LE SITE D'AIDE A LA DISSERTATION ET AU COMMENTAIRE DE TEXTE EN PHILOSOPHIE

banniere

EXEMPLES DE RECHERCHE


POUR LE SUJET: L'homme est-il réellement libre ?
TAPEZ LES MOTS-CLES: homme libre

POUR LE SUJET: En quel sens la société libère-t-elle l'homme de la nature ?
TAPEZ LES MOTS-CLES: homme nature ou homme nature société
»Créer un compte Devoir-de-philo
»
»125895 inscrits
<< RHÉTORIQUE ET LITTÉRATURE RIBEMONT-DESSAIGNES Georges : sa vie et son o ... >>


Partager

LES GRANDS RHÉTORIQUEURS

Littérature

Aperçu du corrigé : LES GRANDS RHÉTORIQUEURS



Publié le : 1/12/2018 -Format: Document en format HTML protégé

Sources détectées par CopyScape © :

Aucune source détectée - Document original
LES GRANDS RHÉTORIQUEURS
Zoom

RHÉTORIQUEURS (grands). Terme employé en histoire littéraire depuis le milieu du XIXe siècle pour désigner péjorativement certains poètes de la seconde moitié du xve et du premier tiers du xvie siècle, dont la poésie fut alors jugée par les critiques académiques comme le comble de la pompe verbeuse ou de l’amphigouri. Une coutume s’est ainsi établie de regrouper sous cette appellation un nombre flottant (de douze environ à une quarantaine ou plus, selon les auteurs) de personnalités souvent assez différentes les unes des autres et que ne désigna, de leur temps, aucun nom programmatique commun.

 

Il est donc abusif de parler, comme H. Guy le faisait en 1910, d’une « école des rhétoriqueurs ». Quoique plusieurs de ces poètes aient entretenu des relations amicales et parfois pratiqué une sorte d\'adulation mutuelle, ce qui les unit se définit au niveau de principes poétiques et de présupposés sociaux jamais vraiment explicités, et que seule nous permet de retrouver une analyse du fonctionnement textuel de discours en apparence hétérogènes. Ce que l\'on constate, c’est la concentration, dans une série de textes poétiques écrits entre 1450 et 1535, à plus ou moins haut degré, de traits contrastant inégalement avec ceux qui prédominent dans d’autres textes, antérieurs, contemporains ou postérieurs. Il s’agit donc

 

moins, de la part de l’historien de la littérature, de circonscrire un groupe d’hommes dénommés « rhétoriqueurs » que de reconstruire les lois ou tendances sous-jacentes à une poétique : celle-ci manifeste un aspect notable de la première Renaissance française.

 

La liste de quarante-six « rhétoriqueurs » (classés en « précurseurs », « grands » et « petits ») que dressa Guy ne peut servir de point de départ dans cette enquête. Plusieurs paramètres permettent de la resserrer : c’est à quoi l’on tend aujourd’hui, de manière du reste diverse selon les historiens. Tous sont néanmoins d’accord pour considérer comme particulièrement représentative l’œuvre de dix à quinze poètes appartenant aux générations qui parvinrent à l’âge adulte vers 1460, 1480-1490 et 1500. On peut sommairement distinguer parmi eux, du point de vue géographique et politique, deux sous-groupes : l’un, dans les terroirs de Bourgogne, sous les ducs Philippe le Bon et Charles le Téméraire, puis sous la duchesse Marguerite; l’autre, dans le royaume de France, dans l’entourage de quelques grands seigneurs (les ducs de Bretagne, de Bourbon et d’autres) ou des rois : Charles VIII, Louis XII, François Ier. Dans le premier sous-groupe se rangent Jean Molinet (actif entre 1460 et 1505) et Jean Lemaire de Belges (entre 1495 et 1515); dans le second, Jean Meschinot (entre 1450 et 1490), Guillaume Crétin (entre 1495 et 1525) et Jean Marot (entre 1500 et 1525). A ces noms, unanimement admis par les commentateurs, s’ajoutent à l\'occasion divers autres. Les plus souvent cités sont ceux de Jean Robertet (actif entre 1465 et 1500), d’Octovian de Saint-Gelais (entre 1490 et 1505), d’André de La Vigne (entre 1485 et 1515), de Jean Bouchet (entre 1495 et 1550). Certains leur joignent le chartreux bourguignon Destrées (entre 1500 et 1512), le navigateur dieppois Jean Parmentier (entre 1515 et 1529), voire le basochien Pierre Gringore (entre 1500 et 1535). Plusieurs de ces derniers (La Vigne, Bouchet, Parmentier, Gringore) furent par ailleurs des hommes de théâtre, auteurs, acteurs ou metteurs en scène de mystères, de « moralités » ou de farces.

 

Quoiqu’ils aient, en fait, brisé les ressorts de la poésie médiévale (comparables en cela à Villon, leur contemporain), ces « rhétoriqueurs » affichent un respect scrupuleux de la tradition et n’introduisent de nouveautés formelles que sous le couvert d\'imitation et de soumission à la norme : l’innovation procède, chez eux, moins de l’invention que de l’excès; au lieu de changer le moteur, ils l’emballent. Ils ne cessent de proclamer leur fidélité aux grands prédécesseurs, Eustache Deschamps, Christine de Pisan, parfois même Dante et Pétrarque, mais insistent peu sur l’évidente parenté de leur poésie avec celle de certains auteurs latins de leur temps. Ce qu\'ils vantent, en se réclamant de ces maîtres, c’est le ton même de la plupart de leurs propres ouvrages : discours pathétique, aux métaphores longuement filées, truffé de citations, de renvois allusifs, tandis que, par le choc des connotations, se produit, en mineur, un effet récurrent de « réel ». Se situant ainsi ouvertement dans un cadre à la fois vaste et un peu flou, les rhétoriqueurs y revendiquent les droits du travail stylistique comme tel, de la maîtrise technique, de la virtuosité du jeu..., jusqu’au point de rupture d’un équilibre qu’aucun d’entre eux, par ailleurs, ne condamna jamais.

