenu qui peut ne pas imposer l'étude de tous ces moments de l'histoire. On a retenu les scènes romanesques, ces passages souvent narratifs, descriptifs et dialogué où sont expansés les topoï romanesques. RÉCEPTION, INTERPRÉTATION : LA QUESTION DE LA VRAISEMBLANCE La polémique à laquelle l'aveu de madame de Clèves à son mari a donné lieu a été très importante au XVIIe siècle. Bussy juge l'aveu extravagant non parce qu'il le juge impossible mais parce qu'il trouve contraire à la bienséance dans un roman. Cet avis est largement partagé par les Anciens et on accuse l'auteur d'avoir voulu ne pas ressembler aux autres romans avant tout. On relève aussi la cruauté de l'aveu pour le mari. (Donneau de Visé) D'autres font l'éloge du procédé, les modernes que sont Perrault et Fontenelle, qui y voit lui « un trait admirable et très bien préparé ». Au XVIIIe siècle on partage encore l'avis des Anciens, mais surtout au nom de l'authenticité. On ne croit pas à la vérité psychologique de cet aveu. Le dialogue avec la classe permettra d'échanger les arguments pour une réception contemporaine de cet aveu sur lequel les élèves se prononceront avec des arguments qui témoigneront de leur lecture de l'oeuvre. Comme pour la question précédente, les raisons du retrait du monde de madame de Clèves constitueront des axes de lecture de la fin de l'oeuvre et seront confrontés avec les représentations des élèves qui peuvent se sentir éloignés de telles conceptions de l'amour et de la VIe en société mais peuvent y trouver des illustrations du désir d'authenticité et d'estime de soi. Enfin, une recomposition de l'histoire de La Princesse de Clèves sous le titre du Prince de Clèves peut donne lieu à une réflexion sur les conséquences du changement de perspective narrative, sur les transformations nécessaires de la composition et l'écriture de certains extraits qui ne pourraient se faire que selon le point du vue du mari de madame de Clèves. L'oeuvre qui s'achèverait plus vite donnerait lieu également à une interprétation différente  : en quoi le destin de monsieur de Clèves pourrait-il proposer une autre vision de l'homme dans cette société du XVIIe siècle ? ENTRAÎNEMENT Commentaire Cet extrait qui se situe dans les dernières pages du roman fait entendre le dialogue entre la Princesse de Clèves et Nemours qui tente de la persuader de céder à son amour. Elle refuse et lui expose ses raisons. Dans le même temps il s'agit-là d'une scène d'adieu puisque les deux amants ne se reverront pas. Dans ce contexte particulier, on pourra proposer aux élèves de développer l'analyse des raisons alléguées par Madame de Clèves pour refuser l'amour. On pourra également orienter le travail sur l'expression de l'amour chez les deux personnages. La classe pourrait être divisée en deux parties afin que chaque groupe étudie une des deux problématiques, apporte à l'autre en complément sa réflexion et qu'ainsi le texte soit lu dans ces deux dimensions, rhétorique et pathétique. Dissertation Le libellé de la dissertation ressemble parfois à un sujet de cours et il n'est pas très facile alors de dégager une problématique pour construire la réflexion. L'image du monde que délivre la Princesse de Clèves peut être lue à deux niveaux : son propre point de vue tel qu'elle le développe par exemple à la fin de l'oeuvre en refusant l'amour de Nemours. On relèvera alors ses scrupules moraux avec le refus d'épouser celui qui a été la cause indirecte de la mort de son mari, sa crainte de souffrir de l'infidélité de celui qui a déjà aimé à plusieurs reprises, ...etc. On pourra dégager ainsi les valeurs qui sont les siennes et celles de son monde. On pourra engager ensuite les élèves à évaluer, selon une perspective plus contemporaine, cette société et le comportement de madame de Clèves dont le refus peut être interprété différemment, l'orgueil ou un certain quiétisme, la tentation du retrait du monde, etc. La 40 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 