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hommes tempère ce déracinement puisque sa position centrale empiète sur le territoire des deux moitiés.

Publié le 06/01/2014

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hommes tempère ce déracinement puisque sa position centrale empiète sur le territoire des deux moitiés. Mais les règles e résidence expliquent que la porte qui donne en territoire cera s'appelle porte tugaré, et celle en territoire tugaré porte cera. En effet, leur usage est réservé aux hommes, et tous ceux qui résident dans un secteur sont originaires de l'autre et nversement. Dans les maisons de famille, un homme marié ne se sent donc jamais chez lui : sa maison où il est né et où s'attachent ses impressions d'enfance est située de l'autre côté : c'est la maison de sa mère et de ses soeurs, maintenant habitée par leurs maris. Néanmoins, il y retourne quand il veut : sûr d'être toujours bien accueilli. Et quand l'atmosphère du domicile conjugal lui paraît trop lourde (par exemple si ses beaux-frères y sont en visite) il peut aller dormir dans la maison des hommes où il retrouve ses souvenirs d'adolescent, la camaraderie masculine et une ambiance religieuse nullement exclusive de la poursuite d'intrigues avec des filles non mariées. Les moitiés ne règlent pas seulement les mariages, mais d'autres aspects de la vie sociale. Chaque fois qu'un membre d'une moitié se découvre sujet de droit ou de devoir, c'est au profit ou avec l'aide de l'autre moitié. Ainsi les funérailles d'un Cera sont conduites par les Tugaré et réciproquement. Les deux moitiés du village sont donc des partenaires, et tout acte social ou religieux implique l'assistance du vis-à-vis qui joue le rôle complémentaire de celui qui vous est dévolu. Cette collaboration n'exclut pas la rivalité : il y a un orgueil de moitié et des jalousies réciproques. Imaginons donc une vie sociale à l'exemple de deux équipes de football qui, au lieu de chercher à contrarier leurs stratégies respectives, s'appliqueraient à se servir l'une l'autre et mesureraient l'avantage au degré de perfection et de générosité qu'elles réussiraient chacune à atteindre. Passons maintenant à un nouvel aspect : un second diamètre, perpendiculaire au précédent, recoupe les moitiés selon un axe nord-sud. Toute la population née à l'est de cet axe est dite : de l'amont, et celle née à l'ouest : de l'aval. Au lieu de deux moitiés, nous avons donc quatre sections, les Cera et les Tugaré étant au même titre pour partie d'un côté et pour partie de l'autre. Malheureusement, aucun observateur n'est encore parvenu à comprendre le rôle exact de cette seconde division dont on discute même la réalité. En outre, la population est distribuée en clans. Ce sont des groupes de familles qui se considèrent parentes par les femmes à partir d'un ancêtre commun. Celui-ci est de nature mythologique, parfois même oublié. Disons donc que les membres du clan se reconnaissent au port du même nom. Il est probable que, dans le passé, les clans étaient au nombre de huit : quatre pour les Cera et quatre pour les Tugaré. Mais dans le cours du temps, certains se sont éteints ; d'autres se sont subdivisés. La situation empirique est donc confuse. Quoi qu'il en soit, il reste vrai que les membres d'un clan - à l'exception des hommes mariés - habitent tous la même hutte ou des huttes adjacentes. Chaque clan a donc sa position sur le cercle des maisons : il est cera ou tugaré, de l'amont ou de l'aval, ou encore réparti en deux sous-groupes par cette dernière division qui, aussi bien d'un côté que de l'autre, passe au travers des habitations d'un clan déterminé. Comme si les choses n'étaient pas encore assez compliquées, chaque clan comprend des sous-groupes héréditaires, en ligne féminine également. Ainsi, il y a dans chaque clan des familles « rouges » et d'autres « noires ». De plus, il semble qu'autrefois chaque clan était divisé en trois grades : les supérieurs, les moyens et les inférieurs ; peut-être y a-t-il un reflet, ou une transposition, des castes hiérarchisées des Mbaya-Caduveo ; j'y reviendrai. Cette hypothèse est rendue probable du fait que ces grades paraissent avoir été endogames : un supérieur ne pouvant épouser qu'un supérieur (de l'autre moitié) ; un moyen, un moyen et un inférieur, un inférieur. Nous sommes réduits aux suppositions en raison de l'effondrement démographique des villages bororo. Maintenant qu'ils comptent cent à deux cents habitants au lieu d'un millier ou plus, il ne reste plus assez de familles pour meubler toutes les catégories. Seule, la règle des moitiés est strictement respectée (bien que certains clans seigneuriaux en soient peut-être exemptés) ; pour le reste, les indigènes improvisent des solutions boiteuses en fonction des possibilités. La distribution de la population en clans constitue sans doute la plus importante de ces « donnes » à quoi la société bororo semble se complaire. Dans le cadre du système général des mariages entre moitiés, les clans ont jadis été unis par des affinités spéciales : un clan cera s'alliant de préférence avec un, deux ou trois clans tugaré et réciproquement. De plus, les clans ne jouissent pas tous du même statut. Le chef du village est choisi obligatoirement dans un clan déterminé de la moitié cera, avec transmission héréditaire du titre en ligne féminine, de l'oncle maternel