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QUÉBEC (littérature du — et de l'Acadie).

Littérature

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Publié le : 28/11/2018 -Format: Document en format HTML protégé

QUÉBEC (littérature du — et de l'Acadie).
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QUÉBEC (littérature du — et de l\'Acadie).

Langue française et littérature québécoise

 

Des origines à nos jours, la question de la langue d’écriture n’a cessé d’apparaître, au Québec, comme le lieu de convergence de plusieurs problématiques, le catalyseur des discours littéraires d’une époque, ou encore la « mise en scène » de positions idéologiques particulières. Les enjeux de ce débat, qui commence avec Crémazie pour se poursuivre avec Grignon, l’équipe de la revue Parti pris et Victor-Lévy Beaulieu, dépassent en effet les questions lexicales pour interroger le statut même d’une littérature et sa fonction dans le cadre d’une pratique culturelle spécifique.

 

En 1867, soit trente ans après la publication du premier roman édité en français au Canada (le Chercheur de trésors) et l’année même de la Confédération canadienne, Octave Crémazie pose, à travers la question de la langue d’écriture, celle des conditions d’émergence d’une littérature marginale de langue française :

 

« Ce qui manque au Canada, c\'est d\'avoir une langue à lui. Si nous parlions iroquois ou huron, notre littérature vivrait. Malheureusement, nous parlons et écrivons, d\'une assez piteuse façon il est vrai, la langue de Racine et de Bossuet [...]. Je le répète, si nous parlions huron ou iroquois, les travaux de nos écrivains attireraient l\'attention du vieux monde » (lettre à l\'abbé Casgrain, 1867).

 

On aperçoit déjà les points névralgiques des revendications subséquentes : dévalorisation de la langue parlée et écrite au Canada français par rapport à la norme littéraire française (« la langue de Racine et de Bossuet »); souhait romantique d’une « langue à soi » qui permettrait d’atteindre une audience universelle, c’est-à-dire européenne (le « vieux monde »). Ainsi se trouve stigmatisée une problématique littéraire qui a très longtemps consisté à se demander s’il faut ou non écrire en « français », en « canadien » ou en « canayen », quitte à être rangé parmi ceux que Grignon appellera plus tard les « souyés de beu du Québec ». Entre l’Académie et l’écurie, entre l’universalisme et le régionalisme, les écrivains oscillent, au gré des écoles et des générations. Convaincus qu’il faut défendre dans un même élan la langue française et la foi catholique en Amérique, certains lettrés multiplient les campagnes pour le bon parler, les chasses à l’anglicisme et prennent un ton moralisateur pour accuser de faute grave tout écart par rapport à la norme linguistique de Paris. D’autres, parmi lesquels des écrivains-conteurs. soucieux de rendre les nuances de l’oralité, accentuent les particularismes locaux.

 

Le xxe siècle prolonge ce débat, à cette différence près que le concept de colonie et de province française est remplacé par celui de « nation ». En 1902 la Société du parler français au Canada est fondée : elle se propose de réunir en un lexique les termes canadiens et d’en encourager l’usage dans les écrits. De 1900 à 1960, plusieurs écrivains régionalistes saupoudrent de canadianismes leur prose narrative, ajoutant ainsi cette couleur locale et ce cachet d’« authenticité » — les effets de réel — dont les lecteurs étrangers sont si friands. Car l’utilisation de la langue populaire dans les œuvres littéraires remplit alors le même rôle d’attestation de crédibilité ou de vraisemblance que dans les récits tirés du folklore. L’option régionaliste se contente d’assigner à

 

la littérature une fonction d’enracinement dans l’humus canadien-français, et elle se garde bien de poser la question de la langue d’écriture autrement qu’en termes de réalisme et de reflet. A l’adéquation langue-nation de s’opérer grâce à la vertu magique et réconciliatrice de l’œuvre d’art.

