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RENAN Ernest : sa vie et son oeuvre

Littérature

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Publié le : 1/12/2018 -Format: Document en format HTML protégé

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RENAN Ernest : sa vie et son oeuvre
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RENAN Ernest (1823-1892). Familier de la Bible aussi bien que des romantiques allemands. Renan est d’abord un philosophe à qui la Nature apparaît comme un tout, soumis à un éternel devenir orienté vers « quelque œuvre mystérieuse ». D’où sa sympathie pour ce qui concourt au développement de l’être : libre exercice de la raison, progrès de la science, révolutions (pourvu que, l’élan retombé, celles-ci ne sombrent pas dans la réaction), et son rejet de toute forme de répression, en particulier de l’esprit dogmatique. La critique historique appliquée aux textes sacrés qu’il a étudiés en philologue l’éloigne de la croyance à la Révélation sans le détacher de Jésus, l’« homme incomparable » du Sermon sur la montagne. Ses options politiques n\'ont pas la brutalité de celles de Lamennais, en qui il voit un sectaire : l’idéalisme rena-nien se pratique dans la finesse, ménageant les chances du possible. Grand érudit, il recueille à égalité dans le jaillissement du devenir formes, mythes, littérature, institutions et, comme un dieu, se plaît à les immortaliser dans l’Histoire, dont il veut faire la conscience réfléchie de l’humanité. « Je me reproche quelquefois d’avoir contribué au triomphe de M. Homais sur son curé » (Souvenirs d\'enfance et de jeunesse) : sa postérité se trouve en effet dans la libre pensée, Anatole France et le combisme.

 

Les chemins de la raison

 

Né à Tréguier dans une famille de marins bretons, orphelin de père dès l’âge de cinq ans, Ernest Renan vit une enfance choyée entre sa mère et Henriette, une sœur de douze ans son aînée. En 1838, ses succès scolaires lui valent une bourse au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, dont le futur Mgr Dupanloup est le supérieur. Du séminaire d\'Issy (1841), où sa foi commence à chanceler, il engage une correspondance intime avec Henriette, qui l’adjure de ne pas se lier trop tôt. En 1843, maîtrisant ses doutes, il entre au séminaire de Saint-Sulpice, se familiarise, sous la férule du philologue Arthur Le Hir, avec les langues sémitiques et la culture allemande, reçoit les ordres mineurs en se promettant de suivre le Dieu de Vérité partout où Celui-ci le mènera. En 1845, c’est la rupture : Renan décline une place à la maison des Carmes, mettant en avant les considérations rationnelles et philologiques qui l’ont éloigné de la Foi. Conscient du chagrin qu\'il cause à sa mère, mais soutenu par sa sœur, il s’installe modestement au quartier Latin. Dès 1847, ses travaux philologiques lui valent le prix Volney; en 1848, il est agrégé de philosophie. De nouvelles émotions l’assaillent : les événements de Février; la répression de Juin, qui l’indigne. La révolution lui inspire l’évangile d’une « religion de la Raison » : l\'Avenir de la science (1848, publié en 1888). Il collabore à la Liberté de penser de Jules Simon, campant ainsi son personnage libéral.

 

Avant de le charger du classement des manuscrits syriaques de la Bibliothèque nationale, le ministre Fal-loux lui confie une mission culturelle en Italie; dans ce pays, le jeune philosophe s’émerveillera d’un sentiment religieux qui ne s’embarrasse pas de dogmes. La cohabitation studieuse de Renan avec sa sœur Henriette n\'est pas interrompue lorsqu’en 1856 il épouse la nièce du peintre Ary Scheffer, qu’Augustin Thierry lui a présentée. La même année, il est élu à l’Académie des inscriptions. Son œuvre, cependant, prend plusieurs directions : philologie et érudition, avec l’achèvement de sa thèse sur Averroès et l\'averroïsme (1852), la traduction du Livre de Job ( 1858) et du Cantique des cantiques (1866); philosophie et politique avec les Essais de morale et de critique (1859); histoire enfin lorsque, au retour d’une expédition à Byblos (1860), où Henriette, qui l\'accompagnait, meurt des fièvres, il s’attelle à une œuvre monumentale, l’Histoire des origines du christianisme. Au Collège de France, où il est nommé à la chaire d’hébreu en 1862, sa leçon inaugurale — dans laquelle il a traité Jésus d’« homme incomparable » — déclenche le tumulte et lui coûte sa place. Mais en 1863, lorsque paraît la Vie de Jésus, premier tome des Origines, le succès commercial couvre le scandale (50 000 exemplaires vendus en six mois, treize éditions en quatre ans). Soucieux de connaître les paysages et les monuments qui ont vu se dérouler les événements qu’il décrit, Renan parcourt l’Égypte, la Syrie, l’Asie Mineure, visite Athènes, dont l’Acropole lui révèle le « miracle grec » de la beauté parfaite. A son retour, il publie les Apôtres (1866), Saint Paul (1869), tomes II et III des Origines.

 

Vie de Jésus. — Écrite en 1861, au retour d’une mission en Syrie, la Vie de Jésus, premier tome de [Histoire des origines du christianisme, est une banalisation du Nouveau Testament expurgé de toute référence au surnaturel. Renan considère Jésus comme une personnalité exceptionnelle, dont le rayonnement tient à un charme profond, à une intelligence supérieure et à un courage exceptionnel mis au service d’une vocation messianique née des circonstances historiques et de l’environnement culturel. Après le succès de sa prédication en Galilée, que Renan décrit comme une aimable pastorale se déroulant autour du « petit bassin » de Tibériade, Jésus se heurte à l’opposition de la Judée, en particulier du parti sacerdotal de Jérusalem. Abandonnant alors toute ambition « mondaine», il va devenir le plus grand des fondateurs de religions en prêchant l’avènement du royaume de Dieu dans les cœurs par la pratique de la charité et du détachement. Son martyre assure la pérennité de son enseignement, que les apôtres se chargeront de porter à travers tout le monde méditerranéen.

 

Renan est maintenant célèbre. Ami du prince Jérôme Napoléon, introduit auprès de la princesse Mathilde, il fraie avec Flaubert, Sainte-Beuve, Mérimée, Taine, les Goncourt. En 1869, se rapprochant de l’Empire devenu libéral, il se présente aux élections sur la liste du tiers parti; sa chaire au Collège de France lui est rendue. La guerre de 1870 déchire ce germaniste qui croyait à l’Allemagne de Goethe. Défaitiste lucide, usant de son influence pour modérer les ambitions prussiennes, de cœur avec les Versaillais, il s’effare devant le spectacle de Paris en flammes. Mais le sang-froid ne lui manque pas : il sauve les manuscrits des bibliothèques parisiennes, proteste contre la répression, arrache de nombreux communards au peloton d’exécution et s’élève avec véhémence contre l’annexion de l’Alsace-Lorraine. La paix revenue, il consacre au « mal français » une série d’articles (qu’il réunira dans la Réforme intellectuelle et morale, 1871) dont les thèmes de la « Révolution nationale » de 1940 renverront l’écho : « Les progrès de la prospérité matérielle absorbaient la bourgeoisie; les questions sociales étouffaient complètement les questions nationales et patriotiques ».




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