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Pour être heureux, faut-il être indifférent à tout ce qui arrive ?

Publié le 15/01/2004

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* Telle qu'elle est posée (pour..., faut-il... ?), la question m'invite à me demander si l'indifférence au monde est un moyen sûr d'atteindre le bonheur. Identification de la problématiqueL idée de bonheur suppose l'action par laquelle je transforme le monde et accomplit mon désir. Mais jusqu'à quel point suis-je maître de ce qui arrive ? La non-conformité entre mon désir et ce qui arrive est facteur de souffrance. Faut-il alors renoncer à l'action et devenir indifférent voire aboulique ? Mais de quelle indifférence parle-t-on quand on l'invoque comme moyen d'être heureux ? S'agit-il d'une sorte de repli sur soi, ou bien de la reconnaissance éclairée et libre de ce qui ne dépend pas de moi ?

« Proposition de plan I.

La volonté de transformer le monde peut être source de souffrance. a.

Nous nous trompons peut-être sur la nature du bonheur en croyant que tout est possible, en refusantd'accepter la réalité telle qu'elle est.

b.

Le désir veut toujours plus que ce que nous impose la réalité. Changer mes désirs plutôt que l'ordre du monde (Descartes). Dans la troisième partie du « Discours de la méthode », Descartes affirme qu'une de ses règles d'action est « de tâcher plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l'ordre dumonde » (« Fortune » désigne ici le cours changeant de la nature). Pour comprendre cette maxime, qui semble d'un conformisme révoltant, ilfaut savoir qu'elle fait partie d'une morale « par provision », c'est-à-dire qu'elle ne correspond pas à la morale définitive de Descartes , mais s'intègre à un ensemble de règles provisoires et révisables, dictées parl'urgence de la vie et de l'action, alors même que la raison et larecherche recommandent la prudence. Le « Discours de la méthode » présente la biographie intellectuelle de l'auteur, et les principaux résultats auxquels il est parvenu par unedémarche aussi singulière que révolutionnaire.

Afin de parvenir à unecertitude absolue et indubitable, Descartes décide de remettre au moins temporairement en cause la totalité de ses opinions.

Pour parvenir« à la connaissance vraie de tout ce qui est utile à la vie », il se voit obligé de rejeter la totalité de ce qu'il avait cru.

Dans les« Méditations », il décrit ainsi son attitude : « Je suppose que toutes les choses que je vois sont fausses ; je me persuade que rien n'a jamais été de tout ce que ma mémoire remplie de songes me représente ; je pense n'avoir aucun sens... ». Il faut comprendre que ce doute est une démarche intellectuelle qui a pour but de détruire le « palais » de l'ancienne métaphysique, qui n'était bâti que « sur du sable et de la boue », pour reconnaître le véritable palais des sciences sur le roc de la certitude. Mais une question nouvelle apparaît : pendant que je détruis mon ancienne demeure, pour en reconstruire unenouvelle, où vais-je loger ? « Car ce n'est pas assez, avant de recommencer à rebâtir le logis où l'on demeure, que de l'abattre [...] il fautaussi s'être pourvu de quelque autre où o puisse être logé commodément pendant le temps qu'on ytravaillera. » Pendant que le doute m'oblige à n'admettre aucun principe, comment vais-je vivre, et vivre au milieu des autres, sur quels principes vais-je régler mes actes, moi qui rejette tous les principes ? Sur quels critèresvais-je choisir d'agir, pendant que je doute de tout ? La démarche intellectuelle de Descartes l'oblige à être irrésolu en ses jugements, de tout passer au crible du doute, mais « les actions de la vie ne souffrent aucun délai .

» « Ainsi, afin que je ne demeurasse point irrésolu en mes actions pendant que la raison m'obligerait de l'être enmes jugements, et que je ne laissasse pas de vivre dès lors aussi heureusement que je pourrais, je formaisune morale par provision. » La morale par provision consiste à se donner des règles d'action, temporaires et révisables, pour vivre et agirde façon décidée et résolue, alors même que le doute me contraint à ne rien admettre pour vrai.

On est là à unmoment très particulier de la démarche cartésienne ; un moment où le divorce est possible entre raison &action.

Ce qui prime dans l'ordre de la connaissance c'est la vérité.

Et elle impose le doute, la patience, lacirconspection.

Ce qui prime dans l'action, c'est la résolution, c'est de savoir prendre partie s'y tenir face àl'urgence de la vie.

La morale par provision ne correspond qu'à un moment précis de la vie : celui oùj'entreprends une réforme intellectuelle totale alors même qu'il me faut continuer à agir. Elle est nécessaire au moment où mes actes ne peuvent pas encore parfaitement correspondre à la vérité, etceci parce que je cherche une vérité que je n'ai pas encore atteinte.

Les règles de la morale par provision ou« morale provisoire » sont donc par essence révisables, et Descartes récrira une morale une fois sa métaphysique et sa physique fondées.

Pour l'instant, il s'agit de se donner les maximes les plus prudentes etles plus aptes à m'assurer le contentement, alors même que je ne dispose d'aucun principe ferme pour guidermon action.

Si l'on reprend la métaphore de Descartes , elles correspondent à cette maison dans laquelle j'habite temporairement, pendant que je reconstruis mon palais.. »

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