 

Par une saisie plus globale du phénomène littéraire considéré non plus comme totalité mais comme pratique institutionnalisée inscrite dans l’ensemble des institutions sociales et politiques, les écrivains groupés autour de la revue Parti pris (1963-1968) ont donné une dimension nouvelle au rapport langue-littérature. Négligeant la question ancienne de savoir s’il faut écrire en « canadien », en « canayen » ou en « français de France », ils ont fait porter leur interrogation sur la question du « pourquoi écrire » (d’écrire) plutôt que sur celle du « comment » (décrire). A travers la langue d’écriture, ils ont remis en cause, non seulement la qualité de reflet du texte (le critère esthétique), mais aussi la condition même de l’écrivain et la signification de la production littéraire dans le contexte sociopolitique du Québec. Reprenant le diagnostic du frère Untel (1960) sur la qualité de la langue parlée dans les milieux populaires urbains et plus particulièrement montréalais, ces écrivains décident de s’identifier au particularisme de l’heure et d’exprimer l’aliénation en choisissant d’écrire en «jouai », cette langue trouée d’anglicismes dont la détérioration reflète l’infériorité économique du Canadien français. Cet usage politique du jouai est un exorcisme qui, loin du pittoresque des générations précédentes, peut provoquer une prise de conscience et permettre d’échapper au « français fictif » qui avait été celui de la langue littéraire jusqu’alors. Mais, par un inévitable renversement, le Cassé de Jacques Renaud (1964), ce Montréal Blues de la dépossession, devient un chant, un véritable chant lyrique. Solution de désespoir, de compassion, d’amour, le recours au jouai est, dans les années 60, une forme active de résistance : le discours littéraire se voit ainsi attribuer une fonction de suppléance par rapport aux autres discours sociaux.

 

De 1968 à 1976, la pratique du jouai se généralise et, à son tour, s’institutionnalise. Si la langue populaire paraît nécessaire dans le théâtre de Michel Tremblay, l’« idéologie jouale » devient une mode, une espèce de succédané de sirop d’érable qui tient souvent lieu d’identité. Mais, depuis 1976, la question de la langue d’écriture a délaissé la scène de l’actualité. On ne peut s’empêcher de noter que cette disparition coïncide avec l’intervention ferme de l’État et avec l’établissement de la langue française comme langue officielle du Québec.

 

La mission de suppléance dont s’étaient chargés les écrivains est accomplie. Loin de proposer des mots d’ordre ou un quelconque nivellement, ils s’engagent désormais dans une pratique libre et même libertaire du lexique québécois. Dans sa Défense et illustration de la langue québécoise (1979), Michèle Lalonde tient à préciser que « par langue québécoise, en somme, elle n’entend pas autre chose que la langue françoyse elle-même, telle qu’elle s’est tout naturellement déterminée en Nouveau-Monde, à cent lieues de la mère patrie mais sans horrible complexe d’Œdipe ». Le monologuiste Sol met en place une langue recréée et régénérée par l’humour et le poétique — langue fort bien comprise, et admirée, en France — tandis que Réjean Ducharme s’amuse à épingler le langage arbitrairement modifié d’une contre-culture de consommation. Victor-Lévy Beaulieu adopte, pour sa part, une position anarchisante et, de livre en livre, transforme son langage.

 

La littérature québécoise est peut-être enfin arrivée à cette phase de dépassement et de créativité que décrivait le sociologue Marcel Rioux. Le littéraire devient désormais affaire de langage plutôt que de langue. L’accession à l’« âge de la parole », au Québec, aura permis l’émergence d’une production pluraliste qui ne se laisse plus aisément réduire à une tendance monolithique. La fonction ludique remplace la fonction de suppléance accordée au littéraire pendant un temps. De l’exorcisme par le jouai on est passé à l’exorcisation du jouai et à la diversité des langages d’écrivains.

 

L. GAUVIN

 

La littérature du Québec

 

La littérature québécoise se distingue de la littérature française comme la littérature américaine de la britannique, la littérature mexicaine ou guatémaltèque de l’espagnole. Québécois et Français écrivent la même langue, sans avoir le même langage, la même parole. La tradition orale, populaire, est plus proche en Amérique qu’en Europe; les genres y sont moins fixés, les doctrines moins contraignantes. Surtout, la conception de l’espace-temps diffère. Ce n’est pas seulement affaire de contexte et de cadre de vie — le bouleau et la vigne, l’orignal (ou élan) et le sanglier —, mais de connotation, de rythme, de ton.

 

De la Nouvelle-France au Canada français historique.

 

Déjà, dans les premiers récits de voyage, les Relations des Jésuites et autres chroniques, un dépaysement a lieu, une ouverture se dessine, un changement de perspective, sinon de mentalité. « Nous nommâmes... », répète en une litanie le découvreur Jacques Cartier dans une description émerveillée qu’adapteront quatre siècles plus tard des écrivains aussi différents que les folkloristes Savard, Perrault, Vigneault, et les poètes homonymes Gatien et Paul-Marie Lapointe (respectivement dans Ode au Saint-Laurent et Arbres).

