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Quart Livre, Cinquième Livre (résumé & analyse)

Publié le 28/11/2018

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Quart Livre, Cinquième Livre

 

Le voyage, décidé à la fin du Tiers Livre, fera l’objet des deux livres suivants. Le Quart Livre, partiellement publié en 1548 et complètement en 1552, conduit nos voyageurs jusqu’aux abords de l’île de Ganabin. C’est en haute mer que les reprend le Cinquième Livre pour les mener jusqu’à l’oracle de la Dive Bouteille. La critique est, depuis longtemps, partagée sur l’authenticité de ce dernier livre, qui, partiellement publié en 1562 (Rabelais est mort en 1553) sous le titre de l'Isle sonnante (titre du premier grand épisode), ne sera complètement donné au public qu’en 1564. Les données de ce problème sont trop complexes pour pouvoir être exposées et discutées ici, mais on notera que les arguments qui conduisent à y voir, pour l’essentiel, une œuvre de Rabelais sont très dignes de considération, et qu’il est dommage de s’abstenir, dans l’expectative, de l'examiner, puisque ce livre constitue, en somme, une suite et fin.

 

Comme il l’avait fait pour le Tiers Livre à l’égard du Pantagruel et du Gargantua, Rabelais veille à rattacher les deux nouveaux livres aux précédents. La décision de partir en mer, prise à la fin du Tiers Livre, est nettement rappelée au commencement du Quart Livre. Mais, en même temps, Rabelais en indique l’intention nouvelle : les voyageurs, quittant le port, chantent le psaume Quand Israël hors d’Aegypte sortit, c’est-à-dire marquent qu’ils quittent le pays des Idoles. C’est un voyage de la Vérité qu’ils vont effectuer. Ainsi la volonté de réalisme géographique qu’Abel Lefranc avait cru déceler paraît devoir être écartée. D’autre part, le célèbre épisode des moutons de Panurge (chap. v à viii) donne sa tonalité à l’ouvrage : le lecteur peut croire d’abord ressuscité l’intrépide farceur du Pantagruel’, la réplique de frère Jean, à la fin du chapitre viii, indique clairement que Panurge est, non plus un gai farceur, mais un être vindicatif, et qui se damne.

 

Ce propos laisse attendre tout autre chose qu’un roman d’aventures. Du reste, la fin du premier chapitre annonce l’heureuse issue du voyage : le lecteur peut donc, sereinement, suivre les étapes de l’expédition, et c’est sur elles, sur chacune d’elles, que son attention va se concentrer. Au demeurant, le caractère maritime du voyage est fort peu marqué : le seul épisode proprement marin est celui de la Tempête (chap. xviii à xxiv), et cette aventure tend à s’effacer comme telle devant la signification qui lui est clairement attachée; approfondissant la morale du siège de l’abbaye de Seuillé, explicitement rappelé — autre lien avec les livres précédents —, l’épisode de la Tempête définit le rôle imparti à l’homme comme coopérateur de Dieu; par là, il complète et précise la leçon du Tiers Livre. Avant la Tempête, divers épisodes — au cours desquels nos voyageurs, s’attardant, semblent très loin, dans cette nouvelle Odyssée, d’avoir l’impatience d’Ulysse — paraissent destinés à faire voir qu’on ne part pas proprement pour voir le monde, pour trouver du nouveau au fond de l’inconnu. C’est après la Tempête que les regards se tournent résolument vers l’avant.

« quième Livre.

Bacbuc, dame d'honneur de la Bouteille, s'appelle elle-même d'un nom qui, en hébreu, veut dire «bouteille».

En outre, beaucoup d'autres noms parlent d'eux-mêmes comme, par exemple, celui du «royaume de la Quinte Essence».

Chacun de ces lieux définit un danger, une embOche : la tentation du confort (Cheli), le snobisme (l'île des Alliances), la bigoterie (Quaresme­ prenant), 1' oppression cléricale (Î le sonnante), judiciaire (île du Guichet) ou financière (les Apedeftes), etc.

Seule l'analyse de chacun permet d'en cerner le sens précis et, au-delà des éléments de réalité, d'en apercevoir l'inten­ tion de pensée.

Cette observation n'interdit pas de cher­ cher à apercevoir une ligne directrice: à l'issue du Quart Livre, nos voyageurs restent au large, ainsi décidés à dire que la liberté, intérieure et extérieure, reste un droit et un devoir; la fin du Cinquième Livre les conduit au terme escompté de leur voyage, l'oracle de la Dive Bouteille : mais ce n'est pas pour y accéder à une vérité toute faite.

« Trinch! >> telle est la réponse de la Bouteille; cela signi­ fie « Beuvez >•, déclare Bacbuc, et «rien plus>> (chap.

XLV).

Et elle ajoute : «En vin est vérité cachée.

La Dive Bouteille vou� y envoye, soyés vous-mesmes interpretes de vostre entreprinse >>.

Alors Pantagruel : « Possible n'est mieux dire que fait ceste venerable ponthife.

Autant vous en dis-je, lorsque au commencement m'en parlas­ tes>>.

Voilà, répétée, la leçon principale qui s'exposait déjà au Tiers Livre : elle est fort aisée à dire, fort malai­ sée à mettre en œuvre; Panurge, qui semblait l'avoir prise à son compte à la fin du Tiers Livre, aura mis bien longtemps à la comprendre profondément, si toutefois, au terme du voyage, il l'a comprise.

Le système des personnages, dans les deux derniers livres, se modèle sur ce propos.

Mis en place au Quart Livre, il se maintient, pour l'essentiel, au Cinquième Livre.

Il comporte désormais trois figures principales : Pantagruel, Panurge et frère Jean.

Ce qui promettait d'être le « voyage de Panurge >> est, en fait, l'expédition de Pantagruel, qui en est le chef assuré; ce n'est pas à dire qu'il ait toujours l'initiative: ainsi c'est sur le conseil de Xenomanes qu'il renonce à aller contempler Quaresmeprenant.

C'est que son rôle est tout autre : il consiste, par une certaine distance à l'égard de l'événe­ ment, à être une sorte de Socrate qui laisse dire et faire, mais qui, par sa présence discrète et efficace, entretient une perpétuelle vigilance.

Et, comme Socrate, il lui arrive d'être inspiré d'en haut (Quart Livre, chap.

LXVI).

Il sait vivre de la vie de tout le monde, boire, manger, rire, mais sa parole, pleine, est toujours contenue et comme émanée d'une perpétuelle méditation intérieure.

Qu'on voie, par exemple, comment il reçoit la narration relative aux Chiquanous (chap.

XVI).

A ses côtés, Panurge et frère Jean constituent désor­ mais un couple antithétique dont le contraste épure le tracé.

Souvent réunis, ils s'opposent : dans l'épisode des moutons, frère Jean rêve de faire par l'épée ce que Panurge fera par la parole; dans l'épisode de la Tempête, à l'un la peur >.

C'est assez bien définir le rire de Rabelais, qui, s'il intègre le bon mot, la plaisanterie, la farce, la satire, les enveloppe et les dépasse, pour être un «rire de l'âme», que le terme de pantagruélisme ne désigne pas mal.

Ce rire, en effet, on le défigure si l'on se contente d'en inventorier les formes comiques, corn me on 1' épuise si 1' on tente, récusant toute densité de pensée, de l'assimiler à une sorte d'aisance verbale.

Face à l'opposition, classique mais fâcheuse, du rire et du sérieux, Rabelais nous dit que le rire n'a pas besoin, pour exister, d'être superficiel, comme la profondeur, pour exister, n'a pas besoin de revêtir les oripeaux du sérieux.. »

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