40 08/07/11 11:28 1 - Le personnage de roman, du rédaction de l'introduction mettra les élèves à l'épreuve de ce distinguo subtile. Ils pourront ensuite développer la vision du monde révélée par le discours du personnage éponyme de l'oeuvre de Madame de Lafayette. Écriture d'invention Ce sujet d'invention constitue une réflexion sur la réception contemporaine de l'oeuvre de Madame de Lafayette. Elle aura pu être préparée par l'étude de la polémique provoquée par la scène de l'aveu (questions 6 et 8). Il y a aussi dans la scène de première rencontre un stéréotype, celui du coup de foudre, de l'amour au premier regard qui peut favoriser l'analyse précise des effets de cette rencontre. On pourra aider les élèves en leur projetant un extrait du film de Jean Delannoy afin que les personnages en acquièrent une réalité plus grande, leur jeunesse, leur beauté et que le texte s'en éclaire. Les codes de la lettre auront été étudiés auparavant afin que l'attention se concentre sur les indices et éléments du texte à citer et à commenter et sur l'expression de l'émotion du lecteur. OEuvre intégrale - Albert Camus, L'Étranger (1942) p. 60 (ES/S et Techno) p. 62 (L/ES/S) OBJECTIFS ET ENJEUX - Recomposer le personnage au travers de la narration. - Interpréter la fonction du personnage. - Dégager une vision du monde et de la condition humaine. POUR COMMENCER... La photographie qui fait entrer dans l'univers de L'Étranger évoque la prison dans laquelle Meursault est enfermé après son meurtre. La plongée et les lignes des barreaux qui s'enfoncent avec le regard vers le personnage seul au centre montrent bien l'écrasement, l'enfermement de sa situation. La tête baissée, les poings serrés posés sur les genoux disent à la fois sa souffrance et peut-être la rébellion. Le blanc et le noir évoquent un univers contrasté entre le mal et le bien entre le propre et le sale de la tinette, seul objet de la cellule qui ressemble davantage à une cage. Pour reprendre la problématique de lecture de cette oeuvre intégrale, le lecteur peut se demander si le personnage peut ou non sortir du désespoir qui semble l'habiter. La structure du roman, sa dynamique Première partie La première partie dure environ dix-huit jours tandis que la seconde se déroule sur une année, le temps XVIIe siècle à nos jours - Séquence 1 de l'instruction du procès et du jugement. La première partie est rythmée par les jours qui se succèdent faisant penser le lecteur à un journal intime. Les chapitres les plus développés sont ceux qui développent des scènes romanesques parmi lesquelles celle de l'enterrement ou le meurtre. La VIe de Meursault semble pouvoir changer dans la première partie avec la rencontre avec Marie, avec qui il semble avoir découvert le bonheur, ce que rappelle la fin du chapitre 6 : « J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux ». Deuxième partie C'est bien évidememnt le meurtre qui sert de charnière entre la première et la deuxième partie qui dure environ un an. Les chapitres s'organisent selon les grandes étapes de l'instrucution du procés : l'interrogatoire, la VIe en prison, le procès, les vistes de l'aumonier puis l'attente de l'execution. Un personnage : Meursault Le portrait o Aucune indication ne nous permet de nous représenter le personnage principal de l'Étranger dont on ne connaît que le nom, Meursault. o La psychologie : Meursault semble davantage un être de sensations que de réflexion au début de l'oeuvre. Il est peu intéressé par son travail, et semble plutôt regarder ce qui se passe autour de lui, de sa fenêtre ou chez ses voisins. Plutôt indifférent, il est tout de même sensible à l'amitié qu'on lui prodigue. Il paraît surtout très sensible aux sensations agréables, que cela soit la chaleur du sable, la fraîcheur de la mer ou les baisers de Marie. o La biographie  : le récit qui s'attache au personnage au moment de la mort de sa mère et ne nous donne pas d'informations sur sa VIe antérieure. Et