 

Les indigènes séduisent, par leur liberté d’esprit et de mœurs, le philosophe baron de Lahontan. Ils ne sont pas loin, parfois, de convertir leurs missionnaires. Le Grand Voyage au pays des Hurons (1632) du récollet Sagard, savoureux naturaliste et ethnographe, est marqué par « le sentiment que les sauvages étaient d’une certaine manière moralement supérieurs aux Français » (J. War-wick). Marie de l’incarnation (1599-1672), qui fonda au Québec le premier couvent d’ursulines, et les Jésuites sont plus aristocrates, leur prose est classique malgré quelques traits empruntés à la mythologie et aux coutumes indiennes. L’Histoire et description générale de la Nouvelle-France (1744), par le père de Charlevoix (1682-1761), sera lue plus attentivement à Londres qu’à Paris. Elle servira à la stratégie de l’invasion.

 

La Nouvelle-France n’était en aucune façon une pâle réplique de la métropole; elle était une autre France,

 

gigantesque et minuscule, primitive et dynamique. La langue est unifiée plus tôt dans la colonie que dans les provinces du royaume. Les habitants des bords du Saint-Laurent sont plus autonomes que les paysans de Louis XIV. Des visiteurs tels que Bougainville ou le Suédois Pehr Kalm témoignent des qualités culturelles aussi bien que des ressources naturelles des « arpents de neige » perdus en 1759.

 

Une longue traversée du désert suit la Conquête. Trop peu nombreux pour s’imposer, les Anglais se montrent conciliants. Mais la Révolution française bouleverse ces monarchistes, Napoléon inquiète ces insulaires. De concert avec la hiérarchie catholique, ils veillent à protéger les cultivateurs bas-canadiens des passions et des idées nouvelles de leurs cousins d’outre-mer. Il en passe cependant quelques-unes (cristallisées autour des mots liberté, peuple, raison, progrès), grâce à l’établissement d’une Chambre d’assemblée en 1791 et à la fondation du journal le Canadien en 1806. Jusqu’à l’échec de la Rébellion de 1837, Louis Joseph Papineau, seigneur vol-tairien et orateur légendaire, occupe la tribune où monteront bientôt les évêques ultramontains.

 

Les livres d’ici ont été d’abord des appels. Appels à la France, à l’opinion publique, Appel à la justice de l\'État adressé à Londres et publié là-bas en 1784 par Pierre du Calvet, appels à la démocratie et à la responsabilité parlementaires des premiers députés, orateurs et journalistes. Un peu plus tard, après l’utile Répertoire national de Huston (1848), avec la poésie «patriotique », les romans historiques et du terroir, on tombe dans les rappels de l’Ancien Régime, de la mémoire ancestrale.

 

Malgré les efforts de ceux qu’on appelait les « rouges » — avocats et étudiants libéraux réunis à Montréal dans une sorte d’université populaire, l’institut canadien —, ce sont les « violets » (cléricaux) et les « bleus » (conservateurs) qui l’emporteront au milieu du xixe siècle, grâce à la coalition des représentants de Rome, de Londres et du capitalisme naissant. Les jeunes intellectuels « rouges » sont séduits par la Révolution américaine et les idéologies européennes. C’est en tant que républicains, en tant que démocrates, qu’ils préconisent, dans leurs conférences et leurs journaux (l’Avenir, le Pays), le détachement du Canada ou du Canada français seul de l’Empire britannique, et une libre association avec les États-Unis, dont on imaginait alors chaque entité comme un État quasi souverain. Il n’était pas question de se fondre dans un melting pot, mais d’échapper au colonialisme tout en assurant, croyait-on, le respect des droits et de la culture.

 

Cette attitude naïve sera encore celle d’un essayiste brillant et polyglotte, Edmond de Nevers, dans l\'Avenir du peuple canadien-français, publié à Paris en 1896 : « Chaque groupe se fera une petite patrie à aimer, au milieu de la grande patrie américaine [...], le maintien de notre langue et de notre nationalité ne dépendra que de nous ». Maintien, conservation, survivance : les mots d’ordre sont clairement statiques. Le peuple ne bouge que dans les fêtes familiales qui perpétuent, en les adaptant, les chansons et récits où la littérature parfois se ressourcera.

