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GIDE André : sa vie et son oeuvre

Littérature

Aperçu du corrigé : GIDE André : sa vie et son oeuvre



Publié le : 13/12/2018 -Format: Document en format HTML protégé

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GIDE André  : sa vie et son oeuvre
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GIDE André (1869-1951). Ramon Fernandez et, après lui, Maurice Blanchot ont dit l’essentiel, ce qui fait — indépendamment de la valeur artistique de son œuvre — la singularité et la grandeur de la figure d’André Gide : il fut un expérimentateur. Et le célèbre mot de Sartre : « Gide est devenu sa vérité », le souligne en d’autres termes : des « vérités » n’ont cessé de devenir, de s’éprouver progressivement en lui... Chacun de ses livres est unique, et trouve en quelque autre son contraire ou son contradictoire; le « message » est indéfiniment ironique, critique, mobile : il ne renvoie le lecteur qu’à soi — ou à un « auteur » dont il n’exprime qu’un choix, parmi d’autres, et qu’on trahit si on l’y enclôt. Proust est tout entier, bien sûr, dans la Recherche, mais Claudel est tout entier dans le Soulier de satin ou dans Partage de midi, chaque fois; Gide n’est pas tout entier dans ses Œuvres même idéalement complètes, car sa vie — ses voyages, ses amitiés, ses engagements, ses combats... — n’est pas

 

le simple cadre traditionnel de ces œuvres, elle en est une partie intégrante : « vécu » ou « écrit » (parfois vécu et écrit, voire contradictoirement), chaque fragment de la figure totale de Gide ne prend sens que par rapport à tous les autres. Pour une fois, « l’homme et l’œuvre » constituent un tout indissociable sous peine de mort ou de mensonge. L’histoire de Gide ne fut pas un drame du choix, mais de l’intégration, de l’orchestration de tous les choix expérimentés en même temps ou successivement dans l’existence dite réelle ou sur le plan de l’imaginaire et de la création : « La nécessité de l’option me fut toujours intolérable; choisir m’apparaissait non tant élire que repousser ce que je n’élisais pas » (les Nourritures terrestres)\', « Mon esprit est, avant tout, ordonnateur. Mais mon cœur souffre de laisser rien à la porte » (Un esprit non prévenu).

 

La leçon, éthique et esthétique, de Gide est donc au-delà de chaque élément du puzzle — ou plutôt en deçà, dans le dynamisme originel et libre de l’expérimentateur, dans ce « grouillement têtu » dont parlait Barthes. Mais tout cela s’est inscrit dans le temps, dans un mouvement qui n’a pris fin que le 19 février 1951 et qu’il faut aujourd\'hui retrouver sous le marbre immobile et froid des livres qui demeurent.

 

Sans doute est-ce là ce qui fait, aujourd’hui, la difficulté de l’accès à Gide : il n’est plus notre « contemporain capital » (suivant le mot d’André Rouveyre en 1924... souvent attribué à Malraux), c’est-à-dire la grande référence vivante, sans cesse en imprévisible avancée, l’homme qui s’identifiait et qu’on identifiait à la jeunesse même — « la jeunesse, disait Henri Michaux, c’est quand on ne sait pas ce qui va arriver ». Aujourd’hui, quel Gide fragmentaire, figé et faux peut se forger le meilleur lecteur qui n’aura lu — c’est son droit — que la Porte étroite, ou l\'Immoraliste, ou les Caves, ou les Nourritures — ou même Paludes, ou les Faux-Monnayeurs...! « Complice du temps » (Michel Tournier l’a bien vu), Gide est trahi par le temps qui a continué de couler après lui.