le récit s'achève sur l'évocation de sa mort prochaine. C'est donc l'histoire de la dernière année de la VIe de l'Étranger que raconte le roman. Les actions Héros du roman, Meursault ne répond jamais aux attentes des personnages qui peuplent son univers ni à celles du lecteur de romans. S'il répond aux sollicitations des autres, il semble bien incapable dans la première partie du roman de mener sa VIe. C'est dans la seconde partie qu'il assumera son geste et refusera d'adopter le comportement qu'on attend de lui. L'importance hiérarchique Meursault est le personnage central du récit. La perspective romanesque est centrée sur lui et le récit s'achève avec sa disparition. Son importance hiérarchique se dit aussi dans le caractère étonnant de ce qui lui arrive et dans ses réactions à ce qui se passe dans sa VIe, cette « étrangeté au monde » qui rend incompréhensible son attitude. 41 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 41 08/07/11 11:28 Français 1re - Livre du professeur PARCOURS DE LECTURE : LECTURES ANALYTIQUES OU CURSIVES Le parcours de lecture pourra se construire au fil des extraits isolés ici ou qui figurent dans le manuel. Tout dépendra du projet de lecture retenu qui peut ne pas imposer l'étude de tous ces moments de l'histoire. On a retenu les scènes romanesques, ces passages souvent narratifs, descriptifs et dialogué où sont expansés les topoï romanesques. R ÉCEPTION, INTERPRÉTATION Mourir pour la vérité c'est, selon Meursault, ne pas s'imposer le comportement que l'on attend de vous, c'est aussi de pas expliquer ce qui a pu donner lieu à une interprétation erronée. C'est ainsi que tout commence avec cette incapacité du narrateur de pleurer la mort de sa mère au moment où l'on attend qu'il le fasse. C'est aussi ne pas vouloir expliquer pourquoi la chaleur, puis un reflet, ont pu donner lieu à un comportement que tous veulent interpréter comme le signe de l'indifférence ou de la violence. Lors de son interrogatoire, Meursault exclut aussi de manifester son regret ou d'afficher une foi qu'il n'éprouve pas. Refusant ainsi de jouer au coupable anéanti par son geste, il se perd dans l'esprit du juge d'instruction. Enfin au nom de la vérité, il refuse que la crainte de la mort ne lui fasse accepter un réconfort auquel il ne croit pas et c'est ainsi qu'il n'accepte plus les visites de l'aumônier. Seul, il ne lui reste plus qu'à espérer les cris de haine de la foule qui pourront donner sens à sa mort en témoignant de la totale incompréhension de son attitude et de son refus d'acheter par le mensonge une quelconque mansuétude. Meursault affiche ainsi - et revendique - sa liberté entière. C'est ainsi qu'il échappe aussi au désespoir. ENTRAÎNEMENT Commentaire La piste de commentaire qui est proposée aux élèves montre que l'Étranger n'est pas indifférent au monde qui l'entoure. La galerie des personnages qui passent sous ses fenêtres le conduisent à une analyse de différents groupes sociaux. On pourra guider les élèves sur l'analyse des détails qui se concentrent pour identifier des types dont le comportement attendu ou le ridicule peuvent donner à rire ou à sourire. Dissertation Ce sujet conduit à une réflexion sur le choix de « personnages types » qu'un auteur peut vouloir mettre en scène dans son oeuvre. Après avoir examiné quelles caractéristiques seraient celles d'un personnage répondant à cette définition, il s'agira ensuite de se demander dans quelle mesure le personnage de Meursault peut répondre à cette définition. On pourra mettre en commun avec la classe les caractéristiques d'un tel personnage pour demander ensuite à chacun de rédiger une partie de devoir dans laquelle il montrera que le comportement de Meursault peut en effet se résumer à cette phrase. Écriture d'invention Cette activité peut être proposée à des groupes d'élèves qui se chargeront chacun d'un extrait de leur choix qui pourra compléter le groupement étudié en classe. Cet exercice conduit