au fils de sa soeur. Il y a des clans « riches » et des clans « pauvres ». En quoi consistent ces différences de richesses ? Arrêtons-nous un instant sur ce point. Notre conception de la richesse est principalement économique ; si modeste que soit le niveau de vie des Bororo, chez eux comme chez nous, il n'est pas identique pour tous. Certains sont meilleurs chasseurs ou pêcheurs, plus chanceux ou plus industrieux que les autres. On observe à Kejara des indices de spécialisation professionnelle. Un indigène était expert à la confection des polissoirs de pierre ; il les échangeait contre des produits alimentaires et vivait, semble-t-il, confortablement. Pourtant ces différences restent individuelles, donc passagères. La seule exception est constituée par le chef, qui reçoit des prestations de tous les clans sous forme de nourriture et d'objets manufacturés. Mais comme il s'oblige en recevant, il est toujours dans la situation d'un banquier : beaucoup de richesses passent entre ses mains mais il ne les possède jamais. Mes collections d'objets religieux ont été faites en contrepartie de cadeaux immédiatement redistribués par le chef entre les clans, et qui lui ont servi à assainir sa balance commerciale.     Fig. 23. -- Arcs ornés d'anneaux d'écorce disposés de manière caractéristique selon le clan du propriétaire.   La richesse statutaire des clans est d'une autre nature. Chacun possède un capital de mythes, de traditions, de danses, de fonctions sociales et religieuses. À leur tour, les mythes fondent des privilèges techniques qui sont un des traits les plus curieux de la culture bororo. Presque tous les objets sont blasonnés, d'une façon permettant d'identifier le clan et le sous-clan du propriétaire. Ces privilèges consistent dans l'utilisation de certaines plumes, ou couleurs de plumes ; dans la façon de les tailler ou de les échancrer ; dans la disposition de plumes d'espèces et de couleurs différentes ; dans l'exécution de certains travaux décoratifs : tressages de fibres ou mosaïques de plumes ; dans l'emploi de thèmes péciaux, etc. Ainsi les arcs cérémoniels sont-ils ornés de plumes ou d'anneaux d'écorce selon des canons prescrits pour haque clan ; la tige des flèches porte à la base, entre les plumes d'empenne, une ornementation spécifique ; les léments en nacre des labrets articulés sont découpés en figures : ovale, pisciforme, rectangulaire, diverses selon les lans ; la couleur des franges varie ; les diadèmes de plumes portés dans les danses sont munis d'un insigne généralement une plaquette de bois couverte d'une mosaïque de fragments de plumes collés) se rapportant au clan du ropriétaire. Les jours de fête, les étuis péniens eux-mêmes sont surmontés d'un ruban de paille rigide, décoré ou ciselé ux couleurs et aux formes du clan, étendard bizarrement porté !   Fig. 24. - Empennes de flèches blasonnées.   Tous ces privilèges (qui sont d'ailleurs négociables) font l'objet d'une surveillance jalouse et querelleuse. Il est nconcevable, dit-on, qu'un clan s'empare des prérogatives d'un autre : une lutte fratricide s'ouvrirait. Or, de ce point de vue, les différences entre clans sont énormes : certains sont luxueux, d'autres minables ; il suffit d'inventorier le mobilier des huttes pour s'en convaincre. Plutôt que riches et pauvres, nous les distinguerions en rustiques et en raffinés. L'équipement matériel des Bororo se caractérise par sa simplicité alliée à une rare perfection d'exécution. L'outillage est resté archaïque, en dépit des haches et des couteaux distribués jadis par le Service de Protection. S'ils ont recours aux instruments de métal pour les gros travaux, les indigènes continuent à finir les massues pour assommer le poisson, les arcs et les flèches de bois dur délicatement barbelé, avec un outil qui tient de l'herminette et du burin, et qu'ils utilisent en toute occasion comme nous faisons d'un couteau de poche : il consiste en une incisive recourbée du capivara, rongeur des berges fluviales, fixée latéralement par une ligature à l'extrémité d'un manche. À part les nattes et paniers de vannerie, les armes et l'outillage - d'os ou de bois - des hommes, le bâton à fouir des femmes qui sont responsables es travaux agricoles, l'équipement d'une hutte se réduit à fort peu de choses : des récipients en calebasse ; d'autres en oterie noire : bassins hémisphériques et écuelles prolongées sur le côté par un manche à la façon d'une louche. Ces bjets offrent des formes très pures soulignées par l'austérité de la matière. Chose curieuse : il semble que, jadis, la oterie bororo ait été décorée et qu'une prohibition religieuse relativement récente ait éliminé cette technique. Peuttre faut-il expliquer de la même façon que les indigènes n'exécutent plus de peintures rupestres comme on en trouve ncore dans les abris sous roche de la chapada : on y reconnaît pourtant de nombreux thèmes de leur culture. Pour plus de certitude, j'ai demandé une fois que l'on décorât à mon intention une grande feuille de papier. Un indigène se mit à l'oeuvre, avec de la pâte d'urucu et de la résine ; et bien que les Bororo aient perdu le souvenir de l'époque où ils eignaient les parois rocheuses et qu'ils ne fréquentent plus guère les escarpements où elles se trouvent, le tableau qui e fut remis semblait une peinture rupestre en réduction.   Fig. 25. -  Étuis pénniens blasonnés.

