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Je comprenais ce qu'il voulait dire.

Publié le 06/01/2014

Extrait du document

Je comprenais ce qu'il voulait dire. Il voulait dire, Nous ferions peut-être mieux d'arrêter avant d'avoir tout perdu. J'ai hoché la tête, l'air sombre, et j'ai dit, Allons parler à ce vieil homme. Nous avons descendu la rue tous les quatre, en traînant les pieds. A un moment donné, Alex s'est tourné vers moi pour dire, Je n'ai pas envie d'entendre cette nouvelle histoire, j'aurais préféré que tout ait été fini vendredi ! J'ai fait un sourire morose et j'ai dit, C'est l'impression que j'ai toujours eue. Oui, a-t-il répliqué. Maintenant je comprends ! La maison vers laquelle la vieille femme nous avait dirigés ressemblait à quelque chose tiré des contes des frères Grimm : une maison en bois délabrée, autrefois magnifique, avec des pignons vertigineux, des larmiers et une charpente noircis par le temps, un peu décalée par rapport à la rue. Ici aussi la musique liturgique russe retentissait ; même si les fenêtres de la façade étaient fermées, on pouvait l'entendre en provenance de l'arrière de la maison. Une pluie légère a commencé à tomber et nous avons avancé d'un pas lourd dans le fond du jardin. La porte était ouverte. Alex a crié. Pas de réponse. Il a crié de nouveau et nous sommes tous entrés à l'intérieur. Les plafonds étaient sombres comme des cavernes et il y avait des icônes suspendues un peu partout. Nous avons suivi le son de la musique jusqu'à ce que nous arrivions à ce qui, de toute évidence, avait été autrefois la grande pièce de la maison, une énorme chambre, jadis élégante, dans laquelle trônait à présent une table à jeu où était posé un phonographe antique, au milieu de quelques autres meubles. A côté de la table se tenait le vieil homme : une silhouette, parfaitement adaptée au lieu, tirée d'une gravure sur bois du xixesiècle, un homme maigre, incroyablement grand, dont les cheveux blanc-jaune tombaient de chaque côté du visage. Ses yeux profondément enfoncés étaient cernés de noir. Il ressemble à Franz Liszt, ai-je pensé. Alex s'est approché de l'homme et, conformément à la recommandation de la vieille femme russe, il a crié en direction de son visage pendant quelques minutes. Entre les cris, les icônes, l'odeur de l'encens et la musique - et maintenant l'effet déprimant de l'information que nous venions d'apprendre -, tout était en train de prendre une allure de farce, et Froma, Lane et moi faisions tout ce que nous pouvions pour réprimer un fou rire d'incrédulité. Après quelques minutes passées à crier, Alex s'est tourné vers moi avec sa tête Allons-nous-en d'ici. Lorsque nous sommes sortis dans le calme relatif du jardin, il a dit, Le type s'est installé ici dans les années 1970, il ne sait rien. Voilà. Nous nous sommes mis à marcher en direction de la voiture. J'étais dévasté : à peine deux jours plus tôt, j'avais pensé avoir trouvé la fin de notre histoire, et à présent elle était partie en fumée : la maison de l'institutrice, la cachette, la cour où ils avaient été abattus. Autrefois, il y avait une véranda à l'avant, mais elle a disparu maintenant. On aurait dit que le vieux Prokopiv n'était pas aussi lucide qu'il nous avait semblé être. Et à ce moment-là, alors que nous nous apprêtions à monter dans la voiture, Froma a dit, Attendez, il nous fait signe. Nous nous sommes tournés en direction de l'autre maison et nous avons vu le jeune homme qui agitait les bras pour nous faire signe de revenir. Nous avons marché jusqu'à la maison et le jeune homme a commencé à parler à Alex. Après un rapide échange, le visage d'Alex s'est éclairé et il nous a dit, Il dit que de l'autre côté de la rue vit une vieille polonaise, elle avait passé ici toute sa vie, elle connaîtra l'histoire, c'est sûr, et elle saura quelle est la bonne maison. Elle saura. Il a recommencé à parler avec le jeune homme, qui pointait le doigt vers le bas de la rue et donnait l'adresse. Le nom de la femme était Latyk - un nom courant dans le coin ; elle n'avait aucun lien de parenté avec l'autre Mme Latyk. De nouveau, le coup sur la vitre ; de nouveau, les salutations criées et hésitantes. La maison était grande, blanche, immaculée. En regardant à travers la barrière, on pouvait voir un grand jardin. Traversant ce jardin, au bout de quelques instants, est apparue une petite femme, à l'allure solide, aux cheveux blancs et épais, avec un visage rond et perspicace. Elle portait une fine robe grise qu'elle serrait d'une main et je pense maintenant que c'était le fait qu'elle n'était pas habillée pour recevoir qui l'avait rendue si réservée, tandis qu'Alex lui expliquait ce que nous recherchions. Dès qu'il s'est arrêté de parler, son visage s'est détendu, elle a hoché la tête et a fait un grand sourire. Elle a dit, Tak, tak ! Tak. Tak, tak, tak ! Elle a parlé rapidement en polonais à Alex. Alex nous a dit, Elle connaît l'histoire ! Elle connaît l'histoire, elle sait qu'il y avait deux institutrices qui cachaient des Juifs. Elle a dit