 

D’où, au xixe, puis au xxe siècle encore, les malentendus qui égarèrent, à propos des « rhétoriqueurs », les critiques universitaires. Les travaux de J. Mc Clelland, de F. Simone, de P. Jodogne et d’autres, dans les années 1960, ont définitivement modifié la perspective. C’est une époque magnifique de la poésie française que l’on est aujourd\'hui porté à situer au temps même des rhétoriqueurs, et plusieurs de ces derniers (spécialement Molinet, Lemaire, Jean Marot) comptent parmi ses plus éminentes illustrations. Une idée avait lentement germé, au cours du xve siècle, dans l’esprit du public lettré et des écrivains qu’il entretenait de ses faveurs : celle d’un savoir nouveau, impliqué dans la formalisation poétique du langage. Cette idée s’épanouit chez les rhétoriqueurs : ils ne disposent pas du vocabulaire ni de la syntaxe qui leur permettraient de l’exprimer en théorie; mais ils la pratiquent. Par là même, à l’abri de leur conformisme affiché, ils rompent avec les raisons de ce conformisme.

 

Aux alentours de 1500, c’est eux qui, en langue française, portent les couleurs de la « modernité »; et les clauses d’humilité qu’ils ressassent dans leurs dédicaces indiquent qu’ils sont conscients d’une contradiction : celle qui existe entre la haute idée qu’ils se font de leur fonction de manœuvriers du verbe et l’étroitesse du matériau traditionnel dont ils disposent. Conscients, mais dépourvus de critères qui en rendraient possible l’analyse. Hormis quelques antiques lieux communs inefficaces, l’homme du xve siècle ne détient aucun outil intellectuel comparable à notre notion d’Histoire. Les contradictions vécues n’en sont que plus intensément ressenties, sinon assumées. D’où, dans tout discours, deux discours enchevêtrés : l’un pose que le monde est bien tel qu’il est; qu’il subsiste, heureusement, par la vertu de quelques mythes (religieux, politiques, mondains) assurant sa fragile cohérence externe; mais qu’il est vide, coquille creuse, réduit à son apparence splendide, dissimulant peut-être un néant nécessaire. L’autre discours, en revanche, grossit les oppositions constatées, les accuse jusqu’à les rendre irréductibles et les intègre à son propre mode, posant ainsi un monde à l’envers, absurde en ce qu’il n’admet de relations qu’aléatoires. Plutôt que dramatisée, l’existence est ainsi théâtralisée : face à l’individu qui la contemple, s’en nourrit et en meurt, la création entière est devenue théâtre; et, de ce théâtre, le rhétoriqueur a pour fonction d’écrire le livret.

 

Les rhétoriqueurs, sans exception, furent liés, d\'une façon ou de l’autre, en permanence ou pour un temps, avec quelque cour princière. Leur situation sociale se définit ainsi par un rapport de subordination, toujours officialisé selon la titulature d’un appareil d’Etat : secrétaires, chroniqueurs, « écrivains », leur œuvre par là même importe à la régulation sociale, confirme une idéologie dominante. C’est pour cela que le prince les paie. Leur talent poétique n’est pas leur seul titre à de telles nominations : plusieurs, frottés de droit, remplirent des fonctions juridiques, voire diplomatiques; d’autres furent prêtres; l’un d’eux, Octovian de Saint-Gelais, fut évêque. Du moins, quelle que soit la fonction qu’il remplit, le rhétoriqueur n’y accède et ne s’y maintient que par la grâce d’un prince ou la puissance d’un favori de celui-ci. Aucune assurance : le rhétoriqueur dépend au jour le jour d’un mécénat qui exclut tout accord contractuel, et tantôt accorde une charge qui bientôt peut-être sera retirée, tantôt récompense d’honoraires imprévisibles la composition de tel texte. La plupart des rhétoriqueurs, d’origine bourgeoise et, autant qu’il semble, modeste, se plaignent amèrement de ces vicissitudes. Jean Lemaire en mourut; Marot resta pauvre; le grand Molinet connut à certaines heures la misère.

 

Les cours où, dans les pays de langue française, ces ouvriers de la plume cherchent de préférence à faire carrière dessinent un réseau assez lâche : de dix à douze résidences princières, de Malines à Dijon, à Paris, à Rouen, aux villes de la Loire. Le rhétoriqueur passe de l’une à l’autre au gré des circonstances; cette circulation incessante resserre les liens de la subordination autant que ceux de l’amitié et, souvent, de la jalousie; mais elle contribue d’autre part à l’instauration de fructueux échanges entre poètes, musiciens et peintres, soumis au même destin dans les mêmes lieux. Cette ouverture à d’autres disciplines est particulièrement nette chez Molinet et Lemaire.




Signaler un abus

administration
Ajouter au panierAbonnementEchange gratuit

Corrigé : Corrigé de 3344 mots (soit 5 pages) directement accessible

Le corrigé du sujet "LES GRANDS RHÉTORIQUEURS" a obtenu la note de : aucune note

150000 corrigés de dissertation en philosophie

 Maths
 Philosophie
 Littérature
 QCM de culture générale
 Histoire
 Géographie
 Droit