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Un critique écrit : « Aimer Montaigne, c'est s'aimer soi-même, c'est avant tout se préférer. Aimer Montaigne, c'est rapporter uniquement à soi seul, non seulement la vérité, mais plus encore la justice et la décision du devoir. Aimer Montaigne, c'est donner dans notre vie à la volupté plus d'empire que n'en peut supporter la faiblesse de nove nature. » Commenter ce jugement en apportant les réserves que vous estimerez nécessaires

Publié le 18/02/2011

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montaigne

Ce sujet est de ceux dont les éléments essentiels sont fournis par les explications de textes et les lectures personnelles. On pourra conseiller plus spécialement, dans les extraits des Essais, les chapitres suivants : I, 26, De l' Institution des enfants ; — I, 28, De l' Amitié ; — I, 39, De la Solitude ; — II, 12, Apologie de Raymond Sebond ; — II, 17 , De la Présomption ; — III, 2, Du repentir ; — III, 9, De la Vanité ; III, 10, De ménager sa volonté ; — III, 13, De l'expérience. Toutefois, il ne s'agit pas simplement de mettre des citations bout à bout. Il faut faire intervenir le jugement personnel et discuter l'opinion formulée.  La thèse appelle d'ailleurs moins une réfutation que des nuances. C'est pourquoi, en examinant successivement chacun des trois points, nous rechercherons ce qui justifie chaque affirmation, puis nous formulerons les objections qu'elle peut soulever.

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« c) Même dans sa vie privée, Montaigne évite autant qu'il se peut « les tracas du maître de maison (I, 39) et aussitous les attachements trop étroits.

Il constate avec regret (De la solitude) : « Souvent on pense avoir quitté lesaffaires, on ne les a que changées...

et pour être les occupations domestiques moins importantes, elles n'en sontpas moins importunes.

» Aussi affirme-t-il (Pléiade, p.

278) : « Il faut avoir femme, enfants, biens et surtout lasanté, qui peut; mais non pas s'y attacher en manière que notre heure en dépende : il se faut réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissions notre vraie liberté et principale retraite etsolitude.

En cette-ci faut-il prendre notre ordinaire entretien de nous à nous-même et si privé que nulle accointanceou communication étrangère y trouve place; discourir et y rire comme sans femme, sans enfants et sans biens, sanstrain et sans valet, afin que quand l'occasion viendra de leur perte, il ne nous soit pas nouveau de nous en passer.» Et il déclare : « La plus grande chose du monde, c'est de savoir être à soi.

» C.

Réserves.Pourtant il serait faux de nous représenter Montaigne comme un être satisfait de lui-même, oubliant tous les autrespour vivre dans sa librairie à se complaire dans l'amour de soi.a) La présomption, la vanité, le narcissisme qui conduit à s'admirer soi-même sont étrangers au caractère deMontaigne qui montre au contraire (même si c'est avec une pointe de coquetterie) qu'on n'y doit voir « aucunsoupçon d'ostentation ».b) Il ne faut pas croire non plus qu'il a passé toute sa vie hors de la société et indifférent à ce qu'il lui devait.

Nonseulement, avant sa retraite dans son château, il a exercé sa charge, mais il a eu un rôle politique.

Il affirmed'ailleurs : « Qui ne vit aucunement à autrui, ne vit guère à soi.

» Il ne veut pas « qu'on refuse aux charges qu'onprend l'attention, les pas, les paroles, et la sueur, et le sang au besoin » et prétend (III, 10) : « J'ai pu me donner àautrui sans m'ôter à moi.

» On ne peut oublier non plus la façon dont il a connu l'amitié, qui n'est pas d'un égoïste.Quant au fait qu'il refuse de se laisser accaparer par les soins domestiques et s'occupe de lui-même, c'est au sensoù le sage antique considère qu'il faut avant tout se connaître soi-même; s'il reproche aux autres de ne pass'occuper assez d'eux-mêmes, c'est parce qu'il place au premier rang des préoccupations dignes d'un homme, la vieintérieure.

Comme le solitaire de Port-Royal, ce qu'il préfère au monde, ce n'est pas une vaniteuse contemplation desoi, mais la recherche de la sagesse dans la fréquentation des livres et la méditation; l'individualisme de Montaignen'est pas le culte du moi, mais plutôt la culture de soi-même. II.

RAPPORTER A SOI SEUL LA VÉRITÉ ET LES RÈGLES DE LA JUSTICE, DU DEVOIR 1° Qu'y a-t-il d'exact dans cette affirmation que Montaigne se ferait seul juge de la vérité, de la justice et dudevoir? A.

Sans doute sa conception de la vérité n'a rien à voir avec la soumission au dogmatisme.

Cela apparaît à la foisdans les conceptions pédagogiques qu'il expose dans l'Institution des enfants et dans le scepticisme qui se dégagede l'Apologie de Raymond Sebond.

Montaigne critique la méthode dogmatique dans l'éducation : « Notre âme nebranle qu'à crédit, liée et contrainte à l'appétit des fantaisies d'autrui...

qu'il lui fasse tout passer par l'étamine et neloge rien en sa tête par simple autorité et à crédit...

Qu'on lui propose cette diversité de jugements : il choisira s'ilpeut, sinon il en demeurera en doute.

» C'est à un esprit de libre examen qu'il se range et le doute qu'il érige enmaxime, « que sais-je? », montre que c'est son propre jugement qui est en quête de la vérité. B.

Quant aux règles de la justice et du devoir, il doit à son esprit critique de ne pas leur accorder une valeurabsolue.

Il sait à quel point les conceptions du bien sont diverses et constate que les institutions ou les croyancesdépendent essentiellement des coutumes qui varient avec les lieux et les époques.

Aussi affirme-t-il (III, 2, Durepentir) : « De fonder la récompense des actions vertueuses sur l'approbation d'autrui, c'est prendre un tropincertain et trouble fondement.

» C'est à sa conscience morale qu'il s'en remet : « J'ai mes lois et ma cour pourjuger de moi, et m'y adresse plus qu'ailleurs.

Je restreins bien selon autrui mes actions, mais je ne les étends queselon moi.

» 2° D'importantes réserves s'imposent cependant.A.

En ce qui concerne la vérité, Montaigne est bien loin de s'en prétendre le seul détenteur.a) S'il soumet à son jugement tout ce qu'on lui enseigne, comme Descartes l'exposera dans son Discours de laméthode, et s'il souhaite qu'on veille à former l'esprit critique pour être en mesure de rechercher la vérité, nous nepouvons que Pen approuver.b) Mais il sait lui-même que ses propres convictions, malgré leur fermeté, ne sont pas une preuve certaine de vérité.Il conserve à l'égard de l'opinion d'autrui une attitude de tolérance et, dans la discussion, il est toujours prêt àaccueillir les arguments des autres.

« Qu'on l'instruise surtout à se rendre et à quitter les armes à la vérité, toutaussitôt qu'il l'apercevra.

» (I, 26).

Il revient longuement sur cette idée dans son Art de conférer (III, 8).

Espritcritique et tolérance, voilà donc ce qui caractérise son attitude intellectuelle.B.

A l'égard des lois et des moeurs, loin de s'arroger le pouvoir de les réformer, et bien qu'il n'ignore pas ce qu'elles. »

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