 

1837 marque à la fois la date de notre première (et dernière) révolte armée et celle de la publication du premier roman autochtone, l\'influence d\'un livre — ce livre étant le Petit Albert —, beau titre qu’un censeur ecclésiastique changera plus tard en un inoffensif Chercheur de trésors. Mais c’est l’Histoire du Canada de François-Xavier Garneau (1809-1866) — réponse au Rapport de lord Durham à Londres, dans lequel les Canadiens français étaient traités de « peuple sans histoire et sans littérature » — qui devient en 1845 la bible idéologique et le canon esthétique des Franco-Canadiens. En bon historien romantique, Garneau écrit des pages frémissantes sur le Nouveau-Monde, la Conquête, la survivance miraculeuse d’un petit peuple. Il exalte l’imagination mais en même temps il paralyse l’action. Car l’histoire, pour Garneau, est une « tempête qui passe en laissant des ruines ». Tout un siècle — du milieu du xixe au milieu du xxe — s’inspirera de ce pessimisme nostalgique.

 

Les petits séminaires ou collèges classiques persuadent les futurs notaires, médecins ou curés, que l’Anti-quité doit être leur idéal historique, et le paradis chrétien leur repos métaphysique. Le culte de la Vertu et du Passé se perpétue de cliché en cliché, depuis les recueils de vers par quoi on commence ou termine une carrière de fonctionnaire jusqu’aux romans à thèse, au théâtre édifiant, au journalisme engagé sous des titres tels que l\'Etendard ou la Vérité.

 

Peu d’écrivains échappent à la rhétorique officielle : le poète Évanturel, au lyrisme tendrement ironique, sobrement désespéré; Arthur Buies (1840-1901), pamphlétaire anticlérical, fin et vif chroniqueur. Ces voix sont refoulées, niées. Comme celles de Victor Hugo, de Balzac ou de Zola, interdits de lecture. Ce n’est qu’en 1843 que le Parlement donne au livre français un statut équivalent à celui du livre anglais protégé par les Navigation Acts. L’année suivante, Mgr Bourget fonde l’Œuvre des bons livres et lance ses Mélanges religieux comme contrepoison.

 

Les thèmes favoris de la poésie sont la défaite, les drapeaux déchirés, les cimetières, les ossements, les spectres de la folie, les divers types de mort — ethno-cide, suicide, martyre —, à l’exception du meurtre. Et cela reste vrai depuis « le Dernier Huron » d’Octave Cré-mazie (1827-1879), exilé en France en 1863 et qui tiendra son Journal du siège de Paris en 1870, jusqu’à Emile Nelligan (1879-1941), interné à vingt ans après deux ou trois années d’une production fulgurante, jusqu’à, tout près de nous, Saint-Denys Garneau et Anne Hébert, qui se trouvent être — comme par hasard — les arrière-petits-enfants de l’historien Garneau.

 

Le roman, de son côté, appuie l’Église et l’État en prêchant la résignation chrétienne, l’agriculture tranquille et la vie au foyer (appelée aussi « revanche des berceaux »). Les très sérieux auteurs de la Terre paternelle, de Jean Rivard, de Charles Guérin, sont un notaire, un fonctionnaire (Gérin-Lajoie, 1824-1882), un futur Premier ministre. Quant au vieux seigneur de Saint-Jean-Port-Joli, Philippe Aubert de Gaspé père, ses Anciens Canadiens (1863), malgré une intrigue mélodramatique, ont surtout valeur de Mémoires collectifs.

 

Le Mouvement littéraire et patriotique de Québec (1860), animé par l’abbé Casgrain (1831-1904), récupère une partie de la tradition folklorique. Forestiers et voyageurs, du docteur Taché, Originaux et détraqués, du député Fréchette (1839-1908), utilisent avec bonheur la verve populaire. Le conte et surtout la légende dominent la littérature narrative (car on craint le réalisme comme on craint la réalité) jusqu’à Angéline de Montbrun (1881), roman d’analyse psychologique de Laure Conan (1845-1924), seul écrivain féminin du xixe siècle avec la jeune Henriette Dessaulles, auteur d’un Journal étonnamment libre et critique, qui paraîtra en 1971, cent ans après sa rédaction.

