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La caméra et les techniques du croire

Publié le 26/04/2015

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La caméra et les techniques du croire Ce travail s'inscrit dans le cadre des activités du laboratoire européen Histoire et Anthropologie des Sciences et des Techniques qui propose un axe de recherche dédié aux techniques du (faire) croire. Anthropologue cinéaste de formation, cette nouvelle approche tant de la technique que des connaissances qu'elle engendre et plus précisément cette mise en relation du support avec les connaissances a d'autant plus retenu mon intérêt qu'une grande majorité des études autour du film documentaire et du film ethnographique dissocient les images et les sons de leur outils de production. En effet, depuis fort longtemps l'aspect technique d'une activité est souvent déconsidéré et comme Philippe Bruneau le précise  «  ?si l'on veut bâtir un ensemble complet et cohérent de sciences de l'homme, l'analyse des techniques et donc leur histoire ne sont pas moins légitimes et nécessaires que celles des idées ou des institutions. »1 De fait, si le film, le son et l'image sont des supports propices à l'herméneutique, il me parait essentiel de resituer le rôle et la place du dispositif technique nécessaire à la production de ces représentations et de ces concepts mis en circulation. En effet, alors que de multiples méthodologies, souvent contradictoires, sont proposées pour assurer la qualité scientifique des productions et des représentations visuelles ou sonores offertes en partage, modifier substantiellement notre angle d'approche, en se focalisant d'une part sur les outils, instruments, techniques qui mettaient en forme ces connaissances et d'autre part les liens formels qui existent entre ces connaissances et leur support technique, m'a paru essentiel. Par ailleurs, la réalité institutionnelle et académique, construite autour de classifications disciplinaires nécessaires à la pérennité du milieu ne favorisent pas totalement les démarches interdisciplinaires, transversales ou encore les chemins de traverse où l'innovation pourrait surgir à l'impromptu. Dans un premier temps, je vais rappeler le contexte de mes recherches et leur cadre théorique puis je rappellerai certaines des approches de la technique afin de pouvoir étendre ces réflexions sur la caméra au langage de programmation comme techniques productrices de connaissance. Constat L'anthropologie visuelle est une discipline organisée autour de la production et de l'analyse de documents filmiques, photographiques ou sonores produits soit par l'anthropologue ou l'ethnologue ou soit par le milieu ou la société étudiés. De nombreuses théories visent à clarifier le rôle et la place du chercheur cinéaste au sein de la communauté appréhendée. (cinéma direct, cinéma d'observation, anthropologie partagée, anthropologie participative) et de multiples concepts ont tentés de répondre aux enjeux soulevés par la production d'images comme support de nos recherches et comme mode de publication. Dans le cadre de l'équipe réunie autour des techniques du (faire) croire, la sociologie visuelle proposait une méthode qui en réduisant l'impact de la présence du chercheur dans son milieu favorisait des captures de séquences sans effet de profilmie et facilitait ainsi l'analyse des documents grâce à l'aide d'un logiciel. Fortement marquée par les théories du cinéma direct, de l'observation participante ou encore de l'anthropologie partagée, cette proposition me paraissait occulter complètement un aspect fondamental du pouvoir de la caméra et du dispositif cinématographique qui émerge lors d'un tournage et d'une rencontre. Jacques Rancière2 l'évoque en ces termes : « l'art des images mobiles qui ne serait pas seulement  une technique de la visibilité qui aurait remplacé l'art d'imiter les formes visibles », mais bien plutôt « l'accès ouvert à une vérité intérieure du sensible » où s'abolirait « toute opposition entre les apparences trompeuses et la réalité substantielle ». Empreinte des théories et des pratiques développées par Jean Rouch3, mon travail de cinéaste ethnologue donnait à la caméra un pouvoir révélateur et catalyseur. Cette brutale opposition entre sociologie visuelle et anthropologie visuelle, telle que je la pratique, m'a incité à considérer le dispositif commun aux multiples théories, approches et méthodologies et de considérer les liens qui existent entre le geste cinématographique, le geste technique et le dispositif de production de connaissance. Car de fait, l'outil et le dispositif technique induit par l'usage de la caméra permettaient de produire des théories et des interprétations totalement opposées. Ce questionnement et la remise en cause de ces valeurs i...

« instruments, techniques qui mettaient en forme ces connaissances et d’autre part les liens formels qui existent entre ces connaissances et leur support technique, m’a paru essentiel. Par ailleurs, la réalité institutionnelle et académique, construite autour de classifications disciplinaires nécessaires à la pérennité du milieu ne favorisent pas totalement les démarches interdisciplinaires, transversales ou encore les chemins de traverse où l’innovation pourrait surgir à l’impromptu. Dans un premier temps, je vais rappeler le contexte de mes recherches et leur cadre théorique puis je rappellerai certaines des approches de la technique afin de pouvoir étendre ces réflexions sur la caméra au langage de programmation comme techniques productrices de connaissance. Constat L’anthropologie visuelle est une discipline organisée autour de la production et de l’analyse de documents filmiques, photographiques ou sonores produits soit par l’anthropologue ou l’ethnologue ou soit par le milieu ou la société étudiés.

De nombreuses théories visent à clarifier le rôle et la place du chercheur cinéaste au sein de la communauté appréhendée.

(cinéma direct, cinéma d’observation, anthropologie partagée, anthropologie participative) et de multiples concepts ont tentés de répondre aux enjeux soulevés par la production d’images comme support de nos recherches et comme mode de publication. Dans le cadre de l’équipe réunie autour des techniques du (faire) croire, la sociologie visuelle proposait une méthode qui en réduisant l’impact de la présence du chercheur dans son milieu favorisait des captures de séquences sans effet de profilmie et facilitait ainsi l’analyse des documents grâce à l’aide d’un 2. »

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