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La morale est-elle affaire de sentiment ?

Publié le 16/03/2004

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morale

B. - Elle le peut encore moins quand il s'agit d'un jugement de valeur. L'ordre des valeurs est essentiellement normatif. Or, comme l'a fait observer E. BRÉHIER (dans la Revue de Métaphysique et de Morale, juill. 1939, p. 409), « la norme ne dérive pas du sentiment lui-même, mais d'un principe étranger au sentiment et qui, seul, peut le qualifier... La sensibilité n'est pas une norme, mais elle a une norme; elle cherche à se justifier par cette norme plus qu'elle ne justifie la norme «. Seule, la raison, en tant que faculté normative et hiérarchisante, peut être constitutive de valeurs; seule, elle est capable de leur donner cette consistance, comme a dit E. DUPRÉEL, qui les rend indépendantes des particularités individuelles et qui tient à ce qu'un ordre idéal, le Bien, est reconnu comme tel et maintient la conscience affranchie de ses impulsions égoïstes et des sollicitations souvent incohérentes de la sensibilité.

  • I) La morale peut se fonder sur les sentiments personnels.

a) Le raisonnement n'influe pas sur la volonté. b) La raison ne s'oppose pas à la passion. c) Nous sentons le bien et le mal au fond de nos coeurs.

  • II) La morale ne peut pas se fonder sur les sentiments.

a) Les passions ne connaissent pas de limites. b) Le sentiment ne fonde pas le sens moral. c) Sentir n'est pas penser.

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morale

« L'exigence du fondement est toujours exigence d'assurance et de stabilité ; fonder ce que l'on établit, c'est en garantir la cohésion, l'objectivité et la permanence.

Or, en matière de morale, les sentiments paraissent souventtrop inconstants ou subjectifs pour supporter l'exigence de moralité, en sa rigueur et sa droiture.

Que serait unemorale qui dépendrait de nos sentiments de plaisir ou de joie, de nos sentiments de haine ou de colère ? Cependant, et c'est là limite que rencontre toute morale, comment contraindre l'homme à la moralité ? Si la moralité se veut prescriptive, normative, c'est-à-dire si elle énonce moins ce qui est que ce qui doit ou devrait être,par quels moyens parvient-elle à s'imposer aux hommes ? Les traités de morale n'ont jamais fait les hommesvertueux, disait Schopenhauer.

Comment, en ces conditions, concilier l'exigence d'un fondement que contredisentles sentiments (on ne bâtit pas sur des sables mouvants) et la nécessité d'une efficace de la morale ? I – Des sentiments : variété, inconstance, subjectivité Nos sentiments sont divers : sentiments de joie, de plaisir, de haine, de colère, mais aussi sentiments de frustration, de faiblesse ou de puissance.

Pire, ils sont subjectifs : le sentiment, c'est ce que je ressens et à quoi autrui n'a pas accès.

Je peux éprouver de la joie quand autrui, dans le même temps, est en proie à un grandsentiment de tristesse.

Encore plus, nos sentiments sont passagers, fugitifs et dépendent des circonstances :triste, la compagnie de mes amis me rendra immédiatement la gaieté.

Pour ces trois raisons, variété, subjectivité etinconstance, nos sentiments ne paraissent guère fiables.

Fiables, ils le sont quand il s'agit de nous renseigner sur ceque nous éprouvons ; trompeurs, si l'on pense pouvoir élever quelque chose de ferme et d'assuré à partir d'eux. Que donnerait une morale, où l'on compatirait quand on est joyeux – uniquement quand on est joyeux ? Je pourrais alors toujours arguer d'un sentiment de colère, qui me pousserait à en vouloir à tout le monde, lorsque jeme livre aux pires abominations.

Les sentiments ne seraient plus alors fondement , mais prétexte .

Ils ne fonderaient pas a priori mes actions, mais les légitimeraient après coup.

Comment, en outre, savoir ce que ressent autrui ? La morale nous permet, par définition, de juger les actions, de les évaluer : telle est bonne, telle autre mauvaise.

Maissi les sentiments d'autrui varient, s'il les masque, je serais alors toujours tenté de relativiser mon jugement.

L'enfantqui brise un vase sous le coup de la colère, pour se venger ou par caprice, est-il plus excusable que s'il l'avait faitpar accident ? L'exigence de moralité abhorre les sentiments, car elle vise l'universalité.

Pour elle, être fondée signifie « disposer d'un critère valable en toutes circonstances » : ce que ne sont manifestement pas les sentiments.Cependant, il est un fait indéniable : si les sentiments sont variables et subjectifs, tous les hommes ne laissent pasd'en éprouver.

De ce point de vue, le sentiment est universel et c'est ce qui lui a valu d'être mis en avant par despenseurs anglo-saxons tels que Hutcheson, Shaftesbury ou Adam Smith.

II – Du sentiment moral à la bonne volonté La pensée empiriste anglaise s'est intéressée aux sentiments dans l'optique d'une fondation de la moralité, notamment en mettant en avant lesentiment moral.

De quoi s'agit-il ? Pour l'école anglaise, le sentiment moralpossède trois caractéristiques : premièrement, il permet de ne pas fonder lamorale sur la seule raison, c'est-à-dire sur la connaissance rationnelle de nosdevoirs ; deuxièmement, et c'est une conséquence, le sentiment moral estcommun à tous les hommes : le fait moral peut donc apparaître à tous, demanière évidente et universelle, sans que l'on ait besoin d'avoir recours à laréflexion spéculative.

Par exemple, je n'ai pas besoin de réfléchir pourcomprendre que le meurtre est immoral ; l'immoralité est spontanémentressentie.

Troisièmement, le sentiment moral s'accompagne d'une dimensionesthétique, qui nous rend sensible à la beauté, voire la sublimité des actionsvertueuses.

Cependant, malgré ces caractéristiques, le sentiment demeureindéniablement changeant et relatif.

C'est ce que remarque Kant, qui décide dereconnaître au sentiment le pouvoir de porter tous les hommes à la moralité,sans être capable pour autant de fonder la morale en son entier. En effet, pour Kant, la morale se fonde sur la loi morale, c'est-à-dire l'exigence inconditionnelle (indépendante des circonstances) d'agir par devoir,autrement dit par respect pour la loi morale.

Sur ce point, la morale se fondesur la bonne volonté : tandis que les sentiments nous poussent à agir demanière variable en fonction de ce que nous éprouvons, la bonne volonté seconforme exclusivement à la loi morale.

Une action faite selon les sentimentspourra donc prendre l'apparence d'une action morale et on pourra la légitimer après coup.

Or, pour Kant, la moralitén'est pas simplement l'apparence de moralité, mais essentiellement la volonté d'agir par respect du devoir, et nonuniquement d'une manière conforme en apparence au devoir.

Alors que les sentiments nous fournissent des mobiles,des motifs d'agir, qui varient selon les circonstances, la bonne volonté agit toujours par devoir, c'est-à-dire en. »

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