les élèves à une véritable lecture analytique du texte choisi mis en relation avec l'oeuvre et en articulation avec les perspectives d'étude privilégiées. L'utilisation des outils numériques favorisera la mise en cohérence de la présentation des pages élaborées. Enfin on peut imaginer que cet exercice conduira les élèves à une meilleure lecture des supports méthodologiques qui leur sont proposés. Perspective - Fédor Dostoïevski, L'Adolescent (1875) p. 62 (ES/S et Techno) p. 64 (L/ES/S) OBJECTIFS ET ENJEUX - Distinguer l'autobiographie de la fiction. - Découvrir les caractéristiques du héros du Roman d'apprentissage. LECTURE ANALYTIQUE Dès les premières lignes, le personnage narrateur du livre donne les éléments de son statut social, il est lycéen, son âge, vingt ans et son identité avec son nom, Dolgorouki et celui de ses pères, le domestique Makar Ivanov Dolgorouki et le propriétaire terrien Versilov. On sait également qu'il a commencé sa VIe dans la province de Toula. On comprend très vite, et d'ailleurs le narrateur le précise aussi, qu'il est un enfant illégitime, ce qui n'est pas anodin dans le contexte de la société russe du XIXe siècle. On comprend également que ses deux pères le font appartenir à deux univers sociaux opposés et ce d'autant plus que Versilov, « mon père c'est lui » (l.  6) est le maître du père légitime, Dolgorouki. Dans le début du roman on ne sait pas quelles sont les relations entre le narrateur et le jardinier Dolgorouki mais on apprend l'importance, « l'influence si capitale » (l. 9) que Versilov a pu avoir sur lui à plusieurs moments de sa VIe. Le pacte de lecture qui semble se construire dans le début de ce livre évoque un récit autobiographique  : le narrateur parle à la première personne il semble être le sujet de l'histoire et il commence par cette présentation de soi et de ses origines attendue dans un tel genre. On y lit aussi plusieurs époques organisées dans un récit rétros- 42 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 42 08/07/11 11:28 1 - Le personnage de roman, du pectif. Toutefois le nom de l'auteur et celui du narrateur différent ce qui interdit de lire l'Adolescent comme une autobiographie véritable. Pourtant tout est fait pour faire croire au lecteur que c'est un jeune homme qui parle ici avec fougue et passion dans le désordre d'un récit qu'il cherche pourtant à organiser. En témoignent ses commentaires sur sa narration : « mais, au fond - ça plus tard. On ne peut pas raconter comme ça » (l. 12-13) et le langage spontané et elliptique qu'il tient  : « cet homme-là déjà sans ça... » (l. 13). Ce désordre on peut le mettre au compte de la jeunesse, de la difficulté à commencer à raconter une histoire mais également le comprendre comme une difficulté à dire des faits ou évènements traumatiques : l'illégitimité du personnage d'abord et la relation complexe et toujours actuelle qu'il entretient avec son père. « Cet homme qui m'a tellement frappé depuis la petite enfance » (l. 8), qui a « contaminé de sa personne tout mon avenir » (l.  10), « une énigme totale » (l.  12). À cela s'ajoute l'ironie cruelle qui fait que son père légitime, porte le nom d'une famille princière ce qui le contraint à répondre sans cesse à la question de son origine en répétant qu'il n'est pas d'origine noble. Tous ces éléments font entrer le lecteur de l'Adolescent dans un roman d'apprentissage qui se donne à lire comme l'autobiographie fictive d'un personnage jeune qui raconte son histoire à partir d'événements marquants qui vont orienter la construction de soi et son devenir. PROLONGEMENT Le début de l'Adolescent est construit sur le même modèle que celui du Grand Meaulnes. Un personnage narrateur raconte son histoire à partir d'un évènement fondateur dans un récit rétrospectif. Toutefois le lycéen narrateur de l'Adolescent est au centre du roman, il en est le sujet tandis que le personnage de François Seurel se présente comme le témoin et le conteur de