«     Fig. 23.—  Arcs ornés d’anneaux d’écorcedisposés de manière caractéristique selonleclan dupropriétaire.

  La richesse statutaire desclans estd’une autrenature.

Chacun possède uncapital demythes, detraditions, dedanses, de fonctions socialesetreligieuses.

Àleur tour, lesmythes fondent desprivilèges techniques quisont undes traits les plus curieux delaculture bororo.

Presque touslesobjets sontblasonnés, d’unefaçonpermettant d’identifierleclan etle sous-clan dupropriétaire.

Cesprivilèges consistent dansl’utilisation decertaines plumes,oucouleurs deplumes ; dansla façon deles tailler oudeles échancrer ; dansladisposition deplumes d’espèces etde couleurs différentes ; dans l’exécution decertains travauxdécoratifs : tressagesdefibres oumosaïques deplumes ; dansl’emploi dethèmes spéciaux, etc.Ainsi lesarcs cérémoniels sont-ilsornésdeplumes oud’anneaux d’écorceselondescanons prescrits pour chaque clan ;latige desflèches porteàla base, entre lesplumes d’empenne, uneornementation spécifique ;les éléments ennacre deslabrets articulés sontdécoupés enfigures : ovale,pisciforme, rectangulaire, diversesselonles clans ; lacouleur desfranges varie ;lesdiadèmes deplumes portésdanslesdanses sontmunis d’uninsigne (généralement uneplaquette debois couverte d’unemosaïque defragments deplumes collés)serapportant auclan du propriétaire.

Lesjours defête, lesétuis péniens eux-mêmes sontsurmontés d’unruban depaille rigide, décoré ouciselé aux couleurs etaux formes duclan, étendard bizarrement porté !  . »

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