 

L’école littéraire de Montréal, à partir de 1895, stimule les discussions et la production, même si les meilleurs poètes s’émancipent vite du cénacle. Après Nelligan, Lozeau (1878-1924), symboliste discret, compose des sonnets subtils et variés où « la poussière de l’heure et la cendre du jour » recouvrent l’or et le sang de l’automne. Alphonse Beauregard (1881-1924), méconnu, est le rigoureux poète métaphysicien d\'Alternances (1921) et de Forces. Jean-Aubert Loranger (1896-1942) est un poète en prose et en vers libres (il introduit cette nova

 

tion en 1920), qui oscille entre le cubisme et l’unanimisme : « La foule fait dans la rue un dessin obscur de taches mouvantes. La rue distraite se disperse et s’éparpille dans chaque mouvement de chaque homme ». Ce ton est nouveau. Nous voilà loin des querelles du régionalisme et de l’exotisme, auxquelles échappe également le réalisme poétique d’Alfred Des Rochers (1901-1979; A F ombre de l’Orford, 1929).

 

Vers 1930, des voix féminines se font entendre. La plus intense — sensuelle, révoltée — est celle de Medjé Vézina. Dix ans plus tard, Rina Lasnier (née en 1915), au style d’inspiration claudélienne, biblique, mystique, et Anne Hébert, aux images perverses et au lyrisme dépouillé, portent la poésie féminine au niveau de la poésie tout court. Ces voix ne sont pas moins fortes, ni moins absolues que celle d’Alain Grandbois (1900-1975), voyageur au pas ample qui respire au rythme de la planète, à la rhétorique aisée. Mais le premier des quatre « grands aînés » de la poésie québécoise est Saint-Denys Garneau (1912-1943), dont les Regards et jeux dans l\'espace (1937) vont des aquarelles impressionnantes aux maigreurs dévorantes d’un Giacometti.

 

Du côté du roman, le démarrage est plus lent : Maria Chapdelaine (1914) brouille la vue et encombre le paysage. On en fait un événement, un symbole, un mythe. Louis Hémon, mort au Canada à la fin d’un bref séjour, est nationalisé. Son héroïne sert de parangon, ses descriptions de publicité pour le « retour à la terre » et la colonisation nordique. En 1937, Félix Antoine Savard (1894-1982) intégrera Maria et les autres Chapdelaine à sa fable romanesque Menaud, maître draveur, dont le héros, sorte de rebelle montagnard, devient fou. Le «second historien national», Lionel Groulx (1878-

 

1967) , commet des romans à thèse {l\'Appel de la race, 1922), prononce d’innombrables conférences. Il est le principal leader intellectuel — idéologique, sinon politique — de l’entre-deux-guerres.

 

Réalistes ou naturalistes, un Albert Laberge (1871-1960; la Scouine, 1918), un Ringuet (1895-1960; Trente Arpents, 1938) dessinent au noir ce que d’autres peignent en rose et vert. Claude Henri Grignon (1894-1976) est plus habile dans le tableau de l’avarice et de la roublardise campagnardes qu’il donne avec Un homme et son péché (1933), malheureusement dilué en « belles histoires des pays d’en haut » à la radio puis à la télévision. Celle-ci, en revanche, servira admirablement de médium au Survenant (1945) de Germaine Guèvremont (1893-

 

1968) , dont l’action se situe entre la terre et l’eau des îles de Sorel, ainsi qu’aux fresques populistes de Roger Lemelin (né en 1919), Au pied de la pente douce (1944) et les Plouffe (1948).

 

Gabrielle Roy (née en 1916), révélée par Bonheur d’occasion (prix Femina 1945), connaîtra une longue et fructueuse carrière, contrairement à beaucoup de romanciers de l’après-guerre, qui cessent d’écrire ou qui parviennent difficilement à se renouveler. Les disciples de Mauriac et de Green s’interrompent les premiers. Le seul romancier « existentialiste » à survivre (après un long silence) est André Langevin (né en 1927). Yves Thériault (né en 1915) produit beaucoup, mais de façon inégale. On retiendra de lui les Contes pour un homme seul (1944), Agaguk (1958), « roman esquimau », et quelques histoires de robustes marginaux, pêcheurs, forestiers, Amérindiens.

 

Entre 1930 et 1950 environ, la crise économique et l’industrialisation — accélérée par la guerre — situent définitivement dans les villes la société et l’univers mental canadiens-français. Quelques journaux et des revues — la Relève, d’inspiration néothomiste et personnaliste, les Idées, bien enracinées et prolongées par les Éditions du Totem — permettent enfin une critique littéraire




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