l'histoire d'un autre pour qui il ressent immédiatement une grande fascination, qui jouera XVIIe siècle à nos jours - Séquence 1 un rôle important dans sa VIe jusqu'à la transformer. Personnage en retrait, aimant sa VIe paisible auprès de ses parents au coeur d'un village de Campagne, près des livres et du savoir, il est certes très éloigné du personnage aventureux et épris d'absolu qu'est le grand Meaulnes ou du lycéen blessé et révolté tel que se présente le jeune Dolgorouki. LECTURE D'IMAGES Ces deux photographies offrent deux portraits de jeune-hommes très séduisants qui pourraient correspondre à la représentation du personnage de l'Adolescent. L'un et l'autre sont représentés dans une tenue qu'on a voulue soignée pour cette occasion encore rare à la fin du XIXe siècle : la séance de photographie. Costume - ou veste - et col blanc pour les deux et pose étudiée. Rimbaud est cadré en buste tandis qu'Alain-Fournier est assis ce qui lui donne une apparence plus rangée, une attitude très calme. Par contraste Rimbaud qui porte pourtant veste et gilet bien boutonné offre une image moins conformiste  : le noeud qui orne son col est de travers, ses cheveux sont dérangés et surtout l'expression de son visage aux lèvres serrées au regard résolu et fixé sur sa droite marque une grande détermination une volonté de dépasser son univers proche. La figure de rebelle qui lui est attachée trouve ici pleinement sa justification et pourrait correspondre au personnage du lycéen Dolgorouki, révolté que peint Dostoïevski dans l'Adolescent. Le beau portrait d'Alain-Fournier offre une autre image, celle d'un jeune homme profond et serein dans cette posture ordonnée qui n'est pas dénuée non plus de force et de volonté. Le regard posé sur celui qui regarde la photographie marque un désir d'entrer en relation avec les autres. L'auteur du Grand-Meaulnes nous fait penser à une autre figure, plus discrète mais amicale et fidèle, celle de François Seurel le personnage narrateur du roman. 43 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 43 08/07/11 11:28 Français 1re - Livre du professeur Séquence 2 Le portrait dans les romans du XVIIe au XXe siècle p. 65 (ES/S et Techno) p. 67 (L/ES/S) Problématique : Comment s'organise un portrait ? Que nous dit-il des personnages ? Quelles sont les fonctions du portrait ? Éclairages : La séquence permet, par le biais de l'étude des portraits de personnages, de découvrir les modes de vision inhérents à chaque siècle, conformément au programme : « On prête une attention particulière à ce que disent les romans, aux modèles humains qu'ils proposent, aux valeurs qu'ils définissent et aux critiques dont ils sont porteurs. ». La façon dont les portraits s'organisent, dont les personnages font l'objet d'éloge ou de blâme, met en lumière une certaine conception du monde de l'auteur. Texte 1 - Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves (1678) p. 66 (ES/S et Techno) p. 68 (L/ES/S) OBJECTIFS ET ENJEUX - Étudier le portrait d'une héroïne classique. - Montrer l'importance du portrait pour la construction du personnage. LECTURE ANALYTIQUE Un portrait esquissé Le passage constitue la première apparition de l'héroïne éponyme du roman. Il revêt donc une importance capitale pour le lecteur qui attend un certain nombre d'informations sur le personnage principal ; le portrait physique, notamment, est un passage obligé. Pourtant, les attentes du lecteur sont partiellement comblées, puisque le portrait physique concentre seulement quelques lignes, à la fin de l'extrait. Le narrateur semble s'amuser avec son lecteur, puisqu'il retarde ces informations tant attendues. L'extrait débute ainsi par un passage narratif, au passé simple, qui annonce l'arrivée d'un personnage exceptionnel, encore anonyme, désigné par les termes élogieux de « beauté » (l. 1), « beauté parfaite » (l.  2). Son nom n'est pas immédiatement donné : sa mère, Mme de Chartres, est citée la première. Ce n'est qu'à la