que les noms des deux soeurs étaient... Il a écouté et elle a dit, Pani Emilia i Pani... euh... Elle n'arrivait pas à se souvenir du nom de l'autre femme, c'était clair. Emilia et qui ? Tandis qu'elle fronçait les sourcils, s'efforçant de se souvenir, Alex a poursuivi. L'une s'est échappée, l'autre a été tuée. Cette Mme Latyk s'est soudain écriée, Hela ! Emilia i Hela ! Elle a ajouté quelque chose à l'attention d'Alex. Hela a été tuée. Emilia s'est échappée. Pour la deuxième fois en trois jours, j'ai dit, Est-ce qu'elle se souvient de leur nom de famille ? Alex a posé la question et Mme Latyk a répondu sur un ton emphatique, Szedlakowa. Est-ce qu'elle connaît la maison ? ai-je demandé. Au moins, ai-je pensé, nous saurons dans un cas comme dans l'autre. Alex a dit, Elle va nous montrer où elle se trouve exactement, bien sûr. Froma, Lane, et moi avons dit, Merci ! C'était à cet instant précis qu'Alex avait fait les présentations. Pani Janina Latyk. Pan Daniel Mendelsohn. Pani Froma Zeitlin. Pani Lane Montgomery. La femme, à présent souriante et détendue, a recommencé à parler. Je l'ai entendu dire, Szymanski. Attendez, ai-je dit. Tout le monde parlait en même temps et je voulais un peu de calme. Jusqu'à présent, j'avais simplement voulu savoir quelle était, en fin de compte, la bonne maison. Elle venait maintenant de dire Szymanski. Il était évident qu'elle avait plus à nous dire. Attendez, attendez, attendez, ai-je crié. Tout le monde s'est tu et j'ai demandé à Alex, Qu'est-ce qu'elle vient de dire ? Ils ont parlé pendant une minute et Alex a dit, Il y avait ce type qui aidait les Juifs à trouver des endroits où se cacher. J'ai dit, Et il s'appelait ? Mme Latyk a répondu, Czeslaw. Mon coeur battait à tout rompre. Le vieux Prokopiv nous avait parlé de la maison, avait connu une institutrice du nom de Szedlak qui y cachait des Juifs. Il y a bien longtemps, j'avais entendu cette histoire pour la première fois dans une salle de séjour de Kfar Saba, et je m'étais demandé depuis comment toutes les versions pouvaient véritablement être réconciliées. Ciszko la cachait chez lui. Une institutrice polonaise les cachait tous les deux chez elle. Maintenant, nous allions bien voir. J'ai dit, Czeslaw comment ? Mme Latyk a dit, Czeslaw... Ciszko, Ciszko ! Le surnom. Nous nous sommes tous regardés. Froma, Lane et Alex se sont mis à poser des questions, tous en même temps. Ils connaissaient à présent les histoires aussi bien que moi. C'était excitant. Attendez, ai-je répété. Tout à coup, je suais et j'ai entendu de nouveau ce faible écho dans mes oreilles. J'ai dit, sur un ton plus calme, Écoutez, il faut que je conduise cette interview de façon très spécifique. Nous ne pouvons pas lui donner d'informations, nous ne pouvons pas lui dire ce que nous voulons entendre, nous ne pouvons pas lui dire ce que nous savons déjà. C'est la dernière fois que nous sommes, chacun de nous, dans cet endroit et après ce que nous venons de vivre, j'aimerais bien repartir d'ici avec quelque chose de définitif. Alors demandons-lui ce qu'elle sait et écoutons les mots de sa propre bouche. Je veux que ce soit pur. Je me suis tourné vers Alex et j'ai dit, OK, elle a parlé de Czeslaw, elle a parlé de Ciszko, avant ça, elle a parlé de Szymanski. Qu'est-ce qu'elle sait de lui ? Pourquoi a-t-elle mentionné ce nom ? Ils ont parlé pendant une minute. Alex a dit, Parce qu'il a trouvé l'endroit pour qu'ils puissent se cacher. Et il leur apportait aussi de la nourriture. Froma et moi nous sommes regardés fixement. Une autre femme, entre deux âges, au visage plaisant, est sortie de la maison : la soeur de Mme Latyk. Les deux femmes ont parlé avec Alex. Il s'est tourné vers moi avec une expression dubitative. Elles vous invitent chez elles, mais j'ai dit que j'étais sûr que nous ne voulions pas les déranger... Je lui ai adressé un regard sévère et j'ai dit. Je veux y aller. Je pense que si nous étions assis, ça se passerait mieux. Dites-leur que c'est extrêmement important pour moi et pour ma famille. Alex a parlé et la femme a hoché la tête, et nous sommes tous entrés dans la maison. Pendant les quarante-cinq minutes suivantes, elle nous a raconté l'histoire telle qu'elle l'avait apprise et c'est une histoire que je peux à présent raconter, même si cela ne présente aucun intérêt de la raconter de nouveau ici, puisque c'est une histoire composée de morceaux et de fragments qui sont déjà connus de quiconque a lu ces pages. La seule différence, c'est qu'en l'entendant de la bouche de Mme Janina Latyk, résidente depuis toujours de Bolechow, résidente depuis toujours de la rue Kopernika, voisine autrefois des soeurs Szedlakowa, nous l'avons tous entendue pour la première fois racontée par quelqu'un qui avait été là et, de ce fait, pouvait rendre compte de tout ce qui, jusqu'à ce jour de juillet 2005, n'avait pu être intégré dans un récit cohérent, dans une histoire avec un début, un milieu et une fin. Ce qu'elle nous a raconté, c'est ceci : elle était née à Bolechow en 1928, elle avait donc presque