 

« L’art naît de contrainte, vit de lutte, meurt de liberté » {Nouveaux Prétextes) : Gide, ce fut un combat, sur de multiples fronts, toujours pour cette périlleuse liberté — « Savoir se libérer n’est rien; l’ardu, c’est savoir être libre » {l\'Immoraliste). Et telle est la seconde infortune, aujourd’hui, de Gide : ces combats, il les a tous gagnés — non certes définitivement, mais l\'époque les a faits siens et semble n’avoir plus besoin de lui. Il n’est plus ni scandaleux ni aussi nécessaire d’exalter la nudité sur la plage, de dénoncer le carcan de religions réduites à un moralisme puritain et à un dolorisme hypocrite, de revendiquer une place pour Corydon, de condamner le système colonial, de proclamer la lutte nécessaire contre l’exploitation capitaliste de l’homme par l’homme — mais aussi de protester contre tous les stalinismes —, de faire le procès des genres littéraires traditionnels, en particulier du roman, de mettre en question la psychologie ignorante de l’inconscient, etc. Ces combats, Gide les a déclenchés ou leur a donné à des moments opportuns des impulsions décisives. Desservi par ses victoires mêmes, il exige aujourd’hui de son lecteur, si celui-ci n’entend pas se borner à admirer l’artiste, un effort d’actualisation ou, mieux, de lecture et de connaissance globales qui revivifient la source plurielle de ce « maître à contester ».

 

Dialogue, libération

 

Une famille paternelle méridionale, huguenote et de très modeste fortune; une famille maternelle normande, protestante elle aussi, mais non sans souvenirs catholiques, et de riche bourgeoisie : Gide a souvent lui-même souligné que, né à un carrefour, il était prédestiné au dialogue et au voyage : « Né à Paris, d’un père uzétien et d’une mère normande, où voulez-vous, Monsieur Barrés, que je m’enracine? J’ai donc pris le parti de voyager » {Prétextes).

 

Sinon voyageuse, l’enfance a été mobile, ballottée, sans cesse changeant de cadre et de rythme : physiquement robuste, Gide était de tempérament nerveux et hyperémotif, sujet à des crises à demi simulées; entrecoupées de longues phases de « jachère » plus ou moins thérapeutiques, ses études le livrèrent à divers établissements, à divers précepteurs... Fils unique, orphelin de père à onze ans, il fut entouré et élevé par des femmes — sa mère, les tantes Rondeaux, Anna Shackleton, les cousines de Rouen... Elles incarnaient la rigueur morale, le conformisme social, le sens des devoirs — à une exception près, la tante Mathilde, dont il fit Lucile Buco-lin dans la Porte étroite, la belle créole alanguie et

 

légère; sa fille Alissa, c’est Madeleine Rondeaux, l’aînée des cousines (elle avait trois ans de plus qu’André), l’Emmanuèle d\'André Walter et de Si le grain ne meurt. L’amour pour Madeleine, ce « mystique orient de sa vie » découvert dans une scène de sa quatorzième année et que Gide a racontée deux fois (dans la Porte étroite, i, et dans Si le grain ne meurt, v), restera effectivement le pivot de sa vie, prison et havre d’attache — avec et contre elle tout à la fois (mais il s’agit d’un « adversaire » tout intériorisé : Alissa est tout autant Gide que Michel), il construira son œuvre.

 

Le premier livre, les Cahiers d\'André Walter, est un ultimatum adressé à Madeleine et à « la famille », défavorable à leur mariage — un roman-théorème, démonstratif : Walter devient fou et meurt, après avoir promis à sa mère à l’agonie qu’il n’épouserait pas Emmanuèle. Mais André Walter est aussi un écrivain, et ses Cahiers constituent une « somme » littéraire, pour une large part faite de pages du Journal que Gide lui-même tient depuis sa quinzième ou seizième année et où il n’a cessé de réfléchir « sur quelques points de littérature et de morale ».