ligne 27 qu'elle est désignée pour elle-même, dans une expression qui relie sa caractéristique fondamentale, donnée dès le début, et son nom : « la grande beauté de Mlle de Chartres ». Le personnage apparaît donc progressivement, son identité n'est révélée qu'à la fin, comme si les lecteurs étaient amenés à partager le point de vue des autres personnes de la cour qui découvrent Mlle de Chartres. Le portrait physique, à la fin de l'extrait, donne les grandes caractéristiques du personnage, sans former un portrait abouti. Conformément à l'esthétique classique, cette héroïne possède des « cheveux blonds » (l. 28), son « teint » est marqué par la « blancheur » (l.  27), signe de noblesse et de pureté, elle a des « traits réguliers » (l. 29), conformément aux canons de la beauté classique. Aucun trait ne permet de singulariser ce personnage : les portraits dans les romans du XVIIe siècle sont très éloignés de la précision de ceux du XIXe ! En revanche, le narrateur insiste davantage sur l'identité sociale du personnage. De noble extraction, elle peut entrer à la cour. Le narrateur souligne sa parenté avec de nobles personnages (« Elle était de la même maison que le vidame de Chartres », l. 3-4) et l'excellence de sa situation est mise en valeur à l'aide de tournures superlatives présentes aux lignes 4 : « une des plus grandes héritières de France » et 20 « Cette héritière était alors un des grands partis qu'il y eût en France ». Le rappel, à deux reprises, du mot « héritière » signale le jeune âge du personnage, sa nubilité, et préfigure son mariage. Le portrait permet donc d'informer le lecteur sur l'intrigue possible. Le personnage apparaît remarquable. Les marques de jugement du narrateur remplacent les informations objectives : le lexique valorisant abonde dans cet extrait pour désigner Mlle de Chartres ou sa famille : outre la « beauté », on signale des qualités morales et intellectuelles : « la vertu et le mérite étaient extraordinaires » (l. 6), « son esprit » (l. 9), « vertu » (l. 10), ce qui est résumé aux lignes 29-30 : ses traits sont « pleins de grâce et de charmes » (l'assonance en [a] amplifie cet éloge). Qualités physiques, noblesse et vertu rendent donc ce personnage exceptionnel. L'importance du portrait moral Le narrateur s'attache davantage à construire le portrait moral du personnage, ce qui fait rentrer cette oeuvre dans la catégorie des romans psychologiques. Pour aider à saisir le personnage, le narrateur effectue une analepse, lignes 5 à 20. Le passé de Mlle de Chartres permet de comprendre sa personnalité. Élevée dans un milieu féminin (l.  5 « Son père était mort jeune »), elle se voit également éloignée de la cour et des aventures galantes, puisque sa mère « avait passé plusieurs années sans revenir à la cour » (l. 7) et que « pendant cette absence, elle 44 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 44 08/07/11 11:28 1 - Le personnage de roman, du avait donné ses soins à l'éducation de sa fille » (l. 8). Si cette mention du narrateur permet d'expliquer l'admiration et la surprise des personnes de la cour devant Mlle de Chartres, elle permet également de saisir sa personnalité. Au moment où Mlle de Chartres entre à la cour, elle est ignorante des affaires galantes et ne peut y succomber. La figure de Mme de Chartres domine cet extrait et participe également à la construction du personnage de la Princesse. Personnage exceptionnel par ses qualités énumérées ligne 6, elle porte toute son attention à l'éducation de sa fille, comme le montrent les expressions verbales « elle avait donné ses soins » (l.  8), « elle ne travailla pas seulement à » (l.  8-9). Le verbe « cultiver » (l.  9) connote l'idée de travail long et minutieux. L'éducation portée à Mlle de Chartres est essentiellement morale ; elle est originale, comme le souligne le narrateur dans deux phrases opposées, lignes 10 à 12 : « La plupart des mères s'imaginent [...]