« Elle saura.

Il arecommencé àparler aveclejeune homme, quipointait ledoigt verslebas de la rue etdonnait l'adresse.

Lenom delafemme étaitLatyk – unnom courant danslecoin ;elle n'avait aucunliendeparenté avecl'autre MmeLatyk. De nouveau, lecoup surlavitre ;de nouveau, lessalutations criéesethésitantes.

Lamaison était grande, blanche, immaculée.

Enregardant àtravers labarrière, onpouvait voirungrand jardin.

Traversant cejardin, aubout dequelques instants,estapparue unepetite femme, à l'allure solide,auxcheveux blancsetépais, avecunvisage rondetperspicace.

Elleportait une fine robe grise qu'elle serraitd'unemainetjepense maintenant quec'était lefait qu'elle n'était pas habillée pourrecevoir quil'avait rendue siréservée, tandisqu'Alex luiexpliquait ceque nous recherchions.

Dèsqu'il s'est arrêté deparler, sonvisage s'estdétendu, elleahoché latête et afait ungrand sourire. Elle adit, Tak, tak ! Tak.Tak,tak,tak ! Elle aparlé rapidement enpolonais àAlex.

Alexnous adit, Elle connaît l'histoire ! Elleconnaît l'histoire, ellesaitqu'il yavait deux institutrices quicachaient desJuifs.

Elleadit que lesnoms des deux sœurs étaient... Il aécouté etelle adit, Pani Emilia iPani...

euh... Elle n'arrivait pasàse souvenir dunom del'autre femme, c'étaitclair.Emilia etqui ?Tandis qu'elle fronçait lessourcils, s'efforçant desesouvenir, Alexapoursuivi.

L'unes'estéchappée, l'autre aété tuée. Cette MmeLatyks'estsoudain écriée,Hela ! Emilia iHela ! Elle aajouté quelque choseà l'attention d'Alex.Helaaété tuée.

Emilia s'estéchappée. Pour ladeuxième foisentrois jours, j'aidit, Est-ce qu'elle sesouvient deleur nom defamille ? Alex aposé laquestion etMme Latykarépondu surunton emphatique, Szedlakowa. Est-ce qu'elle connaît lamaison ?ai-je demandé.

Aumoins, ai-jepensé, noussaurons dansun cas comme dansl'autre. Alex adit, Elle vanous montrer oùelle setrouve exactement, biensûr. Froma, Lane,etmoi avons dit,Merci ! C'était àcet instant précisqu'Alex avaitfaitlesprésentations.

PaniJanina Latyk.PanDaniel Mendelsohn.

PaniFroma Zeitlin.

PaniLane Montgomery. La femme, àprésent souriante etdétendue, arecommencé àparler. Je l'ai entendu dire, Szymanski. Attendez, ai-jedit.Tout lemonde parlaitenmême tempsetjevoulais unpeu decalme.

Jusqu'à présent, j'avaissimplement voulusavoir quelle était,enfin decompte, labonne maison.

Elle venait maintenant dedire Szymanski.

Il était évident qu'elleavaitplusànous dire. Attendez, attendez,attendez,ai-jecrié. Tout lemonde s'esttuetj'ai demandé àAlex, Qu'est-ce qu'ellevientdedire ? Ils ont parlé pendant uneminute etAlex adit, Ilyavait cetype quiaidait lesJuifs àtrouver des. »

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