 

Le Gide de 1891 entre en symbolisme en entrant en littérature, avec ce roman-poème que suit, quelques mois plus tard, une « Théorie du Symbole », le bref et pur Traité du Narcisse. Il fréquente la rue de Rome et les cénacles. L’en délivrer, le détourner d’un monde et d’une littérature qui sentent « furieusement le factice et le renfermé », l’ouvrir à la vie, lui permettre de « toucher terre et de poser simplement sur le sol un pied nu », c’est le premier voyage en Afrique du Nord, en 1893-1894, qui opère cette conversion, cette seconde naissance : il en rapporte un « secret de ressuscité »; il a tout quitté (y compris le Christ, mais cet adieu n’est pas définitif), il a frôlé la mort, il a découvert le plaisir, la liberté, la lumière, la vie. De là Paludes (1895), tragédie ironique et cocasse de l’écrivain, mais aussi satire des littérateurs de cénacle et du symbolisme étouffant; puis les Nourritures terrestres (1897), évangile de la joie, de l’abolition de tous les tabous, de la totale et fervente disponibilité — mais Saül, deux ans plus tard, en est l’« antidote » et raconte l’histoire du roi trop accueillant à tous ses démons, dépossédé de lui-même par ses propres désirs.

 

Autour de 1900, Gide tout à la fois conquiert son classicisme et prend conscience de son « importance ». A la Revue blanche, à l\'Ermitage — avec les Lettres à Angèle —, il joue au critique, et l’actualité lui fournit les prétextes à la formulation progressive de son esthétique. En 1902, P Immoraliste, livre ironique qui illustre l’échec de la pure doctrine des Nourritures, est le premier chef-d’œuvre de sa maturité, rompant avec le lyrisme et les afféteries stylistiques des écrits de jeunesse. Autour de Gide, un groupe se forme qui, en 1908-1909, aboutira à la fondation de la Nouvelle Revue française [voir Nouvelle revue française], qu’il inaugure pour sa part avec la Porte étroite — première de ses œuvres à toucher le « grand public », mais non sans malentendu : on y voit plutôt l’émouvant roman d’une âme sublime qu’un nouveau livre critique. L\'Immoraliste, la Porte étroite, Isabelle, « livres avertisseurs » qui « dénoncent tour à tour les dangers de l\'individualisme outrancier, d\'une certaine forme de mysticisme très précisément protestant [...], du romantisme, et, dans la Symphonie pastorale, de la libre interprétation des Écritures » (« Lettre au R.P. Poucel », Divers).

 

Quand éclate la guerre, quelques semaines après la publication des Caves du Vatican, Gide a désormais une large et profonde audience. Non point chef d’école, mais homme d’influence, et âme de cette Nouvelle Revue française qui va attirer à elle tout ce qui compte dans les lettres françaises du demi-siècle.


Le contemporain capital

 

1919 : après cinq années d’interruption due à la guerre, la Nouvelle Revue française reparaît sous la ferme et intelligente direction de Jacques Rivière; Gide y publie la Symphonie pastorale (immense et durable succès : à la mort de son auteur, elle aura dépassé le million d’exemplaires; traduite en plus de cinquante langues, dont le coréen, le gallois et le latin; deux films en seront tirés, en 1938 au Japon, par Yamamoto Satsuo, et en 1946 en France, par Jean Delannoy, celui-ci avec Michèle Morgan et Pierre Blanchar), et il y salue le mouvement Dada. Lafcadio et son acte gratuit fascinent les surréalistes; les Nourritures sont la bible de la génération de l’« inquiétude », ce « nouveau mal du siècle » (Marcel Arland). Dans l’espace des quatre années 1923-1926, Gide publie Dostoïevski [voir Russie], Corydon, Si le grain ne meurt, Numquid et tu...?, les Faux-Monnayeurs et le Journal des Faux-Monnayeurs, et fait un long voyage d’un an en Afrique noire, au retour duquel il dénonce les injustices du système colonial. Exploration des terrae incognitae du psychisme, revendication d’une éthique sexuelle, quête critique de la sincérité, interrogation religieuse, subversion de la création romanesque, engagement sociopolitique..., tout cela fait de Gide le maître de liberté — en qui certains ne manquent pas de voir, et de combattre, un destructeur de l’ordre établi, un corrupteur de la jeunesse. « Ce qui est mis en cause ici, s’écrie Henri Massis, c’est la notion même de l\'homme sur laquelle nous vivons ».