. Mme de Chartres avait une opinion opposée ». La première phrase, longue, mentionne l'attitude commune des mères qui dissimulent les dangers de la séduction, tandis que la deuxième, qui s'oppose à la précédente (avec une asyndète), composée de segments brefs distingués par des points virgules, montre les paroles sans artifices de Mme de Chartres. Celles-ci occupent l'essentiel du passage, des lignes 12 à 21. Ces paroles rapportées au style narrativisé opposent deux attitudes : celle des hommes (que le pluriel généralise), considérés comme des séducteurs (« peu de sincérité », « tromperies », « infidélité », l. 14-15), et l'attitude des femmes qui se laissent abuser alors qu'elles sont mariées se distinguent du comportement vertueux de l'« honnête femme » (l. 17). Le singulier ici employé montre clairement combien cette façon d'être est peu commune. Aux « malheurs » s'opposent les subordonnées exclamatives « quelle tranquillité » (l. 16-17) et « combien la vertu [...] ». Le discours de Mme de Chartres se révèle habile, comme le manifeste l'emploi du mot « persuader » (l. 13) : elle insiste sur les bienfaits que sa fille peut recueillir par une conduite vertueuse, sans déguiser les difficultés. La morale inculquée par Mme de Chartres est austère : si celle-ci invite à se méfier des séducteurs, elle conseille aussi à sa fille de se méfier d'elle-même et de la passion, dans une morale teintée de jansénisme. Les thèmes du roman sont ici annoncés : le mariage de Mlle de Chartres, son abnégation, son amour sacrifié se trouvent expliqués. Synthèse Mlle de Chartres est un personnage exemplaire pour plusieurs raisons : sa noblesse et sa beauté manifestées à plusieurs reprises la signalent comme l'héroïne du roman. Mais sa conduite, guidée par les paroles de sa mère, est vertueuse. Son refus de la passion, singulier dans ce monde da galanterie, en fait un personnage hors du commun. XVIIe siècle à nos jours - Séquence 2 VOCABULAIRE « Admiration » vient du latin admiror, ari composé du verbe simple miror, ari, qui signifie regarder avec admiration, mais aussi étonnement. L'arrivée de Mlle de Chartres est remarquée : son portrait, dans le roman, trouve sa justification dans le fait qu'elle paraît à la cour, aux yeux de personnes qui ne la connaissent pas. Mais les deux sentiments sont ici mêlés : sa beauté est admirée, mais crée aussi la surprise. S'ENTRAÎNER À L'ÉCRITURE D'INVENTION La structure du texte doit être conservée : la première phrase doit indiquer la présence d'autres personnages qui découvrent le héros (ou héroïne) ; son nom doit apparaître tardivement ; un court récit rétrospectif qui permet d'éclairer la personnalité du personnage précède le portrait physique. Le contexte, moderne, doit être inventé : le personnage doit apparaître dans un lieu où il peut être remarqué (salle de spectacles, par exemple). La dimension sociale, importante au XVIIe siècle, doit être oubliée au profit d'autres critères. PISTE COMPLÉMENTAIRE Ce portrait peut être mis en relation avec d'autres textes de la même période, comme celui de Cléomire, dans Artamène ou Le Grand Cyrus (1652) de Mlle de Scudéry, dont voici un extrait : Au reste, les yeux de Cléomire sont si admirablement beaux, qu'on ne les a jamais pu bien représenter : ce sont pourtant des yeux qui en donnant de l'admiration, n'ont pas produit ce que les autres beaux yeux ont accoutumé de produire, dans le coeur de ceux qui les voient : car enfin en donnant de l'amour, ils ont toujours donné en même temps de la crainte et du respect : et par un privilège particulier, ils ont purifié tous les coeurs qu'ils ont embrasés. Il y a même parmi leur éclat et parmi leur douceur, une modestie si grande, qu'elle se communique à ceux qui la voient : et je suis fortement persuadé, qu'il n'y a point d'homme au monde, qui eût l'audace d'avoir une pensée criminelle, en la présence de Cléomire. Au reste, sa physionomie est la plus belle et la plus noble que je ne vis jamais : et il paraît une tranquillité sur son visage, qui fait voir clairement quelle est celle de son âme. On voit même en la voyant seulement, que toutes ses passions sont soumises à sa raison, et ne font point de guerre intestine dans son coeur : en effet je ne pense pas que l'incarnat qu'on voit sur ses joues, ait jamais passé ses limites : et se soit épanché sur tout son visage, si ce n'a été par la chaleur de l'Été, ou par la pudeur : mais jamais par la colère, ni par aucun dérèglement de l'âme : ainsi Cléomire étant toujours également tranquille, est toujours également belle. 