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Le bonheur mène-t-il à l'égoïsme ?

Publié le 19/01/2004

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b) Culture de l'individualité (souvent péj.). BONHEUR: De bon et heur (terme dérivé du latin augurium, présage,  chance). État de complète satisfaction de tous les penchants humains.* Le bonheur se distingue du plaisir et de la joie, qui sont des émotions éphémères et toujours liées à un objet particulier. * Dans les morales eudémonistes, le bonheur est la fin de l'action humaine. Pour Kant, en revanche, c'est le respect de la loi morale qui doit orienter la volonté, et non la recherche du bonheur. Car cette recherche est toujours déjà intéressée, égoïste donc contraire à la morale. i tout le monde recherche le bonheur, chacun se fait du bonheur une représentation particulière : un tel visera la gloire, un autre la tranquillité d'une vie de famille... Faire du bonheur le but de son existence, n'est-ce pas se soucier avant tout de soi-même, attention égoïste et moralement condamnable à ce titre?

Le désintéressement total est un abandon de soi, une lâcheté envers soi-même. C'est toujours par intérêt que je peux choisir ma vie au profit de celle d'autrui. De l'égoïsme seul découle le bonheur. L'égoïsme n'est pas un vice mais une vertu. MAIS, plus j'impose, par égoïsme, mes désirs et mes intérêts à autrui, plus je lui fais violence et nie son humanité. En étant égoïste, je considère l'autre comme un moyen et non une fin (cf. l'impératif catégorique chez KANT). L'égoïsme est immoral.

« 111.

La volonté d'être heureux • On pense parfois que le bonheur est la rencontre avec ce qu'il nous faut, comme s'il allait nous remplir de ce quinous manque.

Mais sait-on jamais ce qui nous convient avant d'avoir essayé? Alain remarque qu'on ne se plait qu'àce que l'on sait faire, c'est-à-dire à ce que l'on s'est efforcé d'apprendre : « ainsi toutes les peines peuvent fairepartie du bonheur, si seulement on les cherche en vue d'une action réglée et difficile, comme de dompter un cheval.Un jardin ne plaît pas, si on ne l'a pas fait » (Éléments de philosophie, V, 1 : « Du bonheur et de l'ennui »). "Il est bon d'avoir un peu de mal à vivre et de ne pas suivi une route tout unie.

Je plains les rois s'ils n'ont qu'àdésirer et les dieux, s'il y en a quelque part, doivent être un peu neurasthéniques ; on dit que dans les tempspassés ils prenaient forme de voyageurs et venaient frapper aux portes ; sans doute ils trouvaient un peu debonheur éprouver la faim, la soif et les passions de l'amour...

bonheur suppose sans doute toujours quelqueinquiétude, quelque passion, une point de douleur qui nous éveille à nous même.

Il est ordinaire que l'on ait plus debonheur par imagination que par les biens réels.

Cela vient de ce que, lorsque l'on les biens réels, on croit que toutest dit, et l'on s'assied au la de courir.

Il y a deux richesses ; celle qui laisse assis ennui celle qui plaît est celle quiveut des projets encore et des travaux, comme est pour le paysan un champ qu'il convoita et dont il est enfin lemaître; car c'est la puissance qui plait non point la puissance au repos, mais la puissance en action.

L'homme quine fait rien n'aime rien.

Apportez-lui bonheurs tout faits, il détourne la tête comme un malade.

reste, qui n'aimemieux faire la musique que l'entendre ? Le difficile est ce qui plaît.

Aussi toutes les fois qu'il y a quelque obstaclesur la route, cela fouette le sang et ravive le feu." ALAIN Ce texte d'Alain est extrait de ses Propos sur le bonheur ; il s'agit donc pour lui de déterminer ce qu'est le bonheur.

Cependant, la définition qui nous est offerte ici n'est pas positive : autrement dit, Alain ne nous dit pas clairement ce qu'est le bonheur.

Mieux, il définit le bonheur négativement .

Le titre même de ce passage en est un exemple : « Le roi s'ennuie ».

En effet, Alain préfère nous présenter la condition des rois (ou celle des dieux),comme condition inverse à celle du bonheur.

Si le roi ou les dieux sont les personnages les plus comblés que l'onpuisse imaginer, ils ne connaissent toutefois pas le bonheur.

Preuve que celui-ci ne réside pas dans les biens réels,mais dans l'imagination, c'est-à-dire dans le besoin de se porter vers un objet.

En somme, le bonheur n'est paspossession, mais désir, il n'est pas arrêt, mais activité.

L'enjeu est alors de fournir une approche du bonheur qui nele réduit pas à un état, que l'on atteindrait à un moment où à un autre, mais qui le montre comme présent à chaqueinstant.

S'il y a recherche du bonheur, c'est donc que le bonheur est cette recherche elle-même. Alain entame son propos par une métaphore, celle de la route.

La vie est telle un chemin le long duquel nous marchons.

Cela est à mettre directement en rapport avec ce qui suit : les biens et les richesses qui nous laissentassis au lieu de nous faire courir, l'homme qui ne fait rien ou bien le malade alité qui se détourne des bonheurs qu'onlui apporte.

Ainsi, l'homme est fait pour marcher, dynamique plus que statique.

Toutefois, cette marche estmeilleure, souligne Alain, si l'on rencontre quelque embûche, si la route n'est pas unie et facile à parcourir. Or, voilà qui semble contradictoire.

Comment apprécier la vie elle-même, comment goûter au bonheur, si nous ne rencontrons qu'obstacles et encombrements ? Premièrement, l'idée n'est pas de rendre la route impossible, maisde la corser, de la pimenter pour ainsi dire.

Il ne faut pas que la route soit tout unie, c'est-à-dire qu'elle doit être« un peu » accidentée.

En cela, le bonheur présuppose « quelque » inquiétude, « quelque » douleur », une« pointe » de passion.

Il ne s'agit pas de rendre la vie impossible, mais de faire en sorte qu'elle exige de nous uneffort pour nous approprier les choses. Ainsi, deuxièmement, les obstacles sont ce qui donne du relief aux choses ; le roi qui se contente de désirer ne fait rien pour produire l'objet de son désir.

En somme, il se contente de désirer ce qu'on lui apporte sur unplateau.

Alain prolonge l'exemple en parlant des dieux : par définition, le dieu est celui qui possède tout ce qu'ilveut.

Il est parfait et ne peut rien souhaiter qui puisse le combler (étant justement parfait).

Or, nous dit-on, lesdieux avaient pris l'habitude de prendre l'apparence de voyageurs, c'est-à-dire avaient pris forme humaine, afin degoûter à la faim, à la soif et aux passions de l'amour.

Là, l'idée est de montrer que le bonheur comme état parfait,divin, n'est pas en soi souhaitable.

Le dieu qui mange n'a à la fois ni faim (il est immortel) ni ne fournit d'effort pourse préparer à manger.

Or, pour les hommes, qu'est-ce la faim si ce n'est une manière de se porter de manièreencore plus intense vers la nourriture ? Qui ne s'est jamais frotté les mains face à un bon repas en disant : « Mm, jesuis affamé ! ». De ce point de vue, le bonheur n'est pas un état divin ou royal, c'est-à-dire où tout nous tombe tout cuit dans la bouche, mais c'est un état de désir, de manque que l'on cherche à combler.

Le bonheur suppose doncl'inquiétude.

Celui qui est quiet, c'est celui qui ne bouge pas, qui ne désire pas, au contraire de l'in-quiet, qui estactif et désire.

La douleur que nous ressentons en ayant faim, soif ou bien lors des tourments de l'amour est ce quinous dispose à goûter au bonheur.

Quel désir éveillerait en nous la femme (ou l'homme) que nous n'aurions pas àséduire ? Les obstacles que nous rencontrons, la résistance qu'il (ou elle) oppose, nous rendent d'autant plussensible à l'amour lui-même : « Le difficile est ce qui plaît ».

Cependant, il est une chose de se disposer au bonheur, une autre de croire qu'il consiste en un objet précis. En effet, Alain ne se contente pas de nous rappeler à notre désir, il précise également que le désir est déjà lebonheur lui-même.

Pascal disait au fond la même chose en remarquant que l'homme, désirant sans cesse d'être. »

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