 

C’est, curieusement, juste après des œuvres qui, comme l\'Ecole des femmes, Robert (1929-1930) et le drame d’Œdipe (1931), s’attachent plus que jamais à l’individu, au moi — « ah! le plus irremplaçable des êtres » —, que Gide entre réellement dans l’arène sociale et politique, en proclamant son adhésion à l’idéologie communiste (mais il ne sera jamais membre du Parti), son admiration pour le régime qui, à l’Est, au-delà du nazisme montant, construit le socialisme. Mais les Nouvelles Nourritures, en 1935, s’articulent bien sur les derniers mots du poème de 1897 (« AUTRUI — importance de sa vie; lui parler... ») pour crier : « Mon bonheur est d’augmenter celui des autres. J’ai besoin du bonheur de tous pour être heureux. [...] Camarade, n’accepte pas la vie telle que la proposent les hommes »... Gide préside des meetings et des congrès en levant le poing, signe manifestes et pétitions, sacrifie sans compter sa personne (et son argent) à la cause. L’été 1936, c’est le voyage en U.R.S.S. et la cruelle déception de retrouver, là-bas, une

 

société close, bloquée, inhumaine; sa rupture est aussi retentissante qu’avait été sa « conversion ». Beaucoup rient de son « embardée », qui l’avaient jugée aveugle et le détournant de « sa ligne ». Pourtant, avant comme après le voyage à Moscou, Gide, à l’évidence, est resté fidèle aux valeurs qu’incarnent toute son œuvre et toute sa vie. En 1939, les treize cents pages du demi-siècle du Journal en témoignent.

 

Après les années noires, Gide revient en France avec un testament, l’admirable fable de Thésée : « C’est consentant que j’approche la mort solitaire. J’ai goûté des biens de la terre. Il m’est doux de penser qu’après moi, grâce à moi, les hommes se reconnaîtront plus heureux, meilleurs et plus libres. Pour le bien de l’humanité future, j’ai fait mon œuvre. J’ai vécu ». S’il refuse d’entrer à l’Académie, il accepte le doctorat honoris causa d’Oxford et le prix Nobel; en décembre 1950, la représentation des Caves (une assez médiocre farce, au demeurant...) au Français, en présence du président Vincent Auriol, est une apothéose officielle... Il est l’illustre écrivain, dont la gloire au plus haut (ses ennemis n’ont pas désarmé, mais se taisent et feignent de le croire « assagi ») persiste dans une époque qui n’est déjà plus la sienne; il s’amuse de voir, dans le monde « existentialiste » des années de la Libération, le rhabillage d’idées-forces qui avaient constitué l’essentiel de sa propre « leçon »... Il ne rate pas sa mort — une « mort ambiguë », suivant le beau et juste mot de Robert Mallet, cependant que Roger Martin du Gard, l’ami le plus intime, le témoin fidèle et vigilant, écrit : « Il faut lui savoir un gré infini d’avoir su mourir aussi ».

 

On a longtemps considéré Gide, Proust, Claudel, Valéry et Péguy comme les « phares » d’une grande génération de notre histoire littéraire; si Gide s’est, certes, moins éloigné que les trois derniers, Proust est indéniablement plus présent que lui aujourd’hui, dans un temps de « retour à la littérature ». A l’auteur de T Immoraliste, on fait surtout grief de son exaltation de l’individu, qu’il a en effet servie sans défaillance; à l’écrivain scandaleux, on reproche maintenant une excessive prudence. Signes d’une époque dominée par les masses et qui croit naïvement que tout est toujours possible. Reste un homme vrai, pour qui rien, dans aucun ordre (esthétique, moral, social...), ne fut jamais acquis ni immuable : un authentique non-conformiste. Tant que vivra l’humanisme — mot que dévalue chacun de ses avatars, mais un a priori philosophique qui a la vie dure —, la foi gidienne en l’homme et en ses pouvoirs restera garante de la survie de son œuvre et de sa figure.



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