45 2210441163_027-115_Ch1_LDP_Fr1.indd 45 08/07/11 11:28 Français 1re - Livre du professeur Question de corpus : Quelles qualités des personnages ces portraits mettent-ils en avant ? La beauté des personnages, visible, suscite, dans les deux romans, de l'« admiration ». Mais les deux auteurs soulignent les qualités morales  : « vertu » pour Mlle de Chartres, « tranquillité » d'âme pour Cléomire. Mme de La Fayette accentue la noblesse du personnage, tandis que Mlle de Scudéry fait de Cléomire un personnage mesuré. Texte 2 - Paul Scarron, Le Roman comique (1651-1657) p. 68 (ES/S et Techno) p. 70 (L/ES/S) OBJECTIFS ET ENJEUX  - Étudier un portrait en actions. - Mettre en évidence le burlesque dans un roman du XVIIe siècle. LECTURE ANALYTIQUE Un portrait caricatural À grands traits, Paul Scarron brosse le portrait de Mme Bouvillon. Celle-ci est caractérisée par l'exagération et sa description doit susciter le rire du lecteur. Elle est dévalorisée par ses dénominations : à plusieurs reprises, elle est appelée « la Bouvillon » (l.  10, 14, 18, 21-22). Le déterminant souligne son origine populaire, mais se teinte également d'une nuance de mépris, qui contraste avec l'appellation « la pauvre dame » (l.  24). Désignée également comme « la grosse sensuelle » (l.  4), elle concentre ces deux caractéristiques : l'embonpoint et la « sensualité », ce qui en fait un personnage typique. Mais Mme Bouvillon, toute entière livrée à ses désirs, est aussi comparée à un animal : le mot « harnais » (l. 12), qui désigne son corset, renvoie au lexique de l'agriculture et doit être mis en relation avec le nom du personnage (voir question vocabulaire). Le portrait ainsi effectué ne correspond pas à celui d'une héroïne de roman classique. Le narrateur se concentre sur le portrait physique. Différents éléments du corps de Mme Bouvillon sont détaillés : le « gros visage fort enflammé » (l. 1), « ses petits yeux fort étincelants » (l. 1-2), « dix livres de tétons pour le moins » (l.  6), « le reste étant distribué à poids égal sous ses deux aisselles » (l. 6), « sa gorge n'avait pas moins de rouge que son visage » (l. 8), le « dos suant » (l. 18), « le nez écaché », « une bosse au front grosse comme le poing » (l. 25). Ces quelques informations sont délivrées progressivement au lecteur et se rapportent à deux thèmes principaux : la corpulence et la rougeur. Contrairement aux héroïnes classiques, Mme Bouvillon n'a pas une blancheur de teint qui laisse présager une âme innocente et pure. Le narrateur a recours à une comparaison, exagérée, pour désigner le rouge qui couvre son visage et sa poi- trine : « l'un et l'autre ensemble auraient été pris de loin pour un tabapor d'écarlate » (l. 8-9). La poitrine de Mme Bouvillon, quant à elle, est longuement décrite, aux lignes 5 et 6, dans une phrase qui prend une dimension considérable, mimant la réalité décrite. Les exagérations sont nombreuses, comme le montrent l'adverbe d'intensité : « fort enflammé » (l.  1), ou encore la précision du poids « dix livres » (l.  6). Si les détails donnés font réalistes (le « dos suant », par exemple, extrêmement concret !), les exagérations contribuent à composer un portrait caricatural. Mais le décalage qui existe entre le physique de Mme Bouvillon et son intention (séduire Le Destin) crée